# Pour un second manifeste communiste
> Site historique du Ferment Ouvrier Révolutionnaire (FOR), publié entre 1999 et 2006 et conservé tel quel par la Escuela de marxismo : le texte intégral de « Pour un second manifeste communiste » (1961/1965), la présentation du FOR, ses publications (Alarme, brochures en RTF) et des archives (Natalia Sedova Trotski, Socialisme ou Barbarie, Mai 68, la Gorbatchade, ETA, nations et nationalismes).
Texte intégral des 22 pages du site, extrait du HTML d'origine. L'index commenté est dans https://for.marxismo.school/llms.txt.
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# Pour un second manifeste communiste/accueil
URL: https://for.marxismo.school/
Résumé: Pour un second manifeste communiste, le site du Ferment Ouvrier Révolutionnaire.
PROLÉTAIRES
DE TOUS LES PAYS UNISSONS-NOUS,
SUPPRIMONS LES ARMÉES, LES POLICES, LES FRONTIÈRES,
LA PRODUCTION DE G U ERRE, LE TRAVAIL SALARIÉ
!
Mise à jour : 9 novembre 2001
Le texte
intégral
Consulter "Pour un second manifeste communiste",
d'après l'ouvrage bilingue franco-espagnol publié en 1965
aux éditions Eric Losfeld.
Le FOR
Qui sommes-nous?
Alarme
Bulletin spécial sur la guerre.
09/11/2001
Nos publications
La liste des textes fondamentaux du FOR (téléchargements)
Archives
Consultation et
téléchargements.
NOUS ÉCRIRE :
ALARME
BP329
75624 PARIS CEDEX 13
for@alarme-for.org
Ces pages sont l'expression du Ferment Ouvrier Révolutionnaire (FOR) ,
petit groupe politique qui publiait encore deux revues jusqu'au tout début
des années 90, ALARME et L'ARME DE LA CRITIQUE.
Aujourd'hui ces revues n'existent plus, conséquence d'une forte diminution
de nos effectifs militants survenue dans la seconde moitié des années
80.
Autre
dommage, et non des moindres, le stock de livres et de brochures qui constituent
nos références théoriques est pour ainsi dire désormais épuisé,
et depuis quelques années déjà nous n'avons plus les
moyens de le renouveler.
D'où notre apparition sur Internet que nous désirons utiliser afin
de réinitier la diffusion et la mise en discussion de notre matériel
en proposant entre autres le téléchargement de certains documents.
A l'avenir nous tenterons aussi
d'enrichir ce site avec de nouvelles contributions écrites de notre
tendance politique. Un bulletin réunissant un éditorail et
des brèves est envisagé ("Alarme, bulletin spécial
sur la guerre" est un premier pas dans ce sens).
Enfin, parce que nous n'avons pas renoncé à vouloir
créer une organisation révolutionnaire sur nos bases politiques,
toute correspondance constructive sera la bienvenue.
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# Le Ferment Ouvrier Révolutionnaire, qui sommes-nous ?
URL: https://for.marxismo.school/for.html
Résumé: Le Ferment Ouvrier Révolutionnaire, qui sommes-nous?
PROLÉTAIRES
DE TOUS LES PAYS UNISSONS-NOUS,
SUPPRIMONS LES ARMÉES, LES POLICES, LES FRONTIÈRES,
LA PRODUCTION DE G U ERRE, LE TRAVAIL SALARIÉ
!
LE FERMENT OUVRIER
RÉVOLUTIONNAIRE,
QUI SOMMES-NOUS ?
Le FOR est né en 1959 sur les bases approximatives
de la scission d'avec la IVe Internationale, au congrès de 1948, des membres
de la section espagnole exilée au Mexique. Cette scission s'est faite
sur la question du défaitisme révolutionnaire c'est à dire de la non-participation
à la guerre impérialiste, et elle s'est accompagnée d'une
reconsidération de la nature de l'Etat russe, de la période
historique, et par conséquent de la pratique des révolutionnaires
et du "Programme de transition".
Ces
positions furent développées à l'intérieur de la IVe internationale à
partir de 1941, par un groupe de militants dont Benjamin Péret, poète
surréaliste, et G.Munis, ancien membre du groupe bolchévik-léniniste espagnol
(pro IVe Internationale) qui avait su, durant les journées de mai 37 à
Barcelone, s'opposer de même que le groupe des Amis de Durruti, anarchistes
dissidents de la FAI-CNT, aux staliniens alliés aux républicains, fossoyeurs
de la révolution espagnole.
Après une tentative éphémère de constitution
d'une organisation et après que la répression franquiste se soit abattue
sur les militants qui allaient le constituer, le FOR devait enfin voir
le jour. Il a d'abord existé un groupe FOR en Espagne sous l'impulsion
des membres fondateurs exilés en France, puis, à la fin des années 70,
de jeunes militants constituèrent un groupe FOR en France. Les revues
"Alarma" et "Alarme" furent les organes des deux groupes frères qui décidèrent
en 1985 d'adjoindre deux nouvelles publications, à caractère plus théorique,
"El arma de la critica" en espagnol, et "L'arme de la critique" en français.
Malheureusement, en 1987, deux membres
du groupe français enfreignirent la discipline de l'organisation, c'est
à dire pour nous exprimer plus simplement, les règles de bon fonctionnement
acceptées librement par tous. Ce devait être le détonateur d'une querelle
générale, en France et en Espagne, qui conduisit à des départs, des expulsions,
et plus grave encore, à une rupture d'une partie des militants en 1988.
A la longue, par affaiblissement des forces, les publications du FOR disparurent
dans les deux pays, condamnant notre tendance politique à cesser d'exister
publiquement (jusqu'à aujourd'hui où se présente l'opportunité de l'Internet
en espérant mieux à l'avenir).
MISE EN GARDE
En 1997, il s'est
constitué en Espagne un "Comité d'édition des œuvres complètes de Munis"
(en réalité des œuvres choisies) qui a entrepris un travail de republication
et de compilation de textes de G.Munis qui s'est déjà concrétisé à travers
la parution de deux ouvrages en espagnol.
Nous tenons à
signaler qu'un membre de ce comité a été expulsé du FOR (par Munis lui-même)
et qu'un autre a rompu avec le FOR (et donc avec Munis). Nous ne pouvons
par conséquent pas cautionner l'initiative de ce comité qui fait comme
si rien ne s'était passé, et n'a pas publiquement, à notre connaissance,
apporté le moindre éclaircissement à ce propos.
Par ailleurs nous
sommes en total désaccord avec le projet de préface des "œuvres complètes"
qu'il nous a été donné de lire, l'ambition affichée n'étant pas de servir
l'urgente nécessité de la révolution communiste mais de congeler la pensée
de Munis au bénéfice de l'Histoire et des historiens.
Enfin il est
apparu sur Internet un site se revendiquant du FOR (for-munis), et faisant
entre autre de la publicité pour le comité sus-mentionné, ainsi que pour
son éditorial. Nous sommes totalement étrangers à cette initiative au
sujet de laquelle personne ne nous a demandé notre avis, et nous la désapprouvons.
Paris, Septembre 2000.
Ferment Ouvrier Révolutionnaire
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Pour un second manifeste communiste (le texte intégral)
Pour
correspondre : ALARME
BP 329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org
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# Introduction
URL: https://for.marxismo.school/intro.html
Résumé: Le texte intégral de l'ouvrage "Pour un second manifeste communiste".
Introduction
SOMMAIRE :
Avant-propos à
l'édition italienne
I. Préface
II. Décadence du capitalisme
III. Stalinisme contre socialisme
IV. Impérialisme et indépendance
nationale
V. Révolution ou
guerre impérialiste
VI. Les perspectives marxistes
VII. L'organisation révolutionnaire
VIII. Les taches de
notre époque
ANNEXES :
Aujourd'hui comme hier
INTRODUCTION
"Pour un second manifeste communiste" a été écrit il y a bientôt quarante
ans dans le contexte de la guerre froide et de l'affrontement entre les
blocs impérialistes russe et américain. Cette réalité, plus
particulièrement examinée dans le chapitre "Impérialisme
et indépendance nationale", n'est plus celle que nous connaissons
actuellement, et l'écrit que nous présentons ici acquiert désormais
de ce fait une valeur de témoignage historique. A contre-courant il exprimait
un point de vue internationaliste intransigeant alors que les faussaires
en la matière tenaient le haut du pavé à la remorque des nationalismes
cubain ou algérien (avant de s'enticher plus tard du vietnamien ou du
palestinien).
Mais depuis une quarantaine d'année aussi, "Pour un second manifeste communiste"
synthétise les positions politiques du Ferment Ouvrier Révolutionnaire
sous la responsabilité collective duquel cet ouvrage avait été publié
à l'origine. La disparition du bloc de l'Est , qui est une nouvelle donne
des contradictions inter -impérialistes,
ne nous invite pas à réviser dans leurs grands traits ces
positions qui découlent d'une analyse de la période historique considérant
la contradiction fondamentale du système capitaliste, c'est à dire le
rapport capital/salariat. Nous estimons néanmoins qu'il est nécessaire
que nous réétudions cet écrit basique et nous espérons
pouvoir un jour exposer ici même nos réflexions. L'objectif n'est pas
de retoucher le texte original, pour les raisons que nous avons exposées
au début, mais d'ajouter plus tard un commentaire critique qui nous permette
de rendre nos conceptions plus explicites au jour d'aujourd'hui.
La
reproduction de l'édition franco-espagnole originale que nous proposons
dans ces pages a été augmentée de "L'avant-propos à l'édition italienne"
(écrit ultérieurement) parce qu'il répond d'avance aux interrogations
que ne manquent pas de susciter habituellement l'idée d'un second manifeste
communiste.
En annexe, le lecteur pourra aussi prendre connaissance de documents relatifs
à la rupture de Natalia Sedova Trotski d'avec la IVe Internationale. Il
y est fait référence dans une note de "Pour un second manifeste communiste"
qui proposait à l'origine l'envoi de copies des documents en question
à quiconque en ferait la demande.
Enfin, pour terminer, nous invitons expressément le lecteur de ces pages
à nous faire part de son opinion. Dans la mesure du possible nous répondrons,
à condition que nous partagions au moins le même désir d'en finir avec
l'exploitation capitaliste, et que notre correspondant ait réellement
la volonté de faire progresser le débat révolutionnaire.
Bonne
lecture !
Paris,
septembre 2000.
Ferment
Ouvrier Révolutionnaire.
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Avant-propos
>>
Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS
CEDEX 13 - for@alarme-for.org
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# Préface
URL: https://for.marxismo.school/preface.html
Résumé: En contraste avec la dégradation réactionnaire de l'Internationale Communiste, l'Opposition de Gauche, qui fut à l'origine de la IVe Internationale, exprimait la continuité…
Introduction
SOMMAIRE :
Avant-propos à
l'édition italienne
I. Préface
II. Décadence du capitalisme
III. Stalinisme contre socialisme
IV. Impérialisme et indépendance
nationale
V. Révolution ou
guerre impérialiste
VI. Les perspectives marxistes
VII. L'organisation révolutionnaire
VIII. Les taches de
notre époque
ANNEXES :
Aujourd'hui comme hier
I. PRÉFACE
En contraste avec la
dégradation réactionnaire de l'Internationale Communiste, l'Opposition
de Gauche, qui fut à l'origine de la IVe Internationale, exprimait la
continuité idéologique et organique de la Révolution, de la même manière
que les groupes internationalistes de 1914 face à la corrosion patriotique
de la social- démocratie. Il incombait de surcroît au mouvement trotskiste
une tâche nouvelle, hérissée d'obstacles : assurer la lutte internationaliste
contre la paix des blocs militaires dans le prolongement de l'opposition
révolutionnaire à la guerre. Le défaitisme révolution- naire , si admirablement
revendiqué en 1914-18, par Karl Liebknecht devant un tribunal militaire
allemand, et par Lénine dans "Contre le Courant", devait être
mené jusqu'à son ultime aboutissement : le triomphe de l'homme sur le
capitalisme et la guerre. Il fallait donc formuler, en tant que revendications
immédiates, les mesures politiques et économiques susceptibles de débarrasser
le monde des armements et des armées, du labyrinthe des nations, du système
industriel et politique basé sur la marchandise-homme. Mais les clercs
qui se sont emparés de la direction de la IVe Int. après l'assassinat
de Trotski ne surent même pas s'accrocher à l'ancien défaitisme marxiste,
qui figurait pourtant dans leur programme, et ils souillèrent leur drapeau
dans les résistances nationales.
D'autre
part il devenait indispensable de reconsidérer la tactique traditionnelle,
qui datait de la Commune de Paris et de la Révolution russe, ainsi que
certains aspects déterminés de la stratégie , afin de les adapter aux
importants changements survenus depuis 1917. En effet, le recul thermidorien
de la révolution russe , commencé vers 1921 (N.E.P. = Nouvelle Politique
Économique), se paracheva plus tard en contre-révolution capitaliste
d'État. Et, grâce en premier lieu à cet événement, le capitalisme
en général a perpétué et accru son potentiel exploiteur d'une manière
toujours plus centralisée et préjudiciable aux hommes.
Ce même
processus entraîna une modification radicale de ce que furent les partis
communistes, faisant d'eux, non des organisations opportunistes ou des
laquais ouvriers de la bourgeoisie, mais des représentants directs d'une
forme particulière du capitalisme, celle qui est intrinsèque à la loi
de concentration des capitaux, loi connexe à l'automatisme de la société
actuelle, et, en Russie, délibérément mise en avant. À leur tour
les syndicats, qu'ils soient dominés par le stalinisme ou indépendants
de lui, se sont accommodés sans cesse davantage du système d'exploitation
dont ils semblent être désormais inséparables.
Cependant,
le prolétariat mondial subissait une série de défaites que rien jusqu'à
présent n'est venue interrompre. Ce que de faux amis lui présentent comme
ses victoires, Chine ou Cuba, Algérie ou Ghana, ne sert qu'à le démoraliser,
à le rendre inerte, et à le laisser à la merci de ses ennemis. Ces victoires
étant en réalité celles de certains cercles capitalistes face à d'autres,
représentent pour le prolétariat autant de défaites; c'est le poids matériel
de la contre- révolution russe qui les a rendu possibles, mais non sans
que l'avant-garde révolutionnaire, prisonnière de ses propres idées, lui
ait laissé libre cours. Plus que jamais, "la crise de l'humanité est une
crise de direction révolutionnaire", comme le disait Léon Trotski. Ceux
qui continuent de se dire trotskistes ont échoué, par une ironie tragique,
dans les eaux fangeuses du stalinisme.
De la lutte
contre la dégénérescence de la IVe Int., sont nées la plupart des idées
et des propositions contenues dans le Manifeste ci-après. Quelques-unes
des modifications idéologiques énoncées remontent au moment le plus aigu
de la Révolution espagnole, 1936-37, alors que pour la première fois en
dehors de la Russie, le stalinisme révélait toute sa nature contre-révolutionnaire
: en comparaison celle d'un quelconque Kerenski ou Noske semble à peine
malfaisante. Pour cette raison entre autres, il est devenu indispensable
de connaître à fond les péripéties de la Révolution espagnole, si falsifiées
ou à tout le moins dénaturées, même dans des livres comme celui de P.
Broué et E. Temine ( note1 ).Elle
clôt une étape du combat et de la pensée du prolétariat international
et en ouvre une autre. Ses enseignements serviront à éclairer un futur
renouveau de l'agressivité des opprimés.
Les organismes
dirigeants de la IVe Int. n'avaient pas encore trouvé le temps de prendre
en considération la riche expérience de la Révolution espagnole, que déjà,
à l'occasion de la deuxième guerre mondiale, ils donnaient des signes
d'un manque d'internationalisme dont les implications dernières allaient
être la stérilité idéologique et le rapprochement avec le stalinisme.
Non seulement la Révolution espagnole, mais les graves événements de la
guerre et de l'après-guerre défilèrent devant eux sans autre conséquence
que d'accentuer leur ineptie.
Dès les
premiers symptômes de dégénérescence idéologique, le groupe espagnol au
Mexique de la IVe Internationale, s'éleva vigoureusement contre elle,
en même temps qu'il entreprenait un ample travail d'interprétation des
événements mondiaux et de la Révolution espagnole en particulier ( note2 ).
Sourds et obtus, ces organismes dirigeants empêchèrent les critiques,
les informations et les propositions de parvenir à la base dans tous les
partis, excluant ainsi délibérément toute possibilité de discussion.
Au
premier congrès de l'après-guerre, en 1948, la section espagnole rompait
avec la IVe Int., après avoir dénoncé son abandon de l'internationalisme
et son cours pro-stalinien. Peu de temps après et sur les mêmes bases,
s'est aussi séparée d'elle Natalia Sedova Trotski qui, depuis 1941, avait
été auprès de nous ( note3 ).
Depuis
l'anéantissement de la Révolution espagnole, la situation du prolétariat
mondial s'est sans cesse aggravée. Toujours invité à appuyer des causes
réactionnaires présentées comme libératrices, idéologiquement escroqué
jour après jour et dans tous les pays, ce prolétariat se trouve bâillonné
et enrégimenté dans des organisations esclavagistes. L'humanité tout entière,
du seul fait qu'elle subit passivement la terreur thermonucléaire d'au-delà
et d'en deçà du rideau de fer, vit une situation dégradante telle que,
faute de s'en débarrasser, tout devenir l'avilira encore. Ainsi la société
capitaliste, à qui la guerre des classes et la guerre entre nations sont
consubstantielles, atteint le degré de son développement où sa simple
continuité détruira l'homme, à moins que l'homme ne la détruise.
Clé de
la rébellion de l'humanité, la rébellion du prolétariat face au capital
et au travail salarié est seule capable de retourner une situation aussi
basse, et d'allumer les feux du rêve révolutionnaire, facteur historique
matérialiste entre tous.
Mais les
idées concrètes de la Révolution russe, telles que le "Programme de transition"
les reprend, sont loin de suffire à un tel dessein. Écrit par Trotski
en 1937-38 alors que la signification de la période qui ouvre la défaite
de la Révolution espagnole ne se dessinait pas encore nettement, ce "programme"
se révèle aujourd'hui plus qu'insuffisant, bon à favoriser les opportunismes
face à la contre-révolution stalinienne et à ses filiales. Il est caduc,
de la même manière qu'en 1917 l'était le programme antérieur de Lénine.
A moins de le dépasser, en tenant compte de l'expérience et des conditions
objectives créées par la rotation du capital, ainsi que des possibilités
subjectives du prolétariat dans le cas d'une pleine agitation révolutionnaire,
celui-ci n'obtiendra nulle part la victoire et tout mouvement insurrectionnel
sera écrasé par les faussaires.
Le présent
Manifeste qui inspire notre activité en Espagne et à l'échelle internationale,
est destiné à obvier à cette carence idéologique. Nous nous adressons
à tous les groupes et organisations de par le monde, qui ressentent également
la nécessité de la révolution socialiste, tant dans le bloc oriental que
dans le bloc occidental. Nous les invitons à étudier les idées ici exposées.
La renaissance d'une organisation prolétarienne à l'échelle mondiale exige
la rupture avec de nombreux atavismes, et une pensée constamment inventive.
Nous sommes disposés à discuter publiquement tout ce que nous exposons,
avec tout groupe dont l'activité pratique et théorique montre son attachement
à la Révolution. Mais nous dédaignerons ceux où le dilettantisme domine,
même s'ils prétendent partager, totalement ou partiellement, nos idées.
L'idée
révolutionnaire "n'est pas une passion du cerveau, mais le cerveau de
la passion" (Karl Marx) et en tant que telle, elle réclame tout autre
chose que de petits jeux littéraires ou des protestations mentales. Tout
dilettantisme est une réverbération du monde contre lequel nous nous battons.
Nous devons
rappeler que certaines parties de ce Manifeste ont été publiées en 1949
sous le titre "Le Prolétariat face aux deux blocs" et, sous la responsabilité
d'un groupe appelé Union Ouvrière Internationale, dont l'existence fut
éphémère. Mais la version succincte d'alors, de même que celle-ci, sont
dues pour l'élaboration idéologique et la rédaction à Benjamin Péret et
à G. Munis en tant que militants de Fomento Obrero Revolucionario, dont
l'origine fut la section espagnole de la IVe Int. En 1936 en pleine révolution,
à Mexico toujours sous la menace des assassins de Staline, puis en Espagne
à nouveau défiant la répression franquiste, Benjamin Péret n'a cessé un
seul instant de combattre avec nous. Nous tenons à souligner ici l'apport
de Benjamin Péret, l'ami, le révolutionnaire-poète, dont l'accent transparaîtra,
ici et là, au cours de la lecture de ce Manifeste.
(1) P.
Broué et E. Témine, La Révolution et la Guerre d'Espagne.
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(2) Rappelons
entre autres les travaux suivants : Le Socialist Worker's Party et la
Guerre impérialiste, par le groupe susdit ; Les révolutionnaires devant
la Russie et le stalinisme mondial de G. Munis ; Le Manifeste des Exégètes
par Benjamin Péret ; Jalones de Derrota: promesa de Victoria (Espagne
1930-39) par G. Munis ; Lettre ouverte au Parti Communiste Internationaliste,
Section française de la IVe Int. par Natalia Sedova Trotski, B. Péret
et G. Munis ; Raison et agissements du Secrétariat International par G.
Munis ; Explication et appel aux militants, groupes et sections de la
IVe Int. par le comité de la section espagnole.
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(3) Nous
tenons à la disposition de ceux qui les demanderont la lettre de rupture
et la réponse injurieuse de la IVe Int., ainsi que la dernière déclaration
écrite de Natalia Sedova Trotski.
Ci-jointes en annexes : Aujourd'hui
comme hier
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Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS
CEDEX 13 - for@alarme-for.org
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# Avant-propos à l'édition italienne
URL: https://for.marxismo.school/avprop.html
Résumé: Pourquoi un second manifeste communiste est-il nécessaire?
Introduction
SOMMAIRE :
Avant-propos à
l'édition italienne
I. Préface
II. Décadence du capitalisme
III. Stalinisme contre socialisme
IV. Impérialisme et indépendance
nationale
V. Révolution ou
guerre impérialiste
VI. Les perspectives marxistes
VII. L'organisation révolutionnaire
VIII. Les taches de
notre époque
ANNEXES :
Aujourd'hui comme hier
AVANT-PROPOS À L'ÉDITION
ITALIENNE
Depuis la publication, en France, de ce manifeste, on nous a questionnés,
non sans persiflage : Quel besoin y a t'il d'un second manifeste communiste?
Il y en a aussi qui voient une profanation dans le titre du nôtre. Ceci
ne mérite guère de réponse, sauf parce que cela nous ramène à l'objection
antérieure.
Marx et
Engels - il est pertinent de le rappeler - étaient d'incoercibles iconoclastes,
y compris par rapport à eux-mêmes, car aucun autre moyen n'existe d'échapper
au cloisonnement du système fermé. Le premier répliqua à ceux qui lui
parlaient des marxistes d'Europe continentale: "Je ne suis pas marxiste".
Ainsi établissait-il, tacitement, une définition a-dogmatique de la pensée
révolutionnaire, très mal saisie aujourd'hui. Engels, quant à lui, exprima
comment Marx et lui avaient mené à pied d'œuvre quantité de matériaux
qui avaient besoin d'être élaborés. À présent il faut y joindre
les matériaux charriés depuis lors par la lutte des classes mondiale.
C'est donc à dessein que nous accomplissons cette profanation. Une seule
chose importe : Savoir si elle s'articule ou non avec la longue file de
toutes celles que la pensée révolutionnaire a commises, et qu'elle ne
peut pas ne pas commettre sans s'asphyxier. Le texte de Pour un Second
Manifeste Communiste, que nous invitons à comparer avec le texte classique,
constitue par lui-même une réponse. Nonobstant, pour rassurer les esprits
qui en auraient besoin, il convient de préciser quelques points d'importance.
Depuis
le temps écoulé après la date où Marx et Engels écrivaient, le capitalisme
est allé en se parachevant en tant que système mondial. Ce qu'ils avaient
prévu est largement accompli. Le dénivelle- ment entre les différentes
zones du globe n'a pas plus de signification que celles qui existent à
l'intérieur d'un pays quelconque. Pendant ce temps, le capitalisme en
Europe occidentale et aux États-Unis, en Russie et au Japon, a
atteint un degré de concentration industrielle et financière qui, après
avoir bousculé toutes les barrières nationales, tient le monde entier
à la gorge.
Simultanément,
les instruments de production, loin de mettre en oeuvre au maximum leurs
capacités techniques, plus celles que permettent le savoir scientifique
de l'ensemble humain, se voient toujours restreints et sont même chétifs,
sauf pour ce qui se rapporte à la guerre. Mais l'obstacle à ce que sera
la plus vertigineuse et révolutionnaire de leur expansion, n'est plus
dans les barrières nationales, mille fois foulées économiquement et militairement,
et si artificielles aujourd'hui que le capitalisme lui-même projète de
les supprimer, en partie tout au moins.
Non, il
s'agit d'un empêchement qu'aucune pénétration financière, qu'aucune armée,
aucune vocifération "socialiste" de ceux qui comptabilisent devoirs et
avoirs n'est en mesure de dépasser, car il n'est autre que les bornes
mêmes de l'actuel système de production et de distribution. Sans mettre
au rancart la vente et l'achat des hommes et des produits, c'est à dire
le travail salarié et la production de marchandises qui renforcent la
forme capitaliste des instruments de travail, il est impossible que ces
derniers atteignent l'incalculable, l'illimité expansion qu'ils comportent
et l'homme nécessite. De là vient que notre Manifeste parle de malthusianisme
là où les voix fallacieuses d'Occident comme d'Orient disent "société
d'abondance".
En convergence
avec la saturation économique et néanmoins chétive du monde, la saturation
militaire qu'elle nourrit - sa sentinelle aussi - proclame irréfutablement
la fin de la période progressive de la civilisation capitaliste, sa négativité
actuelle et sa décadence. Ce que la guerre moderne peut faire en quelques
minutes, anéantir la société et ses composants, le fonctionnement capitaliste
est en passe de le faire au jour le jour, avec lenteur, inexorablement.
Dans tous les aspects et sans exempter aucun pays, nous sommes placés
devant la nécessité urgente d'unir les exploités pour une action commune
contre les armements et contre les structures économiques de leurs États
respectifs.
Prendre
en compte une telle situation non prévue dans le Manifeste de 1848 est
non moins important que de mettre au pilori les tendances pseudo-communistes
et pseudo-socialistes d'aujourd'hui. Le "socialisme bourgeois et petit-bourgeois",
le "socialisme allemand", et le "socialisme féodal" critiqués par Marx
et Engels, ont été des phénomènes éphémères et leur influence sur la classe
ouvrière presque nulle. Il en va tout autrement avec ce qu'on appelle
encore aujourd'hui communisme et socialisme. Surgis comme tendances réellement
ouvrières, ils sont parvenus à déployer sur le prolétariat international,
politiquement et syndicalement une emprise de plus en plus négative, au
fur et à mesure que, par leurs idées et leurs intérêts, ils tournaient
le dos à l'objectif révolutionnaire. Presque personne n'ignore à présent
que les partis issus de la Deuxième Internationale ont jeté par-dessus
bord même l'objectif réformiste, satisfaits d'accompagner d'un pas malaisé
l'involution du capitalisme occidental, et servant souvent d'étrier au
capitalisme oriental. Ils lui ont même donné des dirigeants Walter Ulbricht,
Santiago Carrillo et quelques dizaines d'autres.
Le prétendu
communisme est à présent incom- parablement plus pernicieux car sa nature
est beaucoup moins connue. Il ne s'agit pas d'un collaborateur ou d'un
suiveur de la démocratie capitaliste, même s'il peut comme un caméléon
prendre cette coloration et d'autres encore, surtout là où il n'occupe
pas tout le pouvoir ou s'il se trouve dans la clandestinité. Lui-même
possède la totalité du grand capital industriel et financier, par l'entremise
de l'État, de l'Europe centrale jusqu'à l'extrême-Orient. Il retient
directement sous le joug du salariat et de sa dictature politique des
centaines de millions de prolétaires. Lui encore, en tant qu'ensemble
économique et comme bloc militaire, constitue la seconde puissance impérialiste.
Par conséquent, le tout fait de lui, non un représentant de la classe
ouvrière, mais de la contre-révolution, réalisée sous Staline, et que
ses disciples tentent de stabiliser. Ainsi que Marx et Engels dénonçaient
le "socialisme féodal", contresens évident, on pourrait, à notre époque
avoir aussi recours au contresens en dénonçant le "communisme capitaliste"
ou le "communisme contre-révolutionnaire" par opposition au communisme
du prolétariat inscrit dans les exigences matérielles, politiques et culturelles
de l'humanité.
Notre manifeste
se limite, jusque là, à suivre le tracé de Marx et Engels, "mutatis mutandis".
Son originalité commence au chapitre Impérialisme et indépendance nationale,
qui relègue au monde des supercheries inter-impérialistes toutes les luttes,
guerres, guérillas patriotiques partout où elles apparaissent actuellement
Vietnam, demain Ukraine, Mandchourie, Angola ou Venezuela. Il n'y a pas
d'autre marge, pour une lutte nationale, quelle qu'elle soit, que le changement
de suzerain. Les lois de l'économie capitaliste rendent aujourd'hui chimérique
l'indépendance nationale. Ces messieurs de l'Organisation Latino Américaine
de Solidarité (réunis à La Havane, sous l'égide de Castro) sont des bourgeois
aussi retardataires que stalinisant. Ils se ruent vers une participation
à l'exploitation de leurs co-nationaux qu'ils ne pourront obtenir que
comme pourboire des services rendus à un impérialisme quelconque. Leur
propre enseigne "La Patrie ou la Mort" heurte de plein fouet
la devise révolutionnaire "Les prolétaires n'ont pas de patrie".
On peut en dire autant, mais en descendant une marche jusqu'au niveau
racial, du "Black Power" de certains intellectuels noirs américains. Ils
ont été incapables de postuler et d'organiser la lutte commune des travailleurs
de toutes les races aux États-Unis aussi bien que partout ailleurs.
Des 10
mesures révolutionnaires proposées, pour les pays avancés, par le Manifeste
de 1848, seules les trois dernières, élargies et adaptées aux ressources
modernes, peuvent aujourd'hui servir de norme générale. Il était donc
indispensable de préciser, comme il est fait dans notre texte, les mesures
d'expropriation du capital et d'administration de la production et de
la distribution ainsi que le mécanisme économique et politique de suppression
du travail salarié et des classes. Le Manifeste de 1848 n'était pas en
mesure de le faire, pas plus que la Critique du Programme de Gotha.
En effet,
une fois les instruments de travail restitués à la société, les potentialités
techniques de production parviendront à de si hautes cimes, que le jeun
imposé aujourd'hui par le prix de la marchandise-force de travail disparaîtra
à court terme, et la distribution des produits se rapprochera vite de
celle d'une société communiste. La division du travail entre manuel et
intellectuel ne tarderait pas à disparaître, le temps nécessaire d'offrir
à tous une formation technique et supérieure. Et l'énorme diminution du
temps de travail socialement nécessaire permise par la science au service
de l'homme, libérerait des énergies et des intelligences pour le développement
de la culture dans ses multiples aspects, ébauchant à l'horizon le libre
épanouissement de chaque individualité.
En ce moment,
le prolétariat semble loin vouloir s'engager dans cette voie, mais c'est
une pure fiction érigée par les murailles politiques et syndicales qui
le maintiennent encerclé, à l'aide aussi des lois et des polices capitalistes.
C'est à dire les murailles érigées par les faussaires du communisme et
du socialisme, ou simplement par l'ouvriérisme réactionnaire des syndicats
américains, anglais et autres. Ce qui est latent dans la pensée et l'intuition
du prolétariat, ne devient visible que lorsqu'il démolit les murailles
qui le retiennent et qu'il agit en tant que classe. Dans ces circonstances
il met en oeuvre des mesures comme celles indiquées ici ou allant vers
elles. C'est ainsi qu'il a agit en Espagne en 1936 et 1937, en Grèce (1944),
et en Hongrie (1956), malgré l'absence de partis révolutionnaires aptes.
Actuellement la constitution de ceux-ci peut déclencher, à partir d'un
certain volume numérique, une irrésistible offensive prolétarienne, la
plus profonde et la plus vaste de l'histoire. Elle sera très probablement
la décisive, l'exploitation n'est encore debout que grâce à la machination
conjointe du capitalisme occidental et oriental, qu'ils s'entredévorent
ou qu'ils cohabitent.
Notre manifeste
apporte encore quelque chose de la plus grande transcendance pour la théorie
et la praxis révolutionnaire. En 1848, Marx et Engels confiaient à l'Etat
modifié, encore à la manière hégélienne, l'œuvre de transformation de
la société. Le bouleversement de la Commune de Paris les amena à reconnaître
que l'État capitaliste ne pouvait être utilisé d'aucune manière,
et que, au contraire, il était devenu indispensable de le détruire, première
mesure révolutionnaire. L'organisme de force qui en résulterait devait
unifier entre ses mains tous les pouvoirs et sauvegarder la marche continue
vers le communisme face aux tentatives restauratrices des classes expropriées.
Or l'expérience de la révolution russe d'une manière, et d'une autre manière
la révolution espagnole, nous ont appris
( note1 ) que l'État propriétaire ne peut se
comporter, quelle que soit sa composition humaine et sa structure constitutionnelle,
que comme un capitaliste collectif.
Dans ce
fait réside un des facteurs principaux de la contre-révolution stalinienne
en Russie, et celui décisif de la victoire de Franco en Espagne. En un
mot, l'expérience, suprême maîtresse de la pensée révolutionnaire, nous
a fait comprendre que le passage du capitalisme au communisme, pendant
la période dite de transition, doit être présidé par la classe ouvrière
en qualité de corps social en marche rapide vers la disparition des classes.
Le mettre entre les mains d'un organisme quelconque, État, parti
ou syndicat, donnera toujours le plus négatif des résultats. De là que
notre texte subordonne la disparition de l'État et de tout danger
contre- révolutionnaire, extérieur ou intérieur à la classe prolétarienne,
à la suppression de la loi de la valeur. Cette gigantesque tâche est irréalisable,
excepté par les intéressés eux-mêmes, qui doivent régir la totalité du
système économique et de la vie en général. L' État
post-révolutionnaire, "l' État ouvrier",
au lieu d'être l'organisateur du communisme, doit rester subordonné à
cette dernière démarche et être privé de pouvoir sur l'économie.
C'est là
la seule garantie de son extinction. Alors le feu de Prométhée, l'arbre
de la science, définitivement arrachés au plus puissant de tous les dieux
- le Dieu Capital et son parèdre ( note2 ) le Dieu
État - appartiendront, oui, à chaque
homme, à chaque femme.
Novembre
1967 G.Munis
(1)
Sur la première, je ne peux que renvoyer à l'article "La revolucion
ninguna" publié dans Alarma numéro 9, deuxième série, inédit
en français (et au livre "Parti État, Stalinisme, Révolution",
publié aux éditions Spartacus). Sur la deuxième, voir le chapitre "La
economia" du livre "Jalones de derrota : promesa de victoria",
inédit aussi en français.
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(2)
Parèdres est un dieu qui en accompagne toujours un autre, et réciproquement.
