# Pour un second manifeste communiste > Site historique du Ferment Ouvrier Révolutionnaire (FOR), publié entre 1999 et 2006 et conservé tel quel par la Escuela de marxismo : le texte intégral de « Pour un second manifeste communiste » (1961/1965), la présentation du FOR, ses publications (Alarme, brochures en RTF) et des archives (Natalia Sedova Trotski, Socialisme ou Barbarie, Mai 68, la Gorbatchade, ETA, nations et nationalismes). Texte intégral des 22 pages du site, extrait du HTML d'origine. L'index commenté est dans https://for.marxismo.school/llms.txt. --- # Pour un second manifeste communiste/accueil URL: https://for.marxismo.school/ Résumé: Pour un second manifeste communiste, le site du Ferment Ouvrier Révolutionnaire. PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS UNISSONS-NOUS, SUPPRIMONS LES ARMÉES, LES POLICES, LES FRONTIÈRES, LA PRODUCTION DE G U ERRE, LE TRAVAIL SALARIÉ ! Mise à jour : 9 novembre 2001 Le texte intégral Consulter "Pour un second manifeste communiste", d'après l'ouvrage bilingue franco-espagnol publié en 1965 aux éditions Eric Losfeld. Le FOR Qui sommes-nous? Alarme Bulletin spécial sur la guerre. 09/11/2001 Nos publications La liste des textes fondamentaux du FOR (téléchargements) Archives Consultation et téléchargements. NOUS ÉCRIRE : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 for@alarme-for.org Ces pages sont l'expression du Ferment Ouvrier Révolutionnaire (FOR) , petit groupe politique qui publiait encore deux revues jusqu'au tout début des années 90, ALARME et L'ARME DE LA CRITIQUE. Aujourd'hui ces revues n'existent plus, conséquence d'une forte diminution de nos effectifs militants survenue dans la seconde moitié des années 80. Autre dommage, et non des moindres, le stock de livres et de brochures qui constituent nos références théoriques est pour ainsi dire désormais épuisé, et depuis quelques années déjà nous n'avons plus les moyens de le renouveler. D'où notre apparition sur Internet que nous désirons utiliser afin de réinitier la diffusion et la mise en discussion de notre matériel en proposant entre autres le téléchargement de certains documents. A l'avenir nous tenterons aussi d'enrichir ce site avec de nouvelles contributions écrites de notre tendance politique. Un bulletin réunissant un éditorail et des brèves est envisagé ("Alarme, bulletin spécial sur la guerre" est un premier pas dans ce sens). Enfin, parce que nous n'avons pas renoncé à vouloir créer une organisation révolutionnaire sur nos bases politiques, toute correspondance constructive sera la bienvenue. --- # Le Ferment Ouvrier Révolutionnaire, qui sommes-nous ? URL: https://for.marxismo.school/for.html Résumé: Le Ferment Ouvrier Révolutionnaire, qui sommes-nous? PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS UNISSONS-NOUS, SUPPRIMONS LES ARMÉES, LES POLICES, LES FRONTIÈRES, LA PRODUCTION DE G U ERRE, LE TRAVAIL SALARIÉ ! LE FERMENT OUVRIER RÉVOLUTIONNAIRE, QUI SOMMES-NOUS ? Le FOR est né en 1959 sur les bases approximatives de la scission d'avec la IVe Internationale, au congrès de 1948, des membres de la section espagnole exilée au Mexique. Cette scission s'est faite sur la question du défaitisme révolutionnaire c'est à dire de la non-participation à la guerre impérialiste, et elle s'est accompagnée d'une reconsidération de la nature de l'Etat russe, de la période historique, et par conséquent de la pratique des révolutionnaires et du "Programme de transition". Ces positions furent développées à l'intérieur de la IVe internationale à partir de 1941, par un groupe de militants dont Benjamin Péret, poète surréaliste, et G.Munis, ancien membre du groupe bolchévik-léniniste espagnol (pro IVe Internationale) qui avait su, durant les journées de mai 37 à Barcelone, s'opposer de même que le groupe des Amis de Durruti, anarchistes dissidents de la FAI-CNT, aux staliniens alliés aux républicains, fossoyeurs de la révolution espagnole. Après une tentative éphémère de constitution d'une organisation et après que la répression franquiste se soit abattue sur les militants qui allaient le constituer, le FOR devait enfin voir le jour. Il a d'abord existé un groupe FOR en Espagne sous l'impulsion des membres fondateurs exilés en France, puis, à la fin des années 70, de jeunes militants constituèrent un groupe FOR en France. Les revues "Alarma" et "Alarme" furent les organes des deux groupes frères qui décidèrent en 1985 d'adjoindre deux nouvelles publications, à caractère plus théorique, "El arma de la critica" en espagnol, et "L'arme de la critique" en français. Malheureusement, en 1987, deux membres du groupe français enfreignirent la discipline de l'organisation, c'est à dire pour nous exprimer plus simplement, les règles de bon fonctionnement acceptées librement par tous. Ce devait être le détonateur d'une querelle générale, en France et en Espagne, qui conduisit à des départs, des expulsions, et plus grave encore, à une rupture d'une partie des militants en 1988. A la longue, par affaiblissement des forces, les publications du FOR disparurent dans les deux pays, condamnant notre tendance politique à cesser d'exister publiquement (jusqu'à aujourd'hui où se présente l'opportunité de l'Internet en espérant mieux à l'avenir). MISE EN GARDE En 1997, il s'est constitué en Espagne un "Comité d'édition des œuvres complètes de Munis" (en réalité des œuvres choisies) qui a entrepris un travail de republication et de compilation de textes de G.Munis qui s'est déjà concrétisé à travers la parution de deux ouvrages en espagnol. Nous tenons à signaler qu'un membre de ce comité a été expulsé du FOR (par Munis lui-même) et qu'un autre a rompu avec le FOR (et donc avec Munis). Nous ne pouvons par conséquent pas cautionner l'initiative de ce comité qui fait comme si rien ne s'était passé, et n'a pas publiquement, à notre connaissance, apporté le moindre éclaircissement à ce propos. Par ailleurs nous sommes en total désaccord avec le projet de préface des "œuvres complètes" qu'il nous a été donné de lire, l'ambition affichée n'étant pas de servir l'urgente nécessité de la révolution communiste mais de congeler la pensée de Munis au bénéfice de l'Histoire et des historiens. Enfin il est apparu sur Internet un site se revendiquant du FOR (for-munis), et faisant entre autre de la publicité pour le comité sus-mentionné, ainsi que pour son éditorial. Nous sommes totalement étrangers à cette initiative au sujet de laquelle personne ne nous a demandé notre avis, et nous la désapprouvons. Paris, Septembre 2000. Ferment Ouvrier Révolutionnaire Haut de page / Page d'accueil / Publications du FOR / Archives Pour un second manifeste communiste (le texte intégral) Pour correspondre : ALARME BP 329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # Introduction URL: https://for.marxismo.school/intro.html Résumé: Le texte intégral de l'ouvrage "Pour un second manifeste communiste". Introduction SOMMAIRE : Avant-propos à l'édition italienne I. Préface II. Décadence du capitalisme III. Stalinisme contre socialisme IV. Impérialisme et indépendance nationale V. Révolution ou guerre impérialiste VI. Les perspectives marxistes VII. L'organisation révolutionnaire VIII. Les taches de notre époque ANNEXES : Aujourd'hui comme hier INTRODUCTION "Pour un second manifeste communiste" a été écrit il y a bientôt quarante ans dans le contexte de la guerre froide et de l'affrontement entre les blocs impérialistes russe et américain. Cette réalité, plus particulièrement examinée dans le chapitre "Impérialisme et indépendance nationale", n'est plus celle que nous connaissons actuellement, et l'écrit que nous présentons ici acquiert désormais de ce fait une valeur de témoignage historique. A contre-courant il exprimait un point de vue internationaliste intransigeant alors que les faussaires en la matière tenaient le haut du pavé à la remorque des nationalismes cubain ou algérien (avant de s'enticher plus tard du vietnamien ou du palestinien). Mais depuis une quarantaine d'année aussi, "Pour un second manifeste communiste" synthétise les positions politiques du Ferment Ouvrier Révolutionnaire sous la responsabilité collective duquel cet ouvrage avait été publié à l'origine. La disparition du bloc de l'Est , qui est une nouvelle donne des contradictions inter -impérialistes, ne nous invite pas à réviser dans leurs grands traits ces positions qui découlent d'une analyse de la période historique considérant la contradiction fondamentale du système capitaliste, c'est à dire le rapport capital/salariat. Nous estimons néanmoins qu'il est nécessaire que nous réétudions cet écrit basique et nous espérons pouvoir un jour exposer ici même nos réflexions. L'objectif n'est pas de retoucher le texte original, pour les raisons que nous avons exposées au début, mais d'ajouter plus tard un commentaire critique qui nous permette de rendre nos conceptions plus explicites au jour d'aujourd'hui. La reproduction de l'édition franco-espagnole originale que nous proposons dans ces pages a été augmentée de "L'avant-propos à l'édition italienne" (écrit ultérieurement) parce qu'il répond d'avance aux interrogations que ne manquent pas de susciter habituellement l'idée d'un second manifeste communiste. En annexe, le lecteur pourra aussi prendre connaissance de documents relatifs à la rupture de Natalia Sedova Trotski d'avec la IVe Internationale. Il y est fait référence dans une note de "Pour un second manifeste communiste" qui proposait à l'origine l'envoi de copies des documents en question à quiconque en ferait la demande. Enfin, pour terminer, nous invitons expressément le lecteur de ces pages à nous faire part de son opinion. Dans la mesure du possible nous répondrons, à condition que nous partagions au moins le même désir d'en finir avec l'exploitation capitaliste, et que notre correspondant ait réellement la volonté de faire progresser le débat révolutionnaire. Bonne lecture ! Paris, septembre 2000. Ferment Ouvrier Révolutionnaire. Haut de page Avant-propos >> Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # Préface URL: https://for.marxismo.school/preface.html Résumé: En contraste avec la dégradation réactionnaire de l'Internationale Communiste, l'Opposition de Gauche, qui fut à l'origine de la IVe Internationale, exprimait la continuité… Introduction SOMMAIRE : Avant-propos à l'édition italienne I. Préface II. Décadence du capitalisme III. Stalinisme contre socialisme IV. Impérialisme et indépendance nationale V. Révolution ou guerre impérialiste VI. Les perspectives marxistes VII. L'organisation révolutionnaire VIII. Les taches de notre époque ANNEXES : Aujourd'hui comme hier I. PRÉFACE En contraste avec la dégradation réactionnaire de l'Internationale Communiste, l'Opposition de Gauche, qui fut à l'origine de la IVe Internationale, exprimait la continuité idéologique et organique de la Révolution, de la même manière que les groupes internationalistes de 1914 face à la corrosion patriotique de la social- démocratie. Il incombait de surcroît au mouvement trotskiste une tâche nouvelle, hérissée d'obstacles : assurer la lutte internationaliste contre la paix des blocs militaires dans le prolongement de l'opposition révolutionnaire à la guerre. Le défaitisme révolution- naire , si admirablement revendiqué en 1914-18, par Karl Liebknecht devant un tribunal militaire allemand, et par Lénine dans "Contre le Courant", devait être mené jusqu'à son ultime aboutissement : le triomphe de l'homme sur le capitalisme et la guerre. Il fallait donc formuler, en tant que revendications immédiates, les mesures politiques et économiques susceptibles de débarrasser le monde des armements et des armées, du labyrinthe des nations, du système industriel et politique basé sur la marchandise-homme. Mais les clercs qui se sont emparés de la direction de la IVe Int. après l'assassinat de Trotski ne surent même pas s'accrocher à l'ancien défaitisme marxiste, qui figurait pourtant dans leur programme, et ils souillèrent leur drapeau dans les résistances nationales. D'autre part il devenait indispensable de reconsidérer la tactique traditionnelle, qui datait de la Commune de Paris et de la Révolution russe, ainsi que certains aspects déterminés de la stratégie , afin de les adapter aux importants changements survenus depuis 1917. En effet, le recul thermidorien de la révolution russe , commencé vers 1921 (N.E.P. = Nouvelle Politique Économique), se paracheva plus tard en contre-révolution capitaliste d'État. Et, grâce en premier lieu à cet événement, le capitalisme en général a perpétué et accru son potentiel exploiteur d'une manière toujours plus centralisée et préjudiciable aux hommes. Ce même processus entraîna une modification radicale de ce que furent les partis communistes, faisant d'eux, non des organisations opportunistes ou des laquais ouvriers de la bourgeoisie, mais des représentants directs d'une forme particulière du capitalisme, celle qui est intrinsèque à la loi de concentration des capitaux, loi connexe à l'automatisme de la société actuelle, et, en Russie, délibérément mise en avant. À leur tour les syndicats, qu'ils soient dominés par le stalinisme ou indépendants de lui, se sont accommodés sans cesse davantage du système d'exploitation dont ils semblent être désormais inséparables. Cependant, le prolétariat mondial subissait une série de défaites que rien jusqu'à présent n'est venue interrompre. Ce que de faux amis lui présentent comme ses victoires, Chine ou Cuba, Algérie ou Ghana, ne sert qu'à le démoraliser, à le rendre inerte, et à le laisser à la merci de ses ennemis. Ces victoires étant en réalité celles de certains cercles capitalistes face à d'autres, représentent pour le prolétariat autant de défaites; c'est le poids matériel de la contre- révolution russe qui les a rendu possibles, mais non sans que l'avant-garde révolutionnaire, prisonnière de ses propres idées, lui ait laissé libre cours. Plus que jamais, "la crise de l'humanité est une crise de direction révolutionnaire", comme le disait Léon Trotski. Ceux qui continuent de se dire trotskistes ont échoué, par une ironie tragique, dans les eaux fangeuses du stalinisme. De la lutte contre la dégénérescence de la IVe Int., sont nées la plupart des idées et des propositions contenues dans le Manifeste ci-après. Quelques-unes des modifications idéologiques énoncées remontent au moment le plus aigu de la Révolution espagnole, 1936-37, alors que pour la première fois en dehors de la Russie, le stalinisme révélait toute sa nature contre-révolutionnaire : en comparaison celle d'un quelconque Kerenski ou Noske semble à peine malfaisante. Pour cette raison entre autres, il est devenu indispensable de connaître à fond les péripéties de la Révolution espagnole, si falsifiées ou à tout le moins dénaturées, même dans des livres comme celui de P. Broué et E. Temine ( note1 ).Elle clôt une étape du combat et de la pensée du prolétariat international et en ouvre une autre. Ses enseignements serviront à éclairer un futur renouveau de l'agressivité des opprimés. Les organismes dirigeants de la IVe Int. n'avaient pas encore trouvé le temps de prendre en considération la riche expérience de la Révolution espagnole, que déjà, à l'occasion de la deuxième guerre mondiale, ils donnaient des signes d'un manque d'internationalisme dont les implications dernières allaient être la stérilité idéologique et le rapprochement avec le stalinisme. Non seulement la Révolution espagnole, mais les graves événements de la guerre et de l'après-guerre défilèrent devant eux sans autre conséquence que d'accentuer leur ineptie. Dès les premiers symptômes de dégénérescence idéologique, le groupe espagnol au Mexique de la IVe Internationale, s'éleva vigoureusement contre elle, en même temps qu'il entreprenait un ample travail d'interprétation des événements mondiaux et de la Révolution espagnole en particulier ( note2 ). Sourds et obtus, ces organismes dirigeants empêchèrent les critiques, les informations et les propositions de parvenir à la base dans tous les partis, excluant ainsi délibérément toute possibilité de discussion. Au premier congrès de l'après-guerre, en 1948, la section espagnole rompait avec la IVe Int., après avoir dénoncé son abandon de l'internationalisme et son cours pro-stalinien. Peu de temps après et sur les mêmes bases, s'est aussi séparée d'elle Natalia Sedova Trotski qui, depuis 1941, avait été auprès de nous ( note3 ). Depuis l'anéantissement de la Révolution espagnole, la situation du prolétariat mondial s'est sans cesse aggravée. Toujours invité à appuyer des causes réactionnaires présentées comme libératrices, idéologiquement escroqué jour après jour et dans tous les pays, ce prolétariat se trouve bâillonné et enrégimenté dans des organisations esclavagistes. L'humanité tout entière, du seul fait qu'elle subit passivement la terreur thermonucléaire d'au-delà et d'en deçà du rideau de fer, vit une situation dégradante telle que, faute de s'en débarrasser, tout devenir l'avilira encore. Ainsi la société capitaliste, à qui la guerre des classes et la guerre entre nations sont consubstantielles, atteint le degré de son développement où sa simple continuité détruira l'homme, à moins que l'homme ne la détruise. Clé de la rébellion de l'humanité, la rébellion du prolétariat face au capital et au travail salarié est seule capable de retourner une situation aussi basse, et d'allumer les feux du rêve révolutionnaire, facteur historique matérialiste entre tous. Mais les idées concrètes de la Révolution russe, telles que le "Programme de transition" les reprend, sont loin de suffire à un tel dessein. Écrit par Trotski en 1937-38 alors que la signification de la période qui ouvre la défaite de la Révolution espagnole ne se dessinait pas encore nettement, ce "programme" se révèle aujourd'hui plus qu'insuffisant, bon à favoriser les opportunismes face à la contre-révolution stalinienne et à ses filiales. Il est caduc, de la même manière qu'en 1917 l'était le programme antérieur de Lénine. A moins de le dépasser, en tenant compte de l'expérience et des conditions objectives créées par la rotation du capital, ainsi que des possibilités subjectives du prolétariat dans le cas d'une pleine agitation révolutionnaire, celui-ci n'obtiendra nulle part la victoire et tout mouvement insurrectionnel sera écrasé par les faussaires. Le présent Manifeste qui inspire notre activité en Espagne et à l'échelle internationale, est destiné à obvier à cette carence idéologique. Nous nous adressons à tous les groupes et organisations de par le monde, qui ressentent également la nécessité de la révolution socialiste, tant dans le bloc oriental que dans le bloc occidental. Nous les invitons à étudier les idées ici exposées. La renaissance d'une organisation prolétarienne à l'échelle mondiale exige la rupture avec de nombreux atavismes, et une pensée constamment inventive. Nous sommes disposés à discuter publiquement tout ce que nous exposons, avec tout groupe dont l'activité pratique et théorique montre son attachement à la Révolution. Mais nous dédaignerons ceux où le dilettantisme domine, même s'ils prétendent partager, totalement ou partiellement, nos idées. L'idée révolutionnaire "n'est pas une passion du cerveau, mais le cerveau de la passion" (Karl Marx) et en tant que telle, elle réclame tout autre chose que de petits jeux littéraires ou des protestations mentales. Tout dilettantisme est une réverbération du monde contre lequel nous nous battons. Nous devons rappeler que certaines parties de ce Manifeste ont été publiées en 1949 sous le titre "Le Prolétariat face aux deux blocs" et, sous la responsabilité d'un groupe appelé Union Ouvrière Internationale, dont l'existence fut éphémère. Mais la version succincte d'alors, de même que celle-ci, sont dues pour l'élaboration idéologique et la rédaction à Benjamin Péret et à G. Munis en tant que militants de Fomento Obrero Revolucionario, dont l'origine fut la section espagnole de la IVe Int. En 1936 en pleine révolution, à Mexico toujours sous la menace des assassins de Staline, puis en Espagne à nouveau défiant la répression franquiste, Benjamin Péret n'a cessé un seul instant de combattre avec nous. Nous tenons à souligner ici l'apport de Benjamin Péret, l'ami, le révolutionnaire-poète, dont l'accent transparaîtra, ici et là, au cours de la lecture de ce Manifeste. (1) P. Broué et E. Témine, La Révolution et la Guerre d'Espagne. Retour au texte (2) Rappelons entre autres les travaux suivants : Le Socialist Worker's Party et la Guerre impérialiste, par le groupe susdit ; Les révolutionnaires devant la Russie et le stalinisme mondial de G. Munis ; Le Manifeste des Exégètes par Benjamin Péret ; Jalones de Derrota: promesa de Victoria (Espagne 1930-39) par G. Munis ; Lettre ouverte au Parti Communiste Internationaliste, Section française de la IVe Int. par Natalia Sedova Trotski, B. Péret et G. Munis ; Raison et agissements du Secrétariat International par G. Munis ; Explication et appel aux militants, groupes et sections de la IVe Int. par le comité de la section espagnole. Retour au texte (3) Nous tenons à la disposition de ceux qui les demanderont la lettre de rupture et la réponse injurieuse de la IVe Int., ainsi que la dernière déclaration écrite de Natalia Sedova Trotski. Ci-jointes en annexes : Aujourd'hui comme hier Retour au texte Haut de page Chapitre suivant >> Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # Avant-propos à l'édition italienne URL: https://for.marxismo.school/avprop.html Résumé: Pourquoi un second manifeste communiste est-il nécessaire? Introduction SOMMAIRE : Avant-propos à l'édition italienne I. Préface II. Décadence du capitalisme III. Stalinisme contre socialisme IV. Impérialisme et indépendance nationale V. Révolution ou guerre impérialiste VI. Les perspectives marxistes VII. L'organisation révolutionnaire VIII. Les taches de notre époque ANNEXES : Aujourd'hui comme hier AVANT-PROPOS À L'ÉDITION ITALIENNE Depuis la publication, en France, de ce manifeste, on nous a questionnés, non sans persiflage : Quel besoin y a t'il d'un second manifeste communiste? Il y en a aussi qui voient une profanation dans le titre du nôtre. Ceci ne mérite guère de réponse, sauf parce que cela nous ramène à l'objection antérieure. Marx et Engels - il est pertinent de le rappeler - étaient d'incoercibles iconoclastes, y compris par rapport à eux-mêmes, car aucun autre moyen n'existe d'échapper au cloisonnement du système fermé. Le premier répliqua à ceux qui lui parlaient des marxistes d'Europe continentale: "Je ne suis pas marxiste". Ainsi établissait-il, tacitement, une définition a-dogmatique de la pensée révolutionnaire, très mal saisie aujourd'hui. Engels, quant à lui, exprima comment Marx et lui avaient mené à pied d'œuvre quantité de matériaux qui avaient besoin d'être élaborés. À présent il faut y joindre les matériaux charriés depuis lors par la lutte des classes mondiale. C'est donc à dessein que nous accomplissons cette profanation. Une seule chose importe : Savoir si elle s'articule ou non avec la longue file de toutes celles que la pensée révolutionnaire a commises, et qu'elle ne peut pas ne pas commettre sans s'asphyxier. Le texte de Pour un Second Manifeste Communiste, que nous invitons à comparer avec le texte classique, constitue par lui-même une réponse. Nonobstant, pour rassurer les esprits qui en auraient besoin, il convient de préciser quelques points d'importance. Depuis le temps écoulé après la date où Marx et Engels écrivaient, le capitalisme est allé en se parachevant en tant que système mondial. Ce qu'ils avaient prévu est largement accompli. Le dénivelle- ment entre les différentes zones du globe n'a pas plus de signification que celles qui existent à l'intérieur d'un pays quelconque. Pendant ce temps, le capitalisme en Europe occidentale et aux États-Unis, en Russie et au Japon, a atteint un degré de concentration industrielle et financière qui, après avoir bousculé toutes les barrières nationales, tient le monde entier à la gorge. Simultanément, les instruments de production, loin de mettre en oeuvre au maximum leurs capacités techniques, plus celles que permettent le savoir scientifique de l'ensemble humain, se voient toujours restreints et sont même chétifs, sauf pour ce qui se rapporte à la guerre. Mais l'obstacle à ce que sera la plus vertigineuse et révolutionnaire de leur expansion, n'est plus dans les barrières nationales, mille fois foulées économiquement et militairement, et si artificielles aujourd'hui que le capitalisme lui-même projète de les supprimer, en partie tout au moins. Non, il s'agit d'un empêchement qu'aucune pénétration financière, qu'aucune armée, aucune vocifération "socialiste" de ceux qui comptabilisent devoirs et avoirs n'est en mesure de dépasser, car il n'est autre que les bornes mêmes de l'actuel système de production et de distribution. Sans mettre au rancart la vente et l'achat des hommes et des produits, c'est à dire le travail salarié et la production de marchandises qui renforcent la forme capitaliste des instruments de travail, il est impossible que ces derniers atteignent l'incalculable, l'illimité expansion qu'ils comportent et l'homme nécessite. De là vient que notre Manifeste parle de malthusianisme là où les voix fallacieuses d'Occident comme d'Orient disent "société d'abondance". En convergence avec la saturation économique et néanmoins chétive du monde, la saturation militaire qu'elle nourrit - sa sentinelle aussi - proclame irréfutablement la fin de la période progressive de la civilisation capitaliste, sa négativité actuelle et sa décadence. Ce que la guerre moderne peut faire en quelques minutes, anéantir la société et ses composants, le fonctionnement capitaliste est en passe de le faire au jour le jour, avec lenteur, inexorablement. Dans tous les aspects et sans exempter aucun pays, nous sommes placés devant la nécessité urgente d'unir les exploités pour une action commune contre les armements et contre les structures économiques de leurs États respectifs. Prendre en compte une telle situation non prévue dans le Manifeste de 1848 est non moins important que de mettre au pilori les tendances pseudo-communistes et pseudo-socialistes d'aujourd'hui. Le "socialisme bourgeois et petit-bourgeois", le "socialisme allemand", et le "socialisme féodal" critiqués par Marx et Engels, ont été des phénomènes éphémères et leur influence sur la classe ouvrière presque nulle. Il en va tout autrement avec ce qu'on appelle encore aujourd'hui communisme et socialisme. Surgis comme tendances réellement ouvrières, ils sont parvenus à déployer sur le prolétariat international, politiquement et syndicalement une emprise de plus en plus négative, au fur et à mesure que, par leurs idées et leurs intérêts, ils tournaient le dos à l'objectif révolutionnaire. Presque personne n'ignore à présent que les partis issus de la Deuxième Internationale ont jeté par-dessus bord même l'objectif réformiste, satisfaits d'accompagner d'un pas malaisé l'involution du capitalisme occidental, et servant souvent d'étrier au capitalisme oriental. Ils lui ont même donné des dirigeants Walter Ulbricht, Santiago Carrillo et quelques dizaines d'autres. Le prétendu communisme est à présent incom- parablement plus pernicieux car sa nature est beaucoup moins connue. Il ne s'agit pas d'un collaborateur ou d'un suiveur de la démocratie capitaliste, même s'il peut comme un caméléon prendre cette coloration et d'autres encore, surtout là où il n'occupe pas tout le pouvoir ou s'il se trouve dans la clandestinité. Lui-même possède la totalité du grand capital industriel et financier, par l'entremise de l'État, de l'Europe centrale jusqu'à l'extrême-Orient. Il retient directement sous le joug du salariat et de sa dictature politique des centaines de millions de prolétaires. Lui encore, en tant qu'ensemble économique et comme bloc militaire, constitue la seconde puissance impérialiste. Par conséquent, le tout fait de lui, non un représentant de la classe ouvrière, mais de la contre-révolution, réalisée sous Staline, et que ses disciples tentent de stabiliser. Ainsi que Marx et Engels dénonçaient le "socialisme féodal", contresens évident, on pourrait, à notre époque avoir aussi recours au contresens en dénonçant le "communisme capitaliste" ou le "communisme contre-révolutionnaire" par opposition au communisme du prolétariat inscrit dans les exigences matérielles, politiques et culturelles de l'humanité. Notre manifeste se limite, jusque là, à suivre le tracé de Marx et Engels, "mutatis mutandis". Son originalité commence au chapitre Impérialisme et indépendance nationale, qui relègue au monde des supercheries inter-impérialistes toutes les luttes, guerres, guérillas patriotiques partout où elles apparaissent actuellement Vietnam, demain Ukraine, Mandchourie, Angola ou Venezuela. Il n'y a pas d'autre marge, pour une lutte nationale, quelle qu'elle soit, que le changement de suzerain. Les lois de l'économie capitaliste rendent aujourd'hui chimérique l'indépendance nationale. Ces messieurs de l'Organisation Latino Américaine de Solidarité (réunis à La Havane, sous l'égide de Castro) sont des bourgeois aussi retardataires que stalinisant. Ils se ruent vers une participation à l'exploitation de leurs co-nationaux qu'ils ne pourront obtenir que comme pourboire des services rendus à un impérialisme quelconque. Leur propre enseigne "La Patrie ou la Mort" heurte de plein fouet la devise révolutionnaire "Les prolétaires n'ont pas de patrie". On peut en dire autant, mais en descendant une marche jusqu'au niveau racial, du "Black Power" de certains intellectuels noirs américains. Ils ont été incapables de postuler et d'organiser la lutte commune des travailleurs de toutes les races aux États-Unis aussi bien que partout ailleurs. Des 10 mesures révolutionnaires proposées, pour les pays avancés, par le Manifeste de 1848, seules les trois dernières, élargies et adaptées aux ressources modernes, peuvent aujourd'hui servir de norme générale. Il était donc indispensable de préciser, comme il est fait dans notre texte, les mesures d'expropriation du capital et d'administration de la production et de la distribution ainsi que le mécanisme économique et politique de suppression du travail salarié et des classes. Le Manifeste de 1848 n'était pas en mesure de le faire, pas plus que la Critique du Programme de Gotha. En effet, une fois les instruments de travail restitués à la société, les potentialités techniques de production parviendront à de si hautes cimes, que le jeun imposé aujourd'hui par le prix de la marchandise-force de travail disparaîtra à court terme, et la distribution des produits se rapprochera vite de celle d'une société communiste. La division du travail entre manuel et intellectuel ne tarderait pas à disparaître, le temps nécessaire d'offrir à tous une formation technique et supérieure. Et l'énorme diminution du temps de travail socialement nécessaire permise par la science au service de l'homme, libérerait des énergies et des intelligences pour le développement de la culture dans ses multiples aspects, ébauchant à l'horizon le libre épanouissement de chaque individualité. En ce moment, le prolétariat semble loin vouloir s'engager dans cette voie, mais c'est une pure fiction érigée par les murailles politiques et syndicales qui le maintiennent encerclé, à l'aide aussi des lois et des polices capitalistes. C'est à dire les murailles érigées par les faussaires du communisme et du socialisme, ou simplement par l'ouvriérisme réactionnaire des syndicats américains, anglais et autres. Ce qui est latent dans la pensée et l'intuition du prolétariat, ne devient visible que lorsqu'il démolit les murailles qui le retiennent et qu'il agit en tant que classe. Dans ces circonstances il met en oeuvre des mesures comme celles indiquées ici ou allant vers elles. C'est ainsi qu'il a agit en Espagne en 1936 et 1937, en Grèce (1944), et en Hongrie (1956), malgré l'absence de partis révolutionnaires aptes. Actuellement la constitution de ceux-ci peut déclencher, à partir d'un certain volume numérique, une irrésistible offensive prolétarienne, la plus profonde et la plus vaste de l'histoire. Elle sera très probablement la décisive, l'exploitation n'est encore debout que grâce à la machination conjointe du capitalisme occidental et oriental, qu'ils s'entredévorent ou qu'ils cohabitent. Notre manifeste apporte encore quelque chose de la plus grande transcendance pour la théorie et la praxis révolutionnaire. En 1848, Marx et Engels confiaient à l'Etat modifié, encore à la manière hégélienne, l'œuvre de transformation de la société. Le bouleversement de la Commune de Paris les amena à reconnaître que l'État capitaliste ne pouvait être utilisé d'aucune manière, et que, au contraire, il était devenu indispensable de le détruire, première mesure révolutionnaire. L'organisme de force qui en résulterait devait unifier entre ses mains tous les pouvoirs et sauvegarder la marche continue vers le communisme face aux tentatives restauratrices des classes expropriées. Or l'expérience de la révolution russe d'une manière, et d'une autre manière la révolution espagnole, nous ont appris ( note1 ) que l'État propriétaire ne peut se comporter, quelle que soit sa composition humaine et sa structure constitutionnelle, que comme un capitaliste collectif. Dans ce fait réside un des facteurs principaux de la contre-révolution stalinienne en Russie, et celui décisif de la victoire de Franco en Espagne. En un mot, l'expérience, suprême maîtresse de la pensée révolutionnaire, nous a fait comprendre que le passage du capitalisme au communisme, pendant la période dite de transition, doit être présidé par la classe ouvrière en qualité de corps social en marche rapide vers la disparition des classes. Le mettre entre les mains d'un organisme quelconque, État, parti ou syndicat, donnera toujours le plus négatif des résultats. De là que notre texte subordonne la disparition de l'État et de tout danger contre- révolutionnaire, extérieur ou intérieur à la classe prolétarienne, à la suppression de la loi de la valeur. Cette gigantesque tâche est irréalisable, excepté par les intéressés eux-mêmes, qui doivent régir la totalité du système économique et de la vie en général. L' État post-révolutionnaire, "l' État ouvrier", au lieu d'être l'organisateur du communisme, doit rester subordonné à cette dernière démarche et être privé de pouvoir sur l'économie. C'est là la seule garantie de son extinction. Alors le feu de Prométhée, l'arbre de la science, définitivement arrachés au plus puissant de tous les dieux - le Dieu Capital et son parèdre ( note2 ) le Dieu État - appartiendront, oui, à chaque homme, à chaque femme. Novembre 1967 G.Munis (1) Sur la première, je ne peux que renvoyer à l'article "La revolucion ninguna" publié dans Alarma numéro 9, deuxième série, inédit en français (et au livre "Parti État, Stalinisme, Révolution", publié aux éditions Spartacus). Sur la deuxième, voir le chapitre "La economia" du livre "Jalones de derrota : promesa de victoria", inédit aussi en français. Retour au texte (2) Parèdres est un dieu qui en accompagne toujours un autre, et réciproquement. Ainsi Isis et Osiris, Jésus et Marie… Haut de page Chapitre suivant >> Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # Décadence du capitalisme URL: https://for.marxismo.school/decad.html Résumé: "Que les classes dirigeantes tremblent à l'idée d'une révolution communiste ! Les prolétaires n'ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à… Introduction SOMMAIRE : Avant-propos à l'édition italienne I. Préface II. Décadence du capitalisme III. Stalinisme contre socialisme IV. Impérialisme et indépendance nationale V. Révolution ou guerre impérialiste VI. Les perspectives marxistes VII. L'organisation révolutionnaire VIII. Les taches de notre époque ANNEXES : Aujourd'hui comme hier II. DÉCADENCE DU CAPITALISME "Que les classes dirigeantes tremblent à l'idée d'une révolution communiste ! Les prolétaires n'ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner." A plus de cent ans de distance, ces paroles du Manifeste Communiste retentissent encore comme une gifle sur le visage des oppresseurs. Jusqu'à présent, le fantôme du communisme n'a pas été exorcisé par la validité sociale du capitalisme, mais par l'apparition de nouvelles forces réactionnaires agissant au cœur même du prolétariat, à la tête desquelles se trouve le capitalisme d'État instauré en Russie par la contre-révolution stalinienne. D'innombrables révoltes dans le monde se sont ainsi soldées par des défaites, la survie d'une société décadente, la démoralisation du prolétariat. Le prolétariat demeure néanmoins la seule force capable d'en finir avec l'esclavage entretenu pendant des siècles par des sociétés d'exploitation et de tyrannie; mais une reconsidération idéologique est indispensable à la reprise de la pensée et de l'action révolutionnaire. La société capitaliste a fait son chemin. C'est la plus achevée de toutes les sociétés fondées sur l'asservissement de l'homme par l'homme que le monde ait connues. Elle a, plus qu'aucune autre, développé les instruments de production, la science, la culture, la consommation générale et même la liberté, dans les limites où elle peut être utile à une minorité d'exploiteurs. Elle a fouillé le monde en quête de matières premières et de marchés, l'a unifié en introduisant partout ses rapports économiques; elle a accru numériquement le prolétariat et concentré la propriété soit dans un nombre de mains de plus en plus réduit , soit dans l'État, élargissant ainsi, plus que les sociétés précédentes, la séparation entre la capacité de travail naturelle à l'homme et les instruments de travail qui sont nécessaires à l'exercice de cette capacité. Par là, le mécanisme même du capitalisme l'a amemé à créer les conditions matérielles pour l'anéantissement de toute société de classe. Jadis, les esclaves de Spartacus , les serfs des jacqueries ou les Sans-Culottes du XVIIle siècle se sont révoltés sans autre issue que d'être écrasés ou d'amener au pouvoir une nouvelle classe d'oppresseurs. Aujourd'hui, le prolétariat a, à sa portée, la possibilité de triompher dans chaque pays, sur toute la surface de la Terre, et d'aboutir à l'émancipation de l'humanité. Pour ce faire il doit prendre possession des instruments de travail dont il est frustré depuis toujours, restaurer l'unité entre l'homme et la nature - gage de toute liberté - et anéantir l'État . Plus que jamais, la révolte du prolétariat sera la révolte de l'humanité. S'il échouait dans cette oeuvre, l'avenir de l'humanité serait très probablement l'extermination par les armes atomiques, et, en tout cas, une nouvelle servitude pendant un temps indéfini. Le capitalisme dissimule sa déchéance en propageant dans les classes moyennes l'illusion d'un redressement par sa propre "planification". Cet artifice ne peut masquer la vérité; dans la dégénérescence qui l'engage sur la voie de la barbarie, la société capitaliste est orientée vers le totalitarisme, expression de la concentration accrue du capital dans les grands trusts et dans l'État ; ce processus est déjà en voie d'accomplissement ou pleinement accompli dans les principaux pays de l'Occident et de l'Orient ainsi que dans les pays arriérés du prétendu "Tiers-Monde". Il s'accompagne d'une diminution relative du niveau de vie des masses travailleuses, d'une chute verticale de leur consommation par rapport au produit de leur travail, d'une accélération épuisante du rythme de ce travail par l'imposition du salaire à la pièce, qui met les ouvriers dans l'obligation de solliciter des heures supplémentaires. Dans le domaine politique, ce processus se double d'une dictature militaire, clérico-policière, ou fasciste, ou d'un parti unique néo-réactionnaire qui se prétend l'incarnation du "Saint-Esprit" des masses. Dans tous ces cas, se produisent la suppression plus ou moins complète des libertés et la dégradation de la culture. Un semblable totalitarisme repose sur une accumulation du capital et une industrialisation d'autant plus réactionnaires qu'elles planifient la non- satisfaction des besoins, la répression et le "lavage de cerveaux" systématique. Il peut avoir pour point de départ les vieux partis bourgeois. Dans ce cas, le pseudo-libéralisme fait place à un autoritarisme non déguisé qui prive la classe ouvrière de ses droits élémentaires. Il peut également résulter de la juxtaposition de ces anciens partis et de nouveaux éléments réactionnaires, dans un appareil de parti unique se confondant avec l' Ét at et posant les intérêts du capitalisme en tant que système au-dessus de ceux des bourgeois considérés individuellement. Le fascisme et les régimes de nombreux pays nouveaux font partie de cette catégorie. Mais la forme du totalitarisme la plus achevée est incontestablement le stalinisme. En lui, l' État propriétaire unique des instruments de production, est directement constitué par la bureaucratie ex-ouvrière devenue un "capitaliste collectif" exerçant arbitrairement tout le pouvoir et dictant même ce que chacun doit penser. Sous quelque forme que ce soit la société capitaliste ne peut plus offrir à l'humanité qu'un avenir de misère, de coercition économique et policière, de régression sociale et culturelle, et, pour comble, la guerre atomique. Bien que les forces productives aient atteint un niveau inégalé, leur développement est freiné en permanence par la forme de capital (privé, trust international ou d' État ) qu'elles présentent partout aujourd'hui. Ce système est irrémédiablement rongé par la contradiction existant entre la capacité réelle ou potentielle des forces de production et les possibilités d'absorption du marché, de plus en plus rétrécies par le salariat. N'en déplaise à ceux qui parlent d'une nouvelle révolution industrielle; d'une économie d'abondance (affluent society), de l'intégration de la classe ouvrière, et autres opiacées du technicisme, le développement capitaliste des dernières décennies est rachitique et principalement dû à l'économie de guerre. Celle-ci a augmenté dans des proportions terrifiantes le nombre d'hommes affectés à des occupations parasitaires, et elle gaspille en armements des sommes astronomiques, si bien que la part du produit social qui revient aux travailleurs diminue sans cesse. C'est là un des impératifs du système, que la production de guerre aura poussé à l'extrême. Il en résulte un malthusianisme économique généralisé, et une lente désagrégation sociale, voire technique. Ainsi, avec l'automation au service du capitalisme, le chômage s'étend aussi bien aux États -Unis qu'en Russie, tandis que l'épuisement physique fait des ravages parmi les travailleurs qu'elle emploie ( note4 ). Même l'astronautique, gloire et fanfare publicitaire des grands impérialismes, est animée par des desseins homicides. Et pour chaque Gagarine et chaque Glenn, des millions d'hommes peinent pendant des heures interminables, la plupart sans satisfaire vraiment leurs exigences élémentaires. Que les travailleurs s'emparent de l'appareil de production, qu'ils le remettent en marche au profit de l'ensemble de l'humanité, en abolissant d'emblée le capital et le travail salarié, et un essor technique et culturel aujourd'hui inconcevable deviendra alors possible, jusque dans les zones les plus arriérées. Dans le domaine économique comme dans le domaine culturel, les besoins de chaque individu, et ceux de l'ensemble de la société, ne connaissent pas de limites. Leur donner libre cours est l'objectif inséparable de la suppression des classes et de l' État que doit s'assigner, dès l'instant de son triomphe, la révolution socialiste. Dès le premier jour, la société de transition qui naîtra de cette victoire devra se diriger vers cet objectif. Elle ne devra pas perdre de vue un seul instant l'interdépendance étroite qui existe entre la production et la consommation. Dans la société actuelle, le profit qui s'intercale, de la première étape de la production à la dernière étape de la consommation, réduit tantôt l'une tantôt l'autre. Lorsque la consommation est restreinte, profit et production baissent - ce sont les crises dites à tort de "surproduction" - ils s'accroissent au contraire si la demande dépasse l'offre de la marchandise. Mais toujours la consommation des masses se voit réduite par le gaspillage des armées, des polices, des bureaucraties et de toutes sortes d'activités parasitaires, en même temps que strictement limitée par la loi de la valeur qui met un prix au travail et au produit de celui-ci, y compris aux connaissances scientifiques et à la culture en général. La taxation du prix du travail par l' État aggrave la situation de l'ouvrier, car elle le laisse sans défense devant le capital. Dans la société de transition, le profit, sous quelque forme que ce soit, doit être banni, fût-ce sous la forme des hauts salaires qu'il est susceptible d'adopter. Le but d'une véritable économie planifiée étant d'accorder production et consommation, seule la pleine satisfaction de cette dernière - et non le profit ou les privilèges, ni les exigences de la "défense nationale" ou d'une industrialisation étrangère aux besoins quotidiens des masses - doit être considérée comme étalon de production. La première condition d'une telle démarche ne peut donc être que la disparition du travail salarié, pierre maîtresse de la loi de la valeur, universellement présente dans les sociétés capitalistes, bien que nombre d'entre elles se targuent aujourd'hui d'être socialistes ou communistes. Toute économie prétendue planifiée qui ne tient pas compte des nécessités vitales des masses, se trouve de ce fait orientée vers la satisfaction des besoins d'une minorité exploiteuse et dominante qui impose à la société les normes capitalistes les plus draconiennes, tout en se constituant en une sorte d'État policier . Elle relève de l'économie dirigée et, quels que soient ses succès industriels, elle contribuera seulement à pousser l'humanité vers la réaction et la décadence. Les gobe-mouches admirateurs des cheminées géantes et des indices de production sont imprégnés du principe fondamental de l'accumulation élargie du capital. Le socialisme scientifique, tel que Marx et Engels l'ont conçu et tel que les nécessités humaines le réclament, ne connaît d'autre impératif que ceux de l'individu, à commencer par le travailleur : sa satisfaction concrète, sa liberté, le plein épanouissement de ses facultés. Il faut abominer comme la peste ceux "qui placent la société au-dessus de l'individu" (K. Marx). (4) Les ouvriers américains employés aux machines automatisées les appellent "men killers" (tueurs d'hommes). Retour au texte Haut de page Chapitre suivant >> Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # Impérialisme et indépendance nationale URL: https://for.marxismo.school/imper.html Résumé: La relation impérialisme-colonies constitue la trame toujours plus serrée du mercantilisme mondial, et elle est aussi insurmontable pour lui que la relation fondamentale :… Introduction SOMMAIRE : Avant-propos à l'édition italienne I. Préface II. Décadence du capitalisme III. Stalinisme contre socialisme IV. Impérialisme et indépendance nationale V. Révolution ou guerre impérialiste VI. Les perspectives marxistes VII. L'organisation révolutionnaire VIII. Les taches de notre époque ANNEXES : Aujourd'hui comme hier IV. IMPÉRIALISME ET INDÉPENDANCE NATIONALE La relation impérialisme-colonies constitue la trame toujours plus serrée du mercantilisme mondial, et elle est aussi insurmontable pour lui que la relation fondamentale : capital-exploitation du travail salarié- capital accru. L'une et l'autre ne se modifient depuis un certain temps que par leur propre exacerbation, en rendant la dissociation entre l'ensemble du système mondial et les nécessités humaines de plus en plus déchirante. Depuis la fin de la dernière guerre, maintes colonies se sont vues octroyer l'indépendance, dans d'autres pays des guerres locales ont été déclenchées pour l'obtenir, de tous côtés on parle de "décolonisation", "industrialisation des pays sous-développés", "révolution nationale" et autres ritournelles. En même temps, la Russie s'est emparée de neuf pays en Europe ( note8 ), de la moitié de la Corée et du Vietnam en Asie, où la vaste Chine a eu sa souveraineté nationale plus restreinte qu'au temps des "conces- sions" étrangères ; par ailleurs, dans la majeure partie du monde la tutelle des États-Unis continue de s'appesantir jusque sur les nations les plus anciennes et les plus fortes. Il ne s'agit dans tous ces cas que d'un seul et même processus de réajustement de la planète aux forces impérialistes, telles qu'elles ont été remodelées à la suite de la guerre de 1939-1945. Concédée par la puissance colonisatrice ou acquise par les armes, l'indépendance nationale n'implique nullement la rupture avec l'impérialisme, mais au contraire, fait apparaître celui-ci sous un jour plus clair, dans sa plus pure complexion d'emprise économique. En effet, nous sommes arrivés à un point où le travail et les connaissances de nombreuses générations se trouvent centralisées, après de multiples spoliations militaires et mercantiles, dans de gigantesques instruments de production que commandent principalement les États-Unis et la Russie. Ces instruments ayant un même caractère capitaliste dans les deux pays, la rotation de l'économie dans le monde entier se fait nécessairement autour de leurs centres respectifs. Inversé, cet argument a la valeur d'une démonstration : il suffit que la rotation économique d'un ou plusieurs pays ait pour axe un autre pays, pour prouver la nature capitaliste et de l'axe et du satellite. Car les pays ne peuvent, pas plus que les individus, se soustraire aux impératifs de l'accumulation du capital sans supprimer le capital. Plus les découvertes techniques sont importantes et payantes (automation, cybernétique, énergie nucléaire à des fins utiles ou meurtrières, chimie industrielle et agricole, etc.) et plus accablant se fait le poids de la Russie et des États-Unis sur les pays du monde entier, amis ou adversaires, mais d'abord sur les amis. L'antagonisme militaire entre les deux blocs se juxtapose aux facteurs économiques et techniques pour affermir l'emprise de l'impérialisme et l'étendre jusque sur des territoires qui sembleraient oubliés sans cette intensive préparation à la guerre. En somme, par leur énorme volume comme par la haute spécialisation scientifique de leurs installations industrielles, les capitaux américains ou russes ne peuvent aider sérieusement une économie nationale sans la vassaliser. L'occupation militaire et administrative propre au régime colonial s'est avérée un signe de faiblesse économique de la part d'une métropole. De même qu'à l'échelle nationale, le capitalisme base sa domination sur le monopole des instruments de travail qui met à sa merci les classes laborieuses et transforme en commis les petits bourgeois, à l'échelle internationale son plein rôle impérialiste n'est atteint que par le drainage de la plus-value vers les capitaux les plus forts. Seulement il faut comprendre capitaux dans le sens le plus large de capacité industrielle et technique, mieux encore que dans l'acception purement financière. L'assujettissement des économies faibles aux économies fortes se fait ainsi par voie "naturelle", la coercition principale étant celle, inséparable du système, de l'accroissement du capital investi à chaque cycle de production. L'asservissement des pays sous-développés restera toujours proportionnel à l'aide que les grandes puissances leur apporteront, sans que le retard économique des premiers par rapport aux seconds cesse de croître. Et l'indépendance nationale accélère ce mouvement par l'association volontaire des exploiteurs locaux qui, tout en mettant à profit les immondes duperies traditionnelles du patriotisme, deviennent les fourriers du grand capital impérialiste. La puissance de celui-ci à l'heure actuelle n'a guère à craindre, pas même de la nationalisation de ses propriétés par les pays "souverains". "L'expropriation des impérialistes" fait revenir à la fin leur dû aux impérialistes, par le jeu du commerce et des investissements dans toutes les branches de la production mondiale, tout en continuant à resserrer l'enchaînement des faibles aux forts. Il n'est pas impossible qu'un pays passe d'une férule impérialiste à l'autre, mais la loi d'airain de l'économie capitaliste ne peut être brisée que par la suppression de la marchandise, à commencer par son origine, le travail salarié, qui fait de l'homme, partout dans le monde, un être amoindri, en proie aux démagogues nationaux et internationaux. Les évènements ont confirmé la thèse de Rosa Luxembourg qui niait, à l'encontre de Lénine, la possibilité, sous le capitalisme, d'un "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes". Et les arguments que Lukacs ( note9 ) oppose à cette thèse sont entachés de réformisme dirigiste. Ceux de Lénine offrent surtout un caractère tactique très dépassé aujourd'hui. Dans la mesure où il a reçu force de loi ce droit a été, exclusivement, celui des exploiteurs autochtones à choisir leur propre impérialisme pour broyer les travailleurs à