Ainsi Isis et Osiris, Jésus et Marie…
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# Décadence du capitalisme
URL: https://for.marxismo.school/decad.html
Résumé: "Que les classes dirigeantes tremblent à l'idée d'une révolution communiste ! Les prolétaires n'ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à…
Introduction
SOMMAIRE :
Avant-propos à
l'édition italienne
I. Préface
II. Décadence du capitalisme
III. Stalinisme contre socialisme
IV. Impérialisme et indépendance
nationale
V. Révolution ou
guerre impérialiste
VI. Les perspectives marxistes
VII. L'organisation révolutionnaire
VIII. Les taches de
notre époque
ANNEXES :
Aujourd'hui comme hier
II. DÉCADENCE DU CAPITALISME
"Que les classes dirigeantes
tremblent à l'idée d'une révolution communiste ! Les prolétaires n'ont
rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner."
A plus
de cent ans de distance, ces paroles du Manifeste Communiste retentissent
encore comme une gifle sur le visage des oppresseurs. Jusqu'à présent,
le fantôme du communisme n'a pas été exorcisé par la validité sociale
du capitalisme, mais par l'apparition de nouvelles forces réactionnaires
agissant au cœur même du prolétariat, à la tête desquelles se trouve le
capitalisme d'État instauré en Russie par la contre-révolution
stalinienne. D'innombrables révoltes dans le monde se sont ainsi soldées
par des défaites, la survie d'une société décadente, la démoralisation
du prolétariat. Le prolétariat demeure néanmoins la seule force capable
d'en finir avec l'esclavage entretenu pendant des siècles par des sociétés
d'exploitation et de tyrannie; mais une reconsidération idéologique est
indispensable à la reprise de la pensée et de l'action révolutionnaire.
La société
capitaliste a fait son chemin. C'est la plus achevée de toutes les sociétés
fondées sur l'asservissement de l'homme par l'homme que le monde ait connues.
Elle a, plus qu'aucune autre, développé les instruments de production,
la science, la culture, la consommation générale et même la liberté, dans
les limites où elle peut être utile à une minorité d'exploiteurs. Elle
a fouillé le monde en quête de matières premières et de marchés, l'a unifié
en introduisant partout ses rapports économiques; elle a accru numériquement
le prolétariat et concentré la propriété soit dans un nombre de mains
de plus en plus réduit , soit dans l'État,
élargissant ainsi, plus que les sociétés précédentes, la séparation entre
la capacité de travail naturelle à l'homme et les instruments de travail
qui sont nécessaires à l'exercice de cette capacité. Par là, le mécanisme
même du capitalisme l'a amemé à créer les conditions
matérielles pour l'anéantissement de toute société de classe. Jadis,
les esclaves de Spartacus , les serfs des jacqueries ou les Sans-Culottes
du XVIIle siècle se sont révoltés sans autre issue
que d'être écrasés ou d'amener au pouvoir une nouvelle
classe d'oppresseurs. Aujourd'hui, le prolétariat a, à sa portée, la possibilité
de triompher dans chaque pays, sur toute la surface de la Terre, et d'aboutir
à l'émancipation de l'humanité. Pour ce faire il doit prendre possession
des instruments de travail dont il est frustré depuis toujours, restaurer
l'unité entre l'homme et la nature - gage de toute liberté - et anéantir
l'État . Plus que jamais, la révolte
du prolétariat sera la révolte de l'humanité. S'il échouait dans cette
oeuvre, l'avenir de l'humanité serait très probablement l'extermination
par les armes atomiques, et, en tout cas, une nouvelle servitude pendant
un temps indéfini.
Le capitalisme
dissimule sa déchéance en propageant dans les classes moyennes l'illusion
d'un redressement par sa propre "planification". Cet artifice ne peut
masquer la vérité; dans la dégénérescence qui l'engage sur la voie de
la barbarie, la société capitaliste est orientée vers le totalitarisme,
expression de la concentration accrue du capital dans les grands trusts
et dans l'État ; ce processus est déjà
en voie d'accomplissement ou pleinement accompli dans les principaux pays
de l'Occident et de l'Orient ainsi que dans les pays arriérés du prétendu
"Tiers-Monde". Il s'accompagne d'une diminution relative du niveau de
vie des masses travailleuses, d'une chute verticale de leur consommation
par rapport au produit de leur travail, d'une accélération épuisante du
rythme de ce travail par l'imposition du salaire à la pièce, qui met les
ouvriers dans l'obligation de solliciter des heures supplémentaires. Dans
le domaine politique, ce processus se double d'une dictature militaire,
clérico-policière, ou fasciste, ou d'un parti unique néo-réactionnaire
qui se prétend l'incarnation du "Saint-Esprit" des masses. Dans tous ces
cas, se produisent la suppression plus ou moins complète des libertés
et la dégradation de la culture.
Un semblable
totalitarisme repose sur une accumulation du capital et une industrialisation
d'autant plus réactionnaires qu'elles planifient la non- satisfaction
des besoins, la répression et le "lavage de cerveaux" systématique. Il
peut avoir pour point de départ les vieux partis bourgeois. Dans ce cas,
le pseudo-libéralisme fait place à un autoritarisme non déguisé qui prive
la classe ouvrière de ses droits élémentaires. Il peut également résulter
de la juxtaposition de ces anciens partis et de nouveaux éléments réactionnaires,
dans un appareil de parti unique se confondant avec l' Ét at
et posant les intérêts du capitalisme en tant que système au-dessus de
ceux des bourgeois considérés individuellement. Le fascisme et les régimes
de nombreux pays nouveaux font partie de cette catégorie. Mais la forme
du totalitarisme la plus achevée est incontestablement le stalinisme.
En lui, l' État propriétaire unique des
instruments de production, est directement constitué par la bureaucratie
ex-ouvrière devenue un "capitaliste collectif" exerçant arbitrairement
tout le pouvoir et dictant même ce que chacun doit penser.
Sous quelque
forme que ce soit la société capitaliste ne peut plus offrir à l'humanité
qu'un avenir de misère, de coercition économique et policière, de régression
sociale et culturelle, et, pour comble, la guerre atomique. Bien que les
forces productives aient atteint un niveau inégalé, leur développement
est freiné en permanence par la forme de capital (privé, trust international
ou d' État ) qu'elles présentent partout
aujourd'hui. Ce système est irrémédiablement rongé par la contradiction
existant entre la capacité réelle ou potentielle des forces de production
et les possibilités d'absorption du marché, de plus en plus rétrécies
par le salariat. N'en déplaise à ceux qui parlent d'une nouvelle révolution
industrielle; d'une économie d'abondance (affluent society), de l'intégration
de la classe ouvrière, et autres opiacées du technicisme, le développement
capitaliste des dernières décennies est rachitique et principalement dû
à l'économie de guerre. Celle-ci a augmenté dans des proportions terrifiantes
le nombre d'hommes affectés à des occupations parasitaires, et elle gaspille
en armements des sommes astronomiques, si bien que la part du produit
social qui revient aux travailleurs diminue sans cesse.
C'est là
un des impératifs du système, que la production de guerre aura poussé
à l'extrême. Il en résulte un malthusianisme économique généralisé, et
une lente désagrégation sociale, voire technique. Ainsi, avec l'automation
au service du capitalisme, le chômage s'étend aussi bien aux États -Unis
qu'en Russie, tandis que l'épuisement physique fait des ravages parmi
les travailleurs qu'elle emploie ( note4 ).
Même l'astronautique, gloire et fanfare publicitaire des grands impérialismes,
est animée par des desseins homicides. Et pour chaque Gagarine et chaque
Glenn, des millions d'hommes peinent pendant des heures interminables,
la plupart sans satisfaire vraiment leurs exigences élémentaires.
Que les
travailleurs s'emparent de l'appareil de production, qu'ils le remettent
en marche au profit de l'ensemble de l'humanité, en abolissant d'emblée
le capital et le travail salarié, et un essor technique et culturel aujourd'hui
inconcevable deviendra alors possible, jusque dans les zones les plus
arriérées. Dans le domaine économique comme dans le domaine culturel,
les besoins de chaque individu, et ceux de l'ensemble de la société, ne
connaissent pas de limites. Leur donner libre cours est l'objectif inséparable
de la suppression des classes et de l' État
que doit s'assigner, dès l'instant de son triomphe, la révolution socialiste.
Dès le premier jour, la société de transition qui naîtra de cette victoire
devra se diriger vers cet objectif. Elle ne devra pas perdre de vue un
seul instant l'interdépendance étroite qui existe entre la production
et la consommation. Dans la société actuelle, le profit qui s'intercale,
de la première étape de la production à la dernière étape de la consommation,
réduit tantôt l'une tantôt l'autre. Lorsque la consommation est restreinte,
profit et production baissent - ce sont les crises dites à tort de "surproduction"
- ils s'accroissent au contraire si la demande dépasse l'offre de la marchandise.
Mais toujours la consommation des masses se voit réduite par le gaspillage
des armées, des polices, des bureaucraties et de toutes sortes d'activités
parasitaires, en même temps que strictement limitée par la loi de la valeur
qui met un prix au travail et au produit de celui-ci, y compris aux connaissances
scientifiques et à la culture en général. La taxation du prix du travail
par l' État aggrave la situation de l'ouvrier,
car elle le laisse sans défense devant le capital. Dans la société de
transition, le profit, sous quelque forme que ce soit, doit être banni,
fût-ce sous la forme des hauts salaires qu'il est susceptible d'adopter.
Le but d'une véritable économie planifiée étant d'accorder production
et consommation, seule la pleine satisfaction de cette dernière - et non
le profit ou les privilèges, ni les exigences de la "défense nationale"
ou d'une industrialisation étrangère aux besoins quotidiens des masses
- doit être considérée comme étalon de production. La première condition
d'une telle démarche ne peut donc être que la disparition du travail salarié,
pierre maîtresse de la loi de la valeur, universellement présente dans
les sociétés capitalistes, bien que nombre d'entre elles se targuent aujourd'hui
d'être socialistes ou communistes.
Toute économie
prétendue planifiée qui ne tient pas compte des nécessités vitales des
masses, se trouve de ce fait orientée vers la satisfaction des besoins
d'une minorité exploiteuse et dominante qui impose à la société les normes
capitalistes les plus draconiennes, tout en se constituant en une sorte
d'État policier . Elle relève de l'économie
dirigée et, quels que soient ses succès industriels, elle contribuera
seulement à pousser l'humanité vers la réaction et la décadence. Les gobe-mouches
admirateurs des cheminées géantes et des indices de production sont imprégnés
du principe fondamental de l'accumulation élargie du capital. Le socialisme
scientifique, tel que Marx et Engels l'ont conçu et tel que les nécessités
humaines le réclament, ne connaît d'autre impératif que ceux de l'individu,
à commencer par le travailleur : sa satisfaction concrète, sa liberté,
le plein épanouissement de ses facultés. Il faut abominer comme la peste
ceux "qui placent la société au-dessus de l'individu" (K. Marx).
(4) Les
ouvriers américains employés aux machines automatisées les appellent "men
killers" (tueurs d'hommes).
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# Impérialisme et indépendance nationale
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Résumé: La relation impérialisme-colonies constitue la trame toujours plus serrée du mercantilisme mondial, et elle est aussi insurmontable pour lui que la relation fondamentale :…
Introduction
SOMMAIRE :
Avant-propos à
l'édition italienne
I. Préface
II. Décadence du capitalisme
III. Stalinisme contre socialisme
IV. Impérialisme et indépendance nationale
V. Révolution ou
guerre impérialiste
VI. Les perspectives marxistes
VII. L'organisation révolutionnaire
VIII. Les taches de
notre époque
ANNEXES :
Aujourd'hui comme hier
IV. IMPÉRIALISME ET
INDÉPENDANCE NATIONALE
La relation impérialisme-colonies
constitue la trame toujours plus serrée du mercantilisme mondial, et elle
est aussi insurmontable pour lui que la relation fondamentale : capital-exploitation
du travail salarié- capital accru. L'une et l'autre ne se modifient depuis
un certain temps que par leur propre exacerbation, en rendant la dissociation
entre l'ensemble du système mondial et les nécessités humaines de plus
en plus déchirante.
Depuis la fin de la dernière
guerre, maintes colonies se sont vues octroyer l'indépendance, dans d'autres
pays des guerres locales ont été déclenchées pour l'obtenir, de tous côtés
on parle de "décolonisation", "industrialisation des pays sous-développés",
"révolution nationale" et autres ritournelles. En même temps, la Russie
s'est emparée de neuf pays en Europe ( note8 ),
de la moitié de la Corée et du Vietnam en Asie, où la vaste Chine a eu
sa souveraineté nationale plus restreinte qu'au temps des "conces-
sions" étrangères ; par ailleurs, dans la majeure partie du monde
la tutelle des États-Unis continue de s'appesantir jusque sur les
nations les plus anciennes et les plus fortes. Il ne s'agit dans tous
ces cas que d'un seul et même processus de réajustement de la planète
aux forces impérialistes, telles qu'elles ont été remodelées à la suite
de la guerre de 1939-1945.
Concédée par la puissance
colonisatrice ou acquise par les armes, l'indépendance nationale n'implique
nullement la rupture avec l'impérialisme, mais au contraire, fait apparaître
celui-ci sous un jour plus clair, dans sa plus pure complexion d'emprise
économique. En effet, nous sommes arrivés à un point où le travail et
les connaissances de nombreuses générations se trouvent centralisées,
après de multiples spoliations militaires et mercantiles, dans de gigantesques
instruments de production que commandent principalement les États-Unis
et la Russie. Ces instruments ayant un même caractère capitaliste dans
les deux pays, la rotation de l'économie dans le monde entier se fait
nécessairement autour de leurs centres respectifs. Inversé, cet argument
a la valeur d'une démonstration : il suffit que la rotation économique
d'un ou plusieurs pays ait pour axe un autre pays, pour prouver la nature
capitaliste et de l'axe et du satellite. Car les pays ne peuvent, pas
plus que les individus, se soustraire aux impératifs de l'accumulation
du capital sans supprimer le capital.
Plus les découvertes techniques
sont importantes et payantes (automation, cybernétique, énergie nucléaire
à des fins utiles ou meurtrières, chimie industrielle et agricole, etc.)
et plus accablant se fait le poids de la Russie et des États-Unis
sur les pays du monde entier, amis ou adversaires, mais d'abord sur les
amis. L'antagonisme militaire entre les deux blocs se juxtapose aux facteurs
économiques et techniques pour affermir l'emprise de l'impérialisme et
l'étendre jusque sur des territoires qui sembleraient oubliés sans cette
intensive préparation à la guerre. En somme, par leur énorme volume comme
par la haute spécialisation scientifique de leurs installations industrielles,
les capitaux américains ou russes ne peuvent aider sérieusement une économie
nationale sans la vassaliser. L'occupation militaire et administrative
propre au régime colonial s'est avérée un signe de faiblesse économique
de la part d'une métropole. De même qu'à l'échelle nationale, le capitalisme
base sa domination sur le monopole des instruments de travail qui met
à sa merci les classes laborieuses et transforme en commis les petits
bourgeois, à l'échelle internationale son plein rôle impérialiste n'est
atteint que par le drainage de la plus-value vers les capitaux les plus
forts. Seulement il faut comprendre capitaux dans le sens le plus large
de capacité industrielle et technique, mieux encore que dans l'acception
purement financière. L'assujettissement des économies faibles aux économies
fortes se fait ainsi par voie "naturelle", la coercition principale étant
celle, inséparable du système, de l'accroissement du capital investi à
chaque cycle de production.
L'asservissement des pays
sous-développés restera toujours proportionnel à l'aide que les grandes
puissances leur apporteront, sans que le retard économique des premiers
par rapport aux seconds cesse de croître. Et l'indépendance nationale
accélère ce mouvement par l'association volontaire des exploiteurs locaux
qui, tout en mettant à profit les immondes duperies traditionnelles du
patriotisme, deviennent les fourriers du grand capital impérialiste. La
puissance de celui-ci à l'heure actuelle n'a guère à craindre, pas même
de la nationalisation de ses propriétés par les pays "souverains". "L'expropriation
des impérialistes" fait revenir à la fin leur dû aux impérialistes, par
le jeu du commerce et des investissements dans toutes les branches de
la production mondiale, tout en continuant à resserrer l'enchaînement
des faibles aux forts. Il n'est pas impossible qu'un pays passe d'une
férule impérialiste à l'autre, mais la loi d'airain de l'économie capitaliste
ne peut être brisée que par la suppression de la marchandise, à commencer
par son origine, le travail salarié, qui fait de l'homme, partout dans
le monde, un être amoindri, en proie aux démagogues nationaux et internationaux.
Les évènements ont confirmé
la thèse de Rosa Luxembourg qui niait, à l'encontre de Lénine, la possibilité,
sous le capitalisme, d'un "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes".
Et les arguments que Lukacs ( note9 )
oppose à cette thèse sont entachés de réformisme dirigiste. Ceux de Lénine
offrent surtout un caractère tactique très dépassé aujourd'hui. Dans la
mesure où il a reçu force de loi ce droit a été, exclusivement, celui
des exploiteurs autochtones à choisir leur propre impérialisme pour broyer
les travailleurs à leur guise.
Évidemment, ce n'est
plus l'heure de développer le capitalisme nulle part, mais celle de l'abattre
partout. L'arborescence mondiale de l'appareil impérialiste moderne force
à elle seule le prolétariat à envisager son action à l'échelle planétaire,
et de la même manière dans les pays arriérés ou les colonies que dans
les métropoles, sur le terrain de la révolution sociale et non sur celui
de la nation capitaliste. L'action révolutionnaire doit se baser sur le
droit des exploités à disposer d'eux-mêmes, à renverser le capitalisme
et la nation et à s'engager dans une économie socialiste internationale.
La "révolution nationale",
l'industrialisation des pays sous-développés, le rôle "progressif du tiers-monde",
etc., autant de leurres réactionnaires. Ils ne peuvent rendre service
qu'à chaque bloc impérialiste contre son adversaire. Sans la révolution
sociale on ne peut aller que de l'orbite de Washington à celle de Moscou,
ou inversement, comme le prouvent incontestablement les cas de Cuba sous
Castro et de la Yougoslavie. Même une guerre comme celle de l'Algérie,
à propos de laquelle toute la gauche française, incapable de prendre le
parti de la révolution sociale en Algérie et en France, a pirouetté tant
et plus au son de la musique jouée à Moscou, sinon au Caire, est l'œuvre
de la guerre froide. Sans celle-ci, les bravaches du F.L.N. n'auraient
jamais quitté leur rôle de pupilles de l'impérialisme français pour adopter
celui de héros nationalistes. Installés au pouvoir, ils ne pourront, dans
aucun cas, se comporter autrement que comme sociétaires en commandite
du capital occidental ou oriental. Ils se substitueront aux pieds-noirs
( note10 ).
Tous les délais sont arrivés
à leur terme, tous les développements économiques et politiques du monde
actuel à leur point de reflux. C'est ainsi qu'indus- trialisation et découvertes
techniques ne peuvent plus trouver, sous la forme capitaliste, dans les
colonies comme les métropoles, qu'une application très restreinte et réactionnaire,
que la culture et la liberté reculent devant les propagandes abrutissantes
et les exigences policières d'un système pourri ; que des organisations
se disant encore communistes par une imposture odieuse, sont en réalité
ultra-capitalistes et s'inspirent de la plus perfide conscience contre-révolu-
tionnaire ; c'est ainsi que les masses des pays arriérés sont abusées
au bénéfice de la préparation de la guerre, alors qu'elles pourraient
être un facteur de première importance dans le renversement de l'impérialisme
américano-russe.
Proclamons-le : toute lutte
nationale est réactionnaire ; colonie ou métropole, Russie ou États-Unis,
les exploités ne doivent avoir pour objectif immédiat et universel que
le combat pour la prise du pouvoir, l'expropriation du capital privé ou
d'État, la socialisation internationale de la production et de
la consommation.
(8)
Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Tchécoslo- vaquie, une partie de
l'Allemagne, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, sans compter la Yougoslavie
ni l'Albanie.
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(9) Dans
Histoire et lutte de classe, à l'avant-dernier chapitre.
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(10) Ce
chapitre fut écrit avant l'indépendance de l'Algérie, au commencement
de 1961.
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# Révolution ou guerre impérialiste
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Résumé: Dès 1914, les forces de production, le potentiel humain et la culture avaient atteint le niveau nécessaire à l'accomplissement de la révolution socialiste. Une grande alternative…
Introduction
SOMMAIRE :
Avant-propos à
l'édition italienne
I. Préface
II. Décadence du capitalisme
III. Stalinisme contre socialisme
IV. Impérialisme et indépendance
nationale
V. Révolution ou
guerre impérialiste
VI. Les perspectives marxistes
VII. L'organisation révolutionnaire
VIII. Les taches de
notre époque
ANNEXES :
Aujourd'hui comme hier
V. RÉVOLUTION OU
GUERRE IMPÉRIALISTE
Dès 1914, les forces de production, le potentiel
humain et la culture avaient atteint le niveau nécessaire à l'accomplissement
de la révolution socialiste. Une grande alternative se présentait à l'humanité
et en particulier au prolétariat : révolution ou guerres continuelles,
suppression du capitalisme ou décadence et chute dans la barbarie. En
fait, deux guerres ont exterminé des dizaines de millions d'hommes et
détruit le travail de plusieurs générations, dans le seul but d'imposer
au monde la domination d'un des blocs esclavagistes. À deux reprises
en moins de trente ans, les gouvernants des pays belligérants ont appelé
leurs populations respectives au massacre de celles des pays "ennemis"
; au nom de la liberté, de la civilisation, du droit et du bien-être futur,
promettant pour demain, à l'instar de toutes les religions, ce
qu'ils n'acceptent pas de donner aujourd'hui. Pour établir un nouvel équilibre
mondial, les alliés d'hier sont une fois de plus disposés à déclencher
un nouveau carnage, qui, maintenant, peut aboutir à l'anéantissement de
l'espèce humaine.
Pour les masses travailleuses, la guerre représente
le plus terrible des fléaux : poussées loin de leurs objectifs de classe,
elles sont entraînées à combattre pour la défense des privilégiés de chaque
pays belligérant. Contrairement à ce qu'essaient de faire croire la propagande
bourgeoise et social-démocrate, ainsi que la réaction fasciste ou stalinienne,
il n'existe jamais d'intérêt national collectif, mais seulement des intérêts
de classe, ceux du prolétariat étant les seuls à se confondre avec ceux
de l'humanité.
La guerre - parfois sa simple menace - en accentuant
la misère des classes exploitées et la suprématie militaire, provoque
une régression sociale généralisée, propice à toutes les entreprises réactionnaires.
Mais les gouvernements, occidentaux et orientaux, ne peuvent éviter la
guerre, car elle est incluse dans le mécanisme de leur système. Elle ne
peut être davantage évitée par les mouvements pacifistes, toujours impuissants.
Il faut en déraciner la cause, c'est-à-dire, le capitalisme. Rappelons
que si les prolétaires des deux camps avaient, en 1914, attaqué leurs
gouvernements respectifs au lieu de s'entretuer, l'humanité se serait
épargné cinquante années de calamités, d'oppression et de conflits. Mais
les dirigeants ouvriers, faisant corps avec les exploiteurs, poussèrent
à la guerre dans les deux camps et imposèrent ainsi à la classe ouvrière
le dilemme réactionnaire de la destruction d'un groupe de pays au profit
d'un autre. Le prolétariat subit par là un grave échec et un immense recul
idéologique. L'action internationaliste de Lénine, Trotski et d'une partie
des bolcheviques, en permettant la victoire de la Révolution russe, replaça
dans ses termes exacts le dilemme historique de l'humanité, en appelant
de nouveau les peuples à s'emparer de l'économie et du pouvoir politique.
Il est incontestable que la trahison des leaders
de l'Internationale Socialiste n'aurait eu qu'une portée assez restreinte
si la Révolution russe n'avait elle-même été trahie quelques années après
sa victoire. Mais bien avant 1939, la Troisième Internationale et le gouvernement
du Kremlin avaient rejeté le dilemme posé par l'évolution historique et
faisaient leur l'alternative posée par la réaction. Le Front Populaire
n'avait pas encore fait son apparition officielle, que déjà leur politique,
sciemment dirigée vers la guerre, n'avait pas d'objectif plus méticuleux
que de paralyser l'action révolutionnaire du prolétariat. Grâce donc aux
partis "communistes" liés à Moscou, une orientation chauvine et réactionnaire
fut encore imposée aux masses. Aux côtés des puissances de l'Axe contre
"la ploutocratie anglo-américaine" (Pacte germano-russe et suppression
de la presse stalinienne de langue allemande), comme aux côtés de cette
dernière "contre le fascisme" (participation à la guerre dans le camp
des "démocraties" et résistances nationales), le Kremlin et ses partis
ne changeaient que de camp impérialiste. La débâcle ainsi provoquée parmi
les masses du monde entier ne peut être comparée à aucune autre. Elle
reste la cause principale de la démoralisation actuelle des prolétaires,
qui les rend facilement maniables par les appareils staliniens, cléricaux
ou militaires.
Une telle politique a permis à la contre-révolution
russe de devenir la seconde puissance impérialiste du Globe, non sans
l'appui matériel et moral de la première. A l'humanité, elle a valu le
partage de la planète en deux zones d'influence, la fausse propagande
de "coexistence pacifique" qui se traduit pratiquement par la "guerre
froide" et l'équilibre de la terreur permanente.
"Coexistence" ou guerre froide sont en réalité
l'avers et le revers d'une seule stratégie ductile, susceptible de s'aventurer
dans des hostilités locales, ou de se contenter pour un certain temps
de la délimitation de zones d'influence incontestées, ou de se lancer
à la décision militaire ultime, d'après les impératifs de l'expansion,
les exigences politiques internes, ou bien d'après les confidences des
espions des services secrets. Quoi qu'il en soit, et en dépit de la retenue
que les armes thermonucléaires imposent aux deux géants, à l'équilibre
de la terreur succédera la désintégration de la moitié de l'humanité ou
davantage, si les masses n'agissent pas avant.
Sommet de l'exploitation de l'homme par l'homme,
guerre de classes permanente et légale, le capitalisme révèle militairement,
de la manière la plus indéniable et la plus terrifiante, sa complète caducité
en tant que système et son incompatibilité avec les nécessités immédiates
et les aspirations des hommes. Dans les instruments de guerre, dont la
capacité meurtrière s'étend bien au-delà des hommes et des primates, jusqu'à
la vie organique rudimentaire, s'hypostasie la forme capitaliste des instruments
de production, qui, en imprégnant les relations sociales en général, étouffe
petit à petit l'humanité, même en supposant que la paix dure indéfiniment.
La solution au dilemme est urgente : en finir avec la société actuelle
ou dégénérer.
Dans de telles conditions, les congrès ou mouvements
"pour la paix" animés par les représentants ou des amis de l'un ou l'autre
bloc sont en réalité marchandise de guerre, sinon un enrégimentement direct
de la classe ouvrière. L'internationalisme prolétarien réclame l'action
simultanée contre le bloc américain et le bloc russe, non en faveur de
la paix entre eux, statu quo réactionnaire, mais contre leurs structures
capitalistes respectives, source de leur rivalité pour l'exploitation
hégémonique du monde. Et cette tâche devient impraticable sans mettre
au pilori, dans les assemblées et la presse révolutionnaire de tous les
pays, dans les usines mêmes, les serre-files des deux principales armées
impérialistes. Le défaitisme révolutionnaire n'est pas périmé comme le
prétendent certains novateurs qui avancent à reculons ; bien au contraire,
sa nécessité se fait sentir en pleine paix, et déborde jusqu'au domaine
économique. Le principal ennemi continue toujours d'être dans notre propre
pays, mais dans presque tous on peut et on doit frapper aussi les commis
de l'impérialisme extérieur.
Face à l'équilibre de la terreur, il devient
urgent de postuler le droit des travailleurs de tous les pays - droit
élémentaire de conservation de la vie, hors duquel tout autre droit devient
une dérision - de réclamer et mettre à exécution le démantèlement de toutes
les usines et industries de guerre, atomiques ou classiques de dissoudre
les armées et d'effacer les frontières.
Le prolétariat américain pourrait contribuer
décisivement à créer un mouvement mondial dans ce sens, tout en ouvrant
une brèche dans le totalitarisme, qui enchaîne l'action possible des travailleurs
russes, chinois, etc. Mais il est indispensable que sa partie la plus
consciente commence par condamner sans équivoque son propre impérialisme,
et qu'elle entreprenne avec ardeur cette tâche. Ainsi les révolutionnaires
seraient partout en meilleure position pour organiser la fraternisation
avec le prolétariat de l'autre bloc, en forçant, si nécessaire, - et ce
le sera - le cordon policier.
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# Stalinisme contre socialisme
URL: https://for.marxismo.school/stal.html
Résumé: La tâche historique du prolétariat ne peut pas être la transformation de la propriété individuelle en propriété d'État. La seule disparition de la bourgeoisie en tant que classe…
Introduction
SOMMAIRE :
Avant-propos à
l'édition italienne
I. Préface
II. Décadence du capitalisme
III. Stalinisme contre socialisme
IV. Impérialisme et indépendance
nationale
V. Révolution ou
guerre impérialiste
VI. Les perspectives marxistes
VII. L'organisation révolutionnaire
VIII. Les taches de
notre époque
ANNEXES :
Aujourd'hui comme hier
III. STALINISME CONTRE SOCIALISME
La tâche historique du prolétariat ne
peut pas être la transformation de la propriété individuelle en propriété
d'État. La seule disparition de la bourgeoisie en tant que classe
propriétaire des instruments de production n'offre en soi aucun gage de
l'orientation de l'économie vers le socialisme et la désaliénation de
l'humanité : "Abolition de la propriété privée et communisme ne sont nullement
identiques" (K. Marx). En effet, la révolution sociale doit accomplir
la socialisation des moyens de production et l'abolition du salariat.
Ce ne sont pas deux démarches différentes ou successives, mais deux aspects
d'une même transformation. C'est la propriété en tant que moyen de soumettre
l'homme au travail salarié qui doit disparaître avant que l'on puisse
parler de socialisme. Celui-ci doit être l'organisation de la production
par et pour les producteurs. Ou bien les instruments de travail reviendront
à l'ensemble de la société, ou bien l'État propriétaire, loin de
dépérir et de disparaître, ne fera qu'accroître l'écart existant entre
la forme capitaliste de l'économie et la nécessité du communisme, tout
en développant monstrueusement ses caractéristiques dictatoriales.
À cet égard, pour
le prolétariat mondial, la Révolution russe constitue un avertissement
décisif, et la contre-révolution qui l'a supplantée, la plus cruelle leçon
: la dégénérescence de la révolution a été facilitée en 1917 par l'étatisation
des moyens de production qu'une révolution ouvrière doit socialiser. Seule
l'extinction de l'État telle que l'envisageait le marxisme aurait
permis de transformer en socialisation l'expropriation de la bourgeoisie.
Or, l'étatisation s'est avérée l'étrier de la contre-révolution.
Cette erreur des Bolcheviques
s'explique surtout par les caractéristiques de la Révolution d'Octobre
elle-même; cette dernière ne fut pas, contrairement à une opinion erronée,
une révolution socialiste mais une révolution permanente, d'après les
conceptions exposées par Trotski dans les livres "1905" et "La
Révolution Permanente" et par Lénine dans les "Thèses d'Avril"
: prise du pouvoir politique par le prolétariat, anéantissement de la
société tsariste semi-féodale, voire tribale, mise en pratique par le
prolétariat des mesures de la révolution bourgeoise non réalisée et jonction
sans solution de continuité avec les mesures socialistes. En outre, le
triomphe de la révolution sociale dans d'autres pays européens jouissant
d'un plus grand développement économique et culturel était considéré comme
indispensable pour que la révolution permanente russe puisse accéder avec
succès à l'étape de transition vers le communisme. De fait, les Bolcheviques
tentèrent de dépasser leur programme initial en introduisant dans la distribution
des produits et par conséquent, dans la production, des rapports non-capitalistes
: ce fut le "communisme de guerre", le mot guerre faisant allusion à l'exiguïté
des ressources plus encore qu'à la guerre civile. Trotski lui-même a dit,
dans son livre "D'Octobre rouge à mon bannissement", que le
communisme de guerre visait des buts économiques plus vastes que ceux
des exigences militaires face à la réaction. L'échec de cette tentative,
dû à la chute verticale de la production (au-dessous de 3 % de celle de
1913) provoqua le retour au système mercantile qui reçut le nom de Nouvelle
Politique Économique (N.E.P.).
L'état d'esprit des paysans
convertis en propriétaires par la révolution fut, dans une certaine mesure,
responsable de cet effondrement de la production, auquel contribua aussi
la guerre civile; mais la cause principale résidait dans la mentalité
bourgeoise des couches sociales moyennes, dont les fonctions étaient indispensables
à l'activité productrice : petite bourgeoisie, techniciens, bureaucrates
installés dans les syndicats, les organismes administratifs de tout ordre,
les soviets et jusque dans le parti bolchevik. En lâchant légalement la
bride au commerce capitaliste, la N.E.P. scella définitivement l'alliance
des anciennes couches bourgeoises, qui avaient saboté la révolution, avec
les bureaucrates et les ex-révolutionnaires qui la regardaient comme un
mât de cocagne. De leur fusion dans l'État devait naître la caste
dominatrice qui s'intitule elle-même gaillardement "l'intelligentsia".
Lénine qui ne pouvait avoir
qu'une notion partielle de la menace bureaucratique, définissait cependant
l'État, encore soviétique, comme un "État bourgeois sans
bourgeoisie". Dans son esprit, la N.E.P. et le capitalisme d'État
qu'elle établirait n'était qu'un pis-aller momentané et un pas en arrière,
en attendant la reprise du processus de révolution mondiale. La seule
garantie d'une future socialisation de l'économie demeurait la conservation
du pouvoir effectif par les soviets ( note5 )
. En fait , ce projet d'un capitalisme d'État politiquement dominé
par le prolétariat était irréalisable même sans considérer autre chose
que les rapports de force dans la société post-révolutionnaire.
La "tendance de la petite bourgeoisie à transformer les délégués aux soviets
en parlementaires ou en bureaucrates" dénoncée par Lénine en 1918
( note6 ), s'était dès lors très largement affirmée
. À tous les échelons administratifs et politiques les révolution-
naires et le prolétariat étaient débordés
par les anciennes couches sociales intermédiaires et la nouvelle
bureaucratie. L'État défini par Lénine n'allait pas
resté longtemps "sans bourgeoisie" : une puissante caste
bureaucratique était en train de se constituer qui allait organiser
d'emblée, et à son profit, le capitalisme d'État
et la contre-révolution.
La N.E.P. marque le point
d'arrêt de la révolution permanente qui n'a donc jamais dépassé, malgré
la tentative du "communisme de guerre", le stade de l'exercice du pouvoir
politique par le prolétariat et du contrôle ouvrier de la production,
mesure démocratico-
bourgeoise qui, d'après la conception bolchevique, devait préluder à la
gestion ouvrière de la production et de la consommation, caractéristique
de la révolution sociale. Au lieu de la progression révolutionnaire sans
solution de continuité, commença une rétrogression thermidorienne, qui
supprima l'une après l'autre les conquêtes ouvrières, jusqu'à l'apparence
même des soviets, et culmina dans la contre-révolution.