leur guise. Évidemment, ce n'est plus l'heure de développer le capitalisme nulle part, mais celle de l'abattre partout. L'arborescence mondiale de l'appareil impérialiste moderne force à elle seule le prolétariat à envisager son action à l'échelle planétaire, et de la même manière dans les pays arriérés ou les colonies que dans les métropoles, sur le terrain de la révolution sociale et non sur celui de la nation capitaliste. L'action révolutionnaire doit se baser sur le droit des exploités à disposer d'eux-mêmes, à renverser le capitalisme et la nation et à s'engager dans une économie socialiste internationale. La "révolution nationale", l'industrialisation des pays sous-développés, le rôle "progressif du tiers-monde", etc., autant de leurres réactionnaires. Ils ne peuvent rendre service qu'à chaque bloc impérialiste contre son adversaire. Sans la révolution sociale on ne peut aller que de l'orbite de Washington à celle de Moscou, ou inversement, comme le prouvent incontestablement les cas de Cuba sous Castro et de la Yougoslavie. Même une guerre comme celle de l'Algérie, à propos de laquelle toute la gauche française, incapable de prendre le parti de la révolution sociale en Algérie et en France, a pirouetté tant et plus au son de la musique jouée à Moscou, sinon au Caire, est l'œuvre de la guerre froide. Sans celle-ci, les bravaches du F.L.N. n'auraient jamais quitté leur rôle de pupilles de l'impérialisme français pour adopter celui de héros nationalistes. Installés au pouvoir, ils ne pourront, dans aucun cas, se comporter autrement que comme sociétaires en commandite du capital occidental ou oriental. Ils se substitueront aux pieds-noirs ( note10 ). Tous les délais sont arrivés à leur terme, tous les développements économiques et politiques du monde actuel à leur point de reflux. C'est ainsi qu'indus- trialisation et découvertes techniques ne peuvent plus trouver, sous la forme capitaliste, dans les colonies comme les métropoles, qu'une application très restreinte et réactionnaire, que la culture et la liberté reculent devant les propagandes abrutissantes et les exigences policières d'un système pourri ; que des organisations se disant encore communistes par une imposture odieuse, sont en réalité ultra-capitalistes et s'inspirent de la plus perfide conscience contre-révolu- tionnaire ; c'est ainsi que les masses des pays arriérés sont abusées au bénéfice de la préparation de la guerre, alors qu'elles pourraient être un facteur de première importance dans le renversement de l'impérialisme américano-russe. Proclamons-le : toute lutte nationale est réactionnaire ; colonie ou métropole, Russie ou États-Unis, les exploités ne doivent avoir pour objectif immédiat et universel que le combat pour la prise du pouvoir, l'expropriation du capital privé ou d'État, la socialisation internationale de la production et de la consommation. (8) Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Tchécoslo- vaquie, une partie de l'Allemagne, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, sans compter la Yougoslavie ni l'Albanie. Retour au texte (9) Dans Histoire et lutte de classe, à l'avant-dernier chapitre. Retour au texte (10) Ce chapitre fut écrit avant l'indépendance de l'Algérie, au commencement de 1961. Retour au texte Haut de page Chapitre suivant >> Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # Révolution ou guerre impérialiste URL: https://for.marxismo.school/revol.html Résumé: Dès 1914, les forces de production, le potentiel humain et la culture avaient atteint le niveau nécessaire à l'accomplissement de la révolution socialiste. Une grande alternative… Introduction SOMMAIRE : Avant-propos à l'édition italienne I. Préface II. Décadence du capitalisme III. Stalinisme contre socialisme IV. Impérialisme et indépendance nationale V. Révolution ou guerre impérialiste VI. Les perspectives marxistes VII. L'organisation révolutionnaire VIII. Les taches de notre époque ANNEXES : Aujourd'hui comme hier V. RÉVOLUTION OU GUERRE IMPÉRIALISTE Dès 1914, les forces de production, le potentiel humain et la culture avaient atteint le niveau nécessaire à l'accomplissement de la révolution socialiste. Une grande alternative se présentait à l'humanité et en particulier au prolétariat : révolution ou guerres continuelles, suppression du capitalisme ou décadence et chute dans la barbarie. En fait, deux guerres ont exterminé des dizaines de millions d'hommes et détruit le travail de plusieurs générations, dans le seul but d'imposer au monde la domination d'un des blocs esclavagistes. À deux reprises en moins de trente ans, les gouvernants des pays belligérants ont appelé leurs populations respectives au massacre de celles des pays "ennemis" ; au nom de la liberté, de la civilisation, du droit et du bien-être futur, promettant pour demain, à l'instar de toutes les religions, ce qu'ils n'acceptent pas de donner aujourd'hui. Pour établir un nouvel équilibre mondial, les alliés d'hier sont une fois de plus disposés à déclencher un nouveau carnage, qui, maintenant, peut aboutir à l'anéantissement de l'espèce humaine. Pour les masses travailleuses, la guerre représente le plus terrible des fléaux : poussées loin de leurs objectifs de classe, elles sont entraînées à combattre pour la défense des privilégiés de chaque pays belligérant. Contrairement à ce qu'essaient de faire croire la propagande bourgeoise et social-démocrate, ainsi que la réaction fasciste ou stalinienne, il n'existe jamais d'intérêt national collectif, mais seulement des intérêts de classe, ceux du prolétariat étant les seuls à se confondre avec ceux de l'humanité. La guerre - parfois sa simple menace - en accentuant la misère des classes exploitées et la suprématie militaire, provoque une régression sociale généralisée, propice à toutes les entreprises réactionnaires. Mais les gouvernements, occidentaux et orientaux, ne peuvent éviter la guerre, car elle est incluse dans le mécanisme de leur système. Elle ne peut être davantage évitée par les mouvements pacifistes, toujours impuissants. Il faut en déraciner la cause, c'est-à-dire, le capitalisme. Rappelons que si les prolétaires des deux camps avaient, en 1914, attaqué leurs gouvernements respectifs au lieu de s'entretuer, l'humanité se serait épargné cinquante années de calamités, d'oppression et de conflits. Mais les dirigeants ouvriers, faisant corps avec les exploiteurs, poussèrent à la guerre dans les deux camps et imposèrent ainsi à la classe ouvrière le dilemme réactionnaire de la destruction d'un groupe de pays au profit d'un autre. Le prolétariat subit par là un grave échec et un immense recul idéologique. L'action internationaliste de Lénine, Trotski et d'une partie des bolcheviques, en permettant la victoire de la Révolution russe, replaça dans ses termes exacts le dilemme historique de l'humanité, en appelant de nouveau les peuples à s'emparer de l'économie et du pouvoir politique. Il est incontestable que la trahison des leaders de l'Internationale Socialiste n'aurait eu qu'une portée assez restreinte si la Révolution russe n'avait elle-même été trahie quelques années après sa victoire. Mais bien avant 1939, la Troisième Internationale et le gouvernement du Kremlin avaient rejeté le dilemme posé par l'évolution historique et faisaient leur l'alternative posée par la réaction. Le Front Populaire n'avait pas encore fait son apparition officielle, que déjà leur politique, sciemment dirigée vers la guerre, n'avait pas d'objectif plus méticuleux que de paralyser l'action révolutionnaire du prolétariat. Grâce donc aux partis "communistes" liés à Moscou, une orientation chauvine et réactionnaire fut encore imposée aux masses. Aux côtés des puissances de l'Axe contre "la ploutocratie anglo-américaine" (Pacte germano-russe et suppression de la presse stalinienne de langue allemande), comme aux côtés de cette dernière "contre le fascisme" (participation à la guerre dans le camp des "démocraties" et résistances nationales), le Kremlin et ses partis ne changeaient que de camp impérialiste. La débâcle ainsi provoquée parmi les masses du monde entier ne peut être comparée à aucune autre. Elle reste la cause principale de la démoralisation actuelle des prolétaires, qui les rend facilement maniables par les appareils staliniens, cléricaux ou militaires. Une telle politique a permis à la contre-révolution russe de devenir la seconde puissance impérialiste du Globe, non sans l'appui matériel et moral de la première. A l'humanité, elle a valu le partage de la planète en deux zones d'influence, la fausse propagande de "coexistence pacifique" qui se traduit pratiquement par la "guerre froide" et l'équilibre de la terreur permanente. "Coexistence" ou guerre froide sont en réalité l'avers et le revers d'une seule stratégie ductile, susceptible de s'aventurer dans des hostilités locales, ou de se contenter pour un certain temps de la délimitation de zones d'influence incontestées, ou de se lancer à la décision militaire ultime, d'après les impératifs de l'expansion, les exigences politiques internes, ou bien d'après les confidences des espions des services secrets. Quoi qu'il en soit, et en dépit de la retenue que les armes thermonucléaires imposent aux deux géants, à l'équilibre de la terreur succédera la désintégration de la moitié de l'humanité ou davantage, si les masses n'agissent pas avant. Sommet de l'exploitation de l'homme par l'homme, guerre de classes permanente et légale, le capitalisme révèle militairement, de la manière la plus indéniable et la plus terrifiante, sa complète caducité en tant que système et son incompatibilité avec les nécessités immédiates et les aspirations des hommes. Dans les instruments de guerre, dont la capacité meurtrière s'étend bien au-delà des hommes et des primates, jusqu'à la vie organique rudimentaire, s'hypostasie la forme capitaliste des instruments de production, qui, en imprégnant les relations sociales en général, étouffe petit à petit l'humanité, même en supposant que la paix dure indéfiniment. La solution au dilemme est urgente : en finir avec la société actuelle ou dégénérer. Dans de telles conditions, les congrès ou mouvements "pour la paix" animés par les représentants ou des amis de l'un ou l'autre bloc sont en réalité marchandise de guerre, sinon un enrégimentement direct de la classe ouvrière. L'internationalisme prolétarien réclame l'action simultanée contre le bloc américain et le bloc russe, non en faveur de la paix entre eux, statu quo réactionnaire, mais contre leurs structures capitalistes respectives, source de leur rivalité pour l'exploitation hégémonique du monde. Et cette tâche devient impraticable sans mettre au pilori, dans les assemblées et la presse révolutionnaire de tous les pays, dans les usines mêmes, les serre-files des deux principales armées impérialistes. Le défaitisme révolutionnaire n'est pas périmé comme le prétendent certains novateurs qui avancent à reculons ; bien au contraire, sa nécessité se fait sentir en pleine paix, et déborde jusqu'au domaine économique. Le principal ennemi continue toujours d'être dans notre propre pays, mais dans presque tous on peut et on doit frapper aussi les commis de l'impérialisme extérieur. Face à l'équilibre de la terreur, il devient urgent de postuler le droit des travailleurs de tous les pays - droit élémentaire de conservation de la vie, hors duquel tout autre droit devient une dérision - de réclamer et mettre à exécution le démantèlement de toutes les usines et industries de guerre, atomiques ou classiques de dissoudre les armées et d'effacer les frontières. Le prolétariat américain pourrait contribuer décisivement à créer un mouvement mondial dans ce sens, tout en ouvrant une brèche dans le totalitarisme, qui enchaîne l'action possible des travailleurs russes, chinois, etc. Mais il est indispensable que sa partie la plus consciente commence par condamner sans équivoque son propre impérialisme, et qu'elle entreprenne avec ardeur cette tâche. Ainsi les révolutionnaires seraient partout en meilleure position pour organiser la fraternisation avec le prolétariat de l'autre bloc, en forçant, si nécessaire, - et ce le sera - le cordon policier. Haut de page Chapitre suivant >> Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # Stalinisme contre socialisme URL: https://for.marxismo.school/stal.html Résumé: La tâche historique du prolétariat ne peut pas être la transformation de la propriété individuelle en propriété d'État. La seule disparition de la bourgeoisie en tant que classe… Introduction SOMMAIRE : Avant-propos à l'édition italienne I. Préface II. Décadence du capitalisme III. Stalinisme contre socialisme IV. Impérialisme et indépendance nationale V. Révolution ou guerre impérialiste VI. Les perspectives marxistes VII. L'organisation révolutionnaire VIII. Les taches de notre époque ANNEXES : Aujourd'hui comme hier III. STALINISME CONTRE SOCIALISME La tâche historique du prolétariat ne peut pas être la transformation de la propriété individuelle en propriété d'État. La seule disparition de la bourgeoisie en tant que classe propriétaire des instruments de production n'offre en soi aucun gage de l'orientation de l'économie vers le socialisme et la désaliénation de l'humanité : "Abolition de la propriété privée et communisme ne sont nullement identiques" (K. Marx). En effet, la révolution sociale doit accomplir la socialisation des moyens de production et l'abolition du salariat. Ce ne sont pas deux démarches différentes ou successives, mais deux aspects d'une même transformation. C'est la propriété en tant que moyen de soumettre l'homme au travail salarié qui doit disparaître avant que l'on puisse parler de socialisme. Celui-ci doit être l'organisation de la production par et pour les producteurs. Ou bien les instruments de travail reviendront à l'ensemble de la société, ou bien l'État propriétaire, loin de dépérir et de disparaître, ne fera qu'accroître l'écart existant entre la forme capitaliste de l'économie et la nécessité du communisme, tout en développant monstrueusement ses caractéristiques dictatoriales. À cet égard, pour le prolétariat mondial, la Révolution russe constitue un avertissement décisif, et la contre-révolution qui l'a supplantée, la plus cruelle leçon : la dégénérescence de la révolution a été facilitée en 1917 par l'étatisation des moyens de production qu'une révolution ouvrière doit socialiser. Seule l'extinction de l'État telle que l'envisageait le marxisme aurait permis de transformer en socialisation l'expropriation de la bourgeoisie. Or, l'étatisation s'est avérée l'étrier de la contre-révolution. Cette erreur des Bolcheviques s'explique surtout par les caractéristiques de la Révolution d'Octobre elle-même; cette dernière ne fut pas, contrairement à une opinion erronée, une révolution socialiste mais une révolution permanente, d'après les conceptions exposées par Trotski dans les livres "1905" et "La Révolution Permanente" et par Lénine dans les "Thèses d'Avril" : prise du pouvoir politique par le prolétariat, anéantissement de la société tsariste semi-féodale, voire tribale, mise en pratique par le prolétariat des mesures de la révolution bourgeoise non réalisée et jonction sans solution de continuité avec les mesures socialistes. En outre, le triomphe de la révolution sociale dans d'autres pays européens jouissant d'un plus grand développement économique et culturel était considéré comme indispensable pour que la révolution permanente russe puisse accéder avec succès à l'étape de transition vers le communisme. De fait, les Bolcheviques tentèrent de dépasser leur programme initial en introduisant dans la distribution des produits et par conséquent, dans la production, des rapports non-capitalistes : ce fut le "communisme de guerre", le mot guerre faisant allusion à l'exiguïté des ressources plus encore qu'à la guerre civile. Trotski lui-même a dit, dans son livre "D'Octobre rouge à mon bannissement", que le communisme de guerre visait des buts économiques plus vastes que ceux des exigences militaires face à la réaction. L'échec de cette tentative, dû à la chute verticale de la production (au-dessous de 3 % de celle de 1913) provoqua le retour au système mercantile qui reçut le nom de Nouvelle Politique Économique (N.E.P.). L'état d'esprit des paysans convertis en propriétaires par la révolution fut, dans une certaine mesure, responsable de cet effondrement de la production, auquel contribua aussi la guerre civile; mais la cause principale résidait dans la mentalité bourgeoise des couches sociales moyennes, dont les fonctions étaient indispensables à l'activité productrice : petite bourgeoisie, techniciens, bureaucrates installés dans les syndicats, les organismes administratifs de tout ordre, les soviets et jusque dans le parti bolchevik. En lâchant légalement la bride au commerce capitaliste, la N.E.P. scella définitivement l'alliance des anciennes couches bourgeoises, qui avaient saboté la révolution, avec les bureaucrates et les ex-révolutionnaires qui la regardaient comme un mât de cocagne. De leur fusion dans l'État devait naître la caste dominatrice qui s'intitule elle-même gaillardement "l'intelligentsia". Lénine qui ne pouvait avoir qu'une notion partielle de la menace bureaucratique, définissait cependant l'État, encore soviétique, comme un "État bourgeois sans bourgeoisie". Dans son esprit, la N.E.P. et le capitalisme d'État qu'elle établirait n'était qu'un pis-aller momentané et un pas en arrière, en attendant la reprise du processus de révolution mondiale. La seule garantie d'une future socialisation de l'économie demeurait la conservation du pouvoir effectif par les soviets ( note5 ) . En fait , ce projet d'un capitalisme d'État politiquement dominé par le prolétariat était irréalisable même sans considérer autre chose que les rapports de force dans la société post-révolutionnaire. La "tendance de la petite bourgeoisie à transformer les délégués aux soviets en parlementaires ou en bureaucrates" dénoncée par Lénine en 1918 ( note6 ), s'était dès lors très largement affirmée . À tous les échelons administratifs et politiques les révolution- naires et le prolétariat étaient débordés par les anciennes couches sociales intermédiaires et la nouvelle bureaucratie. L'État défini par Lénine n'allait pas resté longtemps "sans bourgeoisie" : une puissante caste bureaucratique était en train de se constituer qui allait organiser d'emblée, et à son profit, le capitalisme d'État et la contre-révolution. La N.E.P. marque le point d'arrêt de la révolution permanente qui n'a donc jamais dépassé, malgré la tentative du "communisme de guerre", le stade de l'exercice du pouvoir politique par le prolétariat et du contrôle ouvrier de la production, mesure démocratico- bourgeoise qui, d'après la conception bolchevique, devait préluder à la gestion ouvrière de la production et de la consommation, caractéristique de la révolution sociale. Au lieu de la progression révolutionnaire sans solution de continuité, commença une rétrogression thermidorienne, qui supprima l'une après l'autre les conquêtes ouvrières, jusqu'à l'apparence même des soviets, et culmina dans la contre-révolution. Le terrain d'accointances et d'alliance entre les couches bourgeoises de la population et la nouvelle bureaucratie assise dans les organismes d'origine révolutionnaire, fut la liberté capitaliste du commerce : assemblage d'individus autant que d'intérêts. Cette mixture détentrice du pouvoir et des richesses, allait en user et en abuser à sa guise. Telle fut l'origine du stalinisme; il mit à profit la grande pénurie de vivres qui rendait difficile l'activité politique du prolétariat et des révolutionnaires. Il prit aussi prétexte de la défaite de plusieurs tentatives insurrectionnelles en Europe, alors qu'en réalité elle lui convenait. Ce qui attisa et structura son énorme travail contre-révolutionnaire en Russie et dans le monde - travail encore inachevé - ce fut conjointement l'étatisation de la propriété et le parti unique, sans fractions internes, "monolithique" d'après la nouvelle terminologie réactionnaire. De la liberté mercantile, le stalinisme passa à la centralisation du commerce et des investissements de capitaux qui constitue toujours la base de ses plans économiques. La conception révolutionnaire de la planification de l'économie a pour point de départ la disparition du travail salarié, à la fois condition et preuve de la suppression du capital. Les projets de production et d'industrialisation doivent s'inspirer uniquement des besoins sociaux de consommation et, en premier lieu, élever le niveau de vie des classes exploitées sous le capitalisme, à commencer par les couches les plus pauvres. Seulement dans ce cas, le travail non payé qui constitue la plus-value, reviendra à la société tout entière : l'exploitation disparaîtra et l'on atteindra le communisme et la désaliénation de l'Homme. La classe ouvrière elle-même doit décider, par des comités démocratiquement désignés à ce seul effet, quelle quantité de travail social doit être affectée à de nouveaux instruments de production (ce qui aujourd'hui constitue le capital constant) et quelle autre à l'élargissement immédiat de la consommation (ce qui aujourd'hui constitue le capital variable, le rationnement par le salaire). La planification socialiste est un renversement complet du fonctionnement de l'économie. Les hommes qui, à présent, dans le bloc américain aussi bien que dans le bloc russe, sont soumis à la production de capital constant sous forme de machines, doivent mettre celles-ci, entièrement à leur service et ne rien produire qui lui soit étranger. Et si par hasard des comités ouvriers légitimement élus mettaient l'industrialisation au-dessus des exigences quotidiennes de leur propre classe, ils ne feraient qu'administrer le capitalisme et perpétuer l'exploitation. Les plans de la production russe - comme ceux de tous ses imitateurs - sont à l'opposé de la conception révolutionnaire de la planification. Ils sont inspirés d'une accumulation du capital dont le modèle est l'analyse de la société capitaliste faite par Karl Marx, et déterminés en détail d'après le taux de productivité le plus haut possible pour chaque catégorie et la rémunération le plus bas possible de la main-d'œuvre. La surexploitation qui en résulte serait impossible sans la centralisation totale des capitaux dans l'État, patron exclusif, législateur du prix de la main-d'œuvre, de la marchandise "homme", celle-ci ne disposant même plus de la liberté de marchander sa propre vente au capital. Voilà comment et pourquoi l'expropriation de la bourgeoisie en 1917, au lieu d'ouvrir la route au socialisme, a cédé la place à la forme la plus brutale de l'exploitation de l'homme par l'homme : le capitalisme d'État. Pour organiser son capitalisme d'État, la contre- révolution stalinienne mit à profit la misère matérielle et mentale de la vieille Russie, aggravée par huit années d'opérations militaires. Malgré tout, politiquement elle a dû exterminer, et de la manière la plus abjecte qu'on puisse imaginer, toute une génération révolutionnaire, avant d'affermir solidement sa domination. Les grands procès de Moscou, en 1936-1938 et le massacre ou la déportation en Sibérie de tous ceux qui restaient fidèles à l'Octobre rouge, n'ont pas d'équivalent dans les annales des contre-révolutions, pas même dans les dictatures hitlériennes ou franquistes. Ils révèlent une conscience réactionnaire et une férocité qui constituent un des plus redoutables dangers pour le prolétariat international. Depuis lors, sinon avant, le pouvoir russe - mis à part sa concurrence impérialiste avec les puissances occidentales, et complémentairement à celles-ci - a eu pour objectif fondamental d'éviter toute révolution sociale dans le monde, ou de l'écraser par l'intermédiaire de ses partis nationaux en imposant le capitalisme d'État sous la désignation de socialisme. Les preuves à l'appui surabondent, depuis la Révolution espagnole jusqu'au triomphe de Mao Tsé-toung et à l'entrée des tanks russes dans Budapest révoltée, sans négliger la rapide cristallisation réactionnaire du pouvoir castriste. En somme, la contre-révolution stalinienne constitue l'événement négatif le plus grave de notre siècle. Grâce à elle et à l'action de ses partis vassaux, le prolétariat a subi défaite sur défaite et se trouve dans le désarroi le plus complet, à la merci de toute force qui s'abattra sur lui. Ceux qui prêtent appui à cette contre-révolution, quelque raison qu'ils invoquent, représentent l'ennemi de classe ; ceux qui la considèrent seulement comme une distorsion politique des objectifs révolutionnaires jouent par rapport à elle le rôle de l'ancien réformisme par rapport au capitalisme en expansion. Par conséquent, pour la création d'une organisation ouvrière de la révolution mondiale, il est nécessaire d'exiger de tous les groupes et individus une rupture préalable avec le stalinisme, sur les bases que voici : a) Façonnée par la contre-révolution stalinienne, l'économie russe est un capitalisme d'État, impérialiste au même titre que l'économie rivale américaine; b) Ce capitalisme ne peut être orienté dans un sens prolétarien par aucune mesure, ni même par aucune révolution qui serait exclusivement politique, mais peut seulement être aboli par une révolution sociale inaugurée par la destruction de toutes les institutions actuelles, y compris le parti dictateur et la propriété d'État; c) Nulle part le stalinisme ne peut être envisagé comme un mouvement ouvrier opportuniste ou réformiste, mais comme nécessairement contre- révolutionnaire : il porte en lui le capitalisme d'État et la destruction des libertés ouvrières indispensables à l'organisation du socialisme; d) Sa politique d' "union nationale" dévoile sa véritable nature. Socialement identique à celle de l'ancienne bourgeoisie mais politiquement plus perfide, elle postule pour le stalinisme la direction suprême, économique et politique, du capital dans chaque pays. La déclaration de Moscou dite des 81 partis, ne le dissimule qu'à peine. En conséquence, les révolutionnaires voient dans le stalinisme un ennemi de classe et considèrent toute collusion ou alliance avec lui comme un abandon de la cause prolétarienne, sinon comme une trahison. La "déstalinisation" de Khrouchtchev, complice de Staline dans l'assassinat des bolcheviques de 1917, vise dans le meilleur des cas à consolider le stalinisme en le perfectionnant comme système. La légalité "soviétique" dont parlent les continuateurs de Staline est celle de sa bureaucratie capitaliste. Le prolétariat n'a que faire d'une telle légalité, sinon la démanteler