Le terrain d'accointances
et d'alliance entre les couches bourgeoises de la population et la nouvelle
bureaucratie assise dans les organismes d'origine révolutionnaire, fut
la liberté capitaliste du commerce : assemblage d'individus autant que
d'intérêts. Cette mixture détentrice du pouvoir et des richesses, allait
en user et en abuser à sa guise. Telle fut l'origine du stalinisme; il
mit à profit la grande pénurie de vivres qui rendait difficile l'activité
politique du prolétariat et des révolutionnaires. Il prit aussi prétexte
de la défaite de plusieurs tentatives insurrectionnelles en Europe, alors
qu'en réalité elle lui convenait. Ce qui attisa et structura son énorme
travail contre-révolutionnaire en Russie et dans le monde - travail encore
inachevé - ce fut conjointement l'étatisation de la propriété et le parti
unique, sans fractions internes, "monolithique" d'après la nouvelle terminologie
réactionnaire. De la liberté mercantile, le stalinisme passa à la centralisation
du commerce et des investissements de capitaux qui constitue toujours
la base de ses plans économiques.
La conception révolutionnaire
de la planification de l'économie a pour point de départ la disparition
du travail salarié, à la fois condition et preuve de la suppression du
capital. Les projets de production et d'industrialisation doivent s'inspirer
uniquement des besoins sociaux de consommation et, en premier lieu, élever
le niveau de vie des classes exploitées sous le capitalisme, à commencer
par les couches les plus pauvres. Seulement dans ce cas, le travail non
payé qui constitue la plus-value, reviendra à la société tout entière
: l'exploitation disparaîtra et l'on atteindra le communisme et la désaliénation
de l'Homme.
La classe ouvrière elle-même
doit décider, par des comités démocratiquement désignés à ce seul effet,
quelle quantité de travail social doit être affectée à de nouveaux instruments
de production (ce qui aujourd'hui constitue le capital constant) et quelle
autre à l'élargissement immédiat de la consommation (ce qui aujourd'hui
constitue le capital variable, le rationnement par le salaire). La planification
socialiste est un renversement complet du fonctionnement de l'économie.
Les hommes qui, à présent, dans le bloc américain aussi bien que dans
le bloc russe, sont soumis à la production de capital constant sous forme
de machines, doivent mettre celles-ci, entièrement à leur service et ne
rien produire qui lui soit étranger. Et si par hasard des comités ouvriers
légitimement élus mettaient l'industrialisation au-dessus des exigences
quotidiennes de leur propre classe, ils ne feraient qu'administrer le
capitalisme et perpétuer l'exploitation.
Les plans de la production
russe - comme ceux de tous ses imitateurs - sont à l'opposé de la conception
révolutionnaire de la planification. Ils sont inspirés d'une accumulation
du capital dont le modèle est l'analyse de la société capitaliste faite
par Karl Marx, et déterminés en détail d'après le taux de productivité
le plus haut possible pour chaque catégorie et la rémunération le plus
bas possible de la main-d'œuvre. La surexploitation qui en résulte serait
impossible sans la centralisation totale des capitaux dans l'État,
patron exclusif, législateur du prix de la main-d'œuvre, de la marchandise
"homme", celle-ci ne disposant même plus de la liberté de marchander sa
propre vente au capital. Voilà comment et pourquoi l'expropriation de
la bourgeoisie en 1917, au lieu d'ouvrir la route au socialisme, a cédé
la place à la forme la plus brutale de l'exploitation de l'homme par l'homme
: le capitalisme d'État.
Pour organiser son capitalisme
d'État, la contre- révolution stalinienne mit à profit la misère
matérielle et mentale de la vieille Russie, aggravée par huit années d'opérations
militaires. Malgré tout, politiquement elle a dû exterminer, et de la
manière la plus abjecte qu'on puisse imaginer, toute une génération révolutionnaire,
avant d'affermir solidement sa domination. Les grands procès de Moscou,
en 1936-1938 et le massacre ou la déportation en Sibérie de tous ceux
qui restaient fidèles à l'Octobre rouge, n'ont pas d'équivalent dans les
annales des contre-révolutions, pas même dans les dictatures hitlériennes
ou franquistes. Ils révèlent une conscience réactionnaire et une férocité
qui constituent un des plus redoutables dangers pour le prolétariat international.
Depuis lors, sinon avant, le pouvoir russe - mis à part sa concurrence
impérialiste avec les puissances occidentales, et complémentairement à
celles-ci - a eu pour objectif fondamental d'éviter toute révolution sociale
dans le monde, ou de l'écraser par l'intermédiaire de ses partis nationaux
en imposant le capitalisme d'État sous la désignation de socialisme.
Les preuves à l'appui surabondent, depuis la Révolution espagnole jusqu'au
triomphe de Mao Tsé-toung et à l'entrée des tanks russes dans Budapest
révoltée, sans négliger la rapide cristallisation réactionnaire du pouvoir
castriste.
En somme, la contre-révolution
stalinienne constitue l'événement négatif le plus grave de notre siècle.
Grâce à elle et à l'action de ses partis vassaux, le prolétariat a subi
défaite sur défaite et se trouve dans le désarroi le plus complet, à la
merci de toute force qui s'abattra sur lui. Ceux qui prêtent appui à cette
contre-révolution, quelque raison qu'ils invoquent, représentent l'ennemi
de classe ; ceux qui la considèrent seulement comme une distorsion politique
des objectifs révolutionnaires jouent par rapport à elle le rôle de l'ancien
réformisme par rapport au capitalisme en expansion. Par conséquent, pour
la création d'une organisation ouvrière de la révolution mondiale, il
est nécessaire d'exiger de tous les groupes et individus une rupture préalable
avec le stalinisme, sur les bases que voici :
a) Façonnée par la contre-révolution
stalinienne, l'économie russe est un capitalisme d'État, impérialiste
au même titre que l'économie rivale américaine;
b) Ce capitalisme ne peut
être orienté dans un sens prolétarien par aucune mesure, ni même par aucune
révolution qui serait exclusivement politique, mais peut seulement être
aboli par une révolution sociale inaugurée par la destruction de toutes
les institutions actuelles, y compris le parti dictateur et la propriété
d'État;
c) Nulle part le stalinisme
ne peut être envisagé comme un mouvement ouvrier opportuniste
ou réformiste, mais comme nécessairement contre- révolutionnaire : il
porte en lui le capitalisme d'État et la destruction des libertés
ouvrières indispensables à l'organisation du socialisme;
d) Sa politique d' "union
nationale" dévoile sa véritable nature. Socialement identique à celle
de l'ancienne bourgeoisie mais politiquement plus perfide, elle postule
pour le stalinisme la direction suprême, économique et politique, du capital
dans chaque pays. La déclaration de Moscou dite des 81 partis, ne le dissimule
qu'à peine.
En conséquence, les révolutionnaires
voient dans le stalinisme un ennemi de classe et considèrent toute collusion
ou alliance avec lui comme un abandon de la cause prolétarienne, sinon
comme une trahison.
La "déstalinisation" de
Khrouchtchev, complice de Staline dans l'assassinat des bolcheviques de
1917, vise dans le meilleur des cas à consolider le stalinisme en le perfectionnant
comme système. La légalité "soviétique" dont parlent les continuateurs
de Staline est celle de sa bureaucratie capitaliste. Le prolétariat n'a
que faire d'une telle légalité, sinon la démanteler et entreprendre la
création de la sienne propre. Même la liberté de parole, d'organisation,
de presse, etc... - non plus que la réhabilitation de Trotski et autres
révolutionnaires exécutés - que la bureaucratie pourrait se voir obligée
d'accorder, ne changeraient en rien le capitalisme d'État, oeuvre
essentielle de la contre-révolution stalinienne.
Enfin, une entente politique
existe, tantôt tacite, tantôt explicite, entre le capitalisme occidental
et la contre-révolution stalinienne, depuis les premiers symptômes de
celle-ci. Les services qu'ils se sont rendus mutuellement sont innombrables.
Le capitalisme occidental doit sa longévité et sa prospérité à la contre-révolution
stalinienne, et cette dernière lui doit sa consolidation et son extension
( note7 ). Depuis les accords
de Potsdam, Washington et Moscou se reconnaissent mutuellement comme chefs
de l'ordre mondial, malgré leur rivalité pour la domination. L'idée du
retour du prolétariat au pouvoir en Russie, terrifie le capitalisme américain,
mais la caste directrice russe n'est pas moins terrifiée par la perspective,
malheureusement plus improbable dans l'immédiat, de la révolution sociale
aux États-Unis.
(5) Voir
Lénine, Le capitalisme d'État et l'impôt en espèces.
retour au texte
(6) Dans
son discours devant le Congrès pan-russe des Conseils de l'économie, tenu
à Moscou en mai 1918.
retour au texte
(7) Quelques
exemples remarquables entre mille :
A la première Conférence
Internationale de Genève où assistait une délégation de Moscou, alors
que le Thermidor stalinien se profilait déjà, le représentant anglais,
Chamberlain, le futur homme de Munich, s'écriait : "La Grande-Bretagne
ne traitera pas avec l'Union Soviétique aussi longtemps que Trotski ne
sera pas fusillé."
L'expulsion de Trotski du
C.C. et du Parti russe, ainsi que plus tard sa déportation à Alma Ata
furent applaudies par la presse bourgeoise et les chancelleries occidentales
comme un signe certain de la victoire de la fraction réactionnaire sur
la fraction révolutionnaire.
L'avocat de Sa Majesté,
Pit, cautionna publiquement les falsifications judiciaires de Moscou en
1936-38, tandis que, peu après, le milliardaire Eric A. Johnston (à l'époque
président de la Chambre de Commerce américaine), se félicitait de l'extermination
des hommes de 1917. Vers les mêmes années, Laval obtenait de Staline une
pleine subordination patriotique des partis staliniens occidentaux. Le
mot d'ordre du Parti français fut : "La police avec nous".
En 1937-38, les capitales
impérialistes regardaient avec soulagement et encourageaient la répression
de la révolution espagnole par le gouvernement Negrin, que les hommes
de Staline dominaient et inspiraient directement.
En 1944, le prolétariat
grec, soulevé et presque vainqueur, fut brutalement réprimé par une coalition
des staliniens, des cléricaux et des troupes anglaises. Churchill, après
conférence personnelle sur la répression avec le parti "communiste" grec,
se vantait à la Chambre des Communes d'avoir écrasé "la véritable révolution
communiste, celle qui est redoutée aussi à Moscou".
Enfin, les tanks russes
n'auraient pas pu mitrailler le prolétariat de Budapest en 1956, sans
la passive complicité des impérialismes occidentaux. Pour ceux-ci comme
pour la Russie, l'affirmation de la puissance rivale est toujours préférable
au triomphe d'une révolution qui mettrait en mouvement les masses du monde
entier.
Une liste complète de faits
semblables, toujours cachés ou falsifiés par les propagandes des deux
blocs, remplirait un fort gros volume.
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# L'organisation révolutionnaire
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Résumé: Outre les causes matérielles qui ont livré le prolétariat à la merci de ses ennemis, il faut souligner, en tant que facteur politique additionnel, la faillite des organisations…
Introduction
SOMMAIRE :
Avant-propos à
l'édition italienne
I. Préface
II. Décadence du capitalisme
III. Stalinisme contre socialisme
IV. Impérialisme et indépendance
nationale
V. Révolution ou
guerre impérialiste
VI. Les perspectives marxistes
VII. L'organisation révolutionnaire
VIII. Les taches de
notre époque
ANNEXES :
Aujourd'hui comme hier
VII. L'ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE
Outre les causes matérielles
qui ont livré le prolétariat à la merci de ses ennemis, il faut souligner,
en tant que facteur politique additionnel, la faillite des organisations
qui, s'étant opposées du premier jour à la corruption stalinienne, se
trouvaient dans les meilleures conditions pour regrouper de nouveaux partis
révolutionnaires. L'œuvre de Trotski et du mouvement originel de la IVe
Internationale a constitué un apport considérable pour la compréhension
du Thermidor russe. Mais l'organisation qui continue à se réclamer du
trotskisme, loin de compléter et de développer les analyses de Trotski
et son propre programme, en mettant à profit l'ensemble de l'évolution
politique et sociale, ne fait que murmurer des formules vides sur la nature
de l'économie russe. Elle se refuse à admettre le caractère contre- révolutionnaire
et capitaliste du stalinisme, et elle a accueilli comme "libératrice"
l'entrée des troupes russes en Europe orientale, alors que celles ci arrachaient
aux ouvriers les armes et les usines dont ils s'étaient emparés dans plus
d'un cas. Sa honteuse collusion récente avec divers nationalismes bourgeois
- celui de l'Algérie en premier chef - était préparé de longue date par
son abandon de la devise marxiste : "Contre la guerre impérialiste, guerre
civile", au profit d'une défense nationale que le substantif "Résistance"
ne prétendait même pas masquer.
En somme,
en considérant que le capitalisme d'État à la manière russe est
la base économique du socialisme, la IVe Internationale renie ostensiblement
la tâche révolutionnaire qui fut à l'origine de sa fondation. Le véritable
réformisme moderne est en vérité la IVe Internationale, plus les organisations
qui lui sont idéologiquement apparentées. Elles remplissent, par rapport
au capitalisme centralisé dans l'État, un rôle semblable à celui
de l'ancienne social-démocratie relativement au capitalisme privé et monopoliste.
Sans rompre avec elles, il est impossible de fouler un terrain propice
à la révolution.
Quant aux
groupes qui ont quitté cette Internationale après le Congrès de 1948,
ou qui prétendent la "continuer" - comme tout récemment ceux d'Amérique
Latine -, ils sont enfermés dans une orthodoxie trotskiste aussi négative
que toute autre, et par-dessus le marché mensongère. Ils sont tombés dans
les mêmes opportunismes, et, également, voient dans tout chiffon de drapeau
nationaliste le commencement d'une "révolution permanente", alors qu'il
barre en réalité la route au prolétariat. Ils interprètent de façon droitière
le Programme de Transition, lors même que l'expérience et les nécessités
des masses commandent de la manière la plus pressante de le dépasser.
De son
côté, la tendance "Socialisme ou Barbarie", également issue de la IVe
Internationale déjà amadouée, est allée à la remorque de la déliquescente
"gauche" française sur tous les problèmes et dans tous les moments importants
: guerre d'Algérie et problème colonial, 13 mai 1958 et pouvoir gaulliste,
syndicats et luttes ouvrières actuelles, attitude face au stalinisme et
au dirigisme en général. A telle enseigne que, bien qu'elle reconnaisse
dans l'économie russe un capitalisme d'État, elle n'a contribué
qu'à rendre les esprits encore plus troubles. En renonçant expressément
à lutter contre le courant et à ne rien dire à la classe ouvrière "qu'elle
ne puisse pas comprendre" elle s'est vouée de son propre gré à la faillite.
Dépourvue de nerfs cette "tendance" a cédé à une versatilité qui frise
le funambulisme existentialiste. Envers elle, comme envers d'autres qui
existent aux États-Unis, il convient de rappeler le mot de Lénine
: "Seuls quelques pitoyables intellectuels pensent qu'aux ouvriers il
suffit de parler de la vie de l'usine et de rabâcher ce qu'ils savent
depuis longtemps."
Quant aux
groupes et aux partis qui, dans la querelle russo-chinoise ont plus ou
moins pris le parti de Pékin, ils se situent très à droite de ce que,
avec beaucoup de tolérance, on peut considérer comme avant-garde révolutionnaire
( note13 ). Pékin ne fait qu'imiter
le capitalisme d'État russe, la contre-révolution stalinienne.
Que son protecteur d'hier traite la Chine, et ne consente à la traiter
que comme une semi-colonie, est la juste monnaie du rôle que ses dirigeants
remplissent depuis longtemps. Mais cela ne lui donne nullement le droit
de parler au nom du prolétariat et de la révolution. En 1925-1927, Mao
Tsé-toung et Chou En-lai détruisirent les soviets chinois pour la plus
grande gloire du Thermidor russe. Ils récoltent maintenant ce qu'ils ont
semé. La Russie, devenue une grande puissance impérialiste, exige des
dividendes sur la plus-value arrachée à cinq ou six cents millions de
Chinois, en plus de la subordination qui lui est due en matière d'influence
asiatique. C'est pourquoi la "querelle idéologique" ne comporte que des
euphémismes et des paroles creuses propres à la bureaucratie capitaliste
quand elle traverse de graves difficultés.
En se mettant
à la traîne de Pékin on piétine l'idéologie du prolétariat autant qu'en
s'inclinant devant Moscou. Seule l'indigence mentale et psychique - lie
déposée par trente années de stalinisme - permet encore aux mandarins
de Pékin de parler d'une révolution qui doit être faite en Chine aussi,
et contre eux. Les suiveurs qu'ils réussissent à rassembler, ils les utiliseront
pour établir un compromis avec Moscou, - première tentative -, et, si
celui-ci échoue, avec Washington.
Les groupes
les plus radicaux de la périphérie stalinienne entendent par "retour à
la politique révolutionnaire" le retour au Front populaire, qui fut précisément
la tactique de guerre impérialiste mise en jeu, sous une apparence réformiste,
au temps même où la contre-révolution marchait en Russie à tambour battant,
fauchant les têtes de tout ce qui continuait d'être tant soit peu révolutionnaire.
La réalité est que tous ces groupes ou partis sont un sous-produit de
la crise qui a inauguré la décomposition de la contre-révolution stalinienne
et qu'ils n'ont absolument rien de positif à proposer. Les ouvriers et
les hommes jeunes qui, à la suite de mille circonstances fortuites, se
sont retrouvés dans leur sein, seront perdus pour tout travail révolutionnaire,
à moins qu'ils ne récapitulent avec la plus grande rigueur critique toute
l'œuvre du stalinisme en tant que contre-révolution capitaliste en Russie
et dans le monde. C'est là un préambule indispensable pour être en mesure
de contribuer, dans la théorie et dans la pratique, à la renaissance d'un
parti prolétarien mondial.
Jamais
on n'a tant parlé de "révolutions victorieuses", et jamais on n'a vu une
époque à ce degré réactionnaire, de l'Orient jusqu'à l'Occident. On dirait
que le capital est sur le point de réaffirmer sa domination pour mille
ans, en fourrant dans les cerveaux de ses victimes, telle une religion,
l'idée que l'exploitation planifiée est le socialisme et que la dictature
policière d'un parti est le gouvernement du prolétariat. Les apparences
sont trompeuses. De part et d'autre de la frontière entre les deux blocs,
de formidables énergies révolutionnaires se sont accumulées. Elles peuvent
se mettre en branle à un moment quelconque, où que ce soit ; mais leur
cristallisation en victoire prolétarienne s'avérera impossible sans une
nouvelle organisation révolutionnaire. Par contre, la création de celle-ci
précipitera une avalanche irrésistible des masses, toutes les énergies
tendues vers l'objectif suprême. Une véritable civilisation pourra émerger
pour la première fois parmi les hommes.
La première
Internationale groupa les travailleurs par-delà les frontières et, avant
sa dissolution, avait réalisé un immense travail idéologique qui, aujourd'hui
encore, est une des principales sources d'inspiration révolutionnaire.
La Deuxième Internationale disputa au capitalisme les droits et le niveau
de vie des ouvriers, mais se refusant à l'abattre, elle finit par s'intégrer
à sa légalité, qui n'est que ténèbres pour les exploités. La Troisième
Internationale prit la tête de la lutte pour la révolution mondiale pendant
plusieurs années tout en continuant l'œuvre éducatrice de la Première,
jusqu'au moment où le Thermidor commença à l'utiliser comme instrument
de politique extérieure conser- vatrice. Totalement avilie par la contre-révolution
stalinienne, elle seconda tous les crimes de celle-ci en Russie et contribua
fortement à la défaite du prolétariat mondial. Pour sa part, la Quatrième
Internationale, qui détenait d'immenses possibilités malgré son exiguïté
organique, a dilapidé d'exégèse en exégèse son héritage théorique jusqu'à
perdre finalement son indépendance en tant que mouvement.
Une nouvelle
organisation révolutionnaire est indispensable au prolétariat mondial.
Cependant, à moins qu'elle n'incorpore à sa pensée les sévères expériences
idéologiques et organisationnelles survenues depuis 1914, sa constitution
s'avèrera impossible, ou du moins gravement défectueuse. Les défaites
du passé doivent jalonner le chemin de la victoire. Une telle organisation
doit surpasser les traditionnels rassemblements de partis nationaux et
rejeter aussi tout "centralisme" permettant à une poignée de dirigeants
de mettre "la base" devant des décisions disciplinaires accomplies. Elle
doit préfigurer le futur monde sans frontière ni classe. Dans cette intention
nous adoptons ce Manifeste que nous proposons à tous les groupes et à
tous les individus révolutionnaires du monde. Il faut rompre d'une manière
tranchante avec des tactiques et des idées mortes, dire sans réticence
toute la vérité à la classe ouvrière, rectifier sans regret tout ce qui
fait obstacle à la renaissance de la révolution, que ces obstacles proviennent
de Lénine, de Trotski ou de Marx, et adopter un programme de revendications
qui concorde avec les possibilités maxima de la technique et de la culture
modernes mises au service de l'humanité.
(13) Sans
prétendre apprécier en particulier chacune de ces organisations, on peut
considérer révolu- tionnaires les divers groupes de la "Gauche Italienne",
en France Programme Communiste, au Japon la Ligue Communiste Révolutionnaire
et, un peu partout dans le monde, quelques groupes d'origine trotskiste
ou anarchistes indépendants.
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# Les perspectives marxistes
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Résumé: Dans les vieux pays capitalistes, l'État, la police, les lois, les tribunaux centralisent et représentent les intérêts de l'ensemble des Capitalistes individuels. Dans la Russie…
Introduction
SOMMAIRE :
Avant-propos à
l'édition italienne
I. Préface
II. Décadence du capitalisme
III. Stalinisme contre socialisme
IV. Impérialisme et indépendance
nationale
V. Révolution ou
guerre impérialiste
VI. Les perspectives marxistes
VII. L'organisation révolutionnaire
VIII. Les taches de
notre époque
ANNEXES :
Aujourd'hui comme hier
VI. LES PERSPECTIVES MARXISTES
Dans les vieux pays
capitalistes, l'État, la police, les lois, les tribunaux centralisent
et représentent les intérêts de l'ensemble des Capitalistes individuels.
Dans la Russie stalinienne l'État est l'unique exploiteur; en lui
se trouvent centralisées la propriété et l'exploitation de type capitaliste,
au même titre que la police, l'armée et les tribunaux. L'apparition d'un
régime totalitaire aussi achevé n'entrait pas dans les perspectives de
Marx et de Engels, dont le point de départ était le développement du capitalisme,
son anéantissement et son dépassement en fonction des nécessités révolutionnaires
internes. Leur analyse et leurs perspectives se situant à l'époque où
le capitalisme allait atteindre son apogée, ne leur permettaient pas de
discerner les traits spécifiques de son déclin. Le développement considérable
du mouvement ouvrier, dans les dernières années de leur existence pouvait,
en outre, leur faire espérer que le parti révolutionnaire du prolétariat
détruirait la société capitaliste au moment où celle-ci cesserait d'avoir
une valeur positive pour l'ensemble de l'humanité.
Si Marx
et Engels ont quelquefois considéré la révolution socialiste comme inévitable,
ils ne l'ont jamais envisagée comme un processus automatique. Cependant
leurs affirmations relatives au caractère inéluctable du socialisme ont
donné à beaucoup de "marxistes" prétexte à des conceptions mécaniques
étrangères à l'esprit révolutionnaire. Au centre de celles-ci est l'idée
selon laquelle la centralisation économique demeure un signe d'évolution
positive du capitalisme, sinon le commencement du socialisme. Or, l'expérience
montre que la concentration du capital, autrefois facteur progressif de
l'évolution sociale, revêt un caractère réactionnaire au-delà d'une certaine
limite. Cette limite ne saurait être fixée par des chiffres, car elle
est co-déterminée par d'autres facteurs, tels le niveau culturel et politique,
le degré de liberté idéologique et économique consenti aux masses, et
la maturité générale de la société, ce qu'on pourrait appeler "l'âge"
du système. Une fois cette limite de progressivité atteinte (et qui pourrait
douter qu'elle soit déjà derrière nous ?) la société ne peut plus progresser
que par la révolution et, ceci, indépendamment du degré de développement
ou de concentration de chaque économie nationale. Sous peine de servitude,
l'intervention consciente de l'homme doit rompre l'automatisme de la concentration
devenue régressive.
Persister
à voir dans la centralisation des moyens de production une évolution positive
conduit, au contraire, à la conception déjà critiquée, selon laquelle
la disparition de la bourgeoisie en tant que classe possédante et l'étatisation
de l'économie constituent, dans la société de transition, la base matérielle
d'où surgirait spontanément le communisme, pour peu que les bourgeois
ne reparaissent pas. Les "marxistes" qui défendent de telles théories
aboutissent tôt ou tard, comme on l'a déjà vu, à admettre que le stalinisme
accomplit, par les nationalisations, la tâche essentielle de la révolution
; c'est là passer dans le camp d'en face.
Les perspectives
de Marx relatives au développement du capitalisme se sont confirmées dans
leurs grandes lignes, mais certains aspects nouveaux sont apparus qui
caractérisent l'époque de la décadence de la société capitaliste. En effet,
il est aujourd'hui possible d'attribuer une signification historique au
capitalisme d'État, la dernière des transformations provoquées
par la concentration des capitaux, agissant sur la propriété individuelle
comme une loi inhérente au système. Qu'elle provienne du stalinisme, du
nazisme, des démocraties occidentales ou du panarabisme avec ses résonances
dignes des Philistins bibliques, l'étatisation concrétise et prolonge
la tendance générale du capitalisme entrevue par Marx.
Au premier
stade du capitalisme moderne, celui de l'économie libérale, la propriété,
strictement individuelle, correspondait seulement au capital investi dans
l'entreprise. La concurrence était le fait de la lutte entre individus
capitalistes, sur un marché si restreint qu'il dépassait rarement l'échelle
nationale. Engendrée par le processus même de l'accumulation du capital
et par le développement du machinisme, la nécessité d'investir des sommes
de plus en plus considérables provoqua l'association des capitalistes
individuels et, finalement, l'apparition de la société anonyme, dans laquelle
sont investis d'immenses capitaux, provenant d'une multitude de capitalistes
individuels, sans que ceux-ci interviennent réellement dans leur gestion.
Au second
stade, celui de l'impérialisme, les sociétés anonymes se groupent en trusts
et en cartels qui réglementent les prix sur une grande échelle, tout en
se livrant une lutte acharnée pour la conquête des marchés et des matières
premières. L'État qui, au stade précédent, assurait un équilibre
relatif entre les capitalistes, devient, au stade de l'impérialisme, l'agent
d'exécution des trusts et cartels, dont les plus puissants s'emploient
à s'assurer le contrôle. C'est là le premier signe de décadence de la
société capitaliste, dès lors caractérisée par une énorme extension de
l'industrie de guerre.
Le troisième
stade ou capitalisme d'État est conséquence mécanique du processus
antérieur, que les guerres et les contre-révolutions accélèrent. N'importe
quel pays arriéré peut y parvenir, mais seulement poussé par des intérêts
rétrogrades, tout comme les exigences révolutionnaires mondiales lui permettent
d'accéder à la révolution socialiste au même titre que les pays les plus
industrialisés. La Révolution russe est inexplicable sans la maturité
mondiale des idées et de l'économie, qui aurait permis d'entreprendre
le socialisme. Tout aussi bien, mais dans le sens réactionnaire, le stalinisme
rejoignit directement le degré maximum de centralisation et d'exploitation
capitaliste dans le monde.
A ce troisième
stade, les moyens de production ne pouvant pas conserver leur structure
par les seuls soins des propriétaires individuels, ils sont mis sous la
protection de l'État, le représentant suprême de l'exploitation,
"le capitaliste collectif idéal" (Engels), dans lequel vient se concentrer
entièrement la propriété. Celle-ci devient propriété indivise des membres
de la couche sociale ou caste qui détient le pouvoir politique, à un tel
point qu'elle perd - en Russie par exemple - toute relation avec l'investissement
direct du capital par des propriétaires individuels. Dans l'ancien capitalisme,
à présent disparu presque partout, l'exercice du pouvoir politique était
une conséquence de la richesse ; dans le capitalisme d'État, la
richesse va d'emblée avec la possession d'une parcelle quelconque du pouvoir
politique. Le cercle dominateur tend à se resserrer et à devenir plus
despotique que jamais. L'État propriétaire et collecteur de la
plus-value distribue celle-ci entre ses serviteurs, ce qui aiguillonne
la bassesse envers les groupes les plus haut placés, groupes toujours
très restreints. De leur côté les travailleurs vivent plus courbés que
jamais par l'esclavage du salariat, qu'impose à son gré l'État,
patron unique. L'écart économique entre exploiteurs et exploités, l'arbitraire
des uns et l'assujettissement des autres, sont portés à un point jamais
atteint. "De plus en plus, le capital apparaît comme une puissance sociale
dont le fonctionnaire est le capitalisme." (K.Marx) - Voilà le capitalisme
d'État, niveau de dégénérescence de la société actuelle, que les
faussaires présentent au prolétariat comme socialisme.
La bourgeoisie,
classe de l'apogée du développement du capitalisme, a accompli une fonction
historique importante ; il s'agissait et il continue de s'agir, pour les
révolutionnaires, d'en finir avec ce capitalisme, son État, ses
classes. Faute de quoi, la décadence du système, déjà entamée, ne sera
pas l'œuvre d'une classe bien distincte, mais celle de castes ou de bureaucraties
dominant l'État et ses terrifiants moyens de répression, qui décomposent
la société et la mènent à la barbarie. Il s'agit là d'une des leçons les
plus frappantes de l'histoire récente.
Depuis
la période de l'entre-deux-guerres, l'involution, ou mouvement rétrograde
de la société capitaliste, s'est manifestée de diverses manières : l'une
des premières chronologiquement, fut l'apparition d'immenses armées de
chômeurs en Europe et aux États-Unis. En Russie, la multiplication
des camps de travail forcé était l'équivalent du chômage, et il entraînait
l'avilissement de la main-d'œuvre. Aujourd'hui même, en dépit des millions
d'hommes mobilisés dans les deux blocs, le chômage n'a pas disparu. Mais
le signe le plus brutal de la dégéné- rescence fut incontestablement la
guerre de 1939-45, dont les conséquences réactionnaires apparaissent de
plus en plus accablantes : répartition du monde et rivalité entre la Russie
et les États-Unis comme chefs de file, occupation militaire de
plusieurs nations, disparition ou écartèlement d'autres, économie de guerre
endémique, menace thermonucléaire qu'aucun accord entre les deux Empires
ne fera disparaître ; une dégradation de la conscience des masses ouvrières
et de la société en général, que chaque bloc cultive à sa manière. La
paix, ou plus exactement, l'armistice que nous vivons, a vu s'implanter
des méthodes d'exploitation si féroces, que le salaire fixe et la journée
de huit heures ont disparu presque partout. La paie "à la pièce", que
le mouvement ouvrier avait réussi à extirper, reparaît de multiples manières
: primes, bonifications, indemnités, que l'organisation du travail, les
chaînes et les chronométrages - si ce n'est les machines elles-mêmes -
se chargent de perfectionner. Les travailleurs sont ainsi mis devant la
nécessité de produire de plus en plus et de faire volontairement des heures
supplémentaires, quand ce n'est pas le contrat syndical qui le leur impose.
Il résulte
de ces méthodes "scientifiques" de développement du capital dont l'initiative
est souvent due à la contre-révolution russe ( note11 ),
une exténuation des travailleurs et un assoupissement intellectuel très
utiles à leurs ennemis, en plus de l'abaissement généralisé de la qualité
professionnelle inséparable de la technique moderne au service de l'exploitation.
La plupart des ouvriers ne sont que des manœuvres attachés a une machine.
Les spécialistes eux-mêmes le sont à tel point qu'ils manquent, eux aussi,
de métier.
Le rendement
croissant des travailleurs et des machines a entraîné une centralisation
monstrueuse des instruments de production, c'est-à-dire du capital, qui
confère à celui-ci une pernicieuse tyrannie économique et disciplinaire
sur la main-d'œuvre. Et tandis que les possédants s'assemblent en Marché
Commun en vue d'un Marché International (dans l'autre bloc en COMECON
( note12 ) ) les travailleurs
demeurent séparés, non seulement en blocs et en nations, mais à l'intérieur
de celles-ci, par branches de production, d'une entreprise à l'autre,
d'une catégorie à l'autre, et, dans chaque établissement, ils subissent
une surveillance et une réglementation toutes militaires, qui auraient
été refusées il y a trente ans comme attentatoire à leur dignité.
Ce contraste
entre la liberté de manœuvre du capitalisme et la paralysie du prolétariat
est la conséquence en droite ligne du rejet de la révolution mondiale
entre 1917 et 1937, les résultats de la dernière guerre aggravant cette
conséquence négative. Le gonflement du capitalisme est rigoureusement
conditionné, depuis des décennies, en zone orientale aussi bien qu'en
zone occidentale, par l'inaction révolutionnaire du prolétariat. De là
la nature doublement réactionnaire de l'actuelle super- concentration
du capital. Elle était superflue pour le renversement communiste de la
société, et elle a mis les exploités dans leur ensemble devant la nécessité
de reconstruire pierre à pierre leurs organisations révolutionnaires,
alors même qu'ils se trouvent assiégés par un ensemble complexe d'ennemis
s'étendant depuis le grand capital privé ou étatique, jusqu'aux partis
et syndicats qui parachèvent la structure de l'accumulation élargie.
Au milieu
de cette situation si peu exaltante, la tâche historique que le marxisme
attribue au prolétariat - la transformation de la société d'exploitation
en communisme - revêt la plus grande urgence sociale à l'échelle planétaire.
Sans elle, et dans le meilleur des cas, l'humanité se racornira dans un
byzantinisme pire que celui qui prolongea la perte de la civilisation
gréco-romaine. Mais la récupération de l'esprit combatif
et la résurgence d'une
situation révolutionnaire
ne sauraient être attendues, comme le prétendent certains marxistes qui
penchent vers l'automatisme économique, d'une de ces crises cycliques,
dites à tort "de surproduction". Celles-ci étaient des secousses qui régularisaient
le développement chaotique du système, et non point un effet de son épuisement.
Le capitalisme dirigé sait les atténuer ou les esquiver de diverses manières,
et par ailleurs, même si l'une d'entre elles se produit, elle n'engendrera
à elle seule aucun mouvement révolutionnaire. Sans l'intervention de quelque
chose de différent elle pourrait, à l'inverse, favoriser les desseins
tortueux des nouveaux réactionnaires, qui attendent leur heure, plans
quinquennaux dans leur serviette, et normes de production au poing. La
crise générale du capitalisme, c'est son épuisement en tant que système
social. Elle consiste, sommairement parlant, en ce que les instruments
de production en tant que capital et la distribution des produits, limitée
par le salariat, sont devenus incompatibles avec les nécessités humaines,
et même avec les possibilités maxima que la technique offre au développement
économique. Cette crise-là est insurmontable pour le capitalisme ; l'Occident
aussi bien que la Russie l'aggravent jour après jour.
En conséquence,
la récupération du prolétariat doit nécessairement provenir d'un vaste
ébranlement contre les conditions économiques et politiques que l'accumulation
élargie et dirigée du capital a imposées pas à pas depuis l'entre-deux-guerres.