et entreprendre la création de la sienne propre. Même la liberté de parole, d'organisation, de presse, etc... - non plus que la réhabilitation de Trotski et autres révolutionnaires exécutés - que la bureaucratie pourrait se voir obligée d'accorder, ne changeraient en rien le capitalisme d'État, oeuvre essentielle de la contre-révolution stalinienne. Enfin, une entente politique existe, tantôt tacite, tantôt explicite, entre le capitalisme occidental et la contre-révolution stalinienne, depuis les premiers symptômes de celle-ci. Les services qu'ils se sont rendus mutuellement sont innombrables. Le capitalisme occidental doit sa longévité et sa prospérité à la contre-révolution stalinienne, et cette dernière lui doit sa consolidation et son extension ( note7 ). Depuis les accords de Potsdam, Washington et Moscou se reconnaissent mutuellement comme chefs de l'ordre mondial, malgré leur rivalité pour la domination. L'idée du retour du prolétariat au pouvoir en Russie, terrifie le capitalisme américain, mais la caste directrice russe n'est pas moins terrifiée par la perspective, malheureusement plus improbable dans l'immédiat, de la révolution sociale aux États-Unis. (5) Voir Lénine, Le capitalisme d'État et l'impôt en espèces. retour au texte (6) Dans son discours devant le Congrès pan-russe des Conseils de l'économie, tenu à Moscou en mai 1918. retour au texte (7) Quelques exemples remarquables entre mille : A la première Conférence Internationale de Genève où assistait une délégation de Moscou, alors que le Thermidor stalinien se profilait déjà, le représentant anglais, Chamberlain, le futur homme de Munich, s'écriait : "La Grande-Bretagne ne traitera pas avec l'Union Soviétique aussi longtemps que Trotski ne sera pas fusillé." L'expulsion de Trotski du C.C. et du Parti russe, ainsi que plus tard sa déportation à Alma Ata furent applaudies par la presse bourgeoise et les chancelleries occidentales comme un signe certain de la victoire de la fraction réactionnaire sur la fraction révolutionnaire. L'avocat de Sa Majesté, Pit, cautionna publiquement les falsifications judiciaires de Moscou en 1936-38, tandis que, peu après, le milliardaire Eric A. Johnston (à l'époque président de la Chambre de Commerce américaine), se félicitait de l'extermination des hommes de 1917. Vers les mêmes années, Laval obtenait de Staline une pleine subordination patriotique des partis staliniens occidentaux. Le mot d'ordre du Parti français fut : "La police avec nous". En 1937-38, les capitales impérialistes regardaient avec soulagement et encourageaient la répression de la révolution espagnole par le gouvernement Negrin, que les hommes de Staline dominaient et inspiraient directement. En 1944, le prolétariat grec, soulevé et presque vainqueur, fut brutalement réprimé par une coalition des staliniens, des cléricaux et des troupes anglaises. Churchill, après conférence personnelle sur la répression avec le parti "communiste" grec, se vantait à la Chambre des Communes d'avoir écrasé "la véritable révolution communiste, celle qui est redoutée aussi à Moscou". Enfin, les tanks russes n'auraient pas pu mitrailler le prolétariat de Budapest en 1956, sans la passive complicité des impérialismes occidentaux. Pour ceux-ci comme pour la Russie, l'affirmation de la puissance rivale est toujours préférable au triomphe d'une révolution qui mettrait en mouvement les masses du monde entier. Une liste complète de faits semblables, toujours cachés ou falsifiés par les propagandes des deux blocs, remplirait un fort gros volume. Retour au texte Haut de page Chapitre suivant >> Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # L'organisation révolutionnaire URL: https://for.marxismo.school/orga.html Résumé: Outre les causes matérielles qui ont livré le prolétariat à la merci de ses ennemis, il faut souligner, en tant que facteur politique additionnel, la faillite des organisations… Introduction SOMMAIRE : Avant-propos à l'édition italienne I. Préface II. Décadence du capitalisme III. Stalinisme contre socialisme IV. Impérialisme et indépendance nationale V. Révolution ou guerre impérialiste VI. Les perspectives marxistes VII. L'organisation révolutionnaire VIII. Les taches de notre époque ANNEXES : Aujourd'hui comme hier VII. L'ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE Outre les causes matérielles qui ont livré le prolétariat à la merci de ses ennemis, il faut souligner, en tant que facteur politique additionnel, la faillite des organisations qui, s'étant opposées du premier jour à la corruption stalinienne, se trouvaient dans les meilleures conditions pour regrouper de nouveaux partis révolutionnaires. L'œuvre de Trotski et du mouvement originel de la IVe Internationale a constitué un apport considérable pour la compréhension du Thermidor russe. Mais l'organisation qui continue à se réclamer du trotskisme, loin de compléter et de développer les analyses de Trotski et son propre programme, en mettant à profit l'ensemble de l'évolution politique et sociale, ne fait que murmurer des formules vides sur la nature de l'économie russe. Elle se refuse à admettre le caractère contre- révolutionnaire et capitaliste du stalinisme, et elle a accueilli comme "libératrice" l'entrée des troupes russes en Europe orientale, alors que celles ci arrachaient aux ouvriers les armes et les usines dont ils s'étaient emparés dans plus d'un cas. Sa honteuse collusion récente avec divers nationalismes bourgeois - celui de l'Algérie en premier chef - était préparé de longue date par son abandon de la devise marxiste : "Contre la guerre impérialiste, guerre civile", au profit d'une défense nationale que le substantif "Résistance" ne prétendait même pas masquer. En somme, en considérant que le capitalisme d'État à la manière russe est la base économique du socialisme, la IVe Internationale renie ostensiblement la tâche révolutionnaire qui fut à l'origine de sa fondation. Le véritable réformisme moderne est en vérité la IVe Internationale, plus les organisations qui lui sont idéologiquement apparentées. Elles remplissent, par rapport au capitalisme centralisé dans l'État, un rôle semblable à celui de l'ancienne social-démocratie relativement au capitalisme privé et monopoliste. Sans rompre avec elles, il est impossible de fouler un terrain propice à la révolution. Quant aux groupes qui ont quitté cette Internationale après le Congrès de 1948, ou qui prétendent la "continuer" - comme tout récemment ceux d'Amérique Latine -, ils sont enfermés dans une orthodoxie trotskiste aussi négative que toute autre, et par-dessus le marché mensongère. Ils sont tombés dans les mêmes opportunismes, et, également, voient dans tout chiffon de drapeau nationaliste le commencement d'une "révolution permanente", alors qu'il barre en réalité la route au prolétariat. Ils interprètent de façon droitière le Programme de Transition, lors même que l'expérience et les nécessités des masses commandent de la manière la plus pressante de le dépasser. De son côté, la tendance "Socialisme ou Barbarie", également issue de la IVe Internationale déjà amadouée, est allée à la remorque de la déliquescente "gauche" française sur tous les problèmes et dans tous les moments importants : guerre d'Algérie et problème colonial, 13 mai 1958 et pouvoir gaulliste, syndicats et luttes ouvrières actuelles, attitude face au stalinisme et au dirigisme en général. A telle enseigne que, bien qu'elle reconnaisse dans l'économie russe un capitalisme d'État, elle n'a contribué qu'à rendre les esprits encore plus troubles. En renonçant expressément à lutter contre le courant et à ne rien dire à la classe ouvrière "qu'elle ne puisse pas comprendre" elle s'est vouée de son propre gré à la faillite. Dépourvue de nerfs cette "tendance" a cédé à une versatilité qui frise le funambulisme existentialiste. Envers elle, comme envers d'autres qui existent aux États-Unis, il convient de rappeler le mot de Lénine : "Seuls quelques pitoyables intellectuels pensent qu'aux ouvriers il suffit de parler de la vie de l'usine et de rabâcher ce qu'ils savent depuis longtemps." Quant aux groupes et aux partis qui, dans la querelle russo-chinoise ont plus ou moins pris le parti de Pékin, ils se situent très à droite de ce que, avec beaucoup de tolérance, on peut considérer comme avant-garde révolutionnaire ( note13 ). Pékin ne fait qu'imiter le capitalisme d'État russe, la contre-révolution stalinienne. Que son protecteur d'hier traite la Chine, et ne consente à la traiter que comme une semi-colonie, est la juste monnaie du rôle que ses dirigeants remplissent depuis longtemps. Mais cela ne lui donne nullement le droit de parler au nom du prolétariat et de la révolution. En 1925-1927, Mao Tsé-toung et Chou En-lai détruisirent les soviets chinois pour la plus grande gloire du Thermidor russe. Ils récoltent maintenant ce qu'ils ont semé. La Russie, devenue une grande puissance impérialiste, exige des dividendes sur la plus-value arrachée à cinq ou six cents millions de Chinois, en plus de la subordination qui lui est due en matière d'influence asiatique. C'est pourquoi la "querelle idéologique" ne comporte que des euphémismes et des paroles creuses propres à la bureaucratie capitaliste quand elle traverse de graves difficultés. En se mettant à la traîne de Pékin on piétine l'idéologie du prolétariat autant qu'en s'inclinant devant Moscou. Seule l'indigence mentale et psychique - lie déposée par trente années de stalinisme - permet encore aux mandarins de Pékin de parler d'une révolution qui doit être faite en Chine aussi, et contre eux. Les suiveurs qu'ils réussissent à rassembler, ils les utiliseront pour établir un compromis avec Moscou, - première tentative -, et, si celui-ci échoue, avec Washington. Les groupes les plus radicaux de la périphérie stalinienne entendent par "retour à la politique révolutionnaire" le retour au Front populaire, qui fut précisément la tactique de guerre impérialiste mise en jeu, sous une apparence réformiste, au temps même où la contre-révolution marchait en Russie à tambour battant, fauchant les têtes de tout ce qui continuait d'être tant soit peu révolutionnaire. La réalité est que tous ces groupes ou partis sont un sous-produit de la crise qui a inauguré la décomposition de la contre-révolution stalinienne et qu'ils n'ont absolument rien de positif à proposer. Les ouvriers et les hommes jeunes qui, à la suite de mille circonstances fortuites, se sont retrouvés dans leur sein, seront perdus pour tout travail révolutionnaire, à moins qu'ils ne récapitulent avec la plus grande rigueur critique toute l'œuvre du stalinisme en tant que contre-révolution capitaliste en Russie et dans le monde. C'est là un préambule indispensable pour être en mesure de contribuer, dans la théorie et dans la pratique, à la renaissance d'un parti prolétarien mondial. Jamais on n'a tant parlé de "révolutions victorieuses", et jamais on n'a vu une époque à ce degré réactionnaire, de l'Orient jusqu'à l'Occident. On dirait que le capital est sur le point de réaffirmer sa domination pour mille ans, en fourrant dans les cerveaux de ses victimes, telle une religion, l'idée que l'exploitation planifiée est le socialisme et que la dictature policière d'un parti est le gouvernement du prolétariat. Les apparences sont trompeuses. De part et d'autre de la frontière entre les deux blocs, de formidables énergies révolutionnaires se sont accumulées. Elles peuvent se mettre en branle à un moment quelconque, où que ce soit ; mais leur cristallisation en victoire prolétarienne s'avérera impossible sans une nouvelle organisation révolutionnaire. Par contre, la création de celle-ci précipitera une avalanche irrésistible des masses, toutes les énergies tendues vers l'objectif suprême. Une véritable civilisation pourra émerger pour la première fois parmi les hommes. La première Internationale groupa les travailleurs par-delà les frontières et, avant sa dissolution, avait réalisé un immense travail idéologique qui, aujourd'hui encore, est une des principales sources d'inspiration révolutionnaire. La Deuxième Internationale disputa au capitalisme les droits et le niveau de vie des ouvriers, mais se refusant à l'abattre, elle finit par s'intégrer à sa légalité, qui n'est que ténèbres pour les exploités. La Troisième Internationale prit la tête de la lutte pour la révolution mondiale pendant plusieurs années tout en continuant l'œuvre éducatrice de la Première, jusqu'au moment où le Thermidor commença à l'utiliser comme instrument de politique extérieure conser- vatrice. Totalement avilie par la contre-révolution stalinienne, elle seconda tous les crimes de celle-ci en Russie et contribua fortement à la défaite du prolétariat mondial. Pour sa part, la Quatrième Internationale, qui détenait d'immenses possibilités malgré son exiguïté organique, a dilapidé d'exégèse en exégèse son héritage théorique jusqu'à perdre finalement son indépendance en tant que mouvement. Une nouvelle organisation révolutionnaire est indispensable au prolétariat mondial. Cependant, à moins qu'elle n'incorpore à sa pensée les sévères expériences idéologiques et organisationnelles survenues depuis 1914, sa constitution s'avèrera impossible, ou du moins gravement défectueuse. Les défaites du passé doivent jalonner le chemin de la victoire. Une telle organisation doit surpasser les traditionnels rassemblements de partis nationaux et rejeter aussi tout "centralisme" permettant à une poignée de dirigeants de mettre "la base" devant des décisions disciplinaires accomplies. Elle doit préfigurer le futur monde sans frontière ni classe. Dans cette intention nous adoptons ce Manifeste que nous proposons à tous les groupes et à tous les individus révolutionnaires du monde. Il faut rompre d'une manière tranchante avec des tactiques et des idées mortes, dire sans réticence toute la vérité à la classe ouvrière, rectifier sans regret tout ce qui fait obstacle à la renaissance de la révolution, que ces obstacles proviennent de Lénine, de Trotski ou de Marx, et adopter un programme de revendications qui concorde avec les possibilités maxima de la technique et de la culture modernes mises au service de l'humanité. (13) Sans prétendre apprécier en particulier chacune de ces organisations, on peut considérer révolu- tionnaires les divers groupes de la "Gauche Italienne", en France Programme Communiste, au Japon la Ligue Communiste Révolutionnaire et, un peu partout dans le monde, quelques groupes d'origine trotskiste ou anarchistes indépendants. Retour au texte Haut de page Chapitre suivant >> Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # Les perspectives marxistes URL: https://for.marxismo.school/persp.html Résumé: Dans les vieux pays capitalistes, l'État, la police, les lois, les tribunaux centralisent et représentent les intérêts de l'ensemble des Capitalistes individuels. Dans la Russie… Introduction SOMMAIRE : Avant-propos à l'édition italienne I. Préface II. Décadence du capitalisme III. Stalinisme contre socialisme IV. Impérialisme et indépendance nationale V. Révolution ou guerre impérialiste VI. Les perspectives marxistes VII. L'organisation révolutionnaire VIII. Les taches de notre époque ANNEXES : Aujourd'hui comme hier VI. LES PERSPECTIVES MARXISTES Dans les vieux pays capitalistes, l'État, la police, les lois, les tribunaux centralisent et représentent les intérêts de l'ensemble des Capitalistes individuels. Dans la Russie stalinienne l'État est l'unique exploiteur; en lui se trouvent centralisées la propriété et l'exploitation de type capitaliste, au même titre que la police, l'armée et les tribunaux. L'apparition d'un régime totalitaire aussi achevé n'entrait pas dans les perspectives de Marx et de Engels, dont le point de départ était le développement du capitalisme, son anéantissement et son dépassement en fonction des nécessités révolutionnaires internes. Leur analyse et leurs perspectives se situant à l'époque où le capitalisme allait atteindre son apogée, ne leur permettaient pas de discerner les traits spécifiques de son déclin. Le développement considérable du mouvement ouvrier, dans les dernières années de leur existence pouvait, en outre, leur faire espérer que le parti révolutionnaire du prolétariat détruirait la société capitaliste au moment où celle-ci cesserait d'avoir une valeur positive pour l'ensemble de l'humanité. Si Marx et Engels ont quelquefois considéré la révolution socialiste comme inévitable, ils ne l'ont jamais envisagée comme un processus automatique. Cependant leurs affirmations relatives au caractère inéluctable du socialisme ont donné à beaucoup de "marxistes" prétexte à des conceptions mécaniques étrangères à l'esprit révolutionnaire. Au centre de celles-ci est l'idée selon laquelle la centralisation économique demeure un signe d'évolution positive du capitalisme, sinon le commencement du socialisme. Or, l'expérience montre que la concentration du capital, autrefois facteur progressif de l'évolution sociale, revêt un caractère réactionnaire au-delà d'une certaine limite. Cette limite ne saurait être fixée par des chiffres, car elle est co-déterminée par d'autres facteurs, tels le niveau culturel et politique, le degré de liberté idéologique et économique consenti aux masses, et la maturité générale de la société, ce qu'on pourrait appeler "l'âge" du système. Une fois cette limite de progressivité atteinte (et qui pourrait douter qu'elle soit déjà derrière nous ?) la société ne peut plus progresser que par la révolution et, ceci, indépendamment du degré de développement ou de concentration de chaque économie nationale. Sous peine de servitude, l'intervention consciente de l'homme doit rompre l'automatisme de la concentration devenue régressive. Persister à voir dans la centralisation des moyens de production une évolution positive conduit, au contraire, à la conception déjà critiquée, selon laquelle la disparition de la bourgeoisie en tant que classe possédante et l'étatisation de l'économie constituent, dans la société de transition, la base matérielle d'où surgirait spontanément le communisme, pour peu que les bourgeois ne reparaissent pas. Les "marxistes" qui défendent de telles théories aboutissent tôt ou tard, comme on l'a déjà vu, à admettre que le stalinisme accomplit, par les nationalisations, la tâche essentielle de la révolution ; c'est là passer dans le camp d'en face. Les perspectives de Marx relatives au développement du capitalisme se sont confirmées dans leurs grandes lignes, mais certains aspects nouveaux sont apparus qui caractérisent l'époque de la décadence de la société capitaliste. En effet, il est aujourd'hui possible d'attribuer une signification historique au capitalisme d'État, la dernière des transformations provoquées par la concentration des capitaux, agissant sur la propriété individuelle comme une loi inhérente au système. Qu'elle provienne du stalinisme, du nazisme, des démocraties occidentales ou du panarabisme avec ses résonances dignes des Philistins bibliques, l'étatisation concrétise et prolonge la tendance générale du capitalisme entrevue par Marx. Au premier stade du capitalisme moderne, celui de l'économie libérale, la propriété, strictement individuelle, correspondait seulement au capital investi dans l'entreprise. La concurrence était le fait de la lutte entre individus capitalistes, sur un marché si restreint qu'il dépassait rarement l'échelle nationale. Engendrée par le processus même de l'accumulation du capital et par le développement du machinisme, la nécessité d'investir des sommes de plus en plus considérables provoqua l'association des capitalistes individuels et, finalement, l'apparition de la société anonyme, dans laquelle sont investis d'immenses capitaux, provenant d'une multitude de capitalistes individuels, sans que ceux-ci interviennent réellement dans leur gestion. Au second stade, celui de l'impérialisme, les sociétés anonymes se groupent en trusts et en cartels qui réglementent les prix sur une grande échelle, tout en se livrant une lutte acharnée pour la conquête des marchés et des matières premières. L'État qui, au stade précédent, assurait un équilibre relatif entre les capitalistes, devient, au stade de l'impérialisme, l'agent d'exécution des trusts et cartels, dont les plus puissants s'emploient à s'assurer le contrôle. C'est là le premier signe de décadence de la société capitaliste, dès lors caractérisée par une énorme extension de l'industrie de guerre. Le troisième stade ou capitalisme d'État est conséquence mécanique du processus antérieur, que les guerres et les contre-révolutions accélèrent. N'importe quel pays arriéré peut y parvenir, mais seulement poussé par des intérêts rétrogrades, tout comme les exigences révolutionnaires mondiales lui permettent d'accéder à la révolution socialiste au même titre que les pays les plus industrialisés. La Révolution russe est inexplicable sans la maturité mondiale des idées et de l'économie, qui aurait permis d'entreprendre le socialisme. Tout aussi bien, mais dans le sens réactionnaire, le stalinisme rejoignit directement le degré maximum de centralisation et d'exploitation capitaliste dans le monde. A ce troisième stade, les moyens de production ne pouvant pas conserver leur structure par les seuls soins des propriétaires individuels, ils sont mis sous la protection de l'État, le représentant suprême de l'exploitation, "le capitaliste collectif idéal" (Engels), dans lequel vient se concentrer entièrement la propriété. Celle-ci devient propriété indivise des membres de la couche sociale ou caste qui détient le pouvoir politique, à un tel point qu'elle perd - en Russie par exemple - toute relation avec l'investissement direct du capital par des propriétaires individuels. Dans l'ancien capitalisme, à présent disparu presque partout, l'exercice du pouvoir politique était une conséquence de la richesse ; dans le capitalisme d'État, la richesse va d'emblée avec la possession d'une parcelle quelconque du pouvoir politique. Le cercle dominateur tend à se resserrer et à devenir plus despotique que jamais. L'État propriétaire et collecteur de la plus-value distribue celle-ci entre ses serviteurs, ce qui aiguillonne la bassesse envers les groupes les plus haut placés, groupes toujours très restreints. De leur côté les travailleurs vivent plus courbés que jamais par l'esclavage du salariat, qu'impose à son gré l'État, patron unique. L'écart économique entre exploiteurs et exploités, l'arbitraire des uns et l'assujettissement des autres, sont portés à un point jamais atteint. "De plus en plus, le capital apparaît comme une puissance sociale dont le fonctionnaire est le capitalisme." (K.Marx) - Voilà le capitalisme d'État, niveau de dégénérescence de la société actuelle, que les faussaires présentent au prolétariat comme socialisme. La bourgeoisie, classe de l'apogée du développement du capitalisme, a accompli une fonction historique importante ; il s'agissait et il continue de s'agir, pour les révolutionnaires, d'en finir avec ce capitalisme, son État, ses classes. Faute de quoi, la décadence du système, déjà entamée, ne sera pas l'œuvre d'une classe bien distincte, mais celle de castes ou de bureaucraties dominant l'État et ses terrifiants moyens de répression, qui décomposent la société et la mènent à la barbarie. Il s'agit là d'une des leçons les plus frappantes de l'histoire récente. Depuis la période de l'entre-deux-guerres, l'involution, ou mouvement rétrograde de la société capitaliste, s'est manifestée de diverses manières : l'une des premières chronologiquement, fut l'apparition d'immenses armées de chômeurs en Europe et aux États-Unis. En Russie, la multiplication des camps de travail forcé était l'équivalent du chômage, et il entraînait l'avilissement de la main-d'œuvre. Aujourd'hui même, en dépit des millions d'hommes mobilisés dans les deux blocs, le chômage n'a pas disparu. Mais le signe le plus brutal de la dégéné- rescence fut incontestablement la guerre de 1939-45, dont les conséquences réactionnaires apparaissent de plus en plus accablantes : répartition du monde et rivalité entre la Russie et les États-Unis comme chefs de file, occupation militaire de plusieurs nations, disparition ou écartèlement d'autres, économie de guerre endémique, menace thermonucléaire qu'aucun accord entre les deux Empires ne fera disparaître ; une dégradation de la conscience des masses ouvrières et de la société en général, que chaque bloc cultive à sa manière. La paix, ou plus exactement, l'armistice que nous vivons, a vu s'implanter des méthodes d'exploitation si féroces, que le salaire fixe et la journée de huit heures ont disparu presque partout. La paie "à la pièce", que le mouvement ouvrier avait réussi à extirper, reparaît de multiples manières : primes, bonifications, indemnités, que l'organisation du travail, les chaînes et les chronométrages - si ce n'est les machines elles-mêmes - se chargent de perfectionner. Les travailleurs sont ainsi mis devant la nécessité de produire de plus en plus et de faire volontairement des heures supplémentaires, quand ce n'est pas le contrat syndical qui le leur impose. Il résulte de ces méthodes "scientifiques" de développement du capital dont l'initiative est souvent due à la contre-révolution russe ( note11 ), une exténuation des travailleurs et un assoupissement intellectuel très utiles à leurs ennemis, en plus de l'abaissement généralisé de la qualité professionnelle inséparable de la technique moderne au service de l'exploitation. La plupart des ouvriers ne sont que des manœuvres attachés a une machine. Les spécialistes eux-mêmes le sont à tel point qu'ils manquent, eux aussi, de métier. Le rendement croissant des travailleurs et des machines a entraîné une centralisation monstrueuse des instruments de production, c'est-à-dire du capital, qui confère à celui-ci une pernicieuse tyrannie économique et disciplinaire sur la main-d'œuvre. Et tandis que les possédants s'assemblent en Marché Commun en vue d'un Marché International (dans l'autre bloc en COMECON ( note12 ) ) les travailleurs demeurent séparés, non seulement en blocs et en nations, mais à l'intérieur de celles-ci, par branches de production, d'une entreprise à l'autre, d'une catégorie à l'autre, et, dans chaque établissement, ils subissent une surveillance et une réglementation toutes militaires, qui auraient été refusées il y a trente ans comme attentatoire à leur dignité. Ce contraste entre la liberté de manœuvre du capitalisme et la paralysie du prolétariat est la conséquence en droite ligne du rejet de la révolution mondiale entre 1917 et 1937, les résultats de la dernière guerre