On ne peut l'attendre sans une rupture avec le schéma traditionnel des
"revendications immédiates" et de la "démarche révolutionnaire". Aujourd'hui,
l'immédiat à obtenir, c'est la disparition des primes, des heures supplémentaires
et du travail à la pièce, ainsi qu'une importante réduction de la journée
de travail, sans que la paie moyenne diminue en aucun cas. La devise générale
doit être : moins de travail, plus de paie ! Deuxiè- mement, il faut attaquer
de face la frénétique accumulation du capital, de plus en plus réactionnaire
: "Toute augmentation de la production à la classe ouvrière qui la réalise
!", réclamation dont la perspective est, non le capitalisme d'État,
mais l'organisation du communisme.
Politiquement,
la classe ouvrière doit commencer par affirmer son droit à rejeter tout
règlement d'usine ou tout contrat de travail, dictés soit par le capital,
soit par celui-ci et les syndicats conjointement, c'est-à-dire, son droit
souverain de décision directe sur tous ses problèmes et sur tous ses mouvements
de grève, par l'intermédiaire de délégués élus et révocables à tous les
échelons nécessaires. Enfin, il ne faut pas oublier le droit individuel
ou collectif du prolétariat à l'intervention politique aux côtés des travailleurs
de tout autre pays. C'est là le chemin de l'unité révolutionnaire européenne
et mondiale, opposé à l'unification rétrograde du capital autour de Washington
et de Moscou. Les salariés des pays qui conservent certaines libertés
démocratiques bourgeoises prendront ainsi le cap de la démocratie prolétarienne
et ils pourront contribuer à briser le totalitarisme qui règne dans des
pays comme l'Espagne, la Russie, la Chine, l'Egypte, etc.
Ce qui
précède suffit pour faire comprendre à quel point le retour du prolétariat
au combat pour la révolution mondiale dépend d'un renouveau idéologique.
Une période d'insurrection des masses ne peut nullement être le résultat
unilatéral ni d'une "crise cyclique", ni même de la crise générale du
capitalisme. Si la présence de partis révolutionnaires sains et aptes
à soulever l'enthousiasme des meilleurs comme à symboliser l'espérance
des opprimés ne se conjugue pas avec cette crise, toute révolte locale
échouera sans engendrer de mouvement révolutionnaire international.
(11) Programme
du XXIIe Congrès des technocrates russes (juillet 1961) : " ... assurer
partout une production et un rendement maxima de la production pour chaque
rouble investi (...). Perfectionner constamment le système des salaires
et des primes ; contrôler par le rouble la quantité et la qualité du travail;
rejeter le nivellement de la rétribution ".
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(12) Comité
d'Assistance Économique Mutuelle.
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# Les taches de notre époque
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Résumé: Organisation de l'action de la classe ouvrière, directe et indépendante de tout syndicat, avec les devises générales détaillées ci-après…
Introduction
SOMMAIRE :
Avant-propos à
l'édition italienne
I. Préface
II. Décadence du capitalisme
III. Stalinisme contre socialisme
IV. Impérialisme et indépendance
nationale
V. Révolution ou
guerre impérialiste
VI. Les perspectives marxistes
VII. L'organisation révolutionnaire
VIII. Les taches de
notre époque
ANNEXES :
Aujourd'hui comme hier
VIII. LES TACHES DE NOTRE ÉPOQUE
Organisation de l'action de la classe ouvrière,
directe et indépendante de tout syndicat, avec les devises générales détaillées
ci-après :
A) MOINS DE TRAVAIL ET PLUS DE PAIE.
1° Suppression
du travail à la pièce et du salaire de base qui le stimule, en les remplaçant
par un travail à la semaine, à la journée, etc.
2° Réduction
de la semaine de travail à 30 heures (premier pas), sans aucune diminution
de salaire auquel doivent être incorporées les primes, indemnités, heures
supplémentaires, etc., bref, tout ce qui constitue, dissimule ou éperonne
le travail à la pièce.
3° Suppression
des chronométrages et contrôles qui intensifient l'exploitation, étouffent
l'ouvrier et rabaissent sa dignité personnelle. Les intéressés dans chaque
entreprise ou branche de la production sont seuls qualifiés pour déterminer
le rythme du travail.
4° Toute
augmentation de la production (sa valeur actuellement) qu'elle provienne
d'un plus grand rendement de l'ouvrier ou d'un perfectionnement technique,
doit revenir collectivement aux ouvriers qui en sont les auteurs, en attendant
que la classe tout entière décide de sa répartition. C'est là la manière
de mettre une limite à l'accumulation du capital, chaque jour plus écrasante,
et de hausser véritablement le niveau de vie des exploités.
5° Travail
pour tous, chômeurs et jeunes, et diminution des heures ouvrables proportionnellement
au nombre d'ouvriers et au perfectionnement de l'outillage. Il s'agit
d'une solidarité de classe qui entraînera d'excellentes conséquences,
ainsi que d'un droit au travail qui implique en contrepartie le suprême
"droit à la paresse", aujourd'hui inexistant malgré les vacances, simple
détente physique semblable aux heures de sommeil.
6° Dénonciation
des conventions collectives non établies directement avec l'entreprise
par les travailleurs et approuvées par ces derniers.
7° Distribution
gratuite, aux couches sociales les plus pauvres, des vivres et articles
de consommation stockés comme "excédents de production", distribution
effectuée dans le pays même ou dans tout autre, sans distinction de bloc.
A l'action
indépendante pour la défense des libertés élémentaires doit présider la
devise :
B) DROIT DE PAROLE, D'ORGANISATION ET DE GRÈVE AU
PROLETARIAT.
Ces droits
sont confisqués par les partis et leurs organisations syndicales qui sont
devenues inséparables du capitalisme décadent. Dans les usines, les accords
syndicats-patronat ont supprimé la liberté individuelle, aussi bien que
la liberté collective des ouvriers, et tout particulièrement celle des
révolutionnaires, si bien qu'en de nombreux lieux ils peuvent être congédiés
légalement pour avoir parlé de politique, pour avoir distribué de la propagande,
ou s'être concertés à quelque fin que ce soit. Il devient donc indispensable
de revendiquer :
1° La liberté
politique, de parole et de distribution de la presse, des tracts, etc.,
sur les lieux de travail, comme la liberté de réunion sur les mêmes lieux
quand l'autodéfense des ouvriers le requiert.
2° La récusation
de tout règlement intérieur d'entreprise dicté par le patron "bourgeois"
ou l'État, ou par celui-ci et les syndicats conjointement. Dans
chaque entreprise ou dans chaque profession, les travailleurs eux-mêmes,
par l'entremise de délégués élus à cette fin, doivent seuls détenir, à
l'exclusion de tous autres, la puissance d'établir le règlement intérieur.
Son approbation en assemblée générale est une indispensable mesure de
précaution.
3° La souveraineté
exclusive et illimitée des travailleurs, sans qu'il soit besoin d'aucune
caution syndicale ou gouvernementale, pour entreprendre la grève économique
et politique.
4° Le droit
de parole et de vote à tous les intéressés, en dehors de toute affiliation
syndicale ou politique, pour établir les revendications de chaque grève,
le moment du déclenchement et la fin de celle-ci, et pour résoudre tous
les problèmes qui s'y rapportent.
5° Le droit
d'élire directement, sans aucune formalité syndicale ou judiciaire, des
délégués permanents d'atelier, usine, profession, etc., pour représenter
les travailleurs face à la direction.
6° Le droit
de se concerter face à toute éventualité et à n'importe quel moment, par
l'intermédiaire des susdits délégués, avec les travailleurs d'autres industries
ou activités, partout dans le pays et internationalement.
Une telle
direction doit favoriser pour le prolétariat la récupération et l'accroissement
de sa liberté d'expression et d'action, aujourd'hui supprimée dans la
plupart des pays, ou transformée, dans les moins dictatoriaux, en un monopole
des partis et syndicats, qui constituent en réalité la structure légale
de l'exploitation du travail par le capital. Dans des pays comme la Russie,
la Chine et leurs imitateurs, il faut commencer par se battre contre l'ignominie
des amendes, des mesures policières ou juridiques pour les retards ou
l'absence au travail, contre l'avilissant "carnet de travail", et pour
le droit de parole et d'organisation des masses face au parti dictateur.
Sans une lutte hardie pour ces revendications, le prolétariat continuera
à perdre du terrain face au capital et à accroître la capacité oppressive
de celui-ci.
Les revendications
immédiates minima énumérées ci-dessus pourront jouer un rôle très important
dans le renouvellement de l'activité prolétarienne dans le monde entier
sans distinction de pays arriérés ou avancés. Cependant, comme il ne peut
s'agir en aucun cas d'améliorer ou de développer l'économie fondée sur
le "capital-salariat", mais d'en finir avec elle, il est indispensable
de les lier sans solution de continuité aux mesures suprêmes de la révolution
prolétarienne mondiale, sans perdre de vue que dans certains cas, il deviendra
possible de commencer directement par celles-ci :
C) A BAS LE CAPITAL ET LE TRAVAIL SALARIÉ.
1° Le pouvoir
politique aux travailleurs, qui l'exerceront par l'entremise de comités
démocratiquement désignés et révocables à chaque instant.
2° Expropriation
du capital industriel, financier et agricole, non point par l'État,
les syndicats ou toute autre institution, ce qui donnerait lieu, comme
en Russie, à un capitalisme encore plus brutal, mais par l'ensemble de
la classe ouvrière.
3° Gestion
ouvrière de la production et de la distribution des produits, ce qui est
inséparable d'une planification exclusivement dictée par les nécessités
de la disparition des classes.
4° Destruction
de tous les instruments de guerre, atomiques aussi bien que classiques,
dissolution des armées, des polices, reconversion des industries de guerre
en production de consommation.
5° Armement
individuel des exploités sous le capitalisme, territorialement organisé,
selon le schéma des comités démocratiques de gestion et de distribution.
C'est là une des meilleures garanties que la transformation sociale puisse
trouver.
6° Incorporation
aux activités utiles de toutes les couches de la population qui aujourd'hui
réalisent des travaux parasitaires ou nettement préjudiciables : cela
permettra, en se servant au maximum de la technique et de la science moderne,
et au minimum de l'effort humain, d'augmenter continuellement la production
tout en réduisant le temps de travail qui lui est consacrée. C'est aussi
le moyen de surmonter la division aujourd'hui imposée, entre travail manuel
et travail intellectuel.
7° Suppression
du travail salarié, en commençant par élever le niveau de vie des couches
sociales les plus pauvres pour atteindre finalement la libre distribution
des produits selon les besoins de chacun. Il n'y a pas et il ne peut pas
y avoir d'autre preuve de la transformation du capitalisme en socialisme
et de la disparition des classes.
8° Suppression
des frontières et constitution d'un seul gouvernement et d'une seule économie,
au fur et à mesure de la victoire du prolétariat dans les divers pays.
Enfin,
il est impératif de préciser que la transformation du capitalisme en communisme,
la dictature du prolétariat, est un concept sociologique marxiste inséparable
de la plus large démocratie au sein des masses travailleuses, elles-mêmes
en processus de disparition en tant que classe. "L'émancipation des travailleurs
sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes." Lui tournent le dos ceux qui
l'identifient à la dictature d'un parti ou même de plusieurs, à la manière
de la dictature capitaliste dite "démocratie parlementaire". Seule la
disparition de la loi mercantile de la valeur, basée tout entière sur
le travail salarié, amènera l'extinction de l'État. Faute de s'orienter
vers cette disparition dès les premiers jours de la révolution, l'État
se transforme rapidement en organisateur de la contre-révolution.
Les conditions
objectives pour la réalisation du communisme telles que l'histoire pouvait
les créer, sont présentes et mûres, à l'excès, à l'échelle mondiale. Mais
c'est seulement sur les ailes de la subjectivité révolutionnaire que l'homme
franchira la distance du règne de la nécessité au règne de la liberté.
PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS,
SUPPRIMEZ LES ARMÉES, LES POLICES, LA PRODUCTION DE GUERRE,LES
FRONTIÈRES, LE TRAVAIL SALARIÉ!
Milan,
1961.
Fomento
Obrero Revolucionario (Nùcleo M)
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Annexes >>
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# Natalia Sedova Trotski rompt avec la Quatrième Internationale
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Résumé: En défense de l'internationalisme et fidèle à la révolution socialiste mondiale, Natalia Sedova Trotski rompt avec la Quatrième Internationale, Mexico, 9 mai 1951.
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(introduction) / Retour niveau note (3)
La IVe Internationale s'étant emparé des funérailles de Natalia
Sedova Trotski, sans même se donner la peine d'éclairer qui que ce soit
sur la véritable pensée politique de celle-ci, nous nous faisons un devoir
de porter à la connaissance de tous les trois documents ci-après.
On notera que, dans sa lettre de rupture, Natalia accuse
la IVe Internationale non seulement de conservatisme à l'égard d'une notion
dépassée (la Russie "état-ouvrier"), mais aussi d'abandon de l'internationalisme
prolétarien. Dans sa réponse la IVe Internationale laisse de côté les
accusations politiques ou tergiverse sur la question de la Russie. Son
argument le plus fort est l'insulte. Elle accuse Natalia Sedova Trotski
d'être sous l'emprise de l'impérialisme américain, tandis que pendant
la dernière guerre mondiale, lorsque les actuels leaders de la IVe faisaient
de la résistance nationale, elle les taxait d'opportunisme.
La IVe Internationale a-t-elle organisé les funérailles d'une
femme tombée sous la coupe de l'impérialisme américain ou bien l'a-t-elle
"réhabilitée" à la mode orientale ? En tout cas, on ne saurait conclure
que Natalia Sedova Trotski a changé de position, comme le prouve sa dernière
déclaration politique écrite, reproduite ci-dessous. Il est de plus en
plus certain que la IVe Internationale se rapproche de Moscou dans la
mesure même où Natalia s'en éloignait, ainsi que nous, qui restons fidèles
à la pensée révolutionnaire.
Paris, le 17 février 1962.
Les Éditeurs :
GROUPE SPARTACUS (France);
PARTITO COMUNISTA INTERNAZIONALISTA (Italie);
FOMENTO OBRERO REVOLUCIONARIO (Espagne).
LETTRE DE NATALIA SEDOVA TROTSKI
AU COMITÉ EXÉCUTIF DE LA IVe INTERNATIONALE
Camarades,
Vous savez fort bien que je
n'étais plus d'accord politiquement avec vous depuis 5 ou 6 ans, depuis
la fin de la guerre et même plus tôt. La position que vous avez prise
sur les importants événements des derniers temps me montre qu'au lieu
de corriger vos erreurs antérieures, vous persistez en elles et les approfondissez.
Sur la route que vous avez prise, vous êtes arrivés à un point où il ne
m'est plus possible de rester silencieuse et de me limiter à des protestations
privées. Je dois maintenant exprimer mes opinions publiquement.
Je me sens obligée de faire
un pas grave et difficile pour moi, et je ne puis que le regretter sincèrement.
Mais il n'y a pas d'autre voie. Après beaucoup de réflexions et d'hésitations
sur un problème qui m'a profondément peinée, je trouve que je dois vous
dire que je ne vois pas d'autre voie que de dire ouvertement que nos désaccords
ne me permettent plus de rester plus longtemps dans vos rangs.
Les raisons de cette action
définitive de ma part sont connues de la plupart d'entre vous. Je ne les
répète ici brièvement que pour ceux auxquels elles ne sont pas familières,
n'abordant que nos divergences fondamentales essentielles et non les divergences
sur les questions de politique quotidienne qui leur sont reliées ou qui
en découlent.
Obsédés par des formules
vieilles et dépassées, vous continuez à considérer l'État stalinien comme
un État ouvrier. Je ne puis et ne veux vous suivre sur ce point. Depuis
le début de la lutte contre la bureaucratie usurpatrice, L.D. Trotski
répéta pratiquement chaque année que le régime se déplaçait vers la droite,
dans les conditions de retard de la révolution mondiale et de la saisie
de toutes les positions politiques en Russie par la bureaucratie. A plusieurs
reprises, il souligna que la consolidation du stalinisme en Russie menait
à une détérioration des positions économiques, politiques et sociales
de la classe ouvrière, et au triomphe d'une aristocratie tyrannique et
privilégiée. Si cette tendance continue, dit-il, la révolution s'épuisera
et le capitalisme sera restauré. Malheureusement c'est ce qui s'est produit,
bien que sous des formes nouvelles et inattendues. Il n'y a guère de pays
au monde où les idées et les défenseurs authentiques du socialisme soient
pourchassés de façon aussi barbare. Il devrait être clair pour chacun
que la révolution a été complètement détruite par le stalinisme. Cependant
vous continuez à dire que, sous ce régime inouï, la Russie est encore
un État ouvrier. Je considère ceci comme un coup porté au socialisme.
Le stalinisme et l'État stalinien n'ont absolument rien de commun avec
un État ouvrier et avec le socialisme. Ils sont les plus dangereux ennemis
du socialisme et de la classe ouvrière.
Vous considérez maintenant
que les États de l'Europe orientale sur lesquels le stalinisme a établi
sa domination pendant et après la guerre sont également des États ouvriers.
Cela équivaut à dire que le stalinisme a rempli un rôle socialiste révolutionnaire.
Je ne puis et ne veux vous suivre sur ce point. Après la guerre et même
avant qu'elle se termine, il y eut un mouvement révolutionnaire montant
des masses dans ces pays. Mais ce ne furent pas les masses qui s'emparèrent
du pouvoir et ce ne furent pas des États ouvriers qui furent établis par
leurs luttes. C'est la contre-révolution stalinienne qui s'empara du pouvoir,
réduisant ces pays à l'état de vassaux du Kremlin, étranglant les masses
travailleuses, leurs luttes révolutionnaires et leurs aspirations révolutionnaires.
En considérant que la bureaucratie stalinienne a établi des États ouvriers
dans ces pays, vous assignez à celle-ci un rôle progressif et même révolutionnaire.
En propageant cette contre-vérité monstrueuse, vous déniez à la IVe Internationale
toute raison fondamentale d'existence comme parti mondial de la révolution
socialiste. Dans le passé nous avons toujours considéré le stalinisme
comme une force contre-révolutionnaire dans tous les sens du terme. Vous
ne le faites plus, mais je continue à le faire.
En 1932 et 1933, pour justifier
leur capitulation honteuse devant l'hitlérisme, les staliniens ont déclaré
qu'il importait peu que les fascistes viennent au pouvoir, parce que le
socialisme viendrait après et à travers le règne du fascisme. Seules des
brutes dépourvues d'humanité et d'un atome de pensée ou d'esprit révolutionnaire
pouvaient s'exprimer ainsi. Aujourd'hui, indépendamment des buts révolutionnaires
qui vous animent, vous prétendez que la réaction despotique stalinienne
qui a triomphé en Europe orientale est une des voies par lesquelles le
socialisme viendra éventuellement. Ce point de vue constitue une rupture
irrémédiable avec les convictions profondes que notre mouvement a toujours
défendues et que je continue à partager.
Il m'est impossible de vous
suivre dans la question du régime de Tito en Yougoslavie. Toute la sympathie
et tout le soutien des révolutionnaires et même de tous les démocrates
doivent aller au peuple yougoslave dans sa résistance déterminée aux efforts
de Moscou pour le réduire et réduire son pays à la servitude. Il faut
tirer profit des concessions que le régime yougoslave est à présent obligé
de faire à son peuple. Mais toute votre presse est maintenant consacrée
à une inexcusable idéalisation de la bureaucratie titiste, idéalisation
pour laquelle il n'y a pas de base dans les traditions et les principes
de notre mouvement. Cette bureaucratie stalinienne n'est qu'une réplique,
sous une forme nouvelle, de la vieille bureaucratie stalinienne. Elle
a été éduquée dans les idées, la politique et la morale du Guépéou. Son
régime ne diffère en rien de fondamental de celui de Staline. Il est absurde
de croire ou d'enseigner que la direction révolutionnaire du peuple yougoslave
se développera de cette bureaucratie ou par d'autres voies que celle d'une
lutte contre elle.
Ce qui est plus insupportable
que tout, c'est la position sur la guerre à laquelle vous vous êtes engagés.
La troisième guerre mondiale qui menace l'humanité place le mouvement
révolutionnaire devant les problèmes les plus difficiles, les situations
les plus complexes, les décisions les plus graves. Notre position ne peut
être prise qu'après des discussions très sérieuses et très libres. Mais
face aux événements des récentes années, vous continuez de préconiser
la défense de l'État stalinien et d'engager tout le mouvement dans celle-ci.
Vous soutenez même maintenant les armées du stalinisme dans la guerre
à laquelle se trouve soumis le peuple coréen crucifié. Je ne puis et ne
veux vous suivre sur ce point.
C'est en 1927 que Trotski,
dans une réponse à une question déloyale que Staline lui posa au Bureau
Politique exprima ses positions comme suit : Pour la patrie socialiste,
oui ! Pour le régime stalinien, non ! C'était en 1927 ! Aujourd'hui, vingt-trois
ans après, Staline n'a rien laissé de la patrie socialiste. Elle a été
remplacée par l'asservissement et la dégradation du peuple par l'autocratie
stalinienne. C'est cet État que vous vous proposez de défendre dans la
guerre, que vous défendez déjà en Corée. Je sais très bien que vous dites
souvent que vous critiquez le stalinisme et que vous le combattez. Mais
le fait est que votre critique et votre lutte perdent leur valeur et ne
peuvent donner de résultats parce qu'elles sont déterminées par votre
position de la défense de l'État stalinien et subordonnées à celle-ci.
Quiconque défend ce régime d'oppression barbare, abandonne, indépendamment
de ses motifs, les principes du socialisme et de l'internationalisme.
Dans le message qui m'a été
envoyé par le dernier Congrès du S.W.P., il est écrit que les idées de
Trotski continuent à vous guider. Je dois vous dire que j'ai lu ces mots
avec beaucoup d'amertume. Comme vous avez pu le constater de ce que je
viens d'écrire, je ne vois pas ces idées dans votre politique. J'ai confiance
dans ces idées. Je reste convaincue que la seule issue à la situation
actuelle, c'est la révolution socialiste, c'est l'auto émancipation du
prolétariat mondial.
Natalia Sedova TROTSKI
Mexico, 9 mai 1951.
DÉCLARATION DU C.E.I. SUR LA LETTRE
DE NATALIA SEDOVA TROTSKI
La rupture de Natalia Trotski avec la IVe Internationale
est un événement pénible dans son histoire, qui provoquera le regret des
révolutionnaires dans le monde entier. Mais cette rupture ne pourra rien
changer à leur détermination de continuer la lutte pour les idées du dirigeant
martyr de la Révolution d'Octobre, lutte maintenant abandonnée par Natalia.
Ils comprendront que son acte, en dépit des meilleures intentions, est
objectivement une capitulation sous la pression de l'impérialisme mondial
mais celle-ci ne met pas plus en cause le programme de la IVe Internationale,
tracé dans ses lignes essentielles par Léon Trotski, que ne le fit la
capitulation devant le stalinisme de ses collaborateurs les plus proches,
Rakowsky, Radek, Préobragenski et autres au cours de son existence. La
réaction organisée a souvent, par sa puissance, dominé et écrasé la résistance
de tel ou tel individu. Mais elle n'a jamais été capable et, nous en sommes
certains, elle ne sera jamais capable d'écraser les grandes vérités du
marxisme élaborées par les leaders géniaux de la révolution prolétarienne
Marx, Engels, Lénine et Trotski, et les mouvements qu'ils ont créés.
Il n'est guère besoin à présent
de nous livrer à une longue polémique sur la déclaration de Natalia Trotski.
Les faits, l'histoire et la logique de l'analyse de classe sont clairs.
Ils sont chair et sang des cadres ouvriers en qui s'identifie le trotskisme
dans chaque pays. Et ce n'est pas le fruit du hasard. C'est Trotski lui-même
qui insista que la stratégie de la défense inconditionnelle de l'Union
soviétique contre l'impérialisme devait être la pierre de touche du mouvement
qu'il dirigea afin de pouvoir supplanter et renverser le stalinisme dans
l'avant-garde révolutionnaire du prolétariat. Ce ne fut pas pour lui une
question académique. Du début de son exil en 1929 jusqu'à sa mort, onze
années plus tard, jamais il ne fit la moindre concession a ceux qui demandaient
de renoncer à cette tâche stratégique de la lutte de classe internationale.
Au contraire, Trotski rompit sans hésitation avec les personnes les plus
" distinguées " et même avec des collaborateurs personnels - de Souvarine
à Shachtman - qui glissèrent sur cette question décisive. Cette question
fut précisément la raison de la plupart des scissions dans les rangs du
mouvement trotskiste mondial, scissions qui s'avérèrent en outre entièrement
justifiées par les reniements ultérieurs de la plupart de ceux qui commencèrent
avec une position défaitiste envers l'Union soviétique.
Il est pénible d'entendre
Natalia Trotski répéter les arguments même que Trotski avait si longtemps
combattus et qu'il réfuta et dénonça dans tous ses écrits, notamment dans
tous ceux de sa dernière bataille contre l'opposition petite-bourgeoise
Shachtman-Burnham dans le Socialist Workers Party quelques mois avant
d'être assassiné.
Trotski connaissait parfaitement
bien la bestialité et la barbarie du régime stalinien. Il en avait vécu
l'horrible dégénérescence et conclu à la nécessité d'une révolution politique
pour renverser le régime bureaucratique et rétablir la démocratie ouvrière.
Mais ce fut lui, l'auteur du célèbre parallèle entre le totalitarisme
des régimes de Staline et d'Hitler, qui rejeta sans aucune équivoque toute
suggestion selon laquelle l'Union soviétique devait en raison de son régime
être abandonnée à la merci de l'impérialiste. Il ne cessa de répéter que
le marxisme dans son essence consistait à saisir la différence entre la
base sociale de la société créée par la Révolution d'Octobre et la caste
parasitaire qui avait usurpé le pouvoir dans le premier État ouvrier.
Tout à fait clairvoyant quant au processus de dégénérescence qui se déroulait
Trotski répéta à maintes reprises que la nature de classe de l'État était
déterminée par ses formes de propriété et que l'élimination de la nationalisation
et de l'économie planifiée seule modifierait sa nature de classe. Natalia
Trotski n'a apporté aucun élément nouveau pour prouver qu'une telle transformation
avait eu lieu.
Au contraire, sa déclaration
ne donne pas d'analyse sérieuse du stalinisme ou de la situation en Union
soviétique. Elle constitue une de ces réactions émotionnelles à la brutalité
du régime stalinien, réactions devenues si familières dans les années
passées et qui n'étaient pas inconnues du temps de Trotski. Une fois de
plus nous avons la tentative ancienne d'identifier les opposants révolutionnaires
les plus conséquents du Kremlin avec le stalinisme en raison de leur défense
de l'Union soviétique. Il est pénible que cette accusation nous soit faite
par la veuve de celui qui fut si souvent l'objet de la même accusation
et pour les mêmes raisons. L'assassinat de Trotski a montré que Staline
était moins que quiconque convaincu qu'il y avait dans le défensisme de
Trotski le moindre indice ou signe d'une capitulation devant le régime
autocratique en U.R.S.S.
Nous comprenons fort bien
les raisons personnelles justifiées de l'amertume de Natalia, et nous
savons les souffrances immenses qu'elle a subies de la part des assassins
du Kremlin. Mais nous devons aussi répéter avec Trotski que l'amertume
ne peut remplacer une politique. Particulièrement en temps de guerre ou
de l'approche de la guerre, lorsque les pressions de la société organisée
atteignent leur intensité la plus grande un révolutionnaire qui perd la
tête, c'est-à-dire ses critères de classe, est perdu.
Pour Trotski dans la dernière
guerre, tout comme pour nous aujourd'hui, l'ennemi principal du socialisme
et du progrès est l'impérialisme mondial. C'est seulement dans la mesure
où ceci est compris et devient la base de notre stratégie de classe -
et pas autrement - que peuvent être combattus et vaincus le stalinisme
et toutes les autres tendances étrangères dans le mouvement ouvrier.
L'âpre répudiation de la
IVe Internationale par Natalia provoquera précisément le contraire de
ce qu'elle recherchait. C'est un cadeau précieux qu'elle fournit à la
fois au stalinisme et à l'impérialisme. Staline pourra plus commodément
répandre ses mensonges et ses calomnies contre le trotskisme aux ouvriers
et paysans de Corée, de Chine, d'Europe orientale et d'U.R.S.S. que Natalia
a décidé d'abandonner à l'impérialisme en raison de l'influence ou de
la domination du stalinisme dans ces pays. D'autre part, les laquais de
l'impérialisme, les sociaux-démocrates et les renégats de tout acabit
chercheront à trouver dans sa déclaration une justification de leurs crimes
et de leurs trahisons envers le prolétariat.
Mais ni les uns ni les autres
ne réussiront en fin de compte. La puissance de la vérité résistera à
ces déformations et à ces attaques. Et surtout, la détermination des cadres
révolutionnaires de la IVe Internationale de prendre part aux luttes des
masses contre le capitalisme et l'impérialisme, en dépit du caractère
de leurs directions temporaires, conduira à la justification finale de
notre chef martyr sur tous ses détracteurs d'aujourd'hui.
Il n'est pas commode de se
séparer de Natalia qui, après tant d'années de combat, est devenue la
victime de pressions plus fortes qu'elle. Les révolutionnaires, les continuateurs
de Léon Trotski n'ont pas le choix. Nous ne pouvons que répéter la célèbre
maxime qu'il aimait à citer : "Ni rire ni pleurer, mais comprendre".
Juin 1951.
(Quatrième Internationale,
Vol. IX (9e année) N° 5~7, mai-juillet 1951, P. 51 sq.)
DERNIÈRE DÉCLARATION
Monsieur le Directeur, Dans l'interview faite par M. Michel Gordey et
publiée dans France-Soir le lundi 7 novembre, il est dit au second paragraphe
: "Elle (c'est-à-dire moi-même) espère, avant, de mourir, assister à la
réhabilitation par le communisme mondial de celui (Trotski) qui fut, après
Lénine, le plus grand révolutionnaire des temps modernes et le père spirituel
de Mao Tsé-Toung, le chef communiste chinois ".
Ces paroles ne m'appartiennent
nullement ; elles ont été introduites par le rédacteur de l'interview.
Je me vois donc obligée de préciser ce qui suit :
1. - Un grand révolutionnaire
comme Léon Trotski ne peut en aucune manière être le père de Mao Tsé-Toung,
qui a conquis sa position en Chine en lutte directe avec l'Opposition
de gauche (trotskiste) et l'a consolidée par l'assassinat et la persécution
des révolutionnaires, tout comme l'a fait Tchang Kaï-Chek. Les pères spirituels
de Mao Tsé-Toung et de son parti sont évidemment Staline (qu'il revendique
d'ailleurs comme tel) et ses collaborateurs, M. Khrouchtchev inclus.
2. - Je considère l'actuel
régime chinois, de même que le régime russe ou tout autre bâti sur le
modèle de celui-ci, aussi éloigné du marxisme et de la révolution prolétarienne
que celui de Franco en Espagne.
3. - La terreur policière
et les calomnies de Staline n'étaient que l'aspect politique d'une lutte
à mort contre la révolution, menée par l'ensemble de la bureaucratie.
On ne peut donc attendre le rétablissement de toute la vérité que de l'anéantissement
de cette bureaucratie par la classe ouvrière qu'elle a réduite à l'esclavage.
Je n'espère rien du parti russe ni de ses imitateurs foncièrement anti-communistes.
Toute déstalinisation s'avèrera un leurre, si elle ne va pas jusqu'à la
prise du pouvoir par le prolétariat et la dissolution des institutions
policières, politiques, militaires et économiques, bases de la contre-révolution
qui a établi le capitalisme d'État stalinien.
Recevez, Monsieur le Directeur,
mes salutations.
Paris, 9 novembre 1961.
Natalia Sedova TROTSKI.
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de page / Revoir la lettre de N.S. Trotski /
La réponse de la IVe Int. / La dernière
déclaration / Retour niveau note (3)
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Unions against revolution -
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Les syndicats contre la révolution : B.Péret
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Le manifeste des éxégètes
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El SWP y la guerra imperialista (1945)
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COUPS D'ÉCLAIRS SUR
L'ÉTAT (Adc. n° 5 et 6, juin 89 et mai 90) : De
l'État, de ses origines, et de son anéantissement par la
révolution communiste. Ébauche d'un livre auquel G. Munis
a consacré la fin de sa vie.
VIELLES NATIONS, NOUVELLES
LUTTES, VIELLES RENGAINES (Adc. n° 6, mai 90) : "...ce
fameux droit des peuples à disposer d'eux-même n'est
qu'une phrase creuse, une foutaise petite-bourgeoise." Rosa
Luxembourg.
LA GORBATCHADE EN TECHNOLOGIE
ET TRANSPARENCE (Adc. n°4, juin 88).
MAI 68, UN ANNIVERSAIRE?
(Adc. n° 4, juin 88) : Republication de deux tracts diffusés
par notre tendance au cours des évènements.
SCHÉMA DES DIVERGENCES AVEC
SOCIALISME OU BARBARIE (Inédit, mars 61)
E.T.A. ASSASSINE, POURQUOI
? (Tract, juin 87) : Distribué en Espagne après un carnage
de l'E.T.A. dans un supermarché de Barcelone.
À SUIVRE ...
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Résumé: Tapis de bombes, de prières, de dollars... A GENOUX!
Ferment
Ouvrier Révolutionnaire
novembre
2001
Tapis de bombes, de prières, de dollars...
A GENOUX!
Depuis le 11 septembre… le monde est resté le même. Certes les USA
sont entrés en guerre, après avoir été frappés sur leur sol continental pour
la première fois depuis la guerre de Sécession. Ce n'est pas rien mais le
schéma mis en place depuis une quinzaine d'années n'a pas été bouleversé pour
autant. Bien au contraire on retrouve dans ce bombardement de New York des
éléments présents lors de la dernière crise militaire impliquant les Etats-Unis.
Lors de la guerre du Golfe, il s'agissait déjà d'un ancien allié retourné
contre son maître américain, dans une tentative de se constituer en puissance
politique régionale. La menace directe sur les approvisionnements pétroliers
avait décidé les Etats européens à engager leur alliance très fermement alors.
Ç'avait été aussi l'occasion pour les Etats-Unis de s'apercevoir qu'ils n'avaient
pas vraiment besoin de cette aide et que l'U.E étant politiquement faible,
ils étaient seuls en position de leader mondial. La guerre des Balkans n'a
pu que les conforter dans cette position et ce sentiment.
Aujourd'hui, agression et agresseur diffèrent quant à la forme mais
guère sur le fond. Il s'agit cette fois d'un ancien sicaire, stipendié par
la CIA pour ses bienfaits en Afghanistan, et qui a pu monter son propre Etat
sans avoir le moins besoin d'une nation pour cela. Il suffit d'une (petite)
armée dont l'objectif serait de reconstituer un califat, et d'un solide budget
approvisionné par différents commerces : BTP à l'origine, armes, drogues
et raids boursiers ensuite. Finalement, un mélange de volontarisme religieux
et de commerce contemporain : La civilisation. Bien évidemment, cela
ressemble à une mauvaise caricature du monde yankee, puritain et négociant,
c'est à dire une vision déformée et accentuée où les tenants du monde tel
qu'il est se reconnaissent avec dégoût.
Mais revenons à cette idée d'un Etat sans nation ou du moins avec
une nation dite musulmane, plus vaste et unifiée par la religion. Au départ,
rien que de très classique : Une bande d'hommes en armes et un chaman
ont fondé plus d'Etats que les thuriféraires de l'umma ( note1 )
n'en ont jamais rêvé. Les prétentions à la création d'un nouvel Etat, à l'unification
d'une nation, sont identiques à celles des luttes de libération nationale,
et aux différents mythes qui l'ont accompagné. On peut citer l'idée d'un Tiers
Monde, d'une troisième voie, des non-alignés, d'une nation arabe, et autres
fariboles qui en leur temps exercèrent la même attraction qu'aujourd'hui le
miroir aux alouettes de la nation palestinienne, dont Ben Laden sait s'emparer
avec maestria, surfant sur la vague de popularité du keffieh comme d'autres
en leur temps sur celle du cigare et du béret castro-guévaristes.
L'échec lamentable des luttes de libération nationale a été dénoncé
dès le début du XXe siècle par certains révolutionnaires, à la fois comme
échec en soi mais aussi comme échec pour le prolétariat en cas de participation
à ce combat d'une autre classe. Puis après la seconde guerre mondiale, tandis
que s'affrontaient les deux grands blocs capitalistes, le russe et l'américain,
pour la domination du monde, ces luttes dites de libération nationale se sont
déconsidérées en tant que telles, soit qu'elles ne pouvaient soustraire les
pays en cause à la domination d'un bloc sans les soumettre à l'autre, soit
qu'elles étaient directement fomentées depuis Washington ou Moscou.
L'idée de Nation agite encore quelques petits Etats et groupes armés
espérant un jour s'hypostasier en Etat, mais elle n'arrache plus d'élan d'enthousiasme
général. Aussi la forme terroriste s'est-elle imposée d'elle-même, à la fois
dans le sens où aucun Etat ne peut se constituer ni perdurer sans exercer
de terreur, et dans celui désignant des petits groupes armés prêts à tout
pour faire mal à l'ennemi qu'ils se sont donnés.
Le caractère traditionnel de cette armée de candidats au suicide
repose à la fois sur la tradition des « haschischins » ( note2 )
pour les plus qualifiés d'entre eux et sur le recrutement de pauvres hères
servant de chair à canon bien entraînée pour la piétaille. Différentes actions
et illusions non narcotiques sont cependant nécessaires pour obtenir ce résultat,
y compris l'achat pur et simple des vies, comme les mouvements islamistes
ont pu le faire en Palestine, achetant aux familles un de leurs fils, vendu
comme ailleurs on vend parfois son enfant comme esclave. L'enrobage de bondieuseries
de change rien à ce commerce. On a souvent comparé ces condamnés à mort volontaires
aux kamikazes du Japon. La comparaison s'est encore renforcée car l'attentat
aux avions évoquait l'attaque sur Pearl Harbour. Toutefois on peut aussi comparer
les deux types de kamikazes en ajoutant que parmi les aviateurs japonais de
la fin de la guerre, il n'y avait pas que des volontaires (leurs lettres en
font foi) et que l'obligation de sacrifice, malgré le discours patriotique
ou religieux, n'a jamais semblé évidente à la plupart des condamnés. Les poilus
de 1914-1918 en ont aussi témoigné.
Une fois encore, la recette n'est pas originale : morbidité
de la religion, identification héroïque (ou messianique), identification politique,
tout est bon pour décider des illuminés à sauter au paradis. Enfin, l'utilisation
de pions sacrifiables dès l'abord relève de la stratégie de raids mise en
œuvre aussi dans le domaine financier, avec le même cynisme chez Ben Laden
que chez ses collègues et adversaires. Rien de tel qu'une OPA inamicale pour
déclencher la ruine et la mort, et
pire encore, quand les intérêts de compagnies pétrolières, minières et d'armement
sont en jeu, la sauvagerie de l'économie capitaliste peut atteindre le génocide,
comme ce fut le cas au Rwanda accusant entre autres Elf, l'Etat capitaliste
français et le Crédit Lyonnais, fourbisseur de machettes à l'occasion (bilan :
1 million de morts).
Parler de guerre serait-il exagéré ? Certes non, au vu du nombre
de victimes, de la brutalité des attaques, de l'ampleur de la riposte. Mais
après de nombreuses expériences plus ou moins réussies, les tenants (possédants
et partisans) de ce monde ont bien appris que l'on gagne une guerre d'abord
à l'arrière : Production et soumission en sont les deux mamelles On peut
affirmer qu'il s'agit bien d'une situation de guerre au vu des manipulations
diverses des deux camps, et surtout, de leur empressement respectif et insistant
à exiger l'abnégation des prolétaires, leur soumission à l'ordre productif.
Il est notable que même s'ils ne produisent rien, ils sont appelés à respecter
la production et ses règles de caserne. Qu'ils respectent et partagent chacun
dans leur coin l'illusion de consommer massivement, alors que ce qui est réellement
massif est leur déplacement en masse au supermarché pour satisfaire des besoins
uniformes, et on leur promet qu'ils mourront de bonheur, pour le bien de la
patrie ; qu'ils ne consomment rien et on leur promet qu'ils mourront de bonne
heure, pour le bien de la patrie, c'est le choix qui leur est laissé.
Au
moment où le conflit s'intensifie ,
où les armes de toutes sortes (explosives, bactériologiques, corps spéciaux,
etc.) s'aiguisent, il ne reste toujours qu'une seule et même alternative à
la boucherie : Refuser d'y participer, dans le but de la transformer
en conflit contre nos propres oppresseurs. C'est bien d'abord le refus de
produire, le souci de distribuer ce qui a déjà été produit et de réorganiser
l'ensemble de la production, selon les besoins de ceux qui l'effectuent, qui
peut arrêter cette civilisation. C'est le souci de bloquer les boute-feux,
de renvoyer, et rudement, les religieux à leur diable, d'affirmer la solidarité
d'action et de moyens avec les prolétaires de tous pays contre nos exploiteurs
communs, c'est ce souci là qui doit nous animer.
A chaque conflit, on voit se confirmer que la guerre s'alimente d'elle-même,
qu'elle garantit aux Etats les moyens de prolonger leur existence, au moins
comme belligérants comme en Palestine-Israël, qu'elle profite à ceux qui l'attisent
et qu'elle nuit à ceux qui produisent ou qui bien sûr, la subissent de plein
fouet. A chaque conflit, c'est notre classe qui est agressée, par le sang
versé mais aussi par la sueur laissée, la mentalité soumise et l'indépendance
d'action bafouée.
Demander la paix semble honnête mais n'est au mieux qu'une erreur
car la paix, qui soulage évidemment ceux qui sont sous les bombes, amène un
surcroît de misère, de rancœurs, de divisions et d'abrutissement religieux
parmi les plus opprimés . Il ne s'agit
pas de dire que la paix est pire (ce qui serait un contresens) mais qu'elle
n'est en aucun cas une solution, qu'elle est simplement le droit du vainqueur
ou du tyranneau local à pressurer encore plus ceux qui sont réduits à servir
le capital sous sa botte. La paix n'est pas une libération, elle est juste
une possibilité de survie à laquelle s'accrochent ceux qui n'ont plus que
cela. Elle ne peut en soi être désirable, car il ne peut y avoir de paix qu'une
fois débarrassés de nos suceurs de sang, religieux ou militaires, et des rapports
de production qu'ils défendent.
(1)
Dans l'Islam ce terme désigne la communauté des croyants. Retour
au texte
(2)
La secte des haschischins fut fondée par Hassan As Sabah
au XIe siècle pour résister aux croisés et punir les dirigeants décrétés mauvais
musulmans. Les futures victimes étaient rançonnées au préalable ou pillées
ensuite, ce qui permit d'accumuler un trésor de guerre (sainte, il va sans
dire). Les adeptes étaient copieusement drogués au haschich, des mises en
scènes et un endoctrinement constant leur donnaient des visions du paradis
et exaltaient leur sacrifice. Désignés pour commettre des assassinats politiques
(d'où le mot « assassin ») où ils pouvaient souvent trouver la mort
eux-mêmes, ils obéissaient aux différents « vieux de la montagne »,
surnom de leurs chefs successifs, même lorsque ceux-ci firent ondoyer leur
ligne politique au mieux de leurs intérêts. L'un de ces chefs insinua à plusieurs
reprises que son action fondait un nouveau califat. La secte fit régner la
terreur pendant environ deux siècles dans la zone comprise actuellement entre
le Liban, la Syrie, la Palestine et Israël, avec un forte influence jusqu'en
Iran. Elle fut rarement populaire, seulement lorsqu'elle s'en prenait aux
croisés (ce qui ne fut pas toujours le cas, loin s'en faut) mais c'est le
souvenir qu'elle a laissé dans la mythologie moyen-orientale.
Retour au texte
Correspondre
: ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org
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# Coups d'éclairs sur l'Etat
URL: https://for.marxismo.school/coups4.html
Résumé: De l'État, de ses origines, et de son anéantissement par la révolution communiste.
COUPS
D’ÉCLAIRS SUR L’ÉTAT
Peu
de sujets ont donné lieu à une littérature aussi copieuse et abstruse comme
celui de l’État. Au cours du dernier siècle et au début de l'actuel, on ne compte
plus les livres, souvent très épais, intitulés Théorie générale de l’État
ou quelque chose de similaire, parfois suivis, un peu à la manière kantienne,
d’une Théorie particulière ...
Elles
ne se distinguent les unes des autres que par l’esprit libéral ou réactionnaire
qui les inspire. Il y eut aussi, entre les deux guerres, des théories fascistes
de l’État. Toutes, sans excepter les plus libérales, quoique chacune à sa manière,
faisaient de l’État la représentation naturelle et suprême de la société. Aucune
n’admettait la division sociale en classes riches et pauvres comme fondement
principal et raison d’être de l’État. Ainsi elles ignoraient ou faisaient fi
du fait que le Droit a toujours été le droit du plus fort, quelque chose d’imposé,
et non pas une justice immanente. Michelet, qui l’admettait sans ambages, est
bien plus profond que tous ces théoriciens et philosophes du droit et de l’État.
De
cet énorme amas d’écrits, on ne peut tirer au clair que peu de choses ou rien
du tout. Les auteurs qui réussissent à dire quelque chose d’intéressant, tel
Herman Heller dans sa Théorie de l’État, ont recours à Marx et Engels,
mais en rejettent les conclusions. Quant à L’individu contre l’État, de
Spencer, il s’agit d’un plaidoyer de bourgeois fiers de leur prospérité face
à leur propre État ; il ne dépasse guère l’opposition fiscale de chacun d’entre
eux face à leur représentation collective. Aucun rapport avec l’individu
noyé dans « la société », dont parle Marx. Spencer situe le sien dans
une ligne sociologique qui fait de l’individu l’opposé de la société et à l’inverse,
mutile le premier au nom de la seconde. Une telle orientation, théoriquement
acceptée ou non, est encore présente de nos jours. C’est une pratique quotidienne
de tous les États sans exception, ceux de Droit, les despotiques et les totalitaires
en général. Ils ne se distinguent que par l’intensité de la violence exercée
sur les individus, et par la quantité de sang versé. Car - il faut le dire tout
de suite - colporter que le capitalisme est individualiste constitue un bobard
d’autant plus énorme qu’il est admis à droite et à gauche.
Le
capitalisme fabrique les hommes et leur psychologie en série, comme des pièces
de rechange. Un haut fonctionnaire, qu’il soit politique, administratif ou syndical,
et un autre haut fonctionnaire, un bourgeois et un autre bourgeois, un savant
et un autre savant, un ouvrier et un autre ouvrier, un policier et un autre
policier, un escroc et un autre escroc, ont entre eux des psychologies similaires,
desindividualisées, corporatives. Personne, pas même les plus favorisés par
leur savoir et par un genre d’activité adaptée à leurs souhaits, n’a et ne peut
avoir une individualité pleine. L’individualisme est un fruit à venir et il
nécessite au préalable le communisme dans le domaine matériel. Il n’y a pas
là un paradoxe, sauf pour ceux qui refusent de voir que l’épanouissement de
l’esprit chez chacun, réclame l’entière satisfaction matérielle pour tous.
On
ne peut découvrir que deux manières de considérer l’État en général et
chacune de ses phases dans le temps et l’espace actuel. Soit comme une utilité
sociale perpétuelle et dont on ne peut pas se passer, quels que soient ses avatars
et ses métamorphoses , soit comme un organisme non social, mais d’oppression
sociale, et toute autre fonction qu’il puisse accomplir porte la souillure de
sa fonction principale, car elle lui est étrangère.
Tout
d’abord, il est impératif d’affirmer, quoi qu’en disent des sociologues, des
politologues et les philosophes, nouveaux ou pas, que la dite première conception
est réfutée depuis le siècle dernier et l’est toujours dans ses variations modernes.
On ne se réfère pas seulement à la réfutation des théoriciens du mouvement
révolutionnaire, mais aussi à celle de mille et un lutteurs ouvriers par leur
action-même, et avant tout à la réfutation apportée depuis lors par les évènements
historiques. Par suite, on parlera ici de la seconde conception, tout en faisant
les allusions pertinentes à l’autre.
Aujourd’hui
on passe souvent outre au problème des origines de l’État, comme s’il s’agissait
d’un problème inextricable ou faux, d’une énigme sans clé ou de quelque chose
sans importance pour en entreprendre l’étude. Par ailleurs, plus d’un érudit
pense que l’État commence à l’âge moderne, plus ou moins lorsque Machiavel forgea
la désignation qui est devenue universelle. D’après ça, les pouvoirs dominants
de l’antiquité, Sumer, Babylone, l’Egypte, la Chine, la Crète, la Grèce, Rome,
ect., ou ceux du Mexique ou du Pérou, n’ont pas la qualité d’État. On pourrait
dire alors avec autant d’à propos, que l’esclavage commence dès lors que les
esclaves réduits en masse à l’esclavage l’ont marqué du nom de leur race. Par
ce biais aux évocations hégéliennes, l’apparition de l’État à l’aube du capitalisme
introduirait un ordonnancement social supérieur, une relation égale entre les
différents secteurs d’intérêts dans chaque nation, qui représente un point d’arrivée
dans l’évolution humaine. En réalité, on y aperçoit en filigrane les idées allant
du Contrat Social jusqu’au consensus des sociologues, politiques et politicailleurs
modernes. En voilà assez sur le problème pour l’instant.
D’après
nous, taxer de faux problème celui de l’apparition de l’État, ou simplement
l’écarter revient à nier intentionnellement ou involontairement, la possibilité
de sa disparition. Personne certes, ne pourra démontrer, faits probants à l’appui,
où et quand est surgi le premier semblant d’État. Tout de même, le développement
si inégal de l’humanité sur les cinq continents nous offre en abondance des
faits non seulement pour imaginer cette origine, le comment de sa formation,
mais pour en avoir la certitude aussi. Un ouvrage bien volumineux serait nécessaire
seulement pour consigner les cas des États dont l’apparition est observable
depuis l’époque des grandes découvertes géographiques, jusque et y compris,
la très récente « décolonisation ». Tout d’abord, les minutieuses
descriptions de presque tous les peuples primitifs ( note1 )
par les ethnologues et anthropologues, offre un matériel précieux et convaincant,
ou même probant.
De
l’Alaska à la Patagonie, de l’Atlas au Cap, des Dardanelles au Kamtchatka et
au Japon, de même dans l’immense Océanie, chez tous les peuples primitifs, à
de rares exceptions près, règne la règle de conduite des Dinks africains : « Le
droit de prendre correspond à celui qui prône la force nécessaire pour le faire ;
le droit de garder à celui qui en est capable ( note2 ) ».
La conduite des États les mieux institutionnalisés est encore identique. Le
fameux « Tu ne tueras point, tu ne voleras point » que Moïse découvre
bien tard, n’a jamais fait référence qu’à ceux du même groupe, tribu, nation,
ou... bloc militaire. Les autres étaient, tout simplement, des ennemis. Il n’y
a rien d’étonnant à ce que le nom que s’adjugent tant de groupes primitifs signifie
homme , par opposition à ceux qui leurs sont extérieurs, tenus pour
féroces, hommes méchants dans le meilleur des cas, souvent diables ,
mot qui probablement, tout au début, ne signifia qu’ étranger , par opposition
à nous , nôtre . La dite règle morale renferme l’histoire
entière de l’humanité depuis l’apparition de l’État, et de son abolition dépend
l’avenir sans État.
La
lecture des livres d’ethnologie devient ennuyeuse à force de présenter le même
tableau avec des variantes secondaires. Il s’agit des populations sans État,
ou même de communisme rudimentaire, sédentaire et agricole, ou nomade et en
horde. Elles ont un chef de guerre, flanqué ou non d’un sorcier ou d’un conseil
d’anciens. Elles ignorent le gouvernement proprement dit, mais le chef de guerre
gagne en importance et autorité avec des actions d’attaque ou de défense, avec
souvent un butin de guerre aussi, lorsqu’une attaque a été fructueuse. Le ou
les groupes ou peuplades ne vivent pas trop isolés, les hostilités sont presque
permanentes, même entre groupes dégagés du même tronc ancestral. Bien qu’il
ne s’agisse pas de guerre dans le plein sens du terme, les raids ou assauts
pour s’emparer de biens sont meurtriers, et parfois ruineux pour les vaincus,
comparativement à leur population et leur avoir. L’hostilité, la haine envers
les populations et les hommes étrangers, comportait comme corollaire la liberté
et même le devoir de saccage, de les tuer, de les manger ou de les réduire en
esclavage. Une population ou tribu prospère le devait à sa bonne chance dans
les raids de saccage, et il s’ensuivait l’aptitude à se reproduire en plus grand
nombre, ce qui représentait une capacité d’attaque accrue. A long terme, il
ne pouvait subsister que les groupes dont le bilan entre les pertes dans les
assauts subits et les gains dans les raids lancés, était positifs, ou tout au
moins pas trop ruineux. Nous sommes encore là avec les balances du commerce
extérieur, car le commerce mondial est la dernière réminiscence de l’inimitié
primitive de chaque groupe humain face aux autres, ce qui n’exclue pas
l’autre forme : la guerre. Que les groupes aient eu une production à
eux, par la chasse et la cueillette, ou par la culture, ne diminue pas mais
au contraire, renforce la validité du fait.
Le
butin amassé chez d’autres groupes pouvait être distribué en portions égales
ou bien selon les besoins de chacun des guerriers victorieux, ou encore gardé
dans des magasins communs, pour une consommation ultérieure. L’équité entre
les personnes du groupe, y compris le chef guerrier, le sorcier et les anciens,
pouvait être parfaite. L’important, c’est que le groupe comme un tout vivait
et se reproduisait, en partie au moins, aux dépens d’autres groupes. Dans la
même foulée, l’importance du chef de guerre et ses acolytes, les guerriers,
grandissait et devenait substantielle, à proportion de l’ampleur des acquis
matériels dans les raids contre les groupes étrangers ou du succès dans la défense
de leur propre groupe. Des centaines de cas sont connus où le chef de guerre,
le sorcier, les tenants de la tradition et des légendes tribales, s’adjugent
la part du lion dans le butin, ou bien ils en sont devenus les administrateurs.
Tout au début, le pouvoir du chef cessait en même temps que la guerre, mais
il révèla un net penchant à se transformer en pouvoir aux temps de paix, et
même en dictature. Des rescapés des groupes vaincus se réfugiaient dans les
montagnes, les zones arides ou des forêts impénétrables. Alors leur niveau de
vie, leurs connaissances et leur marge de reproduction se rétrécissaient. Cela
a été vérifié dans de nombreux endroits du globe depuis le XVIème siècle. Les
indiens Guayaqui, du Paraguay, étudiés par Pierre Clastres sont un cas des plus
frappant et tragique. Anciens agriculteurs d’après certains indices, ils sont
retournés à la chasse, la cueillette et au cannibalisme, y compris le nécrophage.
Ils sont en voie d’extinction et ceux qui restent sont exterminés par les colons
blancs. L’hostilité entre les divers groupes humains, attaque aussi bien que
défense, représente à elle seule un germe de différenciation catégorielle au
sein-même de chaque groupe, perceptible à proportion du volume démographique,
dépendant à son tour de la capacité d’attaque et de défense.
Seuls
des groupes suffisamment éloignés des autres pour ne pas éprouver leurs assauts,
pouvaient se soustraire à cet impératif là de l’ « étrangéité »
multiréciproque. Mais il fallait en outre que leur capacité de subsistance et
reproduction ait été suffisante pour se passer du saccage à leur tour. Tout
de même, eux aussi se voyaient attaqués tôt ou tard, et le même processus de
différenciation intérieur était entamé. Ces faits ne sont pas aujourd’hui sujets
au moindre doute. Et la conclusion qui en découle en est d’une évidence plus
que logique, observable en maintes occasions et divers lieux depuis quatre siècles.
Certes
partout où un groupe humain a trouvé une expansion numérique et une force militaire
d’une certaine importance, il a assujetti d’autres groupes, tantôt les réduisant
en esclavage, tantôt les rançonnant par un tribut, ou bien s’imposant à eux
en tant que caste ou classe dominante. Le chef des envahisseurs devenait le
centre d’un corps social hiérarchisé, et les gens de son ethnie s’installaient
en qualité d’aristocratie. On ne fait là que transcrire presque textuellement
ce qui a été étudié par bon nombre d’ethnologues et anthropologues et se trouve
confirmé à cette époque historique, et à un niveau supérieur, par des centaines
d’invasions qui ont fait de l’envahisseur la classe sociale riche et gouvernante.
Bien longtemps avant d’être un État de Droit, même rudimentaire, l’État existe
de fait, par imposition militaire.
Malgré
les interprétations psychologiques inspirées de L’avenir d’une illusion (Freud),
État et religion, la croyance en Dieu comprise, apparaissent comme des faits
coercitifs, nullement acceptés de bon gré, bien avant que soit élaborée leur
représentation consciente en tant qu’idée, ou même leurs règles coercitives
propres. C’est une piètre conception, celle qui conclue à une nécessité humaine
de protection par le Père Eternel , au lieu d’y déceler un assujettissement
par la force, auquel on n’a pas pu se soustraire, et auquel on s’est résigné,
dans une extension temporelle, géographique et démographique.
Non
moins mal fondée, l’idée de voir dans le jeux, le germe qui fait pousser
l’Éternel, ce que fait Huizinga dans son Homo ludens (el juego y la
cultura.). Les cas de simulacre de bataille connus représentent
une confirmation d’alliance entre anciens ennemis, ou bien la subordination
du vaincu à la suite de batailles antérieures, et non pas fictives, tels les
enlèvements simulés de femmes bien connus. C’est une équivoque sinistre que
de confondre le « jeu » de la lutte à mort avec le jeu comme activité
spontanée, d’apprentissage et création de valeurs culturelles. Huizinga, par
contre, n’envisage pas le jeu de l’esprit intérieur à tout un chacun, et le
plus important de tous. D’après une ancienne tradition, Zeus jouait aux dés,
ses partenaires étaient des fainéants de son acabit. Il avait fallu la révolte
de Prométhée pour que quelque chose revienne en partage au commun des hommes.
A
Sumer, les Patesi, ou chefs gouvernants, sont des conquérants, des chefs de
guerre qui légifèrent, peut-être pour la première fois dans l’histoire, sur
la condition d’exploitation et de domination de leurs voisins vaincus. Voilà
le Droit qui entre en scène (voir Jacques Pirenne : La civilisation summérienne ).
En Égypte, l’époque pharaonique marque une rupture nette par rapport à l’époque
antérieure. Rien ne confirme la supposition d’un développement autonome, évolutif
depuis l’époque Naga, antérieure au quatrième millénaire, à l’époque pharaonique
( l’Egypte avant les pyramides. Editions des musées nationaux français,
1973). En Chine, l’organisme coercitif apparaît comme contrecoup de la lutte
pour l’hégémonie entre des clans d’une même origine, prolongée par les hostilités
entre des coalitions de tribus. Au Bhoutan, les monastères-forteresses étaient
aussi, il n’y a pas longtemps, des greniers et des centres de gouvernement.
En Inde, la pénétration aryenne s’est imposée aux pouvoirs existants,
plus ou moins organisés, et les a poussés vers la division en castes, qui accablent
encore le pays malgré leur récente abolition formelle. Quiconque sait que dans
le Nouveau Monde, Incas et Aztèques étaient des castes militaires d’envahisseurs.
S’agissant des tant vantés Mayas , l’un des spécialistes les plus réputé,
Thomson, pense qu’ils arrivèrent au pays en qualité de conquérants; ils
ont soumis la population indigène (à supposer qu’elle ait été elle-même indigène).
La formation des cités grecques, après les invasions successives d’Achéens,
Hellènes et Doriens, a eu lieu au seuil-même de l’époque historique.
Enfin,
s’agissant de Rome, personne, pas même Mommsen, n’a parlé jusqu’à présent plus
nettement que Montesquieu dans ses Considérations sur les causes de la grandeur
et de la décadence des Romains : « Peuplade sans commerce et sans arts,
le seul moyen de s’enrichir était le pillage. Une fois établie la discipline
dans la manière de piller les particuliers, Rome imposa aux vaincus l’obligation
de fournir à ses guerriers une paie, des céréales et de l’équipement ».
Par
ailleurs, la lecture de documents archivés permet à ceux qui le désirent, de
s’informer sur le mode de constitution de l’État en Amérique au lendemain de
la conquête : une troupe de guerriers espagnols, jamais très nombreuse, s’assemblait,
proclamait la municipalité au nom de la Couronne, d’après les règles en vigueur
en Espagne, rédigeait un procès-verbal et nommait les membres du consistoire,
c’est à dire les conseillers municipaux. La même procédure était appliquée,
qu’il s’agisse de lieux ayant appartenu à un État indigène ou d’une nouvelle
fondation dans un lieu inhabité. C’était un État des Espagnols et pour l’exploitation
espagnole des vaincus, auquel accédèrent, seulement après, certaines catégories
supérieures d’indiens, c’est à dire des conquérants antérieurs. Il n’y a là
rien de différent de ce qui est survenu quelques six mille ans auparavant en
Mésopotamie, en Égypte ou en Asie, excepté le système économique et politique
imposé. Si le soleil ne se couchait jamais sur les domaines espagnols, les despotes
et rois d’une époque si lointaine s’autoproclamaient « seigneurs des quatre
points cardinaux ». Beaucoup plus réel, toujours dans le même sens, et
dernier épisode de cet avatar humain, il y a le « leadership » mondial
des États-Unis. Lui aussi a émergé de deux guerres, les plus meurtrières de
l’histoire de l’homme de Cro-Magnon... sans autre rival - susceptible d’être
considéré comme tel - que la zone russe du monde, puissance surgie de la somme
d’une contre-révolution et de la dernière guerre impérialiste.
Que
la première forme organisée stable de l’État provienne de la guerre, ou plus
concrètement, de la réglementation durable du domaine du groupe vaincu par leurs
vainqueurs, cela a été dit auparavant. C’est introduit dans L’idéologie allemande
et aussi dans L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État.
C’est devenu une vérité reconnue par de nombreux anthropologues, sociologues
et même ethnologues. On peut trouver là-dessus maintes citations dans La
guerre dans les sociétés primitives, son rôle, son évolution de Maurice
R. Davie (Payot 1931).
Toutefois,
on doit aller plus en arrière dans le temps et dans les conditions de vie des
hommes génératrices de l’État. Vu le panorama universel de combat et de saccage,
de toute ethnie ou groupe de population face à tout autre, ce qu’on appelle
étrangéité multiréciproque (inimitié, antagonisme), la conviction s’impose qu’un
tel pillage, non seulement préfigure l’État, mais qu’il comporte, dès lors,
l’essentiel de sa matérialité : Écrasement physique des faibles par les
forts, assujettissement social, exploitation.
Une
tribu ou une fédération de tribus pouvait ignorer en son sein l’exploitation
pendant un temps quelconque, voire vivre en vraie communauté, sans État donc
; mais par rapport aux tribus ennemies, le pillage avait une fonction coercitive,
exploitatrice et para-étatique. L’inversion des rôles ne changeait rien à la
signification de ce fait. Pour que l’État devienne un fait permanent et légal,
stratifié en classes de haut en bas, il n’a fallu que la cohabitation des vainqueurs
et des vaincus sur le même territoire. Ce qui avant, était occasionnel, butin
hasardeux de razzia ou de guerre formelle, devenait alors flux continu bien
plus abondant, Droit légal des vainqueurs à s’approprier les biens des vaincus
et exploiter le produit de leur travail. Le développement de la capacité de
production, c’est à dire, de la consommation , pour une minorité, eut
son point de départ dans le saccage et s’implanta par l’utilisation ininterrompue
des vaincus comme instruments de production additionnels. A partir de ce fait,
l’histoire humaine relative à l’État jusqu’aujourd’hui, et aussi longtemps que
l’État subsistera, apparaît sans difficulté. Ce fait est également chargé de
signification dans la perspective de disparition de ce même État.
Dans
La société contre l’État, Pierre Clastres a cru voir un dessein intuitif,
sinon une volonté délibérée, d’empêcher le surgissement de l’État chez quelques
tribus sud-américaines, les Tupi-Guaranis surtout. Il transpose l’affirmation
gratuite de Bakounine relative aux peuples slaves, qu’il considérait exempts
de tout penchant dominateur, c’est à dire étatique, tout au contraire des peuples
germaniques. Il n’est pas possible de réfuter ici la Philosophie de la chefferie
indienne ( note3 ),
fondement du raisonnement de Clastres, si fragile qu’il offre contre lui-même
une abondante matière. Aucun des groupes de population qu’il a étudiés n’échappe
aux caractéristiques ici définies, à cette inimitié multiréciproque qui a fait
d’eux, partout et toujours, tôt ou tard, des saccageurs ou des saccagés, des
dominateurs ou des dominés possibles, selon les contingences. La société contre
l’État ? Certes, mais c’est une affaire révolutionnaire d’aujourd’hui, impossible
dans le passé, parce que c’est seulement dans la société actuelle que le poids
des facteurs d’unité humaine mondiale dépasse - et largement - celui des facteurs
ancestraux de division, d’hostilité et de vol, dont l’hérédité se trouve matérialisée
dans l’État, et qui se déverse en océans de sang lors des guerres inter-nations.
On
connaît à l’État des aspects et des métamorphoses innombrables. Dans une même
catégorie, il varie à l’infini, pourrait-on dire, sans que disparaisse le dénominateur
commun d’origine : gendarme et législateur de privilèges matériels, politique
et culturels, imposés par la force brute. Qu’à l’origine, il y ait eu une force
défensive ou offensive, ne change rien à l’affaire et importe le moins du monde
pour ce dont il s’agit ici. La force brute est comme voilée dans le système
actuel, par le fait même de son opérativité économique, qui force les uns à
la création d’une plus-value énorme, afin que d’autres en profitent et l’administrent
à leur gré. La force brute s’y trouve établie en tant que forme organique de
la société. Ceux qui nient ce rôle de l’État en général, ou tant soit peu de
l’État démocratique et de Droit, sont des pessimistes ténébreux, même si ce
n’est pas l’intérêt qui se sert de leur bouche. Ils présentent comme une fatalité
ou comme une Loi de la Nature, l’exploitation et les classes, et tout ce qu’elles
charrient de néfaste et dégradant pour l’individu et la société.
A
notre époque précisément, la métamorphose de l’État est en train de porter au
paroxysme ces conséquences-là. Le résumé de toutes les métamorphoses et modifications
de classes antérieures ne sera pas fait dans cet article. Dans sa relation essentielle
avec la société, l’État représente un buttoir, une barrière sans au-delà, l’accomplissement
exhaustif d’un cycle humain de six ou dix mille ans d’histoire. Parmi les primitifs,
un chef prestigieux était celui qui avait organisé des raids fructueux, tué,
fait mangé ou fait prisonnier le plus grand nombre d’hommes d’autres groupes.
Sa parole ou celle d’un congénère devenait l’exemple, la vérité légendaire incontestable,
dont la contestation n’était possible que par imposition de la vérité
d’un autre groupe. Une fois atteinte une certaine prospérité, la mort du chef
donnait souvent lieu à l’assassinat rituel de ses proches et servants, qui l’accompagnaient
dans la tombe. Les potentats du XXème siècle, capitalistes privés ou hauts bureaucrates,
sont enterrés individuellement, mais avant leur mort, ils ont sucé la santé
et la vie même sur l’arène mondiale, sous forme de plus-value, et donné la mort
dans les guerres, à des millions et des millions de personnes. Et s’ils ne mangent
plus de chair humaine, ils la dévorent sous forme de travail salarié, ils vomissent
des investissements, tout comme leurs semblables romains vomissaient des mets
après leurs banquets, et ils recommencent à dévorer du muscle et de la moelle
sous l’aspect de bénéfices, de croissance industrielle et de Pouvoir. Les formes
et les proportions quantitatives ont beaucoup changé, pas le contenu. Sous cet
aspect, il est en train de se « perfectionner », mais il devient impossible
d’imaginer une forme d’État plus oppressive encore. Une chose parait certaine
tout de même : si on le laisse aboutir à la « perfection », l’humanité
ne redressera pas la tête pendant de longs siècles.
En
sa qualité d’organisme capitaliste, l’État apparaît à l’époque médiévale, avec
les coutumes et formes de Droit de villes mercantiles soustraites au droit féodal.
Leur multiplication, leur affermissement, leur unité et leur alliance avec la
monarchie alla de pair avec l’augmentation et la dominance de la richesse meuble
et monétaire, face à la richesse foncière, cela est bien connu. Moins remarqué
est le fait singulier de la présence dans un même territoire et pendant longtemps,
de deux systèmes de classes et de deux Droits : celui des féodaux et celui des
bourgeois. Bien qu’au début il y ait eu des empoignades et même des affrontements
militaires entre les villes et les féodaux qui prétendaient les vassaliser,
les bourgeois citadins apprirent rapidement à acheter de la main à la main leur
tolérance ; procédé que la monarchie absolue mettrait largement à profit grâce
à l’impôt dont étaient exempts la noblesse et le clergé, ainsi que par les rentes
et dons gracieusement accordés aux nobles. Bien avant de se révolter contre
une telle situation, la richesse de la classe nouvelle était nettement supérieure
à celle de la vieille et corrompue noblesse. L’élimination de celle-ci en France,
radicale parce que révolutionnaire, constitue un exemple unique dans l’histoire
de l’ascension du capitalisme. Dans tous les autres pays d’Europe, les révolutions
ou tentatives de révolution bourgeoise ont surtout servi à ce que la noblesse
et l’Eglise abandonnent leurs méthodes d’exploitation médiévales et s’intègrent
à celles du capitalisme, bien plus rentables. Cette circonstance fit du Code
Napoléon, par excellence, la loi de la propriété bourgeoise et le fondement
de son État.
Cas
particulier, la généralisation du capitalisme en Russie n’échappe à la règle
ci-dessus que pour y retomber dans des circonstances aggravantes et très importantes.
Son capitalisme est une variante de l’ancien, en correspondance avec sa nature
réactionnaire caractéristique, tout aussi bien qu’avec la nature décadente du
système à l’échelle mondiale. La généralisation du capitalisme adopte là la
forme étatique, la seule que lui consentait la révolution de 1917, à moins d’une
restauration militaire extérieure ou intérieure. De plus, elle était la plus
adaptée au degré de concentration atteint par le capital international. Ainsi
donc, elle s’est introduite en qualité de réaction à l’appel communiste d’Octobre
17. Après celui-ci, les résidus de noblesse et de bourgeoisie ré émergent sous
l’aspect de fonctionnaires et de collaborateurs des fonctionnaires par alliances
familiales. Base structurelle et superstructure politique s’y trouvent fondues
et confondues.