aggravant cette conséquence négative. Le gonflement du capitalisme est rigoureusement conditionné, depuis des décennies, en zone orientale aussi bien qu'en zone occidentale, par l'inaction révolutionnaire du prolétariat. De là la nature doublement réactionnaire de l'actuelle super- concentration du capital. Elle était superflue pour le renversement communiste de la société, et elle a mis les exploités dans leur ensemble devant la nécessité de reconstruire pierre à pierre leurs organisations révolutionnaires, alors même qu'ils se trouvent assiégés par un ensemble complexe d'ennemis s'étendant depuis le grand capital privé ou étatique, jusqu'aux partis et syndicats qui parachèvent la structure de l'accumulation élargie. Au milieu de cette situation si peu exaltante, la tâche historique que le marxisme attribue au prolétariat - la transformation de la société d'exploitation en communisme - revêt la plus grande urgence sociale à l'échelle planétaire. Sans elle, et dans le meilleur des cas, l'humanité se racornira dans un byzantinisme pire que celui qui prolongea la perte de la civilisation gréco-romaine. Mais la récupération de l'esprit combatif et la résurgence d'une situation révolutionnaire ne sauraient être attendues, comme le prétendent certains marxistes qui penchent vers l'automatisme économique, d'une de ces crises cycliques, dites à tort "de surproduction". Celles-ci étaient des secousses qui régularisaient le développement chaotique du système, et non point un effet de son épuisement. Le capitalisme dirigé sait les atténuer ou les esquiver de diverses manières, et par ailleurs, même si l'une d'entre elles se produit, elle n'engendrera à elle seule aucun mouvement révolutionnaire. Sans l'intervention de quelque chose de différent elle pourrait, à l'inverse, favoriser les desseins tortueux des nouveaux réactionnaires, qui attendent leur heure, plans quinquennaux dans leur serviette, et normes de production au poing. La crise générale du capitalisme, c'est son épuisement en tant que système social. Elle consiste, sommairement parlant, en ce que les instruments de production en tant que capital et la distribution des produits, limitée par le salariat, sont devenus incompatibles avec les nécessités humaines, et même avec les possibilités maxima que la technique offre au développement économique. Cette crise-là est insurmontable pour le capitalisme ; l'Occident aussi bien que la Russie l'aggravent jour après jour. En conséquence, la récupération du prolétariat doit nécessairement provenir d'un vaste ébranlement contre les conditions économiques et politiques que l'accumulation élargie et dirigée du capital a imposées pas à pas depuis l'entre-deux-guerres. On ne peut l'attendre sans une rupture avec le schéma traditionnel des "revendications immédiates" et de la "démarche révolutionnaire". Aujourd'hui, l'immédiat à obtenir, c'est la disparition des primes, des heures supplémentaires et du travail à la pièce, ainsi qu'une importante réduction de la journée de travail, sans que la paie moyenne diminue en aucun cas. La devise générale doit être : moins de travail, plus de paie ! Deuxiè- mement, il faut attaquer de face la frénétique accumulation du capital, de plus en plus réactionnaire : "Toute augmentation de la production à la classe ouvrière qui la réalise !", réclamation dont la perspective est, non le capitalisme d'État, mais l'organisation du communisme. Politiquement, la classe ouvrière doit commencer par affirmer son droit à rejeter tout règlement d'usine ou tout contrat de travail, dictés soit par le capital, soit par celui-ci et les syndicats conjointement, c'est-à-dire, son droit souverain de décision directe sur tous ses problèmes et sur tous ses mouvements de grève, par l'intermédiaire de délégués élus et révocables à tous les échelons nécessaires. Enfin, il ne faut pas oublier le droit individuel ou collectif du prolétariat à l'intervention politique aux côtés des travailleurs de tout autre pays. C'est là le chemin de l'unité révolutionnaire européenne et mondiale, opposé à l'unification rétrograde du capital autour de Washington et de Moscou. Les salariés des pays qui conservent certaines libertés démocratiques bourgeoises prendront ainsi le cap de la démocratie prolétarienne et ils pourront contribuer à briser le totalitarisme qui règne dans des pays comme l'Espagne, la Russie, la Chine, l'Egypte, etc. Ce qui précède suffit pour faire comprendre à quel point le retour du prolétariat au combat pour la révolution mondiale dépend d'un renouveau idéologique. Une période d'insurrection des masses ne peut nullement être le résultat unilatéral ni d'une "crise cyclique", ni même de la crise générale du capitalisme. Si la présence de partis révolutionnaires sains et aptes à soulever l'enthousiasme des meilleurs comme à symboliser l'espérance des opprimés ne se conjugue pas avec cette crise, toute révolte locale échouera sans engendrer de mouvement révolutionnaire international. (11) Programme du XXIIe Congrès des technocrates russes (juillet 1961) : " ... assurer partout une production et un rendement maxima de la production pour chaque rouble investi (...). Perfectionner constamment le système des salaires et des primes ; contrôler par le rouble la quantité et la qualité du travail; rejeter le nivellement de la rétribution ". Retour au texte (12) Comité d'Assistance Économique Mutuelle. Retour au texte Haut de page Chapitre suivant >> Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # Les taches de notre époque URL: https://for.marxismo.school/tache.html Résumé: Organisation de l'action de la classe ouvrière, directe et indépendante de tout syndicat, avec les devises générales détaillées ci-après… Introduction SOMMAIRE : Avant-propos à l'édition italienne I. Préface II. Décadence du capitalisme III. Stalinisme contre socialisme IV. Impérialisme et indépendance nationale V. Révolution ou guerre impérialiste VI. Les perspectives marxistes VII. L'organisation révolutionnaire VIII. Les taches de notre époque ANNEXES : Aujourd'hui comme hier VIII. LES TACHES DE NOTRE ÉPOQUE Organisation de l'action de la classe ouvrière, directe et indépendante de tout syndicat, avec les devises générales détaillées ci-après : A) MOINS DE TRAVAIL ET PLUS DE PAIE. 1° Suppression du travail à la pièce et du salaire de base qui le stimule, en les remplaçant par un travail à la semaine, à la journée, etc. 2° Réduction de la semaine de travail à 30 heures (premier pas), sans aucune diminution de salaire auquel doivent être incorporées les primes, indemnités, heures supplémentaires, etc., bref, tout ce qui constitue, dissimule ou éperonne le travail à la pièce. 3° Suppression des chronométrages et contrôles qui intensifient l'exploitation, étouffent l'ouvrier et rabaissent sa dignité personnelle. Les intéressés dans chaque entreprise ou branche de la production sont seuls qualifiés pour déterminer le rythme du travail. 4° Toute augmentation de la production (sa valeur actuellement) qu'elle provienne d'un plus grand rendement de l'ouvrier ou d'un perfectionnement technique, doit revenir collectivement aux ouvriers qui en sont les auteurs, en attendant que la classe tout entière décide de sa répartition. C'est là la manière de mettre une limite à l'accumulation du capital, chaque jour plus écrasante, et de hausser véritablement le niveau de vie des exploités. 5° Travail pour tous, chômeurs et jeunes, et diminution des heures ouvrables proportionnellement au nombre d'ouvriers et au perfectionnement de l'outillage. Il s'agit d'une solidarité de classe qui entraînera d'excellentes conséquences, ainsi que d'un droit au travail qui implique en contrepartie le suprême "droit à la paresse", aujourd'hui inexistant malgré les vacances, simple détente physique semblable aux heures de sommeil. 6° Dénonciation des conventions collectives non établies directement avec l'entreprise par les travailleurs et approuvées par ces derniers. 7° Distribution gratuite, aux couches sociales les plus pauvres, des vivres et articles de consommation stockés comme "excédents de production", distribution effectuée dans le pays même ou dans tout autre, sans distinction de bloc. A l'action indépendante pour la défense des libertés élémentaires doit présider la devise : B) DROIT DE PAROLE, D'ORGANISATION ET DE GRÈVE AU PROLETARIAT. Ces droits sont confisqués par les partis et leurs organisations syndicales qui sont devenues inséparables du capitalisme décadent. Dans les usines, les accords syndicats-patronat ont supprimé la liberté individuelle, aussi bien que la liberté collective des ouvriers, et tout particulièrement celle des révolutionnaires, si bien qu'en de nombreux lieux ils peuvent être congédiés légalement pour avoir parlé de politique, pour avoir distribué de la propagande, ou s'être concertés à quelque fin que ce soit. Il devient donc indispensable de revendiquer : 1° La liberté politique, de parole et de distribution de la presse, des tracts, etc., sur les lieux de travail, comme la liberté de réunion sur les mêmes lieux quand l'autodéfense des ouvriers le requiert. 2° La récusation de tout règlement intérieur d'entreprise dicté par le patron "bourgeois" ou l'État, ou par celui-ci et les syndicats conjointement. Dans chaque entreprise ou dans chaque profession, les travailleurs eux-mêmes, par l'entremise de délégués élus à cette fin, doivent seuls détenir, à l'exclusion de tous autres, la puissance d'établir le règlement intérieur. Son approbation en assemblée générale est une indispensable mesure de précaution. 3° La souveraineté exclusive et illimitée des travailleurs, sans qu'il soit besoin d'aucune caution syndicale ou gouvernementale, pour entreprendre la grève économique et politique. 4° Le droit de parole et de vote à tous les intéressés, en dehors de toute affiliation syndicale ou politique, pour établir les revendications de chaque grève, le moment du déclenchement et la fin de celle-ci, et pour résoudre tous les problèmes qui s'y rapportent. 5° Le droit d'élire directement, sans aucune formalité syndicale ou judiciaire, des délégués permanents d'atelier, usine, profession, etc., pour représenter les travailleurs face à la direction. 6° Le droit de se concerter face à toute éventualité et à n'importe quel moment, par l'intermédiaire des susdits délégués, avec les travailleurs d'autres industries ou activités, partout dans le pays et internationalement. Une telle direction doit favoriser pour le prolétariat la récupération et l'accroissement de sa liberté d'expression et d'action, aujourd'hui supprimée dans la plupart des pays, ou transformée, dans les moins dictatoriaux, en un monopole des partis et syndicats, qui constituent en réalité la structure légale de l'exploitation du travail par le capital. Dans des pays comme la Russie, la Chine et leurs imitateurs, il faut commencer par se battre contre l'ignominie des amendes, des mesures policières ou juridiques pour les retards ou l'absence au travail, contre l'avilissant "carnet de travail", et pour le droit de parole et d'organisation des masses face au parti dictateur. Sans une lutte hardie pour ces revendications, le prolétariat continuera à perdre du terrain face au capital et à accroître la capacité oppressive de celui-ci. Les revendications immédiates minima énumérées ci-dessus pourront jouer un rôle très important dans le renouvellement de l'activité prolétarienne dans le monde entier sans distinction de pays arriérés ou avancés. Cependant, comme il ne peut s'agir en aucun cas d'améliorer ou de développer l'économie fondée sur le "capital-salariat", mais d'en finir avec elle, il est indispensable de les lier sans solution de continuité aux mesures suprêmes de la révolution prolétarienne mondiale, sans perdre de vue que dans certains cas, il deviendra possible de commencer directement par celles-ci : C) A BAS LE CAPITAL ET LE TRAVAIL SALARIÉ. 1° Le pouvoir politique aux travailleurs, qui l'exerceront par l'entremise de comités démocratiquement désignés et révocables à chaque instant. 2° Expropriation du capital industriel, financier et agricole, non point par l'État, les syndicats ou toute autre institution, ce qui donnerait lieu, comme en Russie, à un capitalisme encore plus brutal, mais par l'ensemble de la classe ouvrière. 3° Gestion ouvrière de la production et de la distribution des produits, ce qui est inséparable d'une planification exclusivement dictée par les nécessités de la disparition des classes. 4° Destruction de tous les instruments de guerre, atomiques aussi bien que classiques, dissolution des armées, des polices, reconversion des industries de guerre en production de consommation. 5° Armement individuel des exploités sous le capitalisme, territorialement organisé, selon le schéma des comités démocratiques de gestion et de distribution. C'est là une des meilleures garanties que la transformation sociale puisse trouver. 6° Incorporation aux activités utiles de toutes les couches de la population qui aujourd'hui réalisent des travaux parasitaires ou nettement préjudiciables : cela permettra, en se servant au maximum de la technique et de la science moderne, et au minimum de l'effort humain, d'augmenter continuellement la production tout en réduisant le temps de travail qui lui est consacrée. C'est aussi le moyen de surmonter la division aujourd'hui imposée, entre travail manuel et travail intellectuel. 7° Suppression du travail salarié, en commençant par élever le niveau de vie des couches sociales les plus pauvres pour atteindre finalement la libre distribution des produits selon les besoins de chacun. Il n'y a pas et il ne peut pas y avoir d'autre preuve de la transformation du capitalisme en socialisme et de la disparition des classes. 8° Suppression des frontières et constitution d'un seul gouvernement et d'une seule économie, au fur et à mesure de la victoire du prolétariat dans les divers pays. Enfin, il est impératif de préciser que la transformation du capitalisme en communisme, la dictature du prolétariat, est un concept sociologique marxiste inséparable de la plus large démocratie au sein des masses travailleuses, elles-mêmes en processus de disparition en tant que classe. "L'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes." Lui tournent le dos ceux qui l'identifient à la dictature d'un parti ou même de plusieurs, à la manière de la dictature capitaliste dite "démocratie parlementaire". Seule la disparition de la loi mercantile de la valeur, basée tout entière sur le travail salarié, amènera l'extinction de l'État. Faute de s'orienter vers cette disparition dès les premiers jours de la révolution, l'État se transforme rapidement en organisateur de la contre-révolution. Les conditions objectives pour la réalisation du communisme telles que l'histoire pouvait les créer, sont présentes et mûres, à l'excès, à l'échelle mondiale. Mais c'est seulement sur les ailes de la subjectivité révolutionnaire que l'homme franchira la distance du règne de la nécessité au règne de la liberté. PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS, SUPPRIMEZ LES ARMÉES, LES POLICES, LA PRODUCTION DE GUERRE,LES FRONTIÈRES, LE TRAVAIL SALARIÉ! Milan, 1961. Fomento Obrero Revolucionario (Nùcleo M) Haut de page Annexes >> Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # Natalia Sedova Trotski rompt avec la Quatrième Internationale URL: https://for.marxismo.school/nat.html Résumé: En défense de l'internationalisme et fidèle à la révolution socialiste mondiale, Natalia Sedova Trotski rompt avec la Quatrième Internationale, Mexico, 9 mai 1951. Page d'accueil / Pour un second manifeste communiste (introduction) / Retour niveau note (3) La IVe Internationale s'étant emparé des funérailles de Natalia Sedova Trotski, sans même se donner la peine d'éclairer qui que ce soit sur la véritable pensée politique de celle-ci, nous nous faisons un devoir de porter à la connaissance de tous les trois documents ci-après. On notera que, dans sa lettre de rupture, Natalia accuse la IVe Internationale non seulement de conservatisme à l'égard d'une notion dépassée (la Russie "état-ouvrier"), mais aussi d'abandon de l'internationalisme prolétarien. Dans sa réponse la IVe Internationale laisse de côté les accusations politiques ou tergiverse sur la question de la Russie. Son argument le plus fort est l'insulte. Elle accuse Natalia Sedova Trotski d'être sous l'emprise de l'impérialisme américain, tandis que pendant la dernière guerre mondiale, lorsque les actuels leaders de la IVe faisaient de la résistance nationale, elle les taxait d'opportunisme. La IVe Internationale a-t-elle organisé les funérailles d'une femme tombée sous la coupe de l'impérialisme américain ou bien l'a-t-elle "réhabilitée" à la mode orientale ? En tout cas, on ne saurait conclure que Natalia Sedova Trotski a changé de position, comme le prouve sa dernière déclaration politique écrite, reproduite ci-dessous. Il est de plus en plus certain que la IVe Internationale se rapproche de Moscou dans la mesure même où Natalia s'en éloignait, ainsi que nous, qui restons fidèles à la pensée révolutionnaire. Paris, le 17 février 1962. Les Éditeurs : GROUPE SPARTACUS (France); PARTITO COMUNISTA INTERNAZIONALISTA (Italie); FOMENTO OBRERO REVOLUCIONARIO (Espagne). LETTRE DE NATALIA SEDOVA TROTSKI AU COMITÉ EXÉCUTIF DE LA IVe INTERNATIONALE Camarades, Vous savez fort bien que je n'étais plus d'accord politiquement avec vous depuis 5 ou 6 ans, depuis la fin de la guerre et même plus tôt. La position que vous avez prise sur les importants événements des derniers temps me montre qu'au lieu de corriger vos erreurs antérieures, vous persistez en elles et les approfondissez. Sur la route que vous avez prise, vous êtes arrivés à un point où il ne m'est plus possible de rester silencieuse et de me limiter à des protestations privées. Je dois maintenant exprimer mes opinions publiquement. Je me sens obligée de faire un pas grave et difficile pour moi, et je ne puis que le regretter sincèrement. Mais il n'y a pas d'autre voie. Après beaucoup de réflexions et d'hésitations sur un problème qui m'a profondément peinée, je trouve que je dois vous dire que je ne vois pas d'autre voie que de dire ouvertement que nos désaccords ne me permettent plus de rester plus longtemps dans vos rangs. Les raisons de cette action définitive de ma part sont connues de la plupart d'entre vous. Je ne les répète ici brièvement que pour ceux auxquels elles ne sont pas familières, n'abordant que nos divergences fondamentales essentielles et non les divergences sur les questions de politique quotidienne qui leur sont reliées ou qui en découlent. Obsédés par des formules vieilles et dépassées, vous continuez à considérer l'État stalinien comme un État ouvrier. Je ne puis et ne veux vous suivre sur ce point. Depuis le début de la lutte contre la bureaucratie usurpatrice, L.D. Trotski répéta pratiquement chaque année que le régime se déplaçait vers la droite, dans les conditions de retard de la révolution mondiale et de la saisie de toutes les positions politiques en Russie par la bureaucratie. A plusieurs reprises, il souligna que la consolidation du stalinisme en Russie menait à une détérioration des positions économiques, politiques et sociales de la classe ouvrière, et au triomphe d'une aristocratie tyrannique et privilégiée. Si cette tendance continue, dit-il, la révolution s'épuisera et le capitalisme sera restauré. Malheureusement c'est ce qui s'est produit, bien que sous des formes nouvelles et inattendues. Il n'y a guère de pays au monde où les idées et les défenseurs authentiques du socialisme soient pourchassés de façon aussi barbare. Il devrait être clair pour chacun que la révolution a été complètement détruite par le stalinisme. Cependant vous continuez à dire que, sous ce régime inouï, la Russie est encore un État ouvrier. Je considère ceci comme un coup porté au socialisme. Le stalinisme et l'État stalinien n'ont absolument rien de commun avec un État ouvrier et avec le socialisme. Ils sont les plus dangereux ennemis du socialisme et de la classe ouvrière. Vous considérez maintenant que les États de l'Europe orientale sur lesquels le stalinisme a établi sa domination pendant et après la guerre sont également des États ouvriers. Cela équivaut à dire que le stalinisme a rempli un rôle socialiste révolutionnaire. Je ne puis et ne veux vous suivre sur ce point. Après la guerre et même avant qu'elle se termine, il y eut un mouvement révolutionnaire montant des masses dans ces pays. Mais ce ne furent pas les masses qui s'emparèrent du pouvoir et ce ne furent pas des États ouvriers qui furent établis par leurs luttes. C'est la contre-révolution stalinienne qui s'empara du pouvoir, réduisant ces pays à l'état de vassaux du Kremlin, étranglant les masses travailleuses, leurs luttes révolutionnaires et leurs aspirations révolutionnaires. En considérant que la bureaucratie stalinienne a établi des États ouvriers dans ces pays, vous assignez à celle-ci un rôle progressif et même révolutionnaire. En propageant cette contre-vérité monstrueuse, vous déniez à la IVe Internationale toute raison fondamentale d'existence comme parti mondial de la révolution socialiste. Dans le passé nous avons toujours considéré le stalinisme comme une force contre-révolutionnaire dans tous les sens du terme. Vous ne le faites plus, mais je continue à le faire. En 1932 et 1933, pour justifier leur capitulation honteuse devant l'hitlérisme, les staliniens ont déclaré qu'il importait peu que les fascistes viennent au pouvoir, parce que le socialisme viendrait après et à travers le règne du fascisme. Seules des brutes dépourvues d'humanité et d'un atome de pensée ou d'esprit révolutionnaire pouvaient s'exprimer ainsi. Aujourd'hui, indépendamment des buts révolutionnaires qui vous animent, vous prétendez que la réaction despotique stalinienne qui a triomphé en Europe orientale est une des voies par lesquelles le socialisme viendra éventuellement. Ce point de vue constitue une rupture irrémédiable avec les convictions profondes que notre mouvement a toujours défendues et que je continue à partager. Il m'est impossible de vous suivre dans la question du régime de Tito en Yougoslavie. Toute la sympathie et tout le soutien des révolutionnaires et même de tous les démocrates doivent aller au peuple yougoslave dans sa résistance déterminée aux efforts de Moscou pour le réduire et réduire son pays à la servitude. Il faut tirer profit des concessions que le régime yougoslave est à présent obligé de faire à son peuple. Mais toute votre presse est maintenant consacrée à une inexcusable idéalisation de la bureaucratie titiste, idéalisation pour laquelle il n'y a pas de base dans les traditions et les principes de notre mouvement. Cette bureaucratie stalinienne n'est qu'une réplique, sous une forme nouvelle, de la vieille bureaucratie stalinienne. Elle a été éduquée dans les idées, la politique et la morale du Guépéou. Son régime ne diffère en rien de fondamental de celui de Staline. Il est absurde de croire ou d'enseigner que la direction révolutionnaire du peuple yougoslave se développera de cette bureaucratie ou par d'autres voies que celle d'une lutte contre elle. Ce qui est plus insupportable que tout, c'est la position sur la guerre à laquelle vous vous êtes engagés. La troisième guerre mondiale qui menace l'humanité place le mouvement révolutionnaire devant les problèmes les plus difficiles, les situations les plus complexes, les décisions les plus graves. Notre position ne peut être prise qu'après des discussions très sérieuses et très libres. Mais face aux événements des récentes années, vous continuez de préconiser la défense de l'État stalinien et d'engager tout le mouvement dans celle-ci. Vous soutenez même maintenant les armées du stalinisme dans la guerre à laquelle se trouve soumis le peuple coréen crucifié. Je ne puis et ne veux vous suivre sur ce point. C'est en 1927 que Trotski, dans une réponse à une question déloyale que Staline lui posa au Bureau Politique exprima ses positions comme suit : Pour la patrie socialiste, oui ! Pour le régime stalinien, non ! C'était en 1927 ! Aujourd'hui, vingt-trois ans après, Staline n'a rien laissé de la patrie socialiste. Elle a été remplacée par l'asservissement et la dégradation du peuple par l'autocratie stalinienne. C'est cet État que vous vous proposez de défendre dans la guerre, que vous défendez déjà en Corée. Je sais très bien que vous dites souvent que vous critiquez le stalinisme et que vous le combattez. Mais le fait est que votre critique et votre lutte perdent leur valeur et ne peuvent donner de résultats parce qu'elles sont déterminées par votre position de la défense de l'État stalinien et subordonnées à celle-ci. Quiconque défend ce régime d'oppression barbare, abandonne, indépendamment de ses motifs, les principes du socialisme et de l'internationalisme. Dans le message qui m'a été envoyé par le dernier Congrès du S.W.P., il est écrit que les idées de Trotski continuent à vous guider. Je dois vous dire que j'ai lu ces mots avec beaucoup d'amertume. Comme vous avez pu le constater de ce que je viens d'écrire, je ne vois pas ces idées dans votre politique. J'ai confiance dans ces idées. Je reste convaincue que la seule issue à la situation actuelle, c'est la révolution socialiste, c'est l'auto émancipation du prolétariat mondial. Natalia Sedova TROTSKI Mexico, 9 mai 1951. DÉCLARATION DU C.E.I. SUR LA LETTRE DE NATALIA SEDOVA TROTSKI La rupture de Natalia Trotski avec la IVe Internationale est un événement pénible dans son histoire, qui provoquera le regret des révolutionnaires dans le monde entier. Mais cette rupture ne pourra rien changer à leur détermination de continuer la lutte pour les idées du dirigeant martyr de la Révolution d'Octobre, lutte maintenant abandonnée par Natalia. Ils comprendront que son acte, en dépit des meilleures intentions, est objectivement une capitulation sous la pression de l'impérialisme mondial mais celle-ci ne met pas plus en cause le programme de la IVe Internationale, tracé dans ses lignes essentielles par Léon Trotski, que ne le fit la capitulation devant le stalinisme de ses collaborateurs les plus proches, Rakowsky, Radek, Préobragenski et autres au cours de son existence. La réaction organisée a souvent, par sa puissance, dominé et écrasé la résistance de tel ou tel individu. Mais elle n'a jamais été capable et, nous en sommes certains, elle ne sera jamais capable d'écraser les grandes vérités du marxisme élaborées par les leaders géniaux de la révolution prolétarienne Marx, Engels, Lénine et Trotski, et les mouvements qu'ils ont créés. Il n'est guère besoin à présent de nous livrer à une longue polémique sur la déclaration de Natalia Trotski. Les faits, l'histoire et la logique de l'analyse de classe sont clairs. Ils sont chair et sang des cadres ouvriers en qui s'identifie le trotskisme dans chaque pays. Et ce n'est pas le fruit du hasard. C'est Trotski lui-même qui insista que la stratégie de la défense inconditionnelle de l'Union soviétique contre l'impérialisme devait être la pierre de touche du mouvement qu'il dirigea afin de pouvoir supplanter et renverser le stalinisme dans l'avant-garde révolutionnaire du prolétariat. Ce ne fut pas pour lui une question académique. Du début de son exil en 1929 jusqu'à sa mort, onze années plus tard, jamais il ne fit la moindre concession a ceux qui demandaient de renoncer à cette tâche stratégique de la lutte de classe internationale. Au contraire, Trotski rompit sans hésitation avec les personnes les plus " distinguées " et même avec des collaborateurs personnels - de Souvarine à Shachtman - qui glissèrent sur cette question décisive. Cette question fut précisément la raison de la plupart des scissions dans les rangs du mouvement trotskiste mondial, scissions qui s'avérèrent en outre entièrement justifiées par les reniements ultérieurs de la plupart de ceux qui commencèrent avec une position défaitiste envers l'Union soviétique. Il est pénible d'entendre Natalia Trotski répéter les arguments même que Trotski avait si longtemps combattus et qu'il réfuta et dénonça dans tous ses écrits, notamment dans tous ceux de sa dernière bataille contre l'opposition petite-bourgeoise Shachtman-Burnham dans le Socialist Workers Party quelques mois avant d'être assassiné. Trotski connaissait parfaitement bien la bestialité et la barbarie du régime stalinien. Il en avait vécu l'horrible dégénérescence et conclu à la nécessité d'une révolution politique pour renverser le régime bureaucratique et rétablir la démocratie ouvrière. Mais ce fut lui, l'auteur du célèbre parallèle entre le totalitarisme des régimes de Staline et d'Hitler, qui rejeta sans aucune équivoque toute suggestion selon laquelle l'Union soviétique devait en raison de son régime être abandonnée à la merci de l'impérialiste. Il ne cessa de répéter que le marxisme dans son essence consistait à saisir la différence entre la base sociale de la société créée par la Révolution d'Octobre et la caste parasitaire qui avait usurpé le pouvoir dans le premier État ouvrier. Tout à fait clairvoyant quant au processus de dégénérescence qui se déroulait Trotski répéta à maintes reprises que la nature de classe de l'État était déterminée par ses formes de propriété et que l'élimination de la nationalisation et de l'économie planifiée seule modifierait sa nature de classe. Natalia Trotski n'a apporté aucun élément nouveau pour prouver qu'une telle transformation avait eu lieu. Au contraire, sa déclaration ne donne pas d'analyse sérieuse du stalinisme ou de la situation en Union soviétique. Elle constitue une de ces réactions émotionnelles à la brutalité du régime stalinien, réactions devenues si familières dans les années passées et qui n'étaient pas inconnues du temps de Trotski. Une fois de plus nous avons la tentative ancienne d'identifier les opposants révolutionnaires les plus conséquents du Kremlin avec le stalinisme en raison de leur défense de l'Union soviétique. Il est pénible que cette accusation nous soit faite par la veuve de celui qui fut si souvent l'objet de la même accusation et pour les mêmes raisons. L'assassinat de Trotski a montré que Staline était moins que quiconque convaincu qu'il y avait dans le défensisme de Trotski le moindre indice ou signe d'une capitulation devant le régime autocratique en U.R.S.S. Nous comprenons fort bien les raisons personnelles justifiées de l'amertume de Natalia, et nous savons les souffrances immenses qu'elle a subies de la part des assassins du Kremlin. Mais nous devons aussi répéter avec Trotski que l'amertume ne peut remplacer une politique. Particulièrement en temps de guerre ou de l'approche de la guerre, lorsque les pressions de la société organisée atteignent leur intensité la plus grande un révolutionnaire qui perd la tête, c'est-à-dire ses critères de classe, est perdu. Pour Trotski dans la dernière guerre, tout comme pour nous aujourd'hui, l'ennemi principal du socialisme et du progrès est l'impérialisme mondial. C'est seulement dans la mesure où ceci est compris et devient la base de notre stratégie de classe - et pas autrement - que peuvent être combattus et vaincus le stalinisme et toutes les autres tendances étrangères dans le mouvement ouvrier. L'âpre répudiation de la IVe Internationale par Natalia provoquera précisément le contraire de ce qu'elle recherchait. C'est un cadeau précieux qu'elle fournit à la fois au stalinisme et à l'impérialisme. Staline pourra plus commodément répandre ses mensonges et ses calomnies contre le trotskisme aux ouvriers et paysans de Corée, de Chine, d'Europe orientale et d'U.R.S.S. que Natalia a décidé d'abandonner à l'impérialisme en raison de l'influence ou de la domination du stalinisme dans ces pays. D'autre part, les laquais de l'impérialisme, les sociaux-démocrates et les renégats de tout acabit chercheront à trouver dans sa déclaration une justification de leurs crimes et de leurs trahisons envers le prolétariat. Mais ni les uns ni les autres ne réussiront en fin de compte. La puissance de la vérité résistera à ces déformations et à ces attaques. Et surtout, la détermination des cadres révolutionnaires de la IVe Internationale de prendre part aux luttes des masses contre le capitalisme et l'impérialisme, en dépit du caractère de leurs directions temporaires, conduira à la justification finale de notre chef martyr sur tous ses détracteurs d'aujourd'hui. Il n'est pas commode de se séparer de Natalia qui, après tant d'années de combat, est devenue la victime de pressions plus fortes qu'elle. Les révolutionnaires, les continuateurs de Léon Trotski n'ont pas le choix. Nous ne pouvons que répéter la célèbre maxime qu'il aimait à citer : "Ni rire ni pleurer, mais comprendre". Juin 1951. (Quatrième Internationale, Vol. IX (9e année) N° 5~7, mai-juillet 1951, P. 51 sq.) DERNIÈRE DÉCLARATION Monsieur le Directeur, Dans l'interview faite par M. Michel Gordey et publiée dans France-Soir le lundi 7 novembre, il est dit au second paragraphe : "Elle (c'est-à-dire moi-même) espère, avant, de mourir, assister à la réhabilitation par le communisme mondial de celui (Trotski) qui fut, après Lénine, le plus grand révolutionnaire des temps modernes et le père spirituel de Mao Tsé-Toung, le chef communiste chinois ". Ces paroles ne m'appartiennent nullement ; elles ont été introduites par le rédacteur de l'interview. Je me vois donc obligée de préciser ce qui suit : 1. - Un grand révolutionnaire comme Léon Trotski ne peut en aucune manière être le père de Mao Tsé-Toung, qui a conquis sa position en Chine en lutte directe avec l'Opposition de gauche (trotskiste) et l'a consolidée par l'assassinat et la persécution des révolutionnaires, tout comme l'a fait Tchang Kaï-Chek. Les pères spirituels de Mao Tsé-Toung et de son parti sont évidemment Staline (qu'il revendique d'ailleurs comme tel) et ses collaborateurs, M. Khrouchtchev inclus. 2. - Je considère l'actuel régime chinois, de même que le régime russe ou tout autre bâti sur le modèle de celui-ci, aussi éloigné du marxisme et de la révolution prolétarienne que celui de Franco en Espagne. 3. - La terreur policière et les calomnies de Staline n'étaient que l'aspect politique d'une lutte à mort contre la révolution, menée par l'ensemble de la bureaucratie. On ne peut donc attendre le rétablissement de toute la vérité que de l'anéantissement de cette bureaucratie par la classe ouvrière qu'elle a réduite à l'esclavage. Je n'espère rien du parti russe ni de ses imitateurs foncièrement anti-communistes. Toute déstalinisation s'avèrera un leurre, si elle ne va pas jusqu'à la prise du pouvoir par le prolétariat et la dissolution des institutions policières, politiques, militaires et économiques, bases de la contre-révolution qui a établi le capitalisme d'État stalinien. Recevez, Monsieur le Directeur, mes salutations. Paris, 9 novembre 1961. Natalia Sedova TROTSKI. Haut de page / Revoir la lettre de N.S. Trotski / La réponse de la IVe Int. / La dernière déclaration / Retour niveau note (3) / Pour un second manifeste communiste (introduction) / Page d'accueil --- # Publications du Ferment Ouvrier Révolutionnaire URL: https://for.marxismo.school/publi.html Résumé: Publications du Ferment Ouvier Révolutionnaire et du Fomento Obrero Revolucionario PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS UNISSONS-NOUS, SUPPRIMONS LES ARMÉES, LES POLICES, LES FRONTIÈRES, LA PRODUCTION DE G U ERRE, LE TRAVAIL SALARIÉ ! PUBLICATIONS DU FOR Nous ne disposons plus de stock pour les titres énumérés plus bas, et il n'est donc pas possible de nous en commander des exemplaires. Toutefois nous vous proposons dès à présent l'alternative du téléchargement (gratuit) qui peu à peu couvrira toute la liste de nos publications. Deux formats : Word .doc (archive .zip, nécessite un logiciel de décompression) et Word .rtf (auto-extractible .exe). Télécharger maintenant en cliquant sur le format désiré : Les syndicats contre la révolution - B.Péret et G.Munis. Unions against revolution - G.Munis. Parti-État, stalinisme, révolution - G.Munis. Analyse d'un vide-50 ans après le trotskisme, G.Munis. En français Parti-État, stalinisme, révolution : G.Munis Les syndicats contre la révolution : B.Péret et G.Munis Les révolutionnaires devant la Russie et le stalinisme mondial (1946) : G.Munis Le manifeste des éxégètes (1946) : B.Péret Fausse trajectoire de Révolution internationale Numéro spécial d'ALARME sur le thème de l'organisation révolutionnaire Pour un second manifeste communiste Analyse d'un vide, cinquante ans après le trotskisme : G.Munis En espagnol Jalones de derrota, promesa de victoria : G.Munis Pro segundo manifiesto communista Llamamiento y exhorto a la nueva generación Trayectoria quebrada de Revolución Internacional Explicación y llamamiento a los militantes, grupos y secciones de la IVe Internacional (1949) Analisis de un vacio, cincuenta años despues el troskismo : G.Munis Los revolucionarios ante Russia y el stalinismo mundial (1946) El SWP y la guerra imperialista (1945) Partido-Estado, stalinismo, revolucion : G.Munis Los sindicatos contra la revolución : B.Péret y G.Munis En italien Per un secondo manifiesto communista En anglais Unions against revolution : G.Munis Page d'accueil / Le FOR, qui sommes-nous? / Archives Pour un second manifeste communiste (le texte intégral) Pour correspondre : ALARME BP 329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # Archives du Ferment Ouvrier Révolutionnaire URL: https://for.marxismo.school/archiv.html Résumé: Archives du Ferment Ouvrier Révolutionnaire : Alarme, L'arme de de la critique. PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS UNISSONS-NOUS, SUPPRIMONS LES ARMÉES, LES POLICES, LES FRONTIÈRES, LA PRODUCTION DE G U ERRE, LE TRAVAIL SALARIÉ ! ARCHIVES Nous proposons dans cette rubrique de consulter une sélection d'articles publiés autrefois dans notre presse, voire d'inédits ou de tracts dont nous fûmes les auteurs. Cette offre qui s'étoffera au fur et à mesure des mises à jour s'accompagne de la possibilité de télécharger la majorité des documents. Cette option de téléchargement, quand elle est disponible, apparaît sur chaque page dédiée à un texte. Deux formats : Word .doc (archive .zip, nécessite un logiciel de décompression) et Word .rtf (auto-extractible .exe). Enfin les abréviations Al. et Adc. signifient respectivement "Alarme" et "L'arme de la critique", des noms des revues naguère organes du Ferment Ouvrier Révolutionnaire. COUPS D'ÉCLAIRS SUR L'ÉTAT (Adc. n° 5 et 6, juin 89 et mai 90) : De l'État, de ses origines, et de son anéantissement par la révolution communiste. Ébauche d'un livre auquel G. Munis a consacré la fin de sa vie. VIELLES NATIONS, NOUVELLES LUTTES, VIELLES RENGAINES (Adc. n° 6, mai 90) : "...ce fameux droit des peuples à disposer d'eux-même n'est qu'une phrase creuse, une foutaise petite-bourgeoise." Rosa Luxembourg. LA GORBATCHADE EN TECHNOLOGIE ET TRANSPARENCE (Adc. n°4, juin 88). MAI 68, UN ANNIVERSAIRE? (Adc. n° 4, juin 88) : Republication de deux tracts diffusés par notre tendance au cours des évènements. SCHÉMA DES DIVERGENCES AVEC SOCIALISME OU BARBARIE (Inédit, mars 61) E.T.A. ASSASSINE, POURQUOI ? (Tract, juin 87) : Distribué en Espagne après un carnage de l'E.T.A. dans un supermarché de Barcelone. À SUIVRE ... Page d'accueil / Le FOR, qui sommes-nous? / Publications du FOR Pour un second manifeste communiste (le texte intégral) Pour correspondre : ALARME BP 329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # ALARME bulletin spécial URL: https://for.marxismo.school/alarmeBS.html Résumé: Tapis de bombes, de prières, de dollars... A GENOUX! Ferment Ouvrier Révolutionnaire novembre 2001 Tapis de bombes, de prières, de dollars... A GENOUX! Depuis le 11 septembre… le monde est resté le même. Certes les USA sont entrés en guerre, après avoir été frappés sur leur sol continental pour la première fois depuis la guerre de Sécession. Ce n'est pas rien mais le schéma mis en place depuis une quinzaine d'années n'a pas été bouleversé pour autant. Bien au contraire on retrouve dans ce bombardement de New York des éléments présents lors de la dernière crise militaire impliquant les Etats-Unis. Lors de la guerre du Golfe, il s'agissait déjà d'un ancien allié retourné contre son maître américain, dans une tentative de se constituer en puissance politique régionale. La menace directe sur les approvisionnements pétroliers avait décidé les Etats européens à engager leur alliance très fermement alors. Ç'avait été aussi l'occasion pour les Etats-Unis de s'apercevoir qu'ils n'avaient pas vraiment besoin de cette aide et que l'U.E étant politiquement faible, ils étaient seuls en position de leader mondial. La guerre des Balkans n'a pu que les conforter dans cette position et ce sentiment. Aujourd'hui, agression et agresseur diffèrent quant à la forme mais guère sur le fond. Il s'agit cette fois d'un ancien sicaire, stipendié par la CIA pour ses bienfaits en Afghanistan, et qui a pu monter son propre Etat sans avoir le moins besoin d'une nation pour cela. Il suffit d'une (petite) armée dont l'objectif serait de reconstituer un califat, et d'un solide budget approvisionné par différents commerces : BTP à l'origine, armes, drogues et raids boursiers ensuite. Finalement, un mélange de volontarisme religieux et de commerce contemporain : La civilisation. Bien évidemment, cela ressemble à une mauvaise caricature du monde yankee, puritain et négociant, c'est à dire une vision déformée et accentuée où les tenants du monde tel qu'il est se reconnaissent avec dégoût. Mais revenons à cette idée d'un Etat sans nation ou du moins avec une nation dite musulmane, plus vaste et unifiée par la religion. Au départ, rien que de très classique : Une bande d'hommes en armes et un chaman ont fondé plus d'Etats que les thuriféraires de l'umma ( note1 ) n'en ont jamais rêvé. Les prétentions à la création d'un nouvel Etat, à l'unification d'une nation, sont identiques à celles des luttes de libération nationale, et aux différents mythes qui l'ont accompagné. On peut citer l'idée d'un Tiers Monde, d'une troisième voie, des non-alignés, d'une nation arabe, et autres fariboles qui en leur temps exercèrent la même attraction qu'aujourd'hui le miroir aux alouettes de la nation palestinienne, dont Ben Laden sait s'emparer avec maestria, surfant sur la vague de popularité du keffieh comme d'autres en leur temps sur celle du cigare et du béret castro-guévaristes. L'échec lamentable des luttes de libération nationale a été dénoncé dès le début du XXe siècle par certains révolutionnaires, à la fois comme échec en soi mais aussi comme échec pour le prolétariat en cas de participation à ce combat d'une autre classe. Puis après la seconde guerre mondiale, tandis que s'affrontaient les deux grands blocs capitalistes, le russe et l'américain, pour la domination du monde, ces luttes dites de libération nationale se sont déconsidérées en tant que telles, soit qu'elles ne pouvaient soustraire les pays en cause à la domination d'un bloc sans les soumettre à l'autre, soit qu'elles étaient directement fomentées depuis Washington ou Moscou. L'idée de Nation agite encore quelques petits Etats et groupes armés espérant un jour s'hypostasier en Etat, mais elle n'arrache plus d'élan d'enthousiasme général. Aussi la forme terroriste s'est-elle imposée d'elle-même, à la fois dans le sens où aucun Etat ne peut se constituer ni perdurer sans exercer de terreur, et dans celui désignant des petits groupes armés prêts à tout pour faire mal à l'ennemi qu'ils se sont donnés. Le caractère traditionnel de cette armée de candidats au suicide repose à la fois sur la tradition des « haschischins » ( note2 ) pour les plus qualifiés d'entre eux et sur le recrutement de pauvres hères servant de chair à canon bien entraînée pour la piétaille. Différentes actions et illusions non narcotiques sont cependant nécessaires pour obtenir ce résultat, y compris l'achat pur et simple des vies, comme les mouvements islamistes ont pu le faire en Palestine, achetant aux familles un de leurs fils, vendu comme ailleurs on vend parfois son enfant comme esclave. L'enrobage de bondieuseries de change rien à ce commerce. On a souvent comparé ces condamnés à mort volontaires aux kamikazes du Japon. La comparaison s'est encore renforcée car l'attentat aux avions évoquait l'attaque sur Pearl Harbour. Toutefois on peut aussi comparer les deux types de kamikazes en ajoutant que parmi les aviateurs japonais de la fin de la guerre, il n'y avait pas que des volontaires (leurs lettres en font foi) et que l'obligation de sacrifice, malgré le discours patriotique ou religieux, n'a jamais semblé évidente à la plupart des condamnés. Les poilus de 1914-1918 en ont aussi témoigné. Une fois encore, la recette n'est pas originale : morbidité de la religion, identification héroïque (ou messianique), identification politique, tout est bon pour décider des illuminés à sauter au paradis. Enfin, l'utilisation de pions sacrifiables dès l'abord relève de la stratégie de raids mise en œuvre aussi dans le domaine financier, avec le même cynisme chez Ben Laden que chez ses collègues et adversaires. Rien de tel qu'une OPA inamicale pour déclencher la ruine et la mort, et pire encore, quand les intérêts de compagnies pétrolières, minières et d'armement sont en jeu, la sauvagerie de l'économie capitaliste peut atteindre le génocide, comme ce fut le cas au Rwanda accusant entre autres Elf, l'Etat capitaliste français et le Crédit Lyonnais, fourbisseur de machettes à l'occasion (bilan : 1 million de morts). Parler de guerre serait-il exagéré ? Certes non, au vu du nombre de victimes, de la brutalité des attaques, de l'ampleur de la riposte. Mais après de nombreuses expériences plus ou moins réussies, les tenants (possédants et partisans) de ce monde ont bien appris que l'on gagne une guerre d'abord à l'arrière : Production et soumission en sont les deux mamelles On peut affirmer qu'il s'agit bien d'une situation de guerre au vu des manipulations diverses des deux camps, et surtout, de leur empressement respectif et insistant à exiger l'abnégation des prolétaires, leur soumission à l'ordre productif. Il est notable que même s'ils ne produisent rien, ils sont appelés à respecter la production et ses règles de caserne. Qu'ils respectent et partagent chacun dans leur coin l'illusion de consommer massivement, alors que ce qui est réellement massif est leur déplacement en masse au supermarché pour satisfaire des besoins uniformes, et on leur promet qu'ils mourront de bonheur, pour le bien de la patrie ; qu'ils ne consomment rien et on leur promet qu'ils mourront de bonne heure, pour le bien de la patrie, c'est le choix qui leur est laissé. Au moment où le conflit s'intensifie , où les armes de toutes sortes (explosives, bactériologiques, corps spéciaux, etc.) s'aiguisent, il ne reste toujours qu'une seule et même alternative à la boucherie : Refuser d'y participer, dans le but de la transformer en conflit contre nos propres oppresseurs. C'est bien d'abord le refus de produire, le souci de distribuer ce qui a déjà été produit et de réorganiser l'ensemble de la production, selon les besoins de ceux qui l'effectuent, qui peut arrêter cette civilisation. C'est le souci de bloquer les boute-feux, de renvoyer, et rudement, les religieux à leur diable, d'affirmer la solidarité d'action et de moyens avec les prolétaires de tous pays contre nos exploiteurs communs, c'est ce souci là qui doit nous animer. A chaque conflit, on voit se confirmer que la guerre s'alimente d'elle-même, qu'elle garantit aux Etats les moyens de prolonger leur existence, au moins comme belligérants comme en Palestine-Israël, qu'elle profite à ceux qui l'attisent et qu'elle nuit à ceux qui produisent ou qui bien sûr, la subissent de plein fouet. A chaque conflit, c'est notre classe qui est agressée, par le sang versé mais aussi par la sueur laissée, la mentalité soumise et l'indépendance d'action bafouée. Demander la paix semble honnête mais n'est au mieux qu'une erreur car la paix, qui soulage évidemment ceux qui sont sous les bombes, amène un surcroît de misère, de rancœurs, de divisions et d'abrutissement religieux parmi les plus opprimés . Il ne s'agit pas de dire que la paix est pire (ce qui serait un contresens) mais qu'elle n'est en aucun cas une solution, qu'elle est simplement le droit du vainqueur ou du tyranneau local à pressurer encore plus ceux qui sont réduits à servir le capital sous sa botte. La paix n'est pas une libération, elle est juste une possibilité de survie à laquelle s'accrochent ceux qui n'ont plus que cela. Elle ne peut en soi être désirable, car il ne peut y avoir de paix qu'une fois débarrassés de nos suceurs de sang, religieux ou militaires, et des rapports de production qu'ils défendent. (1) Dans l'Islam ce terme désigne la communauté des croyants. Retour au texte (2) La secte des haschischins fut fondée par Hassan As Sabah au XIe siècle pour résister aux croisés et punir les dirigeants décrétés mauvais musulmans. Les futures victimes étaient rançonnées au préalable ou pillées ensuite, ce qui permit d'accumuler un trésor de guerre (sainte, il va sans dire). Les adeptes étaient copieusement drogués au haschich, des mises en scènes et un endoctrinement constant leur donnaient des visions du paradis et exaltaient leur sacrifice. Désignés pour commettre des assassinats politiques (d'où le mot « assassin ») où ils pouvaient souvent trouver la mort eux-mêmes, ils obéissaient aux différents « vieux de la montagne », surnom de leurs chefs successifs, même lorsque ceux-ci firent ondoyer leur ligne politique au mieux de leurs intérêts. L'un de ces chefs insinua à plusieurs reprises que son action fondait un nouveau califat. La secte fit régner la terreur pendant environ deux siècles dans la zone comprise actuellement entre le Liban, la Syrie, la Palestine et Israël, avec un forte influence jusqu'en Iran. Elle fut rarement populaire, seulement lorsqu'elle s'en prenait aux croisés (ce qui ne fut pas toujours le cas, loin s'en faut) mais c'est le souvenir qu'elle a laissé dans la mythologie moyen-orientale. Retour au texte Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org ## --- # Coups d'éclairs sur l'Etat URL: https://for.marxismo.school/coups4.html Résumé: De l'État, de ses origines, et de son anéantissement par la révolution communiste. COUPS D’ÉCLAIRS SUR L’ÉTAT Peu de sujets ont donné lieu à une littérature aussi copieuse et abstruse comme celui de l’État. Au cours du dernier siècle et au début de l'actuel, on ne compte plus les livres, souvent très épais, intitulés Théorie générale de l’État ou quelque chose de similaire, parfois suivis, un peu à la manière kantienne, d’une Théorie particulière ... Elles ne se distinguent les unes des autres que par l’esprit libéral ou réactionnaire qui les inspire. Il y eut aussi, entre les deux guerres, des théories fascistes de l’État. Toutes, sans excepter les plus libérales, quoique chacune à sa manière, faisaient de l’État la représentation naturelle et suprême de la société. Aucune n’admettait la division sociale en classes riches et pauvres comme fondement principal et raison d’être de l’État. Ainsi elles ignoraient ou faisaient fi du fait que le Droit a toujours été le droit du plus fort, quelque chose d’imposé, et non pas une justice immanente. Michelet, qui l’admettait sans ambages, est bien plus profond que tous ces théoriciens et philosophes du droit et de l’État. De cet énorme amas d’écrits, on ne peut tirer au clair que peu de choses ou rien du tout. Les auteurs qui réussissent à dire quelque chose d’intéressant, tel Herman Heller dans sa Théorie de l’État, ont recours à Marx et Engels, mais en rejettent les conclusions. Quant à L’individu contre l’État, de Spencer, il s’agit d’un plaidoyer de bourgeois fiers de leur prospérité face à leur propre État ; il ne dépasse guère l’opposition fiscale de chacun d’entre eux face à leur représentation collective. Aucun rapport avec l’individu noyé dans « la société », dont parle Marx. Spencer situe le sien dans une ligne sociologique qui fait de l’individu l’opposé de la société et à l’inverse, mutile le premier au nom de la seconde. Une telle orientation, théoriquement acceptée ou non, est encore présente de nos jours. C’est une pratique quotidienne de tous les États sans exception, ceux de Droit, les despotiques et les totalitaires en général. Ils ne se distinguent que par l’intensité de la violence exercée sur les individus, et par la quantité de sang versé. Car - il faut le dire tout de suite - colporter que le capitalisme est individualiste constitue un bobard d’autant plus énorme qu’il est admis à droite et à gauche. Le capitalisme fabrique les hommes et leur psychologie en série, comme des pièces de rechange. Un haut fonctionnaire, qu’il soit politique, administratif ou syndical, et un autre haut fonctionnaire, un bourgeois et un autre bourgeois, un savant et un autre savant, un ouvrier et un autre ouvrier, un policier et un autre policier, un escroc et un autre escroc, ont entre eux des psychologies similaires, desindividualisées, corporatives. Personne, pas même les plus favorisés par leur savoir et par un genre d’activité adaptée à leurs