La
succession bien connue des systèmes en Europe : esclavage, féodalisme, capitalisme,
montre une relation entre l’homme et la nature, marquée par l’exploitation de
l’homme par l’homme. Par conséquent, il s’agit d’une relation indirecte et par-là
même, fausse. Peu importe que l’implantation des deux premiers systèmes ait
été partielle géographiquement, ni pour l’instant, que le mode de rapport social
ou d’exploitation soit différent dans les trois cas. Ce qui apparaît plus important,
c’est la tendance unificatrice - universaliste dirait un philosophe de l’histoire
- des civilisations gréco-romaine et capitaliste, le féodalisme se présentant
comme un particularisme de lieux-dits et de fiers-à-bras seigneuriaux, un retour
en arrière et une période de magma socioculturel, où le troisième système irait
en cristallisant. On peut dire que le monde gréco-romain, acheminé, au tournant
d’un siècle donné, vers une impasse historique, se serait désagrégé dans la
féodalité, laquelle aurait permis, avec la marche du temps, la composition moléculaire
d’une nouvelle société. Il n’y a là rien de téléologique, bien au contraire,
car les types sociaux, à l’instar des espèces du monde organique, peuvent évoluer
ou muter dans un sens peu ou pas du tout viable. Le féodalisme germa dans le
monde gréco-romain. Les invasions barbares lui donnèrent son aspect final, non
sans avoir tenté, en vain, de gouverner l’Empire. La violence et l’oppression
caractéristiques de l’État, essaimées dans des milliers de foyers, intensifia
son arbitraire au lieu de l’affaiblir. Et la relation avec la nature devint
encore plus mesquine et fausse.
Il
a été dit et démontré surabondamment que le système capitaliste se caractérise
par la propriété privée des instruments de production les plus importants, ce
qui engendre la marchandise-homme par le truchement du travail salarié, et sur
cette base, la production générale des biens - et des mentalités - en tant que
marchandises. L’État qui lui est afférant, tout en n’étant pas un organe direct
et servile des capitalistes, exerce la surveillance sur la bonne marche de l’ensemble.
Il est aussi propriété privée, de par le fait ostensible, quoique non légiféré,
que les bourgeois et leurs servants seuls ont pu accéder aux postes dirigeants,
aussi bien sous le couvert du suffrage universel et d’une Constitution que sans
eux. De toute façon, l’esclavage du travail salarié, introduit et généralisé
par le capitalisme, d’abord en Europe, puis partout après, est moins inhumain
que les formes antérieures d’esclavage. Et ce qui importe le plus, il ouvre
des horizons jadis insoupçonnés. Corrélativement, l’État capitaliste consent
des libertés mesquines et trompeuses en elles-mêmes, tout comme son système,
mais qu’aucun autre type social antérieur n’atteint, même pas Athènes pour les
habitants libres. Pour la première fois, se présente la possibilité d’établir
une relation directe, véridique, entre l’homme et la nature. Un livre de Laffon-Monteil
(Payot 1938), intitulé D’Hammourabi à Rockefeller, permet d’observer
une tendance, toujours sans lendemain, vers l’apparition du capitalisme, depuis
les temps babyloniens. Cette fois, nous y sommes plongés, il nous étouffe. A
ce sujet, on peut consulter également l’importante oeuvre de Rostovzef sur l’histoire
économique et sociale du monde gréco-romain.
Rien
ne vérifie aussi exactement le rapport étroit entre la base économique d’un
système et son dispositif étatique, que l’évolution du capitalisme. Etant donné
la dualité sociale qui est à sa source (capital-salariat), la société où nous
vivons ne pouvait se développer que par l’augmentation du capital, d’un côté,
et des hommes salariés de l’autre. Et ainsi, jusqu’à la concentration du capital
en grandes compagnies monopolistes. A la même allure, l’État a centralisé ses
fonctions, mettant la main sur l’économie et augmentant, ouvertement ou subrepticement,
la répression politique orientée contre les révolutionnaires. C’est aussi le
moment où le capitalisme a envahi toute la surface de la Terre, en introduisant
la vente et la production de marchandises, ainsi que les États et les régimes
politiques ad hoc . Les différences de niveau n’ont pas plus d’importance
que celles existant à l’intérieur d’un pays industrialisé quelconque.
Il
s’agit de truismes rappelés simplement pour la cohérence de l’ensemble. L’important,
ce qui est nouveau pour la conception de l’État avec son système fondamental,
commence dès-lors que ce stade-là reste en arrière. La fin de celui-ci et le
commencement du stade actuel n’ont pas une démarcation temporelle précise, mais
elle est devenue absolument évidente une fois que nous y sommes bien entrés,
après la seconde guerre mondiale. La croissance du capital et de la production
par le truchement du travail salarié, adopte à partir de là des caractéristiques
négatives qui faisaient défaut aux stades antérieurs. Le capitalisme mute son
ancien caractère progressif en régressif, y compris dans les zones du monde
où son installation est encore rudimentaire. En effet, si l’on ne veut pas vider
de contenu la notion de progrès, ou de développement d’un type de civilisation,
il est impératif de déterminer le maximum qu’il est susceptible d’offrir aux
hommes. Le critère doit être objectif, intrinsèque au système lui-même, pas
à ses accidents, ni à une quelconque estimation subjective, même si le subjectif,
lorsqu’il atteint un domaine presque général, constitue l’ultime détermination,
au mieux,... et au pire aussi.
Mais
il est indispensable de préciser, tout d’abord, ce qu’on doit comprendre comme
développement d’une civilisation. Non par son extension territoriale,
ni sa croissance économique en elles-mêmes, mais une extension et une croissance
qui améliorent la situation matérielle, culturelle et politique de la population
en général, de ses couches pauvres en particulier. Autrement dit, qui atténue
les traits négatifs du système tout en favorisant involontairement son propre
dépassement. Il doit s’agir d’un développement social dans tous les aspects
contenus dans la société, avec comme référence l’homme, seule mesure possible.
Or l’extrême limite de développement a été atteinte dés lors que les facteurs
caractéristiques de son devenir (économique, politique, culturel, volitif) permettent
le saut à un type supérieur, le passage de l’évolution à la révolution. C’est
en ce sens que Karl Marx parlait du capitalisme comme d’un système provisoire,
de transition à une société communiste.
Que
ce maximum ait été atteint depuis longtemps, ne peut être mis en question, sauf
par ceux qui font de la croissance industrielle et du savoir scientifique le
critère principal, voire unique, du développement capitaliste. Les connaissances
techniques et scientifiques, leurs applications réalisées - sans parler de celles
possibles - suffisent aujourd’hui pour supprimer mondialement, en peu d’années,
les différences économiques, réduire à moins de la moitié le temps de travail,
tout en portant le niveau culturel moyen au-delà du meilleur actuellement. A
l’inverse, technique et science sont utilisées à contre‑sens, pour perpétuer
les inégalités existant dans tous les domaines, empirer à dessein la qualité
des produits, les produits de mort exceptés, pour prostituer la culture et les
consciences individuelles (télévision, radio, presse, enseignement orienté ou
coercitif, fichage informatique de la population). Ainsi donc, le développement
social apporté par le capitalisme vire dans le sens opposé. La croissance industrielle
a des répercussions négatives dans la vie quotidienne par ses caractéristiques
actuelles, bien au-delà de la pollution et autres nuisances. Elle tient l’homme
chaque fois plus serré à la gorge, et par conséquent, il s’agit d’une croissance
réactionnaire. Par-dessus le marché, le dispositif belliciste franchit toutes
les bornes imaginables quant à la négativité, même en faisant abstraction des
armes atomiques. Le taxer de réactionnaire semble peu de chose, une vacuité.
En effet, comment qualifier une utilisation de la science qui permet à la haute
hiérarchie du système de désintégrer tout organisme vivant, du protozoaire à
l’homme, par la simple pression d’un bouton, aussi facilement qu’on écrase une
fourmi ? Criminel, assassin, humanicide semblent des termes doux, insignifiants.
Cependant, le dernier des termes suggère une association très éloquente. La
décadence des civilisations qui se sont avérées incapables d’en engendrer une
autre supérieure à elles-mêmes, après l’aboutissement de leur parcours de développement,
les vouait à une décomposition graduelle, mais cela n’empêchait pas, à terme,
des poussées civilisatrices dans d’autres zones. Seul le savoir sous la coupe
du capitalisme, de son État , mène, non plus à la décomposition décadente
de la civilisation inaugurée depuis des décennies, mais à l’extermination de
la vie... à moins que la révolution communiste n’y coupe court. En tout cas,
il suffit que cette menace soit suspendue sur nos têtes - chose indéniable -
pour conclure : la civilisation capitaliste a largement dépassé sa marge
de développement ; la mettre à mort révolutionnairement constitue la seule issue
physique et culturelle possible pour la société mondiale et pour chacun des
individus la composant. Ce sera une démarche civilisatrice par excellence. L’essentiel
du système, c’est ce qui est entré en putréfaction, la production fondée sur
le capital et le salariat. Mais l’épicentre de la putréfaction du système, c’est
l’État.
A
l’étape que nous vivons, l’Occident tout comme l’Orient, il est devenu beaucoup
plus pertinent de parler de l’État capitaliste et son système, que du système
capitaliste et son État. C’est un fait que l’État gouverne et domine la société
à discrétion. Pour le moment, il ne se heurte à aucun autre obstacle que celui,
figuré mais non évanoui, d’un futur mouvement de révolte prolétarienne. Les
tractations entre les différents secteurs intégrés dans le système, partis « ouvriers »
et syndicats compris, loin d’être un tant soit peu un contrepoids au despotisme
étatique, lui font escorte par leur fausse opposition, tandis qu’ils assoupissent
le prolétariat. En outre ils se considèrent eux-mêmes les héritiers des monopoles,
et de la police, ce qui inspire leurs agissements. L’autonomie relative qui
caractérisait autrefois les capitaux privés, face à l’État, et de celui-ci face
aux capitaux privés, s’est effacée depuis la dernière guerre. L’État est
devenu le maître de cérémonie incontestable dans tous les domaines de la -
de sa - société, projection économique, politique, législative, judiciaire,
informative, désinformative, aussi bien que dans le domaine militaire. Le Léviathan
vanté et craint tout à la fois, n’est pas pour demain ; il met en œuvre ses
fonctions destructrices et cannibales sous nos yeux quotidiennement. Par ce
biais, l’État actuel condense en lui toutes les turpitudes de l’histoire humaine :
l’étrangéité multiréciproque, le saccage entre hordes, tribus, clans,
l’anthropophagie alimentaire et rituelle, les despotismes asiatiques, africains,
pré-colombiens du Nouveau Monde, l’esclavage des anciennes civilisations,
le servage féodal, ou comme corollaire les formes économiques et répressives
du capitalisme naissant et florissant aussi.
Je
ne signale pas ici une nation quelconque, mais toutes sans exception, sans tenir
compte de l’acquis économique, technique, policier, etc. Les nouveaux pays « indépendants »
reproduisent, aggravés presque toujours, le totalitarisme et la corruption des
métropoles, car ils sont engendrés par un type social en sénescence. On peut
donc, et l’on doit, parler d’un État mondial, mais de contenu inverse à celui
que lui attribue H. Lefèbvre. Brouillon comme un théologien et la tête toujours
pleine de faux-fuyants comme tout stalinien contrit, Lefebvre trouve dans l’État
mondial de nos jours, une tendance « au mode d’existence métaphysique »
et il signale dans l’œuvre de Staline, c’est à dire dans l’État russe, « une
révolution faite d’en haut » (dans L’État dans le monde moderne Ed.10-18
Paris 1976).
L’œuvre
de Staline a une grande importance, oui, très grande même, mais en tant qu’œuvre
contre-révolutionnaire dans tous ses aspects. Sans elle, il est impossible d’imaginer
comment le système mondial aurait réussi à faire face, et même mettre en déroute,
à l’offensive révolutionnaire du prolétariat entre les deux guerres impérialistes,
déclencher la seconde et rendre inertes ses exploités pendant presque un demi-siècle
! L’enchaînement des faits qui vont de la contre-révolution stalinienne en Russie
à la défaite de la révolution internationale, et de celle-ci à la guerre de
1939-1945, et ainsi jusqu’à l’inactivité si prolongée de la classe ouvrière,
explique exhaustivement la malodorante situation actuelle, croissance industrielle
tératologique et totalitarisation de l’État comprises.
L’interprétation
théorique de l’État ne peut pas se faire en l’isolant comme entité, mais en
l’envisageant dans son devenir historique qui à son tour, représente l’entité.
Autrement on tombe dans la divagation idéaliste, ou bien, cas le plus fréquent
aujourd’hui, dans une méprisable disculpation d’anciennes attitudes personnelles
au cours du déroulement historique ; c’est utiliser la théorisation pour le
service privé de l’écrivain. Or l’œuvre de l’État russe n’est pas celle de Staline
tout seul, mais celle de tout l’appareil bureaucratique dans les frontières
russes et à l’extérieur également. Elle représente une adaptation des intérêts
contre-révolutionnaires postérieurs et antérieurs à 1917, du degré de concentration
économique et de résignation du prolétariat, requis à l’échelle mondiale pour
toute croissance capitaliste importante, ainsi que pour maintenir en vie le
système. Par le truchement de la propriété privée, rien d’important ne pouvait
se réaliser. La contre-révolution mit le capitalisme russe à jour avec le capitalisme
le plus concentré d’Occident, le surpassant même, hormis la compétence technique
et administrative. L’énormité rétrograde du stalinisme réside dans le fait que,
depuis la décennie 20 tout au moins, la production de capital, à plus forte
raison sa concentration, allait à l’encontre du développement humain et même
de simples potentialités non-capitalistes de sciences et techniques.
Les
dérivations négatives d’un tel fait n’appartiennent pas toutes au passé ; d’autres,
non moins graves, nous menacent, non seulement dues à la présence de renégats
du stalinisme (tous plus ou moins faux) induits par le « Rapport Khrouchtchev »,
mais aussi à la nouvelle issue réactionnaire offerte par le régime russe au
monde entier.
De
même que la concentration du capitalisme, au temps de la révolution russe, a
transmis une forme économique, accentuée, à la contre-révolution russe, celle-ci
à son tour, inspira le dirigisme occidental et dans son aspect politique, nous
voyons son totalitarisme de Parti-État repris par presque tous les pays dits
nouveaux. Dans ceux démocratiques, anciennement institutionnalisés, mille mesures
et tracasseries dans l’ombre vident sans cesse le contenu de la démocratie bourgeoise,
pauvre en elle-même. Mais la pire des répercussions de l’État stalinien est,
sans conteste, la falsification de l’idée de socialisme elle-même. Partout à
l’heure actuelle, elle est supplantée par la notion d’un État, capitaliste unique.
Voilà le « socialisme premier » que l’archi-réactionnaire Spengler
opposait au capitalisme individuel.
Derrière
l’appât de l’expropriation des monopoles et des bourgeois, ce qui se projette,
c’est le monopole du Parti-État. La relation capitalsalariat, inséparable du
système, devient alors bien plus insupportable et la décadence sociale descendrait
encore des marches qui pourraient être décisives. Et il est indifférent, quant
au fond, que cela advienne avec le parti unique ou par le biais du prétendu
pluralisme, qui n’est avant tout que rengaine publicitaire et manœuvre tactique.
La concentration du capital réclamera toujours un totalitarisme politique proportionnel
à elle-même.
En
résumé, avec la concentration du capital, en Occident par sa circulation et
sa reproduction élargies spontanées, en Orient par ses urgences anti-révolutionnaires,
et dans les ex-colonies par leur enchaînement aux Grands et par mimétisme démagogique,
nous nous trouvons face à un État qui connaît certes, des différences territoriales
(on ne peut dire nationales car dans bien des cas la nation a été imposée ou
est en train de l’être), d’après les antécédents historiques, mais dont la fonction
première, toutes les autres y étant subordonnées, consiste à imposer la reproduction
élargie du capital, c’est à dire un type d’association humaine caduc et entièrement
pernicieux à présent.
L’analyse
de l’État moderne autorise une grande prolixité, qu’on tienne ou non en compte
ce qui précède. Dans cette ébauche, il ne faut plus abonder. Les indications
données suffisent pour dépasser l’analyse et parler de l’anéantissement de l’État.
Devant
cette perspective, depuis toujours celle du mouvement révolutionnaire, les avocats
traditionnels de l’État, comme représentant immortel de la société, représentent
peu de chose en qualité d’obstacle théorique, quel que soit leur savoir, et
moins encore dans la pratique de la lutte de classes. Limitons-nous à citer,
dans l’attente d’une réfutation plus générale, Vivre sans État ?
de Jean William Lapierre (Ed. Esprit-Seuil 1977), où il répond au livre déjà
cité de Pierre Clastres, La société contre l’État. Monsieur l’agrégé
de philosophie écrit : « Où et comment les conditions d’une société sans État
sont-elles réalisables, fût-ce à long terme. Une économie d’abondance et une
société de loisir dans une population stabilisée par la limitation des naissances,
un mode d’organisation et de régulation sociales abolissant tout désir d’innovation
dans tous les groupes sociaux, est-ce bien là un avenir possible pour l’espèce
humaine ? » (p. 360). Et à la page 371 : « ... le dépérissement du pouvoir
politique (...) on ne saurait l’attendre que d’une extinction de la capacité
humaine d’innover, d’un épuisement de l’imagination par le triomphe de l’habitude
ou du réflexe conditionné, d’un coup d’arrêt porté à l’historicité ».
Depuis
l’époque où Spencer fulminait « Tout socialisme comporte l’esclavage »
(All socialism involves slavery), les arguments se sont affinés, mais
à peine, vus de près. Ils sont de même apparentés à ceux de Berdiaef, qui opposait,
à une paralysie de l’histoire due au socialisme, son noble accomplissement par
le retour du Christ, à moins que ce ne soit par « la résurrection de la
chair ». Les variations sur le même thème surgissent comme un réflexe du
cerveau de nombreux érudits de tous les pays. Leur bonheur consiste en ce que
les pays dits socialistes leur donnent très largement raison. Même les néo-fascistes
peuvent y puiser matière leur permettant de paraphraser l’idiotie de Hitler
dans Mein Kampf « Le marxisme, c’est la magie noire ». Parmi
ces érudits, même les plus respectueux du sérieux scientifique sont incapables
de déclarer sans ambages que les dits pays sont au socialisme ce qu’un défoliant
est à la végétation. Violence répressive, étouffement de toute liberté, mensonge
systématique et tout à fait prémédité ne disparaîtront là-bas qu’avec le démantèlement
préalable de l’État, et leur État ne peut être analysé que comme un cas particulier
des États Occidentaux.
A
la question de Lapierre sur où et comment d’une société sans État, on reviendra
à la fin de ces coups d’éclairs. En attendant, qu’on observe comment le professeur
suit les traces de Lévy-Strauss dans Race et Histoire , où il considère
que l’actuelle mosaïque bigarrée du genre humain et de la société capitaliste
favorise le désir d’innover et donc le progrès dans l’histoire. A l’instar de
tant d’autres dont leurs loisirs leur ont permis de devenir ce qu’ils sont,
ils passent outre un fait écrasant par son extension géographique non moins
que par la grave privation mentale qu’il entraîne pour des centaines de millions
de personnes, même dans les pays les plus cultivés : l’interdiction d’innover
et tout simplement de savoir, par le décret de leurs conditions d’existence ;
c’est le plus draconien et le plus inviolable de tous les décrets possibles.
Le coup paralysant assené à l’histoire est une constante depuis des millénaires,
car la majeure partie des personnes ont été placées hors d’elles, toujours engendrées
et reproduites comme objets souffre-douleur du devenir. Et ce, non d’une manière
quelconque, mais par et pour la minorité dominante et instruite, qui agit comme
sujet, sujet bâtard donc.
En
témoignent nombre de civilisations désagrégées par décadence ou détruites, s’étant
avérées incapables de donner jour à rien de mieux. L’épuisement de l’imagination
ne se produira jamais, sauf dépérissement physique de l’espèce ou retour à l’animalité.
N’empêche, son étouffement est un phénomène d’intensité variable mais constant
dans les sociétés de classes et État. Et c’est en elles que l’imagination de
nombreux hommes savants voit un danger mortel pour la disparition de l’étouffement.
D’après
Lévy-Strauss et Lapierre entre autres, la dialectique de l’histoire réclame
la diversité de groupes culturels et de groupes sociaux, euphémisme qui désigne
les classes et pays riches et pauvres. En dehors de cela, ils ne voient que
plate médiocrité, des cerveaux sans impulsions ni désirs parce que matériellement
repus. Or, une des tragédies de tout le parcours des hommes consiste précisément
en ce que la culture a eu depuis toujours, comme organes de connaissance et
d’expression, des gens rassasiés, sans grandes préoccupations matérielles ou
entièrement libres d’elles, grâce au travail des autres. Rendre tous les hommes
exempts de cet abrutissant fardeau ne peut pas entraîner leur dépersonnalisation,
puisqu’ils sont dépersonnalisés à des degrés différents et depuis toujours.
Par contre on n’aperçoit pas d’autre moyen pour que tout un chacun découvre
ses capacités optimales.
Le
jeu dialectique entre le monde extérieur (le cosmos) et l’homme est entravé
en permanence par la lutte à mort entre les hommes. Aussi longtemps qu’il n’aura
pas lieu de manière directe, sans ce dégradant impôt de sang, ignorance, exploitation,
répression, les facultés essentielles de l’immense majorité resteront hermétiquement
enfermées dans le subconscient.
Cela établi, la pire catégorie d’ennemis de la disparition
de l’État est celle qui, tout en l’admettant en paroles, renvoie sa réalisation
à un avenir mythique, tout en faisant de l’État, pendant une durée indéfinie,
le propriétaire maître et seigneur de tout, et l’organisateur du communisme.
Elle est bien plus dangereuse que l’autre catégorie, non point par son savoir,
qui est indigent, mais par ses agissements d’hypocrisie préméditée, et avant
tout par les positions organisatives quelle détient au cœur même du capitalisme,
dont elle est partie constituante. Signalons les syndicats des partis « communistes »
et « socialistes » riches et officialisés, en plus des pays peuplés
de près de deux milliards d’habitants où sévit le despotisme étatique de partis
policiers. Leur publicité est comparable, par le volume et le rabâchage, à la
publicité des monopoles multinationaux les plus forts. La monstruosité d’une
telle supercherie n’a été dépassée par aucune autre antérieure.
Si
l’État capitaliste est la condensation de toute la violence étatique et para-étatique
depuis la proto‑histoire, l’État dans les pays en question rassemble,
agrandis, les bestialités, coups tordus et crimes caractéristiques de l’État
bourgeois depuis sa naissance. Sa fusion avec le système économique structurel
est indubitable et plus complète que dans aucun autre pays. Il n’y a chez eux
aucun interstice entre la production et l’État, si ce n’est par fraude... Celui-ci
apparaît sans détours, sans voile et directement tout à la fois comme produit
et organe opérateur du système économique. La relation cyclique mondiale : capital
- salariat - capital accru, trouve là-bas, à l’un des extrêmes, l’État, comme
investisseur du capital, à l’autre extrême, le même État, comme empocheur du
capital accru par la plus-value ; au milieu : la classe ouvrière broyée. On
cherchera en vain un schème capitaliste aux contours plus nets et une correspondance
plus achevée entre la structure sociale et la superstructure politique.
Qu’un
pareil État soit apparu après une révolution d’envolée communiste, c’est un
problème qu’on ne peut considérer ici que tangentiellement ( note4 ).
Le dépérissement et la mort de l’État après 1917 ne pouvait se produire sans
passer de la révolution démocratique ou permanente à la révolution socialiste.
La contre-révolution sous une forme non-bourgeoise, non moins, mais plus capitaliste,
survint avant, détruisant du même coup l’objectif communiste et la révolution
démocratique. Pour la première fois le monde eut sous les yeux une contre-révolution
et un accroissement du capital sans classe bourgeoise. Ce fait nous apprend
que si tout système bourgeois est capitaliste, tout capitalisme n’est pas bourgeois
pour autant. Enseignement plein de signification pour comprendre la décadence
du système capitaliste mondialement considéré. Par ailleurs, il permet, si l’on
appréhende avec justesse les mesures et les erreurs des bolchéviques qui facilitèrent
le reflux contre-révolutionnaire, de discerner bien mieux qu’autrefois les conditions
qui amèneront la mort de l’État.
L’État
russe est le premier promoteur de mensonges à l’égard de sa propre nature et
de celle de l’État en général. Dans toutes ses versions, il s’agit de bourdes
indignes d’être prises en considération, si ce n’est parce que, sans cesse propagées
dans toutes les langues, elles se sont infiltrées dans la matière grise de maints
intellectuels, et surtout parce qu’elles servent à opprimer ceux qui vivent
sous cette férule. Au moment de la promulgation de la constitution de Staline
- en réalité de Boukharine - alors qu’on préparait dans les coulisses les grands
procès falsifiés de Moscou, Molotov révéla au monde, comme théorie, que l’État
ne subsistait en Russie que pour la répression des voleurs et autres malfaiteurs,
sans aucune fonction de classe. Presque simultanément, l’extermination physique
ravageait les hommes de 1917 et des millions d’autres, non sans la collaboration
de voleurs et malfaiteurs. Le Kremlin se redéfinit après comme une dictature
du prolétariat, en même temps que mouraient dans les camps de travaux forcés
ou à coups de pistolets dans l’occiput, 20, 30 ou 40 millions de prolétaires
et que des milliers d’intellectuels et techniciens étaient réduits à la condition
de parias. Plus l’État devenait brutal, plus lourd devenait l’esclavage des
prolétaires, plus le Kremlin déployait d’obstination à répandre son mensonge
dans le monde par tous les moyens, concussionnaires aussi bien que publicitaires.
La plus récente de toutes ses supercheries, « l’État de tout le peuple »
(version Brejnev), s’apparente à la définition du hitlérien Schlidt, pour qui
le politique, domaine privilégié de l’État, se résume dans la notion « ennemi,
ami », définie par l’État lui-même.
La
véritable explication se trouve au niveau le plus bas. « Le peuple tout
entier », comme par ailleurs la « coexistence pacifique » (initiative
du plus notoire des flics, Staline en personne), sont des formulespièges adaptées
à la mentalité de technocrates, intellectuels de gauche et bourgeoisie fanée,
à ceux qui sont appelés (par Moscou) à devenir la charpente de futurs États
satellites « du peuple tout entier ». La motivation profonde de telles
vacuités n’est autre que la puissance militaire de la Russie et de son Bloc
militaire.
Le
stalinisme cabochard de l’État chinois n’est qu’un calque de celui de la Russie,
avec des éclaboussures de l’Empire Céleste. Il est pertinent de le rappeler,
surtout parce que sa collaboration-alliance avec les États-Unis et le Japon
offre une preuve incontestable de la réalité d’un État mondial uniforme pour
l’essentiel, d’alliances militaires et de rôles économiques interchangeables.
Le « Tigre de papier » dont Mao-Tsé Dong avait parlé est devenu « griffes
d’acier », sauvegarde de la Chine « socialiste » face à la Russie
« socialiste ».
Pour
ce qui est des staliniens éhontés de l’Europe occidentale ou d’ailleurs, qu’ils
restent ou non dans leurs partis, le pesant fardeau de leur propre passé leur
interdit de rien dire de sérieux sur l’État en général, et sur l’État russe
en particulier. Il faut les observer rapidement. Les italiens, les premiers
des « pluralistes », et aussi ceux
qui reçoivent le plus de millions et de privilèges de leur capitalisme national,
écrivent dans Il marxismo e lo Stato , que les oeuvres de Marx renferment
« une théorie générale de l’État » qui devrait être développée. D’autres
ont prétendu, non moins gratuitement, qu’elles contiennent en germe la bestialité
stalinienne. L’État est éternel pour ceux qui parlent de la sorte, il peut être
transformé, pas supprimé. Depuis de longues années en vérité, le parti de Togliatti
et de Berlinguer voit dans les entreprises de l’État italien, des foyers de
socialisme, bien dans la ligne de son projet de capitalisme d’État. En France,
Ellenstein allège comme tant d’autres le poids de sa conscience en postulant
un socialisme démocratique tout en proposant de considérer l’État russe « comme
produit par l’histoire », comme qui considère qu’un veau est un produit
de la parturition de la vache. Son collègue et philosophe, Althusser, porte
son effort de penseur jusqu’à voir dans l’œuvre de Staline le résultat « d’une
erreur économiste ». L’argument ne vaut pas plus que le démonologique « culte
de la personnalité ». En Espagne, Carillo et sa suite, troisièmes en mal
(apparent) de rédemption des péchés, braillent d’avantage, mais à l’instar de
tous ceux qui se sont prosternés devant Staline et ses successeurs, ils
se trouvent, de ce fait et du fait de leurs propres œuvres, moralement et intellectuellement
dans l’incapacité de découvrir la vérité et de la proclamer.
Sans
considérer l’État russe et l’œuvre de Staline comme le moteur et le résultat
d’une contre-révolution qui sauva aussi le capitalisme occidental, on ne peut
énoncer que des tromperies. C’est pour cela que le stalinisme survit à la mort
de Staline, et qu’il vivra aussi longtemps que son oeuvre. Il est présent même
dans les velléités démocratiques des dissidents. Leurs critiques, comme hier
la dénonciation de Khrouchtchev, ne dépassent pas les bornes d’une critique
stalinienne du stalinisme. En acceptant comme sincères les paroles des « pluralistes »,
leur souhait serait un capitalisme d’État façon Moscou, rendu décent avec la
feuille de vigne occidentale.
Un
livre de Nicos Poulantzas, L’État , le pouvoir, le socialisme (Ed.
PUF 1978), permet de voir à l’insu de l’auteur, la néfaste influence du stalinisme,
et même d’en avoir la filiation formelle. Poulantzas ose parler de disparition
de l’État, mais dans un avenir si éloigné, qu’il la supprime en tant que projet
concret, d’actualité immédiate post-révolutionnaire. En réalité, il supprime
aussi la révolution, mettant à sa place « la voie démocratique vers le
socialisme ». Et ce qu’il entend par socialisme n’est autre que la propriété
d’État flanquée de l’autogestion. Il s’agit pour lui de modifier peu à peu l’État
actuel et pas du tout de le démanteler, grâce à des foyers d’autogestion et
à d’autres positions que la classe ouvrière occuperait. Il se situe à droite
du réformisme austro-marxiste du premier après-guerre, et son argumentation
théorique est bien inférieure.
Les
courants et auteurs nommés, et d’autres qui seront signalés dans un ouvrage
postérieur sur ce thème, parlent en l’air, souvent avec un ton académique peu
engageant. Ils exhibent une bibliographie copieuse, mais ils sont toujours en
marge de l’expérience pratique, c’est à dire, des hauts et des bas, des victoires
partielles et des déroutes du prolétariat mondial ; comme si elles n’avaient
pas existé. Même de l’expérience russe, ils ne tirent que des conclusions négatives,
rassurantes pour le capital, anesthésiantes pour la classe ouvrière. Or depuis
1914, première guerre mondiale, cette expérience est très riche et permet de
dégager des éléments importants en vue de la disparition post-révolutionnaire
de l’État.
La
nécessité de démanteler l’État capitaliste, le plus clair des enseignements
de La Commune , est allée s’accentuant en proportion au gigantisme militaro-policier
du même État, et à la concentration du capital. L’expérience de la révolution
russe, et vingt ans après celle de la révolution en Espagne, permettent un important
progrès à la théorie : l’organisme de force ou État résultant de la révolution
prolétarienne ne peut pas devenir propriétaire de l’économie sans vite tourner
à la contre-révolution. Celle-ci rencontra en Russie la facilité de la propriété
accaparée par l’État et de l’exténuation de la classe ouvrière. Ce ne fut pas
le cas en Espagne, mais les organismes coercitifs de l’ancien État, subrepticement
reconstitués (par le parti de Moscou et avec les armes de Moscou, soit dit en
passant) réussirent à désarmer le prolétariat, à l’exproprier, acte réalisé
par le truchement de la nationalisation. Et grâce aussi à des circonstances
politiques dont l’exposé n’a pas sa place ici ( note5 ).
La propriété d’État entraîna également la contre-révolution dans la zone rouge,
et sa répercussion dernière fut la victoire de Franco. Les deux expériences
sont irrécusables.
A
l’origine, l’État était la conséquence du saccage de l’exploitation systématique,
non point son créateur ; la disparition de celle-ci ne sera pas d’avantage
son œuvre, mais procède en droite ligne de cette disparition. Postuler un État
organisateur du socialisme, quelque fondement social qu’on lui attribue, c’est
une intention non plus négative ou opportuniste, mais, au regard de l’expérience,
réactionnaire de fond en comble. C’est d’autant plus évident que la capacité
de production réalisée à ce jour, et la capacité potentielle de la science moderne,
permettent d’aboutir en peu de temps à la disparition des classes quant à leur
fondement économique. Il suffira de bousculer l’embarras paralysateur et corrupteur
qu’est l’exploitation. Ce « bousculer » embrasse, il va de soi, au-delà
de la bourgeoisie, des monopoles, l’État actuel, tous les organismes para-étatiques,
lois, etc. qui veillent sur l’exploitation, la règlent ou l’épaulent à l’aide
du consensus, de la négociation et autres arrangements, tacites ou non, plus
ou moins rétro-historiques. Les démanteler, tel est l’aspect négatif de la révolution
- négatif de ce qui était avant - condition préalable pour que l’aspect positif
s’élance en avant. De même que la violence et le saccage entre les primitifs
s’institutionnalisa à la fin en État, les conséquences ultimes d’une telle violence,
le monstrueux État moderne et le saccage réglé par le rapport social capital-salariat,
réclament aussi de la violence pour en finir avec. Telle est la tâche de
la dictature du prolétariat, synonyme exact de révolution communiste. Le pénible
terrain bourbeux parcouru depuis la sauvage extranéité multiréciproque jusqu’à
celle de la lutte de classes, du nationalisme, de l’impérialisme et des armements
atomiques, débouchera par le dit chemin révolutionnaire, sur une humanité sans
avidités opposées ni conflits, une humanité libre.
A
moins de se leurrer par des préjugés terminologiques, ou de tomber dans le piège
du « chemin démocratique », force est de reconnaître que la révolution
sociale doit être imposée comme une rébellion victorieuse quelconque. L’humanité
n’a connu que des régimes dictatoriaux à des degrés différents. Les communautés
primitives elles-mêmes devaient payer tribut aux despotismes, qui les toléraient
sous cette condition. La démocratie bourgeoise a été la moins brutale de toutes
les dictatures, quoique son fondement soit l’absolutisme du capital sur le travail.
A l’inverse de toute autre, l’imposition révolutionnaire met fin au joug millénaire
pour fonder une liberté à la mesure de tous les hommes, et non pas de minorités
manipulatrices.
Dans
La société contre l’État, Clastres se trompe de chemin lorsqu’il
croit percevoir chez certains groupes primitifs un rejet de l’État, comme s’ils
avaient la prémonition de son caractère oppressif. Ainsi son argumentation est
facilement annulée par Lapierre, dans Vivre sans État? . Il signale
que les sociétés primitives sans État sont de dimension réduite et restent immobiles
depuis toujours. Tout de même, l’argumentation de Lapierre est incomplète et
par ailleurs adaptée à son refus de croire que l’État puisse être supprimé dans
des sociétés hautement développées.
Clastres
ne prête aucune attention à l’importance économique et oppressive des raids
de rapine entre les primitifs. Cela l’empêche d’élucider le pourquoi de l’apparition
de l’État et il n’entrevoit même pas le comment de sa disparition future. Le
titre de son ouvrage est trompeur, car il fait référence aux primitifs et pas
à la société contemporaine. De son côté, Lapierre n’attache à l’inexistence
de l’État chez certaines ethnies, d’autre importance que celle de cause et démonstration
de leur propre primitivisme. L’idée de disparition de l’État moderne lui semble
une idée de rêveurs. Mais les arguments qu’il présente transforment le songe
en cauchemar. Il convient de le citer encore afin de répondre à sa question
sur les conditions de disparition, qui ne sont pas celles qu’il réfute chez
Clastres, mais celles que nous avons tous les jours sous les yeux. Voici ses
mots « Le dépérissement de toute forme de pouvoir politique spécialisé,
l’avènement de nouvelles « sociétés sans État », ne sauraient être
attendus que d’un imprévisible coup d’arrêt de l’histoire et d’une sorte d’évolution
régressive de l’espèce humaine vers son atomisation en petites sociétés closes
et homéostatiques. » Tout en nous assurant que dans un tel cas, l’inventivité
de l’homme mourrait, il conclue que toute « conduite déviante aura été
définitivement inhibée par l’empreinte de bonnes habitudes. Le conformisme social
ne pourra plus être ébranlé » (pages 365 à 371).
Tout
d’abord, de là découle que les sociétés avec État, la nôtre très particulièrement,
ne connaissent pas de régressions, ou seulement de courte durée et de peu de
gravité ; que l’intelligence humaine trouve en elles un terrain fertile ;
que sous l’autorité de l’État, l’homme est, ou tend à être non-conformiste,
et « last but not least », que le coup anti-civilisateur dans l’histoire,
résulterait de la disparition de tout corps politique spécialisé.
On
croirait que Lapierre n’a pas entendu parler des innombrables régressions imposées
à l’histoire depuis qu’histoire il y a, entre autres de la décadence de la civilisation
gréco-romaine, qui s’étale jusqu’au XIIème ou XIIIème siècle. Toutes ont été
introduites par un renforcement de l’État - non par sa disparition - c’est à
dire par le corps politique spécialisé. Dans l’actualité aussi, quiconque peut
observer des signes de décadence, tous favorisés, lorsqu’ils ne sont pas créés,
par l’État. On peut en dire autant du conformisme. Qui donc en a besoin, plus
que ce corps superlativement spécialisé? Que l’on regarde où et quoi que ce
soit, l’État favorise, organise le conformisme par de multiples moyens : coercitifs,
publicitaires, culturels, vénaux. Si bien que dans nombre de cas, les innovateurs
lui rendent personnellement hommage. Mais toute innovation dépassant les limites
matérielles du système est rejetée, sans égards aux moyens employés. En outre,
des centaines ou des milliers de silos menacent de mort l’humanité jour et nuit,
à chaque minute. Et ceux qui savent, au lieu d’ameuter le public pour l’empêcher,
s’adonnent sans inquiétude à leurs études « innovatrices ». Les physiciens,
les mathématiciens, les ingénieurs, etc. qui inventent et fabriquent les armements
atomiques et autres, ne sont-ils pas, eux aussi, de nauséabonds innovateurs,
conformistes et vénaux ?
Toutefois
le comble est qu’on nous parle d’un danger de dégénérescence mentale, sinon
physique de l’homme, comme conséquence de la disparition de l’État, cet organisme
qui freine le devenir depuis des décennies, au prix d’hécatombes, par
des guerres et des répressions. A Lapierre qui demande quand et comment seront
réunies les conditions dont on parle, il faut répondre.
1
- La toute-puissance illimitée, monstrueuse, de l’État lui-même, est telle qu’il
peut se permettre ce que bon lui semble (avec et sans « raison d’État »,
cette impunité garantie du crime), paré de ses lois ou malgré elles. Sauf s’il
est démantelé, il perfectionnera le processus despotique et finira par déclencher
l’extermination depuis les silos et sous-marins. Cette situation est à tel point
indéniable, que tout individu ou organisation se trouve aujourd’hui devant l’obligation
politique et morale d’appeler à la destruction de l’État. C’est celuici qui
serait mis en évidence, comme accusé, criminel devant n’importe quel tribunal,
sans parler du bien inconnu « tribunal de l’Histoire ». Il est pertinent
de rappeler à cet endroit, la boutade attribuée à Einstein, en dépit de sa responsabilité
dans la fabrication de la bombe atomique : « Si la prochaine guerre est
atomique, la suivante se ferait avec des arcs et des flèches ».
2
- La production de biens de consommation, alimentaires, ou d’un usage quelconque
dans la vie, d’outillage industriel, etc., n’atteint qu’un volume et qu’une
perfection exiguës, en raison de leur forme mercantile, de l’achat et de la
vente imposés par les bénéfices du capital et de son État. Ces mêmes bénéfices
réclament des arsenaux (plus de quatre cent mille millions de dollars par an,
au moment où ces lignes sont écrites - 1978), des produits d’une mauvaise qualité
préméditée, de la corruption, de la pollution et de multiples nuisances. L’indigence
extrême, la maigreur squelettique et la mort par le fléau de la famine, sont
le sort de 1000 millions de personnes, ce qui ne pourrait pas arriver dans le
cas d’une production pour la consommation, sans vente. Et on ne sortira pas
d’une telle situation aussi longtemps que la demande de produit aura pour mesure
la capacité d’achat. Même sil y avait une amélioration, les dénivelés seraient
encore énormes et non moins nuisibles.
3
- Les millions d’hommes des pays industrialisés qui travaillent à la production
sont toujours exposés au chômage, au travail soumis à un cycle épuisant. Ils
manquent de métier, et de la possibilité d’acquérir des connaissances, par leur
peu de temps libre, non moins que par imposition économique (salaire)... et
par bon vouloir gouvernemental. Ils peinent pendant huit ou dix heures à l’usine,
tandis que la science, dont l’application entière et scientifique est interdite
par les bénéfices du capital, est en mesure de réduire à très peu le temps de
travail socialement nécessaire, avec un rendement quantitatif et qualitatif
très supérieur.
4
- La millénaire séparation des hommes en cultivés et incultes, travailleurs
manuels et intellectuels, est devenue en ce moment du siècle une absurdité aussi
flagrante que le voyage vers la Chine, de caravansérail en caravansérail. Le
savoir intellectuel peut être le fait de tous par la suppression du capital
et de l’État, sans autres limites que les aspirations individuelles, tandis
que le savoir-faire manuel pourrait récupérer, sans que personne se voit condamné
à le subir, ses capacités perdues. Le temps pour organiser tout cela ne compte
pas comme empêchement. Le fait est que culture, science, recherches, sont en
train de se prostituer au service direct ou indirect de l’État, qu’elles dégradent
leur propre condition et celle de la société en général. Elles sont facteurs
objectifs de décadence, alors que leurs potentialités sont facteurs objectifs
de progrès. C’est ce que, édulcorant la vérité, on appelle actuellement « malaise
social ». Dès lors l’aliénation commence à prendre l’aspect d’un assoupissement
intellectuel et d’une perversion dans les cercles dirigeants, des hommes d’État
jusqu’aux leaders syndicaux.
On
pourrait arguer, certes, que depuis 1936-37 le prolétariat ne donne guère signe
de vouloir se révolter contre sa condition en s’élançant contre l’État et le
capitalisme. Il ne le donnera pas tant qu’il reste prisonnier des organisations
politiques et syndicales qui, au nom du socialisme, du marxisme ou de la simple
amélioration du système, lui vident le crane et resserrent sa chaîne salariale.
N’empêche que la nécessité plane près de nos têtes et n’arrête pas de devenir
plus évidente. Un brusque sursaut de rébellion pourrait introduire à tout moment
une nouvelle période révolutionnaire. La probabilité en augmentera, non pas
avec le chômage, ni avec une crise de surproduction, si grave soit-elle, mais
au fur et à mesure que passe dans le domaine de tout le monde l’horripilante
vérité sur la Russie et ses imitateurs, et donc la fausseté constante de ses
partis à l’extérieur.
Empêcher
la réapparition d’un pouvoir bureaucratique après une future révolution est
une préoccupation fréquente à l’heure actuelle, non sans raison. Or les mesures
recommandées (conseils ouvriers sans partis politiques, démocratie des partis
ouvriers au sein des conseils, révocation à volonté des délégués et des comités)
n’ont avec l’intention qu’une relation secondaire ou inexistante. Préoccupations
et mesures de forme ne suffiront jamais à empêcher un retour en arrière, qui
ne pourrait être que bureaucratique et capitaliste d’État. Il faudra que dans
le fonctionnement même du système social naissant, quelque chose barre la route
à toute contre-révolution. Ce quelque chose ne peut être que la rupture radicale
de l’ancienne relation sociale capital-salariat, qui engendre la plus-value,
c’est à dire l’exploitation, fondement du système actuel, donc de l’État. Le
montant colossal de ce qui constitue la plus-value, une fois confié à un organisme
post-révolutionnaire, quelqu’il soit, deviendrait le foyer, l’aliment de la
contre-révolution. Il n’est pas question, non plus, d’abandonner son administration
aux travailleurs, par unités ou par branches de production, ce qui serait la
meilleure version autogestionnaire. Elle introduirait une rivalité funeste entre
groupes qui amènerait l’exploitation par les plus puissants.
Le
bureaucratisme et d’autres maux enfoncés dans les mentalités et dans la réalité
actuelles, ne pourront être entièrement évités dans aucun cas. Mais on peut
certainement empêcher qu’elles se répercutent en domination et exploitation
des uns par les autres, en attendant que se généralise la nouvelle mentalité
dégagée du communisme. La clef n’est autre que le rapport susdit entre l’homme
et la nature, entre instruments de travail et travail, entre production et consommation.
La suppression de la loi de la valeur y est implicite. A moins d’implanter cette
relation sociale nouvelle, déjà communiste, la contre-révolution trouvera toujours
manière de grimper, quoi qu’on fasse. Et réapparaîtra un État encore plus destructeur
que l’antérieur.
Le
produit excédant du travail (relativement à un cycle antérieur) devra être assigné
eu égard à la disparition des classes, entre un relèvement de la consommation
immédiate et la création de nouveaux instruments de travail et de culture, à
l’échelle nationale, en attendant l’intégration dans le continent et dans le
monde. La disparition du prolétariat est l’unique démonstration probante de
la disparition des classes et de la coercition sociale.
Depuis
la horde et les tribus très primitives à l’affût d’autres hordes et tribus,
jusqu’aux États ultra-centralisés actuels, à l’affût de bénéfices partout dans
le monde, et donc auprès de leurs co-nationaux, les ruptures de continuités
survenues, aussi bien dans les méthodes de saccage que dans celles de l’oppression
politique, n’ont été rupture que relativement à ce qui existait avant. Mais
par rapport à l’homme en tant qu’espèce exempte de particularités de tribu,
nation, race, il y a ininterruption, ou par concordance avec les connaissances
physiques, il y a un continu-discontinu. Mais celui-ci est lui-même de nature
opposée au continu-discontinu que représentera la rupture définitive d’avec
la succession de systèmes de domination. Avec lui le discontinu rompt également
avec le continu antérieur ; il inaugure un complexe humain supérieur, opposition
directe et complément du Cosmos.
La
Ciotat, août 1978.
G.
Munis.
(1) Je ne veux pas donner dans
le préjugé terminologique des spécialistes actuels, qui
s'abstiennent de parler des peuples primitifs ou bien qui collent des guillemets
au mot pour ne pas offenser les désignés. Entre l'anthropophage
et le communiant d'une quelconque religion, il y a certes communauté
essentielle, mais que chacun choisisse, à moins de mettre anthropophage
entre guillemets.
Retour au texte
(2) Dicton cité par Cummins,
dans The Bahr-el-Ghazal Dinks , Journal of Anthropological Institute (U.K.)
XXXIV.p.155. Retour au texte
(3) Titre du dernier chapitre du
livre de Clastres. Il y sera fait mention dans un livre dont ces pages ne sont
que l'ébauche. Retour au texte
(4) Ceci est exposé dans
Parti-État, stalinisme, révolution , Éditions Spartacus, Paris
1975. Téléchargeable sur ce site à la page : Publications
du FOR .
Retour au texte
(5) Ceci est exposé dans
Jalones de derrota, promesa de victoria (teoria y critica de la revolución
española) , Ed. ZYX. Madrid 1977. Retour au texte
Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 -
for@alarme-for.org
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# La Gorbatchade en technologie et transparence
URL: https://for.marxismo.school/gorbaw.html
Résumé: «Des visages humains sont certainement prêts, d’ores et déjà, pour une vaste manœuvre de diversion de ce genre (à la Khrouchtchev) car la rébellion pourrait éclater à tout…
LA
GORBATCHADE
EN
TECHNOLOGIE ET TRANSPARENCE
«Des
visages humains sont certainement prêts, d’ores et déjà, pour une vaste
manœuvre de diversion de ce genre
(à la Khrouchtchev) car la rébellion pourrait éclater à tout instant».
Parti-État, Stalinisme, Révolution (1974) - Page 100.
Ce
n’est pas la première fois que des hauts gouvernants du pays faussement appelé
Union Soviétique parlent de nouvelles implantations technologiques. Mais à
présent son arriération dans ce domaine
est plus visible, et devenue dangereuse à plus d’un titre. L’intention d’y
remédier, plus vantée qu’autrefois, est une des bribes mises en scènes par
Gorbatchev sous la devise générale : transparence . Elle s’avèrera inapplicable
car, à rebours de ce que le mot signifie, ils s’en servent pour cacher la
réalité, qui est très grave.
En effet tout d’abord il y a opacité, et même ténèbres, dans
cet énorme fait : qu’à l’heure qu’il est, il soit nécessaire là bas , comme
dans un pays arriéré quelconque, de parler de modernisation de l’outillage.
On comprend à la première réflexion que si l’économie russe était socialiste,
sa technologie serait la meilleure du monde parce que le principal et plus
fécond facteur technique du socialisme, c’est une relation entre le travailleur
et l’outillage, entre les producteurs et les produits, entre la société entière
et la technologie, qui facilitent et requièrent au maximum ses innombrables
applications pratiques, en plus du savoir scientifique qui les détermine et
les guide. Quiconque est en droit de se demander : comment diable se fait
il que 70 après le grand Octobre 1917, presque toute la population vive dans
la pénurie, quand ce n’est pas dans la pauvreté, passablement plus mal et
avec moins de liberté que dans les pays occidentaux officiellement capitalistes
? La raison plus générale d’un tel fiasco est que l’économie russe garde,
renforcée, la relation entre force de travail et instruments de production
caractéristique de l’exploitation, et que par conséquent il s’agit de vulgaire
capitalisme, à l’opposé de ses dires.
Mais ce n’est là que le fond structurel de l’explication, qui
ne rend pas entièrement compte de la réalité quotidienne en Russie. Un autre
facteur immédiat, politique et donc très important, a directement fait que
la technique n’a pas produit dans son territoire des effets similaires à ceux
d’autres secteurs capitalistes. C’est que le capitalisme étatique a été imposé
coercitivement en Russie, à l’opposé du cours communiste inscrit dans et déterminé
par la révolution de 1917. Il ne s’agit pas d’un capitalisme qui aurait poursuivi
sa croissance comme tout autre, c’est à dire sans solution de continuité.
Il y a eu une rupture tranchante, et si radicale que sa seule signification
- d’ailleurs voulue - était d’entamer la structuration sociale communiste.
Annihilant cette impulsion par le fer et dans le sang, la contre-révolution
a imposé une distorsion énorme et destructrice dans tous les aspects ;
elle a entravé et perverti même les relations sociales de l’exploitation
et de la culture de son propre capitalisme d’État, diamétralement opposé à
la marche vers le communisme. Si durant tant de décennies, l’économie russe
a été incapable d’égaler technologiquement ses équivalents
occidentaux, la principale cause réside dans l’extermination des révolutionnaires
de 1917 et de millions et de millions d’hommes incompatibles avec sa réactionnaire
marche en arrière. C’est à cause encore,
et cela n’est en rien secondaire, de la diffamation de ses
victimes et de l’immonde falsification consistant à se présenter comme
socialiste, le contraire de ce qu’elle est ( note1 ).
Dès lors, le mérite principal et le mieux rétribué a été la servilité envers
le pouvoir. Une contrefaçon sociale aussi monstrueuse devait causer des effets
dévastateurs, non seulement dans l’économie russe, mais bien au-delà. On les
ressent encore dans le monde entier.
Le funambulisme technologico-administratif nous offre la preuve
éclatante de ce qui vient d’être dit de la restructuration, ainsi que la «transparence» et autres bourdes de
la gorbatchade. Le capitalisme est toujours,
par son organisation et sa circulation sociale même, un obstacle à
la meilleure rénovation technique possible à tout instant. Se mettant sous
sa sauvegarde, la contre-révolution a ajouté à cet obstacle congénital au système, ceux créés par sa propre activité destructrice, qui lui sont caractéristiques
et attachés à vie. Voilà pourquoi son capitalisme a montré une si faible efficacité
technique relativement à d’autres. De même cela explique que de temps en temps
ses hiérarques déclenchent des campagnes pour en augmenter l’efficacité. Toutefois,
rien, absolument rien ne leur permettra de dépasser la mesquinerie et la bestialité
de leur contre-révolution.
Ce n’est point
une digression que de rappeler
que les leaders
chinois - au pur pedigree moscovite
- déclaraient il y a
quelques années, à des visiteurs étrangers qui les questionnaient : « nous
nous équiperons d’armes atomiques même si les gens
doivent aller pieds nus ». Nous avons là,
quoique incomplète,
une définition de la perversité des applications technologiques du monde actuel, même si le degré de nudité des masses prolétaires change d’un pays à l’autre. La vérité tout entière quant à la
technologie est encore pire. Pour le voir et l’interpréter dans toute
son ampleur, il faut délaisser
l’énumération détaillée de ses applications concrètes, et focaliser
ses impulsions déterminantes. De là proviennent
toutes les conséquences sociales, y compris
les antagonismes concurrentiels et
militaires. Ainsi donc
il faut le voir panoramiquement,
en tant que fonction de
production et de reproduction du type de civilisation existant. On ne peut trouver d’autre clef interprétative.
De plus les chiffres exacts à ce sujet sont inaccessibles,
autant pour nous,
révolutionnaires en mal de finances, que pour les grands centres
statistiques du capital. Cependant
on peut calibrer le mouvement économique
de la société actuelle et de chacune de ses
parties, ainsi que les conditions
et les dérivations de toute innovation
technologique.
Imaginons que l’on
isole un cycle quelconque de production mondiale . Tout d’abord, il faut signaler que sa valeur
d’ensemble, y inclue la richesse
immeuble (accumulation antérieure) en quantité
si vaste qu’elle reste imprécise, est propriété
des couches privilégiées de la société. La proportion de ces dernières
est avec certitude inférieure à 15% de
la population totale de la planète, quelques 500 millions de personnes en gros. Peu
nous importe là que
cette propriété soit individuelle, de grandes compagnies ou
de l’État. Une fois accompli le cycle de production, la valeur mercantile, c’est à dire la valeur en argent de tout ce
qui a été produit, revient à ces 15%
de possédants, quelque soit la répartition
entre eux.
De la somme totale il faut défalquer le montant des
salaires versés à la population effectuant la production générale, montant qui est contenu dans la valeur marchande
des produits résultant du travail. En
tenant compte du rendement moderne, et
en déduisant l’amortissement de l’outillage,
lui aussi contenu dans le produit, ceci ne représente
pas plus de 20% du chiffre
global. L’autre partie, soit 80%, représente les valeurs nouvellement crées
et devient propriété exclusive de la couche sociale
dirigeante, qui dispose d’elle selon son bon vouloir. Avant
de poursuivre, il faut préciser : les
85% de la population qui ont effectué directement ou indirectement l’effort productif, reçoivent environ 20% de ce qu’ils ont créé.
En revanche, les 15% de hiérarques en récoltent 80%, c’est à dire sa valeur mercantile, sans jamais
perdre de vue la continuité de leur empire économico-politique
dans chaque pays et sur la Terre.
Ceci n’empêche pas, mais au
contraire engendre la division en zones nationales
rivales ou complices. Une richesse
si colossale, si immense, se volatilise, sans autre fonction que
le maintien des chaînes du capital sur la société, dans chaque pays et mondialement. Et peu importe
ici que la prépondérance aille à un secteur ou à un autre.
Une partie considérable
des 80% est dilapidée en
dépenses somptuaires ou thésaurisée par les 15% de privilégiés,
des plus modestes aux plus grands potentats. En
second lieu viennent les frais
de police et surtout militaires, industrie
d’armement et achats
d’armes compris, en quantités
constamment croissantes. Ensuite les dépenses d’administration, de domination
politique et de surveillance, des innombrables secteurs particuliers
du procès général de
la production (ce qui gonfle le
secteur dit tertiaire). Après, les dépenses scolaires,
toutes catégories confondues, et de
santé, dont une
partie indiscernable, représentant des travaux corrélatifs à la production nécessaire, se retrouve dans les 20% qui
reproduisent la force de travail
utilisée dans le cycle entier.
Enfin, et tout en passant
outre des secteurs moins visibles, le « reliquat », d’importance variable selon les cycles, constitue l’accumulation élargie du capital
ou richesse matérielle nouvelle après
chaque cycle. C’est elle qui alimente les investissements nouveaux, et avec eux et pour
eux, les recherches scientifiques et les applications techniques qui en découlent.
Il
convient d’affiner l’analyse.
De toutes les portions dégagées des 80% du produit, celle
absorbée par la consommation somptuaire
ou individuellement thésaurisée
par tous les
privilégiés, tout en étant très copieuse,
reste bien en deçà de toutes
les autres, et en particulier de celle dévorée par la
chose militaire. Elle est par contre,
la partie déterminante et décisive dans tous les domaines, y compris
dans l’enseignement, la santé et les
sciences. Le système fonctionne par
et pour cette partie, d’un bout à l’autre. Ceux qui jouissent de cette partie là constituent
l’élément subjectif du mécanisme économique
mondial. Ce sont eux qui imposent l’ordre et la patrie
dans la chasse gardée nationale ; ils
sont l’agglomérat anthropomorphique de la civilisation capitaliste.
Rien, absolument rien d’officiel ne se fait sans correspondre
à la convenance actuelle et à l’affirmation future de
son système ; bref, à sa convenance en tant que couche sociale
exploiteuse. Dit de façon plus restrictive
et directe, toute
application technologique, de la plus simple à la plus perfectionnée, doit servir à agrandir la
part des privilégiés et à réduire celle des
travailleurs : encore plus de 80%
pour les premiers, et moins de 20% pour
les seconds. Rapportée à la population
humaine, la modernisation technologique donne à 750
millions de privilégiés la majeur partie de la production, et la petite partie
des 20% va aux 4250 millions habitants de la Terre ( note2 ).
Cette divergence ira en s’agrandissant au fur et à mesure des
perfectionnements techniques.
S’il n’en était pas ainsi, aucun capitalisme n’appliquerait la moindre
innovation, cela va
de soi. A tel point que même celles qui existent fonctionnent
à tout moment avec une limitation préméditée.
Une autre conséquence,
complètement négative, de la technologie au service du capitalisme,
en est le
chômage ouvrier. Il ajoute
au paupérisme relatif de ceux
qui travaillent, la paupérisation absolue des sans-travails
à toute la classe, sans parler ici de l’enrégimentement semi-militaire de toutes les activités, selon
le modèle du Japon. C’est ce pays
du lointain Orient, déversant un déluge de marchandises
bon marché malgré les distances, et de bonne qualité,
qui a déclenché la course à la compétitivité où sont embarqués les occidentaux, et que maintenant Gorbatchev veut singer en Russie.
Mais ni Gorbatchev ni personne de son bord ne pourra échapper
aux impératifs du système mondial
dans lequel la Russie s’est incrustée. Les oligarques du parti dictateur
ont toujours prétendu que le chômage
était exclu sur leurs domaines. Franco
en prétendait autant pour l’Espagne, parce qu’il le dissimulait aussi, mais par « charité chrétienne ». Les dictateurs russes le font, poussés par leur fausseté invétérée. Mais ils sont arrivés à un tel stade de dégradation mentale, qu’ils ne se rendent
même plus compte que leur propre expression leur inflige un
cinglant démenti. En effet, pour qu’il
n’y ait pas, pour
qu’il ne puisse pas y avoir de
chômage, l’unique mais inévitable
condition est que la
classe ouvrière elle-même ait disparu.
Rare, diffus, plus ou
moins bien caché, le chômage
est indissociable de la fonction précise du travail exploité.
Jusqu’à présent, la Russie
occultait son chômage par le retour au village d’origine, au moyen de nombreux camps de travaux forcés,
par la déportation, par le vagabondage,
que la corruption
généralisée encourage, par des occupations
plus mal payées qu’un chômeur
dans d’autres pays, ainsi que
par la productivité très basse due à son arriération technologique. A cela il faut encore additionner 7 à 9
millions de militaires mobilisés en permanence. Surajouté aux effets dévastateurs de la contre-révolution,
on obtient un tableau clair
de la faiblesse matérielle de la Russie
comme puissance impérialiste, de sa fragilité partout où
elle domine, de même
qu’à l’intérieur de ses frontières,
où la population méprise et
déteste tout ce qui vient du pouvoir ou est
en rapport avec lui. C’est également
ce qui rend à peu près nulle sa compétitivité internationale.
Pour simplement tenter de corriger ces maux et défauts,
la gorbatchade doit se mettre
à l’école de ses semblables occidentaux
et japonais. Désormais, cela ne lui vaut rien de cacher le chômage,
ou de le minimiser par ses statistiques.
Plus de 15 000 ouvriers ont été licenciés
dans les chemins de fer de
Biélorussie. « On parle » (impersonnel, parce que l’opacité baptisée
transparence laisse passer peu de lumière) de centaines de milliers dans la
zone industrielle du Nord et des millions
suivront, en plus des
sans-travails cachés antérieurement. Plus la réorganisation technique sera effective,
plus elle entraînera de licenciements, outre ses divers effets négatifs.
Dans le cadre
du système existant, c’est un
résultat non seulement inévitable, mais
nécessaire à sa prospérité dans chaque pays et internationalement.
Aux États Unis,
la reprise de la croissance est loin d’avoir absorbé tout le chômage. De même en Allemagne. Au Royaume Uni, économie et chômage croissent en même temps. En France, des hommes
du gouvernement fixent à 2,5 millions « incompressibles » le nombre
de chômeurs, une fois
atteinte la croissance maximale attendue.
La concurrence
mercantile, la compétitivité tant voulue compte pour beaucoup dans les projets de Gorbatchev
et Cie, car c’est en dernière instance le soubassement matériel qui oppose
le bloc militaire
commandé par la Russie à celui commandé
par les États Unis. Or sa démarche préliminaire consiste à faire
marquer le pas à son économie, si maladive, le pas exigé aujourd’hui par un
capitalisme moyen quelconque. Les hiérarques du Parti État n’ignorent
pas leur dangereuse infériorité dans ce domaine.
Elle affaiblit aussi leur capacité militaire,
malgré les soins et les dépenses
spéciales accordées à cet aspect de la production.
Cette double considération inspire les
manœuvres sur l’armement
atomique.
Il s’agit donc
d’une détermination de la concurrence marchande, et par
conséquent, militaire , envisagée à longue échéance, sauf incidences imprévisibles. Toutefois, l’aspect concurrentiel
du capitalisme dans l’actuelle conjoncture, à partir de laquelle le perfectionnement
technique, même important, loin de porter un développement social,
lui fait obstacle et le corrode, ne
nous intéresse pas, nous les
révolutionnaires, sauf pour le dénoncer
: une exigence réactionnaire à démanteler. Et cette dénonciation est une des conditions indispensables à la
reprise d’une activité révolutionnaire générale. Il est écrit dans des documents de notre
tendance, et on le voit ratifié par tout ce qui se passe dans les deux Blocs
et même dans les pays arriérés,
que le capitalisme n’est plus en mesure de se servir de la science de manière pleinement scientifique. A l’opposé, il contre les intérêts
immédiats des individus, dont l’ensemble
représente les intérêts collectifs
et historiques de l’humanité ; il
utilise la science contre la science elle-même.
L’esquive politique de la transparence mérite
de notre part beaucoup plus d’attention
que la charlatanerie technologisante de Gorbatchev ou de tout autre.
De même que Khrouchtchev autrefois, et d’autres dans la pénombre, le nouveau Secrétaire Général se rend compte, sans le dire pour autant, qu’un des plus importants
obstacles au fonctionnement normal
de l’économie
russe, toutes choses égales par ailleurs, se trouve
dans la résistance passive. Elle est
universellement opposée aux
conditions de vie,
de travail, de ravitaillement,
ainsi qu’au mensonge
informatif quotidien dont toute la population est victime, la classe
ouvrière en particulier.
C’est le mépris, jusqu’à la nausée, auquel est vouée la caste
dictatoriale. Aussi longtemps que cet empêchement durera,
ni la robotique, ni l’informatique, ni une
quelconque découverte scientifique n’arrangeront les affaires
internes des gouvernants. Pas
d’avantage hors des
frontières où rien
n’inversera la débandade des partis pro-russes.
La transparence ou netteté (glasnot) tant
vantée vise à surmonter ces difficultés.
Gorbatchev personnellement laissa tomber dans un de
ses discours sur la réorganisation : « Ce
sera une seconde révolution de 1917 ». L’appât ainsi jeté révèle (il faut s’en féliciter)
que la braise de 1917 réchauffe encore le cœur des prolétaires,
au contraire de ce que couvent tant de mentalités d’intellectuels grandis
dans le sérail de la caste
bureaucratique. Eveiller
un espoir dans le sens d’Octobre rouge
donnerait au pouvoir un crédit nouveau, provisoirement
au moins, mais
monnayable en plus-value.
Les « réhabilitations »
et les retouches à l’histoire vont
dans le même sens, encore que fausses-elles aussi, en plus de
ce que l’on taxe de liberté. Le tout porte indéfectiblement le sceau du système
: KGB .
Il est certain
que la masse des exploités
restera dans l’expectative, sans mordre
à l’appât qu’on lui met sous le nez.
Mieux, il existe la
possibilité et donc la nécessité pour les
opprimés, de transformer
l’hostilité passive en lutte
active, jusqu’à se ruer insurrectionnellement à l’assaut
du Parti-État, dans son repaire même.
Pour conjurer cette
possibilité précisément, Gorbatchev brandit comme un leurre le souvenir de
1917. Il sait pertinemment qu’une récurrence révolutionnaire
du prolétariat ferait table rase du régime politique et
du système économique.
Devant une telle
nécessité, ceux qui mendient la
démocratie et les réhabilitations
prêtent leur concours
aux manœuvres du KGB
contre la révolution.
A ce sujet,
les organisations qui se réclament de Trotski et qui demandent
à ses assassins de le réhabiliter méritent une mention spéciale d’infamie. Elles salissent sa mémoire et lavent le visage
de la contre-révolution.
L’escroquerie idéologique a été à la base du stalinisme
dès ses premiers agissements et sera toujours présente dans chacune
de ses phases. Celle qui entre en jeu avec Gorbatchev représente le comble
de l’escroquerie constante
et générale.
Pour tous les hiérarques, elle a quelque chose de désespéré, car pendant un bon demi-siècle
d’absolutisme dans tous les aspects, ils n’ont
pas réussi à mettre en marche normalement leur capitalisme, ni apaisé l’hostilité de leurs sujets. On ne doit faire aucune conjecture
sur le déroulement de la Gorbatchade,
et d’autant moins qu’elle sera orientée dans un sens ou dans un autre par des évènements et des
situations internes mais aussi
externes au Bloc russe.
Toutefois, une chose
est indubitable : pour que
le dénouement se produise du
côté révolutionnaire, il faut
que le prolétariat donne l’assaut au pouvoir et détruise toute l’œuvre de la
contre-révolution, c’est à dire du stalinisme.
Dans ce sens les révolutionnaires du
monde entier ont le devoir d’aider le prolétariat russe.
Malgré son bavardage plus ou moins trompeur, Gorbatchev
ne peut cacher sa filiation
contre-révolutionnaire. Rassurant
spécialement les siens, il a dit : « le stalinisme est une invention
de l’ennemi ». Il fait
référence aux ennemis
de la contre-révolution,
les premiers qui l’ont appelée stalinienne, et par la même
occasion, il offrait une
garantie à la caste contre-révolutionnaire
dont lui-même fait partie. Sous
sa dictature ou sous celle d’un autre, tout ce qu’entreprendra le Parti-État aura
pour objectif de revigorer et perfectionner
les relations d’exploitation et le despotisme des
gouvernants. Cependant, sans préjudice de ce qui vise à donner le change
à la classe ouvrière, et de garanties
à ses semblables
de l’appareil,
la haute bureaucratie est contrainte
de se démasquer en ayant recours
à l’impérialisme rival.
Elle sollicite l’appartenance au Fond Monétaire International
(FMI) et à d’autres organismes
du même bord : elle a proclamé
« l’interdépendance des États de la communauté mondiale », quelque chose que seule permet l’identité du système économique,
même si les régimes politiques sont différents.
Plus récemment, le bavard Secrétaire
Général a déclaré :
« L’Union Soviétique fait aussi
partie de l’Europe », clin d’œil évident à
la Communauté capitaliste européenne. Elle tache aussi de s’introduire
parmi les actionnaires constructeurs du tunnel sous la Manche (avec
Bouygues du côté français).
Et toutes les
oreilles écoutent avec
complaisance. Dans une conférence
des pays occidentaux réunis au Minnesota,
au moment de terminer cet article, on déclara sans qu’il y
ait la moindre opposition, qu’il était souhaitable d’aider la Russie à sortir de sa condition de « nain
économique ».
Pas plus que des mesures intérieures,
l’aide occidentale ne pourra
sortir la Russie du marasme social et de la dégradation
où la caste stalinienne
l’a embourbé pendant d’interminables
décennies. Sans mentionner d’autres raisons importantes, cette impossibilité
est établie par la raison historique fondamentale : la technologie,
entre les mains du capital,
ne peut plus être utilisée - il faut
l’avoir à l’esprit en permanence - que contre l’homme.
C’est une réalité mondiale chaque fois plus accablante.
C’est ainsi que se manifeste la crise de la civilisation
capitaliste, dans laquelle
s’est introduite la contre-révolution bureaucratique, sous couvert de « socialisme »
en un seul pays.
Il se produit donc une double corroboration, puisque à cet effet négatif
s’ajoute, exaspérant,
le régime politique
comme garant de l’énorme contrefaçon
historique. Nous ne pouvons que
mettre au pilori la Gorbatchade,
en la dénonçant sous tous ses
aspects avec le maximum d’énergie.
L’aider, ou lui accorder un tant soit peu de crédit, c’est
trahir la future révolution russe
et mondiale. Il ne peut pas y avoir une autre transparence .
Il faut parler
pour les exploités.
Quoique notre voix
n’atteigne certes pas la Russie actuellement, cela vaut également pour la Chine,
les États Unis, l’Europe occidentale, l’Asie, l’Amérique Latine,
du Mexique et
de Cuba jusqu’au Chili
et l’Argentine. Partout il faut clamer : nous ne trouverons aucune solution sans changer
de haut en bas la distribution du
produit social du travail dénoncée au commencement de cet article.