souhaits, n’a et ne peut avoir une individualité pleine. L’individualisme est un fruit à venir et il nécessite au préalable le communisme dans le domaine matériel. Il n’y a pas là un paradoxe, sauf pour ceux qui refusent de voir que l’épanouissement de l’esprit chez chacun, réclame l’entière satisfaction matérielle pour tous. On ne peut découvrir que deux manières de considérer l’État en général et chacune de ses phases dans le temps et l’espace actuel. Soit comme une utilité sociale perpétuelle et dont on ne peut pas se passer, quels que soient ses avatars et ses métamorphoses , soit comme un organisme non social, mais d’oppression sociale, et toute autre fonction qu’il puisse accomplir porte la souillure de sa fonction principale, car elle lui est étrangère. Tout d’abord, il est impératif d’affirmer, quoi qu’en disent des sociologues, des politologues et les philosophes, nouveaux ou pas, que la dite première conception est réfutée depuis le siècle dernier et l’est toujours dans ses variations modernes. On ne se réfère pas seulement à la réfutation des théoriciens du mouvement révolutionnaire, mais aussi à celle de mille et un lutteurs ouvriers par leur action-même, et avant tout à la réfutation apportée depuis lors par les évènements historiques. Par suite, on parlera ici de la seconde conception, tout en faisant les allusions pertinentes à l’autre. Aujourd’hui on passe souvent outre au problème des origines de l’État, comme s’il s’agissait d’un problème inextricable ou faux, d’une énigme sans clé ou de quelque chose sans importance pour en entreprendre l’étude. Par ailleurs, plus d’un érudit pense que l’État commence à l’âge moderne, plus ou moins lorsque Machiavel forgea la désignation qui est devenue universelle. D’après ça, les pouvoirs dominants de l’antiquité, Sumer, Babylone, l’Egypte, la Chine, la Crète, la Grèce, Rome, ect., ou ceux du Mexique ou du Pérou, n’ont pas la qualité d’État. On pourrait dire alors avec autant d’à propos, que l’esclavage commence dès lors que les esclaves réduits en masse à l’esclavage l’ont marqué du nom de leur race. Par ce biais aux évocations hégéliennes, l’apparition de l’État à l’aube du capitalisme introduirait un ordonnancement social supérieur, une relation égale entre les différents secteurs d’intérêts dans chaque nation, qui représente un point d’arrivée dans l’évolution humaine. En réalité, on y aperçoit en filigrane les idées allant du Contrat Social jusqu’au consensus des sociologues, politiques et politicailleurs modernes. En voilà assez sur le problème pour l’instant. D’après nous, taxer de faux problème celui de l’apparition de l’État, ou simplement l’écarter revient à nier intentionnellement ou involontairement, la possibilité de sa disparition. Personne certes, ne pourra démontrer, faits probants à l’appui, où et quand est surgi le premier semblant d’État. Tout de même, le développement si inégal de l’humanité sur les cinq continents nous offre en abondance des faits non seulement pour imaginer cette origine, le comment de sa formation, mais pour en avoir la certitude aussi. Un ouvrage bien volumineux serait nécessaire seulement pour consigner les cas des États dont l’apparition est observable depuis l’époque des grandes découvertes géographiques, jusque et y compris, la très récente « décolonisation ». Tout d’abord, les minutieuses descriptions de presque tous les peuples primitifs ( note1 ) par les ethnologues et anthropologues, offre un matériel précieux et convaincant, ou même probant. De l’Alaska à la Patagonie, de l’Atlas au Cap, des Dardanelles au Kamtchatka et au Japon, de même dans l’immense Océanie, chez tous les peuples primitifs, à de rares exceptions près, règne la règle de conduite des Dinks africains : « Le droit de prendre correspond à celui qui prône la force nécessaire pour le faire ; le droit de garder à celui qui en est capable ( note2 ) ». La conduite des États les mieux institutionnalisés est encore identique. Le fameux « Tu ne tueras point, tu ne voleras point » que Moïse découvre bien tard, n’a jamais fait référence qu’à ceux du même groupe, tribu, nation, ou... bloc militaire. Les autres étaient, tout simplement, des ennemis. Il n’y a rien d’étonnant à ce que le nom que s’adjugent tant de groupes primitifs signifie homme , par opposition à ceux qui leurs sont extérieurs, tenus pour féroces, hommes méchants dans le meilleur des cas, souvent diables , mot qui probablement, tout au début, ne signifia qu’ étranger , par opposition à nous , nôtre . La dite règle morale renferme l’histoire entière de l’humanité depuis l’apparition de l’État, et de son abolition dépend l’avenir sans État. La lecture des livres d’ethnologie devient ennuyeuse à force de présenter le même tableau avec des variantes secondaires. Il s’agit des populations sans État, ou même de communisme rudimentaire, sédentaire et agricole, ou nomade et en horde. Elles ont un chef de guerre, flanqué ou non d’un sorcier ou d’un conseil d’anciens. Elles ignorent le gouvernement proprement dit, mais le chef de guerre gagne en importance et autorité avec des actions d’attaque ou de défense, avec souvent un butin de guerre aussi, lorsqu’une attaque a été fructueuse. Le ou les groupes ou peuplades ne vivent pas trop isolés, les hostilités sont presque permanentes, même entre groupes dégagés du même tronc ancestral. Bien qu’il ne s’agisse pas de guerre dans le plein sens du terme, les raids ou assauts pour s’emparer de biens sont meurtriers, et parfois ruineux pour les vaincus, comparativement à leur population et leur avoir. L’hostilité, la haine envers les populations et les hommes étrangers, comportait comme corollaire la liberté et même le devoir de saccage, de les tuer, de les manger ou de les réduire en esclavage. Une population ou tribu prospère le devait à sa bonne chance dans les raids de saccage, et il s’ensuivait l’aptitude à se reproduire en plus grand nombre, ce qui représentait une capacité d’attaque accrue. A long terme, il ne pouvait subsister que les groupes dont le bilan entre les pertes dans les assauts subits et les gains dans les raids lancés, était positifs, ou tout au moins pas trop ruineux. Nous sommes encore là avec les balances du commerce extérieur, car le commerce mondial est la dernière réminiscence de l’inimitié primitive de chaque groupe humain face aux autres, ce qui n’exclue pas l’autre forme : la guerre. Que les groupes aient eu une production à eux, par la chasse et la cueillette, ou par la culture, ne diminue pas mais au contraire, renforce la validité du fait. Le butin amassé chez d’autres groupes pouvait être distribué en portions égales ou bien selon les besoins de chacun des guerriers victorieux, ou encore gardé dans des magasins communs, pour une consommation ultérieure. L’équité entre les personnes du groupe, y compris le chef guerrier, le sorcier et les anciens, pouvait être parfaite. L’important, c’est que le groupe comme un tout vivait et se reproduisait, en partie au moins, aux dépens d’autres groupes. Dans la même foulée, l’importance du chef de guerre et ses acolytes, les guerriers, grandissait et devenait substantielle, à proportion de l’ampleur des acquis matériels dans les raids contre les groupes étrangers ou du succès dans la défense de leur propre groupe. Des centaines de cas sont connus où le chef de guerre, le sorcier, les tenants de la tradition et des légendes tribales, s’adjugent la part du lion dans le butin, ou bien ils en sont devenus les administrateurs. Tout au début, le pouvoir du chef cessait en même temps que la guerre, mais il révèla un net penchant à se transformer en pouvoir aux temps de paix, et même en dictature. Des rescapés des groupes vaincus se réfugiaient dans les montagnes, les zones arides ou des forêts impénétrables. Alors leur niveau de vie, leurs connaissances et leur marge de reproduction se rétrécissaient. Cela a été vérifié dans de nombreux endroits du globe depuis le XVIème siècle. Les indiens Guayaqui, du Paraguay, étudiés par Pierre Clastres sont un cas des plus frappant et tragique. Anciens agriculteurs d’après certains indices, ils sont retournés à la chasse, la cueillette et au cannibalisme, y compris le nécrophage. Ils sont en voie d’extinction et ceux qui restent sont exterminés par les colons blancs. L’hostilité entre les divers groupes humains, attaque aussi bien que défense, représente à elle seule un germe de différenciation catégorielle au sein-même de chaque groupe, perceptible à proportion du volume démographique, dépendant à son tour de la capacité d’attaque et de défense. Seuls des groupes suffisamment éloignés des autres pour ne pas éprouver leurs assauts, pouvaient se soustraire à cet impératif là de l’ « étrangéité » multiréciproque. Mais il fallait en outre que leur capacité de subsistance et reproduction ait été suffisante pour se passer du saccage à leur tour. Tout de même, eux aussi se voyaient attaqués tôt ou tard, et le même processus de différenciation intérieur était entamé. Ces faits ne sont pas aujourd’hui sujets au moindre doute. Et la conclusion qui en découle en est d’une évidence plus que logique, observable en maintes occasions et divers lieux depuis quatre siècles. Certes partout où un groupe humain a trouvé une expansion numérique et une force militaire d’une certaine importance, il a assujetti d’autres groupes, tantôt les réduisant en esclavage, tantôt les rançonnant par un tribut, ou bien s’imposant à eux en tant que caste ou classe dominante. Le chef des envahisseurs devenait le centre d’un corps social hiérarchisé, et les gens de son ethnie s’installaient en qualité d’aristocratie. On ne fait là que transcrire presque textuellement ce qui a été étudié par bon nombre d’ethnologues et anthropologues et se trouve confirmé à cette époque historique, et à un niveau supérieur, par des centaines d’invasions qui ont fait de l’envahisseur la classe sociale riche et gouvernante. Bien longtemps avant d’être un État de Droit, même rudimentaire, l’État existe de fait, par imposition militaire. Malgré les interprétations psychologiques inspirées de L’avenir d’une illusion (Freud), État et religion, la croyance en Dieu comprise, apparaissent comme des faits coercitifs, nullement acceptés de bon gré, bien avant que soit élaborée leur représentation consciente en tant qu’idée, ou même leurs règles coercitives propres. C’est une piètre conception, celle qui conclue à une nécessité humaine de protection par le Père Eternel , au lieu d’y déceler un assujettissement par la force, auquel on n’a pas pu se soustraire, et auquel on s’est résigné, dans une extension temporelle, géographique et démographique. Non moins mal fondée, l’idée de voir dans le jeux, le germe qui fait pousser l’Éternel, ce que fait Huizinga dans son Homo ludens (el juego y la cultura.). Les cas de simulacre de bataille connus représentent une confirmation d’alliance entre anciens ennemis, ou bien la subordination du vaincu à la suite de batailles antérieures, et non pas fictives, tels les enlèvements simulés de femmes bien connus. C’est une équivoque sinistre que de confondre le « jeu » de la lutte à mort avec le jeu comme activité spontanée, d’apprentissage et création de valeurs culturelles. Huizinga, par contre, n’envisage pas le jeu de l’esprit intérieur à tout un chacun, et le plus important de tous. D’après une ancienne tradition, Zeus jouait aux dés, ses partenaires étaient des fainéants de son acabit. Il avait fallu la révolte de Prométhée pour que quelque chose revienne en partage au commun des hommes. A Sumer, les Patesi, ou chefs gouvernants, sont des conquérants, des chefs de guerre qui légifèrent, peut-être pour la première fois dans l’histoire, sur la condition d’exploitation et de domination de leurs voisins vaincus. Voilà le Droit qui entre en scène (voir Jacques Pirenne : La civilisation summérienne ). En Égypte, l’époque pharaonique marque une rupture nette par rapport à l’époque antérieure. Rien ne confirme la supposition d’un développement autonome, évolutif depuis l’époque Naga, antérieure au quatrième millénaire, à l’époque pharaonique ( l’Egypte avant les pyramides. Editions des musées nationaux français, 1973). En Chine, l’organisme coercitif apparaît comme contrecoup de la lutte pour l’hégémonie entre des clans d’une même origine, prolongée par les hostilités entre des coalitions de tribus. Au Bhoutan, les monastères-forteresses étaient aussi, il n’y a pas longtemps, des greniers et des centres de gouvernement. En Inde, la pénétration aryenne s’est imposée aux pouvoirs existants, plus ou moins organisés, et les a poussés vers la division en castes, qui accablent encore le pays malgré leur récente abolition formelle. Quiconque sait que dans le Nouveau Monde, Incas et Aztèques étaient des castes militaires d’envahisseurs. S’agissant des tant vantés Mayas , l’un des spécialistes les plus réputé, Thomson, pense qu’ils arrivèrent au pays en qualité de conquérants; ils ont soumis la population indigène (à supposer qu’elle ait été elle-même indigène). La formation des cités grecques, après les invasions successives d’Achéens, Hellènes et Doriens, a eu lieu au seuil-même de l’époque historique. Enfin, s’agissant de Rome, personne, pas même Mommsen, n’a parlé jusqu’à présent plus nettement que Montesquieu dans ses Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains : « Peuplade sans commerce et sans arts, le seul moyen de s’enrichir était le pillage. Une fois établie la discipline dans la manière de piller les particuliers, Rome imposa aux vaincus l’obligation de fournir à ses guerriers une paie, des céréales et de l’équipement ». Par ailleurs, la lecture de documents archivés permet à ceux qui le désirent, de s’informer sur le mode de constitution de l’État en Amérique au lendemain de la conquête : une troupe de guerriers espagnols, jamais très nombreuse, s’assemblait, proclamait la municipalité au nom de la Couronne, d’après les règles en vigueur en Espagne, rédigeait un procès-verbal et nommait les membres du consistoire, c’est à dire les conseillers municipaux. La même procédure était appliquée, qu’il s’agisse de lieux ayant appartenu à un État indigène ou d’une nouvelle fondation dans un lieu inhabité. C’était un État des Espagnols et pour l’exploitation espagnole des vaincus, auquel accédèrent, seulement après, certaines catégories supérieures d’indiens, c’est à dire des conquérants antérieurs. Il n’y a là rien de différent de ce qui est survenu quelques six mille ans auparavant en Mésopotamie, en Égypte ou en Asie, excepté le système économique et politique imposé. Si le soleil ne se couchait jamais sur les domaines espagnols, les despotes et rois d’une époque si lointaine s’auto­proclamaient « seigneurs des quatre points cardinaux ». Beaucoup plus réel, toujours dans le même sens, et dernier épisode de cet avatar humain, il y a le « leadership » mondial des États-Unis. Lui aussi a émergé de deux guerres, les plus meurtrières de l’histoire de l’homme de Cro-Magnon... sans autre rival - susceptible d’être considéré comme tel - que la zone russe du monde, puissance surgie de la somme d’une contre-révolution et de la dernière guerre impérialiste. Que la première forme organisée stable de l’État provienne de la guerre, ou plus concrètement, de la réglementation durable du domaine du groupe vaincu par leurs vainqueurs, cela a été dit auparavant. C’est introduit dans L’idéologie allemande et aussi dans L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État. C’est devenu une vérité reconnue par de nombreux anthropologues, sociologues et même ethnologues. On peut trouver là-dessus maintes citations dans La guerre dans les sociétés primitives, son rôle, son évolution de Maurice R. Davie (Payot 1931). Toutefois, on doit aller plus en arrière dans le temps et dans les conditions de vie des hommes génératrices de l’État. Vu le panorama universel de combat et de saccage, de toute ethnie ou groupe de population face à tout autre, ce qu’on appelle étrangéité multiréciproque (inimitié, antagonisme), la conviction s’impose qu’un tel pillage, non seulement préfigure l’État, mais qu’il comporte, dès lors, l’essentiel de sa matérialité : Écrasement physique des faibles par les forts, assujettissement social, exploitation. Une tribu ou une fédération de tribus pouvait ignorer en son sein l’exploitation pendant un temps quelconque, voire vivre en vraie communauté, sans État donc ; mais par rapport aux tribus ennemies, le pillage avait une fonction coercitive, exploitatrice et para-étatique. L’inversion des rôles ne changeait rien à la signification de ce fait. Pour que l’État devienne un fait permanent et légal, stratifié en classes de haut en bas, il n’a fallu que la cohabitation des vainqueurs et des vaincus sur le même territoire. Ce qui avant, était occasionnel, butin hasardeux de razzia ou de guerre formelle, devenait alors flux continu bien plus abondant, Droit légal des vainqueurs à s’approprier les biens des vaincus et exploiter le produit de leur travail. Le développement de la capacité de production, c’est à dire, de la consommation , pour une minorité, eut son point de départ dans le saccage et s’implanta par l’utilisation ininterrompue des vaincus comme instruments de production additionnels. A partir de ce fait, l’histoire humaine relative à l’État jusqu’aujourd’hui, et aussi longtemps que l’État subsistera, apparaît sans difficulté. Ce fait est également chargé de signification dans la perspective de disparition de ce même État. Dans La société contre l’État, Pierre Clastres a cru voir un dessein intuitif, sinon une volonté délibérée, d’empêcher le surgissement de l’État chez quelques tribus sud-américaines, les Tupi-Guaranis surtout. Il transpose l’affirmation gratuite de Bakounine relative aux peuples slaves, qu’il considérait exempts de tout penchant dominateur, c’est à dire étatique, tout au contraire des peuples germaniques. Il n’est pas possible de réfuter ici la Philosophie de la chefferie indienne ( note3 ), fondement du raisonnement de Clastres, si fragile qu’il offre contre lui-même une abondante matière. Aucun des groupes de population qu’il a étudiés n’échappe aux caractéristiques ici définies, à cette inimitié multiréciproque qui a fait d’eux, partout et toujours, tôt ou tard, des saccageurs ou des saccagés, des dominateurs ou des dominés possibles, selon les contingences. La société contre l’État ? Certes, mais c’est une affaire révolutionnaire d’aujourd’hui, impossible dans le passé, parce que c’est seulement dans la société actuelle que le poids des facteurs d’unité humaine mondiale dépasse - et largement - celui des facteurs ancestraux de division, d’hostilité et de vol, dont l’hérédité se trouve matérialisée dans l’État, et qui se déverse en océans de sang lors des guerres inter-nations. On connaît à l’État des aspects et des métamorphoses innombrables. Dans une même catégorie, il varie à l’infini, pourrait-on dire, sans que disparaisse le dénominateur commun d’origine : gendarme et législateur de privilèges matériels, politique et culturels, imposés par la force brute. Qu’à l’origine, il y ait eu une force défensive ou offensive, ne change rien à l’affaire et importe le moins du monde pour ce dont il s’agit ici. La force brute est comme voilée dans le système actuel, par le fait même de son opérativité économique, qui force les uns à la création d’une plus-value énorme, afin que d’autres en profitent et l’administrent à leur gré. La force brute s’y trouve établie en tant que forme organique de la société. Ceux qui nient ce rôle de l’État en général, ou tant soit peu de l’État démocratique et de Droit, sont des pessimistes ténébreux, même si ce n’est pas l’intérêt qui se sert de leur bouche. Ils présentent comme une fatalité ou comme une Loi de la Nature, l’exploitation et les classes, et tout ce qu’elles charrient de néfaste et dégradant pour l’individu et la société. A notre époque précisément, la métamorphose de l’État est en train de porter au paroxysme ces conséquences-là. Le résumé de toutes les métamorphoses et modifications de classes antérieures ne sera pas fait dans cet article. Dans sa relation essentielle avec la société, l’État représente un buttoir, une barrière sans au-delà, l’accomplissement exhaustif d’un cycle humain de six ou dix mille ans d’histoire. Parmi les primitifs, un chef prestigieux était celui qui avait organisé des raids fructueux, tué, fait mangé ou fait prisonnier le plus grand nombre d’hommes d’autres groupes. Sa parole ou celle d’un congénère devenait l’exemple, la vérité légendaire incontestable, dont la contestation n’était possible que par imposition de la vérité d’un autre groupe. Une fois atteinte une certaine prospérité, la mort du chef donnait souvent lieu à l’assassinat rituel de ses proches et servants, qui l’accompagnaient dans la tombe. Les potentats du XXème siècle, capitalistes privés ou hauts bureaucrates, sont enterrés individuellement, mais avant leur mort, ils ont sucé la santé et la vie même sur l’arène mondiale, sous forme de plus-value, et donné la mort dans les guerres, à des millions et des millions de personnes. Et s’ils ne mangent plus de chair humaine, ils la dévorent sous forme de travail salarié, ils vomissent des investissements, tout comme leurs semblables romains vomissaient des mets après leurs banquets, et ils recommencent à dévorer du muscle et de la moelle sous l’aspect de bénéfices, de croissance industrielle et de Pouvoir. Les formes et les proportions quantitatives ont beaucoup changé, pas le contenu. Sous cet aspect, il est en train de se « perfectionner », mais il devient impossible d’imaginer une forme d’État plus oppressive encore. Une chose parait certaine tout de même : si on le laisse aboutir à la « perfection », l’humanité ne redressera pas la tête pendant de longs siècles. En sa qualité d’organisme capitaliste, l’État apparaît à l’époque médiévale, avec les coutumes et formes de Droit de villes mercantiles soustraites au droit féodal. Leur multiplication, leur affermissement, leur unité et leur alliance avec la monarchie alla de pair avec l’augmentation et la dominance de la richesse meuble et monétaire, face à la richesse foncière, cela est bien connu. Moins remarqué est le fait singulier de la présence dans un même territoire et pendant longtemps, de deux systèmes de classes et de deux Droits : celui des féodaux et celui des bourgeois. Bien qu’au début il y ait eu des empoignades et même des affrontements militaires entre les villes et les féodaux qui prétendaient les vassaliser, les bourgeois citadins apprirent rapidement à acheter de la main à la main leur tolérance ; procédé que la monarchie absolue mettrait largement à profit grâce à l’impôt dont étaient exempts la noblesse et le clergé, ainsi que par les rentes et dons gracieusement accordés aux nobles. Bien avant de se révolter contre une telle situation, la richesse de la classe nouvelle était nettement supérieure à celle de la vieille et corrompue noblesse. L’élimination de celle-ci en France, radicale parce que révolutionnaire, constitue un exemple unique dans l’histoire de l’ascension du capitalisme. Dans tous les autres pays d’Europe, les révolutions ou tentatives de révolution bourgeoise ont surtout servi à ce que la noblesse et l’Eglise abandonnent leurs méthodes d’exploitation médiévales et s’intègrent à celles du capitalisme, bien plus rentables. Cette circonstance fit du Code Napoléon, par excellence, la loi de la propriété bourgeoise et le fondement de son État. Cas particulier, la généralisation du capitalisme en Russie n’échappe à la règle ci-dessus que pour y retomber dans des circonstances aggravantes et très importantes. Son capitalisme est une variante de l’ancien, en correspondance avec sa nature réactionnaire caractéristique, tout aussi bien qu’avec la nature décadente du système à l’échelle mondiale. La généralisation du capitalisme adopte là la forme étatique, la seule que lui consentait la révolution de 1917, à moins d’une restauration militaire extérieure ou intérieure. De plus, elle était la plus adaptée au degré de concentration atteint par le capital international. Ainsi donc, elle s’est introduite en qualité de réaction à l’appel communiste d’Octobre 17. Après celui-ci, les résidus de noblesse et de bourgeoisie ré émergent sous l’aspect de fonctionnaires et de collaborateurs des fonctionnaires par alliances familiales. Base structurelle et superstructure politique s’y trouvent fondues et confondues. La succession bien connue des systèmes en Europe : esclavage, féodalisme, capitalisme, montre une relation entre l’homme et la nature, marquée par l’exploitation de l’homme par l’homme. Par conséquent, il s’agit d’une relation indirecte et par-là même, fausse. Peu importe que l’implantation des deux premiers systèmes ait été partielle géographiquement, ni pour l’instant, que le mode de rapport social ou d’exploitation soit différent dans les trois cas. Ce qui apparaît plus important, c’est la tendance unificatrice - universaliste dirait un philosophe de l’histoire - des civilisations gréco-romaine et capitaliste, le féodalisme se présentant comme un particularisme de lieux-dits et de fiers-à-bras seigneuriaux, un retour en arrière et une période de magma socioculturel, où le troisième système irait en cristallisant. On peut dire que le monde gréco-romain, acheminé, au tournant d’un siècle donné, vers une impasse historique, se serait désagrégé dans la féodalité, laquelle aurait permis, avec la marche du temps, la composition moléculaire d’une nouvelle société. Il n’y a là rien de téléologique, bien au contraire, car les types sociaux, à l’instar des espèces du monde organique, peuvent évoluer ou muter dans un sens peu ou pas du tout viable. Le féodalisme germa dans le monde gréco-romain. Les invasions barbares lui donnèrent son aspect final, non sans avoir tenté, en vain, de gouverner l’Empire. La violence et l’oppression caractéristiques de l’État, essaimées dans des milliers de foyers, intensifia son arbitraire au lieu de l’affaiblir. Et la relation avec la nature devint encore plus mesquine et fausse. Il a été dit et démontré surabondamment que le système capitaliste se caractérise par la propriété privée des instruments de production les plus importants, ce qui engendre la marchandise-homme par le truchement du travail salarié, et sur cette base, la production générale des biens - et des mentalités - en tant que marchandises. L’État qui lui est afférant, tout en n’étant pas un organe direct et servile des capitalistes, exerce la surveillance sur la bonne marche de l’ensemble. Il est aussi propriété privée, de par le fait ostensible, quoique