Les 4500 millions de
personnes (85% de la population)
actuellement rationnées avec seulement 20% du produit de leur travail, doivent s’emparer de la totalité et supprimer toute dépense,
toute activité ne répondant pas à leur propre consommation,
y compris culturelle, sanitaire,
etc. A cette fin, il est indispensable de ravir le pouvoir aux 15%
de capitalistes individuels ou collectifs qui
accaparent les 80% de
la richesse. La classe ouvrière
deviendra ainsi le facteur
subjectif de l’économie,
représentant la société tout entière.
Une nouvelle civilisation sera inaugurée, mondiale, sans
classe, sans État, sans oppression. Cela
commencera là où l’occasion s’en présentera, et elle peut, elle doit
se présenter en Russie.
La résistance passive abandonne le chemin,
libre, à ce qui existe, et en Russie le KGB guettera toujours
dans chaque usine, dans chaque quartier, derrière chaque coin de rue. Contre
lui il faut s’organiser en tant que classe exploitée, et comme
parti politique révolutionnaire au sein de la classe.
Septembre-octobre 1987.
G. Munis.
(1) Analyse complète du passage
de la révolution à la contre-révolution dans Parti-État,
stalinisme, révolution , Éditions Spartacus, Paris 1975.
Téléchargeable sur ce site à la page :
Publications du FOR .
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(2) Ces pourcentages peuvent ne pas
être exactes, mais ils donnent une idée claire, quoique mitigée,
du fonctionnement économique du système capital-salariat.
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Correspondre : ALARME BP329
75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org
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# Mai 68, un anniversaire?
URL: https://for.marxismo.school/mai.html
Résumé: À l’occasion de l’évocation des évènements de mai-juin 1968 en France, nous reproduisons ici deux tracts distribués par notre organisation à l'époque. Le mouvement de…
MAI 68, UN ANNIVERSAIRE?
À l’occasion de l’évocation des évènements de mai-juin
1968 en France, nous reproduisons ici deux tracts distribués par notre organisation
à l'époque. Le mouvement de contestation, mené par les étudiants,
s’est caractérisé par sa force numérique (la grève de masses), sa détermination
(la violence des affrontements), sa méfiance des appareils (le refus des revendications
syndicales). Cependant ses faiblesses devant les mêmes appareils, syndicaux
et staliniens, l’enfermement dans les entreprises et les universités, la force
de l’ouvriérisme sous toutes ses formes, en ont fait la proie de l’État et
de son pilier syndical. Mieux qu’une longue analyse de "commémoration",
ces textes expriment la participation et la critique de notre tendance à cette
lutte.
TOUT EST POSSIBLE A LA FORCE DE
LA CLASSE OUVRIÈRE EN ACTION
Le
mouvement de grèves et d’occupations d’usines consécutif à la nuit du 10 au
11 mai doit accomplir les objectifs historiques du prolétariat, devenus immédiats,
ou bien il aboutira à un compromis avec le pouvoir capitaliste, au terme duquel
le prolétariat se trouvera, une fois encore, esclave du capital.
Rappelez-vous
juin 36 : « Il faut savoir terminer une grève » (Thorez), et pour
que les ouvriers acceptent d’abandonner les usines, la concession des 40 heures
de travail, qui a abouti à l’exploitation sans frein par le salaire de base,
le travail à la pièce, les primes, les chronométrages, les heures supplémentaires.
L’occupation
actuelle doit continuer et s’étendre à tout le système économique, banques
comprises. Mais l’occupation doit prendre la forme de la « restitution
des instruments de production à la société » (Marx). Or, une telle restitution
ne peut se faire que par voie de la classe ouvrière elle-même. Il ne peut
s’agir de rendre au capital les usines et les facultés moyennant certaines
concessions, si importantes soient-elles, mais de les garder en qualité de
PROPRIÉTÉ COMMUNISTE, et les METTRE en MARCHE, tout comme le mécanisme social
- production, consommation, enseignement, etc. - au service de l’homme, sans
exploitation. CEUX QUI PRÉPARENT UNE COMPROMISSION AVEC LE CAPITAL TRAHISSENT
LA CLASSE OUVRIÈRE.
Le gouvernement
pourrait faire deux concessions apparemment importantes : nationalisation
des grandes industries et cogestion des entreprises. C’est à dire qu’il pourrait
aller jusqu’à admettre la supervision, par quelques ouvriers, de l’exploitation
de tout le prolétariat. Et tant mieux si les superviseurs sont désignés « démocratiquement »
tel les députés parlementaires.
NON A LA COGESTION DES ENTREPRISES ! Ce qu’il faut imposer,
c’est LA GESTION EXCLUSIVE PAR LES TRAVAILLEURS DE TOUTE L’ÉCONOMIE, ET LEUR
POUVOIR POLITIQUE.
NON AUX
NATIONALISATIONS QUE LE POUVOIR SE DISPOSERAIT À ENTREPRENDRE EN PARLANT DE
SOCIALISME ! Outre que cela instaurerait un capitalisme d’État, le sort des
travailleurs ne s’en trouverait pas amélioré (voir Renault, etc.).
La classe
ouvrière, unie autour d’idées révolutionnaires, non derrière des capitulards,
est assez forte pour s’imposer et presque sans violence. En adoptant ces positions
révolutionnaires les ouvriers et les étudiants de France rendraient vaines
aujourd’hui et dissoudraient les institutions répressives de l’État capitaliste.
Afin d’empêcher ce développement socialiste, les syndicats parlent, tout comme
leurs partis, d’empêcher toute ingérence extérieure à la classe ouvrière (il
s’agirait des manifestations de solidarité des étudiants) et de rien faire
qui ne soit décidé par les assemblées syndicales.
La démocratie
révolutionnaire prend son point de départ dans la souveraineté absolue de
la classe ouvrière, qui est située au-dessus de tous les partis, de tous les
syndicats, quels qu’ils soient. A plus forte raison au-dessus des partis et
des syndicats qui osent dire à cette classe ouvrière : gardez les usines jusqu’à
la signature de nouvelles modalités d’exploitation (nouveaux contrats collectifs).
Ce sont
ces mêmes hommes qui mettent en garde la classe ouvrière contre des ingérences
extérieures. D’où viennent en réalité ces ingérences? La loi interdit l’élection
de délégués non désignés par les syndicats, privilège énorme consenti par
l’État capitaliste à ses éléments détachés à l’intérieur de la classe ouvrière.
Et voilà pourquoi la résolution de la CGT (L’Humanité du 18 mai) demande l’extension
des libertés syndicales, aujourd’hui opposées aux libertés ouvrières.
TRAVAILLEURS,
DÉSIGNEZ VOUS-M Ê MES
VOS DÉLÉGUÉS, VOS COMITÉS D’USINES (SOVIETS) INDÉPENDAMMENT DE TOUTE APPARTENANCE
SYNDICALE OU POLITIQUE. ACCUEILLEZ LES REPRÉSENTANTS D’AUTRES COMMUNAUTÉS
OUVRIÈRES, ESTUDIANTINES, DE TRAVAILLEURS EN GÉNÉRAL.
Ceux qui
craignent la contradiction en ce moment, ce sont ceux qui veulent garder les
privilèges que la loi leur a donnés.
La CGT prétend,
ELLE, être la classe ouvrière, tout comme de Gaulle prétend être, LUI, la
France. Or c’est une réalité que l’État gaulliste s’appuie sur la CGT et sur
d’autres centrales syndicales, et qu’il leur baille des subventions, ce qui
en fait des organismes du système d’exploitation et, par conséquent, des forces
extérieures au prolétariat et donc des forces ennemies.
DE LA LIBRE DISCUSSION AU SEIN
DES ORGANISMES ÉLUS PAR L’ENSEMBLE DE LA CLASSE OUVRIÈRE DÉPEND L’AVENIR DU
MOUVEMENT ACTUEL. EN AVANT POUR UNE SOCIÉTÉ COMMUNISTE, SANS CAPITAL NI SALARIAT
!
19 MAI 1968
EN GARDE CONTRE LES APPAREILS
Les usines,
les facultés occupées par les ouvriers et les étudiants
ne pourront, en aucun cas, être récupérées directement
par le patronat et l'État.
La récupération
ne pourra avoir lieu que par l’intermédiaire des appareils politiques et syndicaux,
auxiliaires du capitalisme, principalement les plus forts d’entre eux. Ils
sont en train de la négocier. Ils conspirent contre la classe ouvrière, contre
le mouvement révolutionnaire et sa nouvelle impulsion.
Travailleurs, étudiants, lorsqu’on vous dit que l’occupation
des usines ne cessera qu’après satisfaction des revendications présentées
(par les syndicats, pas par les ouvriers eux-mêmes) on VOUS TEND UN PIÈGE,
car CES REVENDICATIONS SERVIRONT À REMETTRE EN MARCHE L’EXPLOITATION ET L’ENSEIGNEMENT
CAPITALISTES.
On prétend
étrangler le mouvement ouvrier-étudiant de l’intérieur. Réagissez vigoureusement,
organisez-vous en comités d’usines, de faculté, etc., élus en assemblée générale
avec droit de parole et de vote pour tous, syndiqués ou pas.
UNISSEZ
TOUS CES COMITÉS EN UNE SEULE CONVENTION CENTRALE ; elle sera la source du
pouvoir surgi de la lutte contre le système, ce sera la seule légitimité non
trompeuse.
De l’usine
à l’école et la banque, les comités doivent se préparer à remettre en marche
tous les circuits économiques de production et de distribution sur des bases
socialistes, sans déléguer leurs fonctions ni leurs pouvoirs à aucun autre
organisme, et encore moins à un État quelconque, avec police et armée permanentes.
Ainsi que
l’émancipation des travailleurs, le socialisme sera l’œuvre des mêmes travailleurs,
PAS CELLE D’UN ÉTAT PROPRIÉTAIRE DES INSTRUMENTS DE PRODUCTION et armé de
pied en cap.
La classe
ouvrière, les étudiants et la majorité de la population n’ont qu’une seule
revendication immédiate :
A BAS LE SYSTÈME CAPITALISTE !
## A BAS L’EXPLOITATION DU TRAVAIL
SALARIÉ !
VIVE L’ORGANISATION INTERNATIONALE
DE LA SOCIÉTÉ COMMUNISTE !
PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS,
SUPPRIMEZ LES ARMÉES, LES POLICES,
LA PRODUCTION DE GUERRE,
LES FRONTIÈRES, LE TRAVAIL SALARIÉ !
Paris le 23 mai 1968
## Groupe 10 mai-Révolution Mondiale
Correspondre
: ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org
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# Schéma des divergences avec Socialisme ou Barbarie
URL: https://for.marxismo.school/SouB.html
Résumé: Coup d'oeil critique du FOR sur Socialisme ou Barbarie (mars 1961).
SCHÉMA DES DIVERGENCES AVEC
SOCIALISME OU BARBARIE
FERMENT
OUVRIER RÉVOLUTIONNAIRE
SOCIALISME
OU BARBARIE
1/
Recul du prolétariat résultant des défaites
successives depuis 40 ans, provoquées principalement par la contre-révolution
russe, les groupes d'avant-garde n'ayant pas assimilé la nature de
ces faits ni les conséquences qui en découlent.
1/
Résultat de l'incapacité du prolétariat et du développement
du capitalisme. En 1948-50 ils disaient : "les ouvriers sont staliniens;
c'est une étape nécessaire dans leur développement".
Derrière il y a économisme, admiration des chiffres.
2/
Nous n'attendons pas une nouvelle période révolutionnaire
de la pression des conditions objectives sur la classe ouvrière,
moins encore d'une crise cyclique. Les conditions objectives de la révolution
existent en permanence, et la croissance des moyens de production ne peut
avoir, dès ce moment, que des conséquences réactionnaires.
2/ Il ne peut y avoir
de période révolutionnaire du moment que les forces capitalistes
se développent. Ils parlent d'un capitalisme arriéré
et d'un autre avancé, d'une jouissance accrue des ouvriers, qui ne
seraient plus tout à fait privés des produits de leur travail.
Pas question de leurs parler de révolution : "ne pas dire ce
qui ne peut pas être compris".
3/
Les luttes ou les guerres d'indépendance nationale sont provoquées
par la préparation d'une future guerre mondiale et s'encadrent dans
la défaite générale du prolétariat depuis plusieurs
décennies. Elles sont toutes réactionnaires, depuis la Chine
jusqu'à Cuba et l'Algérie.
3/ Tout cela est progressif,
sinon révolutionnaire. En France ils ont là-dessus la même
position que bourgeois et staliniens. Leur anti-impérialisme n'est
pas prolétarien, et qu'ils le veuillent ou non, ils font le jeu de
l'impérialisme russe.
4/
Lutte à fond contre les syndicats, principaux appuis des partis réactionnaires
qui se disent encore ouvriers.
4 / Incapables de faire
face aux syndicats sinon comme critiques de gauche, quoiqu'ils aient par
ailleurs copié notre position de principe là-dessus.
5/
Défaitisme révolutionnaire à outrance, même en
temps de paix, face aux sergents recruteurs des deux blocs dans les usines,
les syndicats respectifs, la propagande politique en générale.
Il est indispensable pour mener les revendications immédiates à
bien.
5/ En temps de paix
comme en temps de guerre le défaitisme révolutionnaire leur
échappe. Il y a quelques années ils le considéraient
hors d'usage, une survivance de la guerre 14-18. Ils se trouvent toujours
en marge de l'internationalisme.
6/
Signification des évènements de mai 58 : Épisode de la décadence
du capitalisme français et mondial. Possibilité et nécessité
de créer un nouveau pôle de regroupement révolutionnaire.
6/ Lutte du capitalisme
"avancé" contre le secteur arriéré. Impossibilité
de faire quoique ce soit, refus d'entreprendre la fondation d'un parti et
même d'un journal.
7/
Mots d'ordre immédiats totalement nouveaux. Ils ont été
dénombrés dans Alarma n° 2 et dans mon exposé de
Londres. ( note1 )
7/ Aucun de nos mots
d'ordre n'est défendu par eux dans leur propagande journalière.
Ils restent dans les anciens mots d'ordre et en général sur
les mots d'ordre du Programme de transition.
8/ Hongrie 1956 : Soulèvement révolutionnaire
entaché de stalinisme et de nationalisme.
8/ Révolution parfaite.
Le contenu du socialisme tel qu'il est défini
par Chaulieu dans ses articles de Socialisme ou Barbarie, introduit la
confusion là où il y avait clarté. "Ce qu'il
y a de vrai n'est pas nouveau, et ce qu'il y a de nouveau n'est pas vrai."
Londres mars 1961 - G. Munis
(1) Voir le texte
intégral Pour un second manifeste communiste , chapître Les
tâches de notre époque .
Correspondre : ALARME BP329 75624
PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org
---
# Vielles nations, nouvelles luttes, vielles rengaines
URL: https://for.marxismo.school/vnv.html
Résumé:
VIELLES NATIONS, NOUVELLES LUTTES,
VIELLES RENGAINES
Quelle est la signification des luttes de libération nationale,
lorsque aujourd’hui, elles se développent vigoureusement contre la Russie
? On sait que depuis la deuxième guerre mondiale, l’Afrique et l’Asie ont
vu apparaître de nombreuses nations, libérées du joug colonial, et dont une
bonne partie est allée rejoindre la banlieue de Moscou. Ce phénomène, baptisé
décolonisation, a été longtemps considéré comme progressiste par différents
courants se réclamant du mouvement ouvrier et de Lénine.
Celui ci s’est sans doute retourné plusieurs fois dans ses
bandelettes, tant sa position sur la question a été galvaudée, déformée et
momifiée. En effet, Lénine et les bolchéviques, à la suite de Marx, affirmaient
que les révolutionnaires devaient soutenir les luttes de libération nationale
des nations opprimées par les nations impérialistes ou colonialistes, s’allier
organisationnellement aux prolétaires de ces pays pour faire pièce aux manœuvres
des bourgeoisies locales et enfin s’allier aux bourgeois radicaux des pays
les plus arriérés.
Or déjà à l’époque, d’autres révolutionnaires, avec en tête
Rosa Luxembourg, s’opposaient vertement à ce qu’ils considéraient comme un
abandon du centralisme et de l’objectif révolutionnaire immédiat, mis à jour
dans la période où il polémiquaient (1916-19). Selon elle, il ne s’agissait
rien moins que d’abandonner les prolétaires des nations opprimées aux mains
de leurs bourgeoisies respectives :
« ...ce fameux droit des peuples à disposer d’eux-mêmes
n’est qu’une phrase creuse, une foutaise petite-bourgeoise.
Que signifie ce droit en effet ? C’est un principe élémentaire
de la politique socialiste, qu’elle combat, comme toute sorte d’oppression,
celle d’une nation par une autre. Si malgré tout, des hommes politiques aussi
réfléchis que Lénine, Trotsky et leurs amis, qui n’ont que haussements d’épaules
ironiques pour des mots d’ordres utopiques tels que « désarmement »,
« société des nations » etc.
ont fait cette fois leur cheval de bataille d’une phrase creuse du même genre,
cela est dû, nous semble t- il, à une sorte de politique d’opportunité. »
« Malheureusement (...), le
calcul s’est révélé entièrement faux : tandis que Lénine et ses amis espéraient
manifestement que, parce qu’ils avaient été les défenseurs de la liberté nationale,
et cela jusqu’à la séparation complète, la Finlande, l’Ukraine, la Pologne,
la Lituanie, les pays baltes, le Caucase, etc., deviendraient autant d’alliés
fidèles de la Révolution russe, nous avons précisément assisté au spectacle
inverse : l’une après l’autre, toutes ces « nations » utilisèrent
la liberté qu’on venait de leur octroyer pour s’allier à l’impérialisme allemand
contre la République russe. »
Rosa Luxembourg, La révolution russe (Ed. Spartacus.
p.17 et 18).
Néanmoins, l’ardeur de la polémique, attisée par l’urgence
de la situation, n’empêcha jamais ces révolutionnaires d’admirer Lénine et
Trotsky, tant pour leurs qualités intrinsèques que pour la hauteur de vue
qui les animait, y compris sur la question nationale. C’est qu’ essentiellement ,
Lénine et Trotsky oeuvraient pour
donner au prolétariat le rôle dirigeant dans toutes les luttes. L’erreur était
de mener ce travail dans le combat national, où la classe ouvrière avait tout
à perdre et rien à gagner.
Les bolchéviques (et d’autres avec eux, sur ce terrain) ne
s’appuyaient pas seulement sur la situation de l’Empire russe. Ils avaient
aussi en tête l’action de Marx et d’Engels dans la Première Internationale,
en faveur de l’indépendance de la Pologne et de l’Irlande. Ces luttes constituèrent
en Europe une excellente mobilisation des prolétaires contre leur propre
bourgeoisie, élargissant l’horizon des organisations ouvrières encore enfermées
dans les cadres nationaux. Elles insufflèrent à Lénine sa magnifique proclamation
du défaitisme révolutionnaire et de l’internationalisme prolétarien, sans
laquelle la révolution d’Octobre n’est pas compréhensible.
Le fond internationaliste des bolchéviques estompa partiellement
le caractère erroné de leur position sur « l’autodétermination des nations »,
jusqu’aux premières difficultés de la révolution, où elle constitua un facteur
nettement négatif, durement ressenti par les révolutionnaires européens. Le
reflux révolutionnaire en Allemagne et la transformation contre-révolutionnaire
en Russie ne permirent pas de résoudre un débat pourtant tranché dans les
faits. Aussi parmi les tendances qui s’opposèrent à la dégénérescence puis
à la contrerévolution (sans la percevoir explicitement comme telle) staliniennes,
celles qui furent les mieux structurées n’eurent pas la capacité de remettre
en cause cette erreur.
L’Opposition de Gauche italienne, regroupée derrière Bordiga,
se fit exclure de la IIIème Internationale (en fait déjà transformée en Komintern).
Sur la question nationale, elle systématisa l’erreur de Lénine, sans pouvoir
assimiler tout ce qui avait pu changer pour le prolétariat avec la contre-révolution
à partir de la Russie, et sur ce quoi nous reviendrons plus loin. Durant la
guerre de 39-45, les différentes fractions de ce courant ne surent défendre
le défaitisme révolutionnaire qu’à partir de 1942. Dans l’après-guerre, elles
se regroupèrent en un Parti qui se scinda bientôt en deux, entre autre à cause
de divergences sur la question des luttes de libération nationale. Seul le
PCI-Programme Communiste ( note1 )
continua de véhiculer l’ancienne position de Bordiga. Conséquemment, il défendit
la libération nationale de l’Algérie et se rangea derrière le FLN, identifié
comme parti de la « bourgeoisie radicale » d’un pays arriéré. Cette
organisation révolutionnaire, refusant de considérer l’absorption des luttes
de libération nationale dans les luttes inter-impérialistes, se retrouva à
la remorque d’une clique téléguidée par Moscou et Le Caire.
L’autre Opposition de Gauche à la IIIème Internationale, plus
importante par son nombre et son audience, fut bien sûr celle regroupée derrière
Trotsky. Sa position sur la question nationale fut tout d’abord celle de Lénine...
et de Trotsky, inchangée jusqu’à la formation de la IVème Internationale en
1938. En 1939, lorsque la deuxième guerre mondiale éclata, la IVème Internationale
publia aussitôt un manifeste défaitiste révolutionnaire, inspiré directement
de celui de Lénine, un quart de siècle auparavant. Mais derrière cette excellente
déclaration de principe, on ne trouva réellement que quelques groupes authentiquement
communistes (en France, au Mexique, en Grèce,...) qui surent défendre becs
et ongles l’internationalisme prolétarien. Constituée de bric et de broc (bric
du SWP américain, broc de « la Vérité » en France, par exemple),
la IVème Internationale bascula rapidement dans la « Résistance »
nationale, où elle s’inféoda mortellement au stalinisme. Elle ne pouvait plus
être une force révolutionnaire.
Notre tendance, illustrée à ce moment là par des militants
trotskystes espagnols, réfugiés au Mexique et en France, maintint fermement
le cap internationaliste et rompit avec la IVème Internationale en 1948, lors
de son premier congrès, sur la question des résistances nationales et de la
nature de l’URSS. Désormais, la IVème Internationale et ses filiations ne
furent plus qu’à la traîne du stalinisme et soutinrent toutes ses perfidies,
en particulier les prétendues luttes de libération nationale, en réalité simples
conflits inter-impérialistes où ils se rangèrent dans le camp russe ( note2 ).
De LO à la Ligue en passant par toutes les tendances, ils soutinrent tous
le bourreau Ho-CHi-Minh, massacreur des prolétaires vietnamiens... et des
trotskystes en particulier. Libérer le Vietnam de la présence américaine signifiait
simplement l’emprisonner dans les griffes russes, sans aucune considération
quant à l’existence du prolétariat et à la nécessité d’une politique qui lui
soit propre, au Vietnam comme ailleurs.
Car c’est bien là que se trouve le changement par rapport aux
conditions qui prévalurent jusqu’à la première guerre mondiale. Auparavant,
les luttes de libération nationale n’étaient pas pour autant des combats de
la classe ouvrière. Mais elles pouvaient bénéficier au prolétariat dans la
mesure où elles s’intégraient au développement social engendré par le capitalisme,
bousculant les vieilles entraves des systèmes sociaux antérieurs, favorisant
l’expansion de la classe ouvrière, et entraînant le projet communiste à embrasser
une réalité toujours plus vaste.
A l’ampleur du développement social capitaliste, répond l’ampleur
de la capacité prolétarienne à imposer le communisme et à impulser par là-même
un nouveau mode de développement social. Or les bornes de ce développement
capitaliste ont été mises en évidence par la possibilité et la réalité d’une
première guerre mondiale, indiquant l’accomplissement de la domination du
capital sur la planète. Cette domination complète signifie que même si l’on
rencontre des survivances de modes d’exploitation antérieurs, elles sont reliées,
intégrées, absorbées totalement par les circuits mondiaux de l’exploitation
capitaliste. Dès lors, plus aucun développement social d’ensemble n’est possible
sous l’égide du capital, le système capitaliste est caduc, décadent ; croissance
et développement, jusque là concomitants, se découplent et s’opposent même.
A ce stade de développement, correspond la capacité du prolétariat à affirmer
d’emblée pour le monde entier, le projet révolutionnaire communiste. Cette
capacité signifie que même si l’on rencontre des exploités d’un autre type
que les prolétaires, ils ne peuvent plus avoir la moindre indépendance relativement
aux objectifs prolétariens. En effet ils sont reliés et soumis au même mode
général d’exploitation et d’oppression ; on doit les considérer comme
une partie du prolétariat mondial. Les combats ne concernant pas directement
et uniquement la classe ouvrière, non seulement ne lui servent pas,
mais lui sont désormais irréductiblement opposés.
A cette impossibilité de développement social par le capitalisme,
a correspondu l’offensive mondiale du prolétariat. L’embrasement communiste,
entre 1917 et 1937, fut et reste la seule possibilité offerte à l’humanité
pour un redémarrage de son développement, libéré cette fois ci du carcan étouffant
de la loi de la valeur, du salariat et de l’État. L’échec de la tentative
communiste s’est d’abord manifesté en Russie, alors que l’impulsion de la
lutte mondiale du prolétariat y avait été donnée. L’ignominie de la contre-révolution
entamée en Russie, provient non seulement de sa bestialité sanglante (bien
connue aujourd’hui de tous), mais surtout de l’escroquerie sur laquelle elle
repose. A savoir que par le mensonge, la terreur et la vénalité, la contre-révolution
stalinienne a répandu la confusion hallucinante du communisme et du capitalisme
d’État.
La Russie stalinienne, produit et agent de la contre-révolution,
a peu à peu constitué un bloc militaro-économique en procédant par des guerres
de rapine et des alliances successives avec toutes les grandes puissances
impérialistes. Elle a englouti les Etats baltes et un bout de Pologne en s’alliant
avec Hitler ; les USA ( note3 )
lui ont « laissé » huit pays en Europe et quatre en Asie, pour s’être
laissé attaquer par son allié nazi de la veille. Invariablement, Staline et
ses sbires occidentaux entonnaient l’incantation magique du « droit à
l’autodétermination des peuples » en dansant autour de la momie
de Lénine. Poursuivant avec résolution et bénédiction patriarcale, la politique
des Tsars, l’État russe a ainsi mené à bien la « libération » ou
la guerre de « libération » d’innombrables peuples, nations, ethnies,
tribus ou copains dans le monde. C’est que de fait, la libération nationale
est devenue une impossibilité avec la décadence. Sauf mauvaise foi ou bêtise
congénitale aggravée, il n’est pas possible de confondre ce que Lénine entendait
par lutte de libération nationale (ce que nous avons résumé au début de l’article),
et l’annexion pure et simple avec mise en coupe réglée des pays, que l’Empire
russe a pratiquée sous la même appellation de 1940 à 1980. La concurrence
et l’affrontement avec l’autre bloc (USA) lui ont ravi une à une toutes les
nations qui étaient politiquement et géographiquement en mesure de le faire,
préférant l’infâme joug américain à la délectable libération russe (Yougoslavie,
Chine, Albanie, Algérie, Egypte, Somalie, etc.). Le ralentissement, puis l’arrêt
des « libérations » s’est fait principalement suite à la désorganisation
d’une économie fragile, entièrement absorbée par l’effort de guerre, seule
ressource réelle d’un empire dont le fondement est l’écrasement de toute lutte
prolétarienne. C’est cette même lutte prolétarienne, à l’intérieur et à l’extérieur
du pays, qui a désorganisé un à un tous les rouages du Parti- É tat, par la résistance passive, la grève et l’insurrection.
Lentement mais sûrement, les prolétaires ont fermenté la désagrégation du
bloc russe.
La lutte de classe a progressivement engendré des secousses
telluriques d’intensité croissante ( note4 )
et dont l’épicentre s’est implacablement rapproché du Kremlin. La lente désagrégation
du bloc de l’Est a alors directement touché les pays voisins (voir Alarme
n° 46) et corrode maintenant les liens avec les pays absorbés au début de
la deuxième guerre mondiale (les états baltes) ou même au moment de la formation
de l’URSS, comme la Géorgie, saignée à blanc par le Géorgien Staline,
ou l’Arménie.
Or jusqu’il y a fort peu de temps, il n’y avait aucune
organisation ou lutte nationalistes dans ces nations. Toutes se sont créées
et exprimées dans les défaillances de la répression, dues à l’action ouvrière.
En Lituanie (ancien duché du royaume de Pologne et Lituanie) par exemple,
l’impact des luttes ouvrières en Pologne a été déterminant et explique en
partie l’avance de cette nation dans le processus centrifuge en cours.
On retrouve apparemment une situation nationale antérieure
à la première guerre mondiale. Cependant, et la différence est de taille,
les solutions et les propositions d’autodétermination nationale qui sont présentées
à la classe ouvrière, sont encore plus fragiles qu’à l’époque. Alors même
que cette indépendance est à peine formulée, et que le bloc russe n’a pas
encore éclaté (et de multiples forces centripètes s’y opposent dans le Parti- É tat, l’Armée
et l’Église), les appétits férocement capitalistes des fractions nationalistes
se font déjà sentir. Elles exposent effrontément leur volonté ouvrière et
leur désir de se jeter dans le giron des empires occidentaux ou autres. Ainsi
les islamistes du sud caucasien lorgnent vers l’Iran ou l’Irak ou... ou celui
qui paiera le plus ! L’impossibilité de libération nationale dans un système
qui ne peut laisser de place à de nouvelles entités nationales indépendantes
depuis plus de 70 ans, mène ces fantômes nationaux à errer de bloc en bloc,
à la recherche d’un point d’ancrage où ils se feront absorber.
En aucun cas le prolétariat ne peut soutenir une telle aspiration
sans perdre toute existence. Il lui faut refuser d’arbitrer entre les tenants
d’une dépendance nationale envers l’Europe et les USA, et les tenants de la
dépendance russe. A l’ordre du jour et en permanence, c’est le noyau subversif
fondamental des communistes qui doit être mis en avant :
Lutter contre sa propre bourgeoisie jusqu’à ce qu’elle perde
la guerre, économique et politique, et transformer la guerre inter-impérialiste
en révolution socialiste.
(1) Adresse : Éditions Programme, 17 rue
René Leynaud, 69001 LYON.
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(2) Sur les épigones trotskistes,
voir notre brochure Analyse d'un vide - 50 ans après le trotskisme ,
téléchargeable à la page : Publications
du FOR .
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(3) Les distensions dans le bloc de l'Est
(questions nationale, religieuse, militaire) ne doivent pas faire oublier
par ailleurs, les réajustements de l'hégémonie US en
occident. Néanmoins, on ne rappellera jamais assez que la contradiction
fondamentale n'est pas entre les blocs mais entre les classes.
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(4) 1953 à Berlin, 1956 en Hongrie
et Pologne, 1968 en Tchécoslovaquie, 1970-71-76-80-81 en Pologne, 1987
en Roumanie, les innombrables grèves et soulèvements en Russie,
ect.
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Correspondre : ALARME BP329
75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org
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# E.T.A .assassine, pourquoi? ETA ¿ Asesina por qué ? E.T.A. Why do they murder ?
URL: https://for.marxismo.school/ETA1.html
Résumé: Parce qu'elle aspire à accaparer l'exploitation du prolétariat basque et à devenir son oppresseur…
E.T.A
. ASSASSINE, POURQUOI ?
E.T.A.
¿ ASESINA POR QUÉ ?
E.T.A.
WHY DO THEY MURDER ?
Parce
qu'elle aspire à accaparer l'exploitation du prolétariat
basque et à devenir son oppresseur étatique.
Ses
alliés politiques et ses commanditeurs financiers sont les dictatures
islamiques, celles de Khadafi et de Khomeiny entre autres.
L'ETA
est une organisation capitaliste, patriotique, réactionnaire ; par ses
méthodes elle est corrompue et criminelle. Toute action, toute parole
de l'ETA ou de son fer de lance Herri Batasuna, s'oppose à la lutte ouvrière
et lui porte préjudice, en terre basque, en Espagne, en Europe, dans le
monde.
Le prolétariat est, de par son essence même, anticapitaliste, internationaliste,
révolutionnaire. Et dans l'immédiat il ne peut
pas marcher dans ce sens, le seul qui lui appartienne en propre, sans
dénoncer l'ETA, dont l'escroquerie politique, dégoulinante de sang, blanchit
la bien vieille escroquerie des prétendus socialistes ou communistes,
sans parler des syndicats.
Dénonçons-les,
chacun pour ce qu'il est, et tous en tant que parcelles du monde de l'exploitation.
Travaillons à la formation d'un parti révolutionnaire des exploités de
toute la péninsule. Lui seul sera à même de rafraîchir les narines
de l'ETA dans sa propre merde, et de débarasser le chemin des autres escroqueries,
elles aussi ennemies de la révolution.
VIVE
LA REVOLUTION PROLETARIENNE IBERIQUE ET MONDIALE !
juin
1987
Ferment
Ouvrier Révolutionnaire.
##
Porque quiere reservarse
la explotación del proletariado vasco y ser su opresor estatal.
Sus aliados políticos y
comanditarios financieros son las dictaduras islámicas, incluso Gadafi
y Jomeiny.
La ETA es una organización
capitalista, patrióca, reaccionaria; por sus métodos es criminal
y corrompida. Cualquier acción, cualquier decir de ETA o de su mascarón
proa, Herri Batasuna, es contraria y perjudicial a la lucha obrera, lo
mismo en tierra vasca que en España, en Europa, en el mundo.
El proletariado es por esencia
anticapitalista, internacionalista, revolucionario. Y en lo inmediato
no puede moverse en ese sentido, único suyo, sin denunciar a la ETA, cuya
estafa política, chorreante de sangre, adecenta, por comparación, la ya
antigua estafa de los pretendidos socialistas o communistas, más de los
sindicatos.
Denunciémoslos, a
cada uno por lo que es, y a todos como parte del mundo explotador.
¡ Fomentemos un partido
revolucionario de los explotados en la Península entera ! Sólo él
podrá refregarle las narices a la ETA en su propia mierda, y quitar de
en medio las otras estafas, también opuestas a la revolución.
¡ VIVA LA REVOLUCIÓN
PROLETARIA IBÉRICA Y MUNDIAL !
junio 1987
Fomento Obrero Revolucionario.
Because
they want to reserve for themselves the exploitation of the Basquean proletarians,
and by their governmental opression.
Their political allieds
and the financial commandery are the islamitic dictature, as well Khadafi
and Khomeiny.
E.T.A is a capitalistic
organisation, patriotic and reactionnary ; because of their methods, they
are criminal and corrupt. Any action, any statement of ETA or of their
mask of prow, Herri Batasuna, is against an prejudicial to the struggle
of the proletarians, in Basquean contry, in Spain, in Europr, in the world.
The proletarians are essentially
anti-capitalistic, internationalist, revolutionnary. And for the moment
it's impossible to move in this sense, the only one, that concern them,
without denouncing the ETA, which political swindle, blood spouting, white
wash, comparatively, the already old swindle of the would-be socialistes
or communists, not to mention the trade-unions.
Let's denounce, everybody
for what they are, and all of them like pieces of the exploitating world.
Let's fomentate a revolutionnary
party of the exploited of the whole peninsula. Only this party can rub
the noses of ETA in their own shit, and take away from the middle the
other swindles, also against the revolution.
LONG LIVE THE PROLETARIAN
IBERIC AND WORLD REVOLUTION !
june 1987
Revolutionary Workers' Ferment.
Correspondre : ALARME BP329 75624
PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org