non légiféré, que les bourgeois et leurs servants seuls ont pu accéder aux postes dirigeants, aussi bien sous le couvert du suffrage universel et d’une Constitution que sans eux. De toute façon, l’esclavage du travail salarié, introduit et généralisé par le capitalisme, d’abord en Europe, puis partout après, est moins inhumain que les formes antérieures d’esclavage. Et ce qui importe le plus, il ouvre des horizons jadis insoupçonnés. Corrélativement, l’État capitaliste consent des libertés mesquines et trompeuses en elles-mêmes, tout comme son système, mais qu’aucun autre type social antérieur n’atteint, même pas Athènes pour les habitants libres. Pour la première fois, se présente la possibilité d’établir une relation directe, véridique, entre l’homme et la nature. Un livre de Laffon-Monteil (Payot 1938), intitulé D’Hammourabi à Rockefeller, permet d’observer une tendance, toujours sans lendemain, vers l’apparition du capitalisme, depuis les temps babyloniens. Cette fois, nous y sommes plongés, il nous étouffe. A ce sujet, on peut consulter également l’importante oeuvre de Rostovzef sur l’histoire économique et sociale du monde gréco-romain. Rien ne vérifie aussi exactement le rapport étroit entre la base économique d’un système et son dispositif étatique, que l’évolution du capitalisme. Etant donné la dualité sociale qui est à sa source (capital-salariat), la société où nous vivons ne pouvait se développer que par l’augmentation du capital, d’un côté, et des hommes salariés de l’autre. Et ainsi, jusqu’à la concentration du capital en grandes compagnies monopolistes. A la même allure, l’État a centralisé ses fonctions, mettant la main sur l’économie et augmentant, ouvertement ou subrepticement, la répression politique orientée contre les révolutionnaires. C’est aussi le moment où le capitalisme a envahi toute la surface de la Terre, en introduisant la vente et la production de marchandises, ainsi que les États et les régimes politiques ad hoc . Les différences de niveau n’ont pas plus d’importance que celles existant à l’intérieur d’un pays industrialisé quelconque. Il s’agit de truismes rappelés simplement pour la cohérence de l’ensemble. L’important, ce qui est nouveau pour la conception de l’État avec son système fondamental, commence dès-lors que ce stade-là reste en arrière. La fin de celui-ci et le commencement du stade actuel n’ont pas une démarcation temporelle précise, mais elle est devenue absolument évidente une fois que nous y sommes bien entrés, après la seconde guerre mondiale. La croissance du capital et de la production par le truchement du travail salarié, adopte à partir de là des caractéristiques négatives qui faisaient défaut aux stades antérieurs. Le capitalisme mute son ancien caractère progressif en régressif, y compris dans les zones du monde où son installation est encore rudimentaire. En effet, si l’on ne veut pas vider de contenu la notion de progrès, ou de développement d’un type de civilisation, il est impératif de déterminer le maximum qu’il est susceptible d’offrir aux hommes. Le critère doit être objectif, intrinsèque au système lui-même, pas à ses accidents, ni à une quelconque estimation subjective, même si le subjectif, lorsqu’il atteint un domaine presque général, constitue l’ultime détermination, au mieux,... et au pire aussi. Mais il est indispensable de préciser, tout d’abord, ce qu’on doit comprendre comme développement d’une civilisation. Non par son extension territoriale, ni sa croissance économique en elles-mêmes, mais une extension et une croissance qui améliorent la situation matérielle, culturelle et politique de la population en général, de ses couches pauvres en particulier. Autrement dit, qui atténue les traits négatifs du système tout en favorisant involontairement son propre dépassement. Il doit s’agir d’un développement social dans tous les aspects contenus dans la société, avec comme référence l’homme, seule mesure possible. Or l’extrême limite de développement a été atteinte dés lors que les facteurs caractéristiques de son devenir (économique, politique, culturel, volitif) permettent le saut à un type supérieur, le passage de l’évolution à la révolution. C’est en ce sens que Karl Marx parlait du capitalisme comme d’un système provisoire, de transition à une société communiste. Que ce maximum ait été atteint depuis longtemps, ne peut être mis en question, sauf par ceux qui font de la croissance industrielle et du savoir scientifique le critère principal, voire unique, du développement capitaliste. Les connaissances techniques et scientifiques, leurs applications réalisées - sans parler de celles possibles - suffisent aujourd’hui pour supprimer mondialement, en peu d’années, les différences économiques, réduire à moins de la moitié le temps de travail, tout en portant le niveau culturel moyen au-delà du meilleur actuellement. A l’inverse, technique et science sont utilisées à contre‑sens, pour perpétuer les inégalités existant dans tous les domaines, empirer à dessein la qualité des produits, les produits de mort exceptés, pour prostituer la culture et les consciences individuelles (télévision, radio, presse, enseignement orienté ou coercitif, fichage informatique de la population). Ainsi donc, le développement social apporté par le capitalisme vire dans le sens opposé. La croissance industrielle a des répercussions négatives dans la vie quotidienne par ses caractéristiques actuelles, bien au-delà de la pollution et autres nuisances. Elle tient l’homme chaque fois plus serré à la gorge, et par conséquent, il s’agit d’une croissance réactionnaire. Par-dessus le marché, le dispositif belliciste franchit toutes les bornes imaginables quant à la négativité, même en faisant abstraction des armes atomiques. Le taxer de réactionnaire semble peu de chose, une vacuité. En effet, comment qualifier une utilisation de la science qui permet à la haute hiérarchie du système de désintégrer tout organisme vivant, du protozoaire à l’homme, par la simple pression d’un bouton, aussi facilement qu’on écrase une fourmi ? Criminel, assassin, humanicide semblent des termes doux, insignifiants. Cependant, le dernier des termes suggère une association très éloquente. La décadence des civilisations qui se sont avérées incapables d’en engendrer une autre supérieure à elles-mêmes, après l’aboutissement de leur parcours de développement, les vouait à une décomposition graduelle, mais cela n’empêchait pas, à terme, des poussées civilisatrices dans d’autres zones. Seul le savoir sous la coupe du capitalisme, de son État , mène, non plus à la décomposition décadente de la civilisation inaugurée depuis des décennies, mais à l’extermination de la vie... à moins que la révolution communiste n’y coupe court. En tout cas, il suffit que cette menace soit suspendue sur nos têtes - chose indéniable - pour conclure : la civilisation capitaliste a largement dépassé sa marge de développement ; la mettre à mort révolutionnairement constitue la seule issue physique et culturelle possible pour la société mondiale et pour chacun des individus la composant. Ce sera une démarche civilisatrice par excellence. L’essentiel du système, c’est ce qui est entré en putréfaction, la production fondée sur le capital et le salariat. Mais l’épicentre de la putréfaction du système, c’est l’État. A l’étape que nous vivons, l’Occident tout comme l’Orient, il est devenu beaucoup plus pertinent de parler de l’État capitaliste et son système, que du système capitaliste et son État. C’est un fait que l’État gouverne et domine la société à discrétion. Pour le moment, il ne se heurte à aucun autre obstacle que celui, figuré mais non évanoui, d’un futur mouvement de révolte prolétarienne. Les tractations entre les différents secteurs intégrés dans le système, partis « ouvriers » et syndicats compris, loin d’être un tant soit peu un contrepoids au despotisme étatique, lui font escorte par leur fausse opposition, tandis qu’ils assoupissent le prolétariat. En outre ils se considèrent eux-mêmes les héritiers des monopoles, et de la police, ce qui inspire leurs agissements. L’autonomie relative qui caractérisait autrefois les capitaux privés, face à l’État, et de celui-ci face aux capitaux privés, s’est effacée depuis la dernière guerre. L’État est devenu le maître de cérémonie incontestable dans tous les domaines de la - de sa - société, projection économique, politique, législative, judiciaire, informative, désinformative, aussi bien que dans le domaine militaire. Le Léviathan vanté et craint tout à la fois, n’est pas pour demain ; il met en œuvre ses fonctions destructrices et cannibales sous nos yeux quotidiennement. Par ce biais, l’État actuel condense en lui toutes les turpitudes de l’histoire humaine : l’étrangéité multiréciproque, le saccage entre hordes, tribus, clans, l’anthropophagie alimentaire et rituelle, les despotismes asiatiques, africains, pré-colombiens du Nouveau Monde, l’esclavage des anciennes civilisations, le servage féodal, ou comme corollaire les formes économiques et répressives du capitalisme naissant et florissant aussi. Je ne signale pas ici une nation quelconque, mais toutes sans exception, sans tenir compte de l’acquis économique, technique, policier, etc. Les nouveaux pays « indépendants » reproduisent, aggravés presque toujours, le totalitarisme et la corruption des métropoles, car ils sont engendrés par un type social en sénescence. On peut donc, et l’on doit, parler d’un État mondial, mais de contenu inverse à celui que lui attribue H. Lefèbvre. Brouillon comme un théologien et la tête toujours pleine de faux-fuyants comme tout stalinien contrit, Lefebvre trouve dans l’État mondial de nos jours, une tendance « au mode d’existence métaphysique » et il signale dans l’œuvre de Staline, c’est à dire dans l’État russe, « une révolution faite d’en haut » (dans L’État dans le monde moderne Ed.10-18 Paris 1976). L’œuvre de Staline a une grande importance, oui, très grande même, mais en tant qu’œuvre contre-révolutionnaire dans tous ses aspects. Sans elle, il est impossible d’imaginer comment le système mondial aurait réussi à faire face, et même mettre en déroute, à l’offensive révolutionnaire du prolétariat entre les deux guerres impérialistes, déclencher la seconde et rendre inertes ses exploités pendant presque un demi-siècle ! L’enchaînement des faits qui vont de la contre-révolution stalinienne en Russie à la défaite de la révolution internationale, et de celle-ci à la guerre de 1939-1945, et ainsi jusqu’à l’inactivité si prolongée de la classe ouvrière, explique exhaustivement la malodorante situation actuelle, croissance industrielle tératologique et totalitarisation de l’État comprises. L’interprétation théorique de l’État ne peut pas se faire en l’isolant comme entité, mais en l’envisageant dans son devenir historique qui à son tour, représente l’entité. Autrement on tombe dans la divagation idéaliste, ou bien, cas le plus fréquent aujourd’hui, dans une méprisable disculpation d’anciennes attitudes personnelles au cours du déroulement historique ; c’est utiliser la théorisation pour le service privé de l’écrivain. Or l’œuvre de l’État russe n’est pas celle de Staline tout seul, mais celle de tout l’appareil bureaucratique dans les frontières russes et à l’extérieur également. Elle représente une adaptation des intérêts contre-révolutionnaires postérieurs et antérieurs à 1917, du degré de concentration économique et de résignation du prolétariat, requis à l’échelle mondiale pour toute croissance capitaliste importante, ainsi que pour maintenir en vie le système. Par le truchement de la propriété privée, rien d’important ne pouvait se réaliser. La contre-révolution mit le capitalisme russe à jour avec le capitalisme le plus concentré d’Occident, le surpassant même, hormis la compétence technique et administrative. L’énormité rétrograde du stalinisme réside dans le fait que, depuis la décennie 20 tout au moins, la production de capital, à plus forte raison sa concentration, allait à l’encontre du développement humain et même de simples potentialités non-capitalistes de sciences et techniques. Les dérivations négatives d’un tel fait n’appartiennent pas toutes au passé ; d’autres, non moins graves, nous menacent, non seulement dues à la présence de renégats du stalinisme (tous plus ou moins faux) induits par le « Rapport Khrouchtchev », mais aussi à la nouvelle issue réactionnaire offerte par le régime russe au monde entier. De même que la concentration du capitalisme, au temps de la révolution russe, a transmis une forme économique, accentuée, à la contre-révolution russe, celle-ci à son tour, inspira le dirigisme occidental et dans son aspect politique, nous voyons son totalitarisme de Parti-État repris par presque tous les pays dits nouveaux. Dans ceux démocratiques, anciennement institutionnalisés, mille mesures et tracasseries dans l’ombre vident sans cesse le contenu de la démocratie bourgeoise, pauvre en elle-même. Mais la pire des répercussions de l’État stalinien est, sans conteste, la falsification de l’idée de socialisme elle-même. Partout à l’heure actuelle, elle est supplantée par la notion d’un État, capitaliste unique. Voilà le « socialisme premier » que l’archi-réactionnaire Spengler opposait au capitalisme individuel. Derrière l’appât de l’expropriation des monopoles et des bourgeois, ce qui se projette, c’est le monopole du Parti-État. La relation capital­salariat, inséparable du système, devient alors bien plus insupportable et la décadence sociale descendrait encore des marches qui pourraient être décisives. Et il est indifférent, quant au fond, que cela advienne avec le parti unique ou par le biais du prétendu pluralisme, qui n’est avant tout que rengaine publicitaire et manœuvre tactique. La concentration du capital réclamera toujours un totalitarisme politique proportionnel à elle-même. En résumé, avec la concentration du capital, en Occident par sa circulation et sa reproduction élargies spontanées, en Orient par ses urgences anti-révolutionnaires, et dans les ex-colonies par leur enchaînement aux Grands et par mimétisme démagogique, nous nous trouvons face à un État qui connaît certes, des différences territoriales (on ne peut dire nationales car dans bien des cas la nation a été imposée ou est en train de l’être), d’après les antécédents historiques, mais dont la fonction première, toutes les autres y étant subordonnées, consiste à imposer la reproduction élargie du capital, c’est à dire un type d’association humaine caduc et entièrement pernicieux à présent. L’analyse de l’État moderne autorise une grande prolixité, qu’on tienne ou non en compte ce qui précède. Dans cette ébauche, il ne faut plus abonder. Les indications données suffisent pour dépasser l’analyse et parler de l’anéantissement de l’État. Devant cette perspective, depuis toujours celle du mouvement révolutionnaire, les avocats traditionnels de l’État, comme représentant immortel de la société, représentent peu de chose en qualité d’obstacle théorique, quel que soit leur savoir, et moins encore dans la pratique de la lutte de classes. Limitons-nous à citer, dans l’attente d’une réfutation plus générale, Vivre sans État ? de Jean William Lapierre (Ed. Esprit-Seuil 1977), où il répond au livre déjà cité de Pierre Clastres, La société contre l’État. Monsieur l’agrégé de philosophie écrit : « Où et comment les conditions d’une société sans État sont-elles réalisables, fût-ce à long terme. Une économie d’abondance et une société de loisir dans une population stabilisée par la limitation des naissances, un mode d’organisation et de régulation sociales abolissant tout désir d’innovation dans tous les groupes sociaux, est-ce bien là un avenir possible pour l’espèce humaine ? » (p. 360). Et à la page 371 : « ... le dépérissement du pouvoir politique (...) on ne saurait l’attendre que d’une extinction de la capacité humaine d’innover, d’un épuisement de l’imagination par le triomphe de l’habitude ou du réflexe conditionné, d’un coup d’arrêt porté à l’historicité ». Depuis l’époque où Spencer fulminait « Tout socialisme comporte l’esclavage » (All socialism involves slavery), les arguments se sont affinés, mais à peine, vus de près. Ils sont de même apparentés à ceux de Berdiaef, qui opposait, à une paralysie de l’histoire due au socialisme, son noble accomplissement par le retour du Christ, à moins que ce ne soit par « la résurrection de la chair ». Les variations sur le même thème surgissent comme un réflexe du cerveau de nombreux érudits de tous les pays. Leur bonheur consiste en ce que les pays dits socialistes leur donnent très largement raison. Même les néo-fascistes peuvent y puiser matière leur permettant de paraphraser l’idiotie de Hitler dans Mein Kampf « Le marxisme, c’est la magie noire ». Parmi ces érudits, même les plus respectueux du sérieux scientifique sont incapables de déclarer sans ambages que les dits pays sont au socialisme ce qu’un défoliant est à la végétation. Violence répressive, étouffement de toute liberté, mensonge systématique et tout à fait prémédité ne disparaîtront là-bas qu’avec le démantèlement préalable de l’État, et leur État ne peut être analysé que comme un cas particulier des États Occidentaux. A la question de Lapierre sur où et comment d’une société sans État, on reviendra à la fin de ces coups d’éclairs. En attendant, qu’on observe comment le professeur suit les traces de Lévy-Strauss dans Race et Histoire , où il considère que l’actuelle mosaïque bigarrée du genre humain et de la société capitaliste favorise le désir d’innover et donc le progrès dans l’histoire. A l’instar de tant d’autres dont leurs loisirs leur ont permis de devenir ce qu’ils sont, ils passent outre un fait écrasant par son extension géographique non moins que par la grave privation mentale qu’il entraîne pour des centaines de millions de personnes, même dans les pays les plus cultivés : l’interdiction d’innover et tout simplement de savoir, par le décret de leurs conditions d’existence ; c’est le plus draconien et le plus inviolable de tous les décrets possibles. Le coup paralysant assené à l’histoire est une constante depuis des millénaires, car la majeure partie des personnes ont été placées hors d’elles, toujours engendrées et reproduites comme objets souffre-douleur du devenir. Et ce, non d’une manière quelconque, mais par et pour la minorité dominante et instruite, qui agit comme sujet, sujet bâtard donc. En témoignent nombre de civilisations désagrégées par décadence ou détruites, s’étant avérées incapables de donner jour à rien de mieux. L’épuisement de l’imagination ne se produira jamais, sauf dépérissement physique de l’espèce ou retour à l’animalité. N’empêche, son étouffement est un phénomène d’intensité variable mais constant dans les sociétés de classes et État. Et c’est en elles que l’imagination de nombreux hommes savants voit un danger mortel pour la disparition de l’étouffement. D’après Lévy-Strauss et Lapierre entre autres, la dialectique de l’histoire réclame la diversité de groupes culturels et de groupes sociaux, euphémisme qui désigne les classes et pays riches et pauvres. En dehors de cela, ils ne voient que plate médiocrité, des cerveaux sans impulsions ni désirs parce que matériellement repus. Or, une des tragédies de tout le parcours des hommes consiste précisément en ce que la culture a eu depuis toujours, comme organes de connaissance et d’expression, des gens rassasiés, sans grandes préoccupations matérielles ou entièrement libres d’elles, grâce au travail des autres. Rendre tous les hommes exempts de cet abrutissant fardeau ne peut pas entraîner leur dépersonnalisation, puisqu’ils sont dépersonnalisés à des degrés différents et depuis toujours. Par contre on n’aperçoit pas d’autre moyen pour que tout un chacun découvre ses capacités optimales. Le jeu dialectique entre le monde extérieur (le cosmos) et l’homme est entravé en permanence par la lutte à mort entre les hommes. Aussi longtemps qu’il n’aura pas lieu de manière directe, sans ce dégradant impôt de sang, ignorance, exploitation, répression, les facultés essentielles de l’immense majorité resteront hermétiquement enfermées dans le subconscient. Cela établi, la pire catégorie d’ennemis de la disparition de l’État est celle qui, tout en l’admettant en paroles, renvoie sa réalisation à un avenir mythique, tout en faisant de l’État, pendant une durée indéfinie, le propriétaire maître et seigneur de tout, et l’organisateur du communisme. Elle est bien plus dangereuse que l’autre catégorie, non point par son savoir, qui est indigent, mais par ses agissements d’hypocrisie préméditée, et avant tout par les positions organisatives quelle détient au cœur même du capitalisme, dont elle est partie constituante. Signalons les syndicats des partis « communistes » et « socialistes » riches et officialisés, en plus des pays peuplés de près de deux milliards d’habitants où sévit le despotisme étatique de partis policiers. Leur publicité est comparable, par le volume et le rabâchage, à la publicité des monopoles multinationaux les plus forts. La monstruosité d’une telle supercherie n’a été dépassée par aucune autre antérieure. Si l’État capitaliste est la condensation de toute la violence étatique et para-étatique depuis la proto‑histoire, l’État dans les pays en question rassemble, agrandis, les bestialités, coups tordus et crimes caractéristiques de l’État bourgeois depuis sa naissance. Sa fusion avec le système économique structurel est indubitable et plus complète que dans aucun autre pays. Il n’y a chez eux aucun interstice entre la production et l’État, si ce n’est par fraude... Celui-ci apparaît sans détours, sans voile et directement tout à la fois comme produit et organe opérateur du système économique. La relation cyclique mondiale : capital - salariat - capital accru, trouve là-bas, à l’un des extrêmes, l’État, comme investisseur du capital, à l’autre extrême, le même État, comme empocheur du capital accru par la plus-value ; au milieu : la classe ouvrière broyée. On cherchera en vain un schème capitaliste aux contours plus nets et une correspondance plus achevée entre la structure sociale et la superstructure politique. Qu’un pareil État soit apparu après une révolution d’envolée communiste, c’est un problème qu’on ne peut considérer ici que tangentiellement ( note4 ). Le dépérissement et la mort de l’État après 1917 ne pouvait se produire sans passer de la révolution démocratique ou permanente à la révolution socialiste. La contre-révolution sous une forme non-bourgeoise, non moins, mais plus capitaliste, survint avant, détruisant du même coup l’objectif communiste et la révolution démocratique. Pour la première fois le monde eut sous les yeux une contre-révolution et un accroissement du capital sans classe bourgeoise. Ce fait nous apprend que si tout système bourgeois est capitaliste, tout capitalisme n’est pas bourgeois pour autant. Enseignement plein de signification pour comprendre la décadence du système capitaliste mondialement considéré. Par ailleurs, il permet, si l’on appréhende avec justesse les mesures et les erreurs des bolchéviques qui facilitèrent le reflux contre-révolutionnaire, de discerner bien mieux qu’autrefois les conditions qui amèneront la mort de l’État. L’État russe est le premier promoteur de mensonges à l’égard de sa propre nature et de celle de l’État en général. Dans toutes ses versions, il s’agit de bourdes indignes d’être prises en considération, si ce n’est parce que, sans cesse propagées dans toutes les langues, elles se sont infiltrées dans la matière grise de maints intellectuels, et surtout parce qu’elles servent à opprimer ceux qui vivent sous cette férule. Au moment de la promulgation de la constitution de Staline - en réalité de Boukharine - alors qu’on préparait dans les coulisses les grands procès falsifiés de Moscou, Molotov révéla au monde, comme théorie, que l’État ne subsistait en Russie que pour la répression des voleurs et autres malfaiteurs, sans aucune fonction de classe. Presque simultanément, l’extermination physique ravageait les hommes de 1917 et des millions d’autres, non sans la collaboration de voleurs et malfaiteurs. Le Kremlin se redéfinit après comme une dictature du prolétariat, en même temps que mouraient dans les camps de travaux forcés ou à coups de pistolets dans l’occiput, 20, 30 ou 40 millions de prolétaires et que des milliers d’intellectuels et techniciens étaient réduits à la condition de parias. Plus l’État devenait brutal, plus lourd devenait l’esclavage des prolétaires, plus le Kremlin déployait d’obstination à répandre son mensonge dans le monde par tous les moyens, concussionnaires aussi bien que publicitaires. La plus récente de toutes ses supercheries, « l’État de tout le peuple » (version Brejnev), s’apparente à la définition du hitlérien Schlidt, pour qui le politique, domaine privilégié de l’État, se résume dans la notion « ennemi, ami », définie par l’État lui-même. La véritable explication se trouve au niveau le plus bas. « Le peuple tout entier », comme par ailleurs la « coexistence pacifique » (initiative du plus notoire des flics, Staline en personne), sont des formules­pièges adaptées à la mentalité de technocrates, intellectuels de gauche et bourgeoisie fanée, à ceux qui sont appelés (par Moscou) à devenir la charpente de futurs États satellites « du peuple tout entier ». La motivation profonde de telles vacuités n’est autre que la puissance militaire de la Russie et de son Bloc militaire. Le stalinisme cabochard de l’État chinois n’est qu’un calque de celui de la Russie, avec des éclaboussures de l’Empire Céleste. Il est pertinent de le rappeler, surtout parce que sa collaboration-alliance avec les États-Unis et le Japon offre une preuve incontestable de la réalité d’un État mondial uniforme pour l’essentiel, d’alliances militaires et de rôles économiques interchangeables. Le « Tigre de papier » dont Mao-Tsé Dong avait parlé est devenu « griffes d’acier », sauvegarde de la Chine « socialiste » face à la Russie « socialiste ». Pour ce qui est des staliniens éhontés de l’Europe occidentale ou d’ailleurs, qu’ils restent ou non dans leurs partis, le pesant fardeau de leur propre passé leur interdit de rien dire de sérieux sur l’État en général, et sur l’État russe en particulier. Il faut les observer rapidement. Les italiens, les premiers des « pluralistes », et aussi ceux qui reçoivent le plus de millions et de privilèges de leur capitalisme national, écrivent dans Il marxismo e lo Stato , que les oeuvres de Marx renferment « une théorie générale de l’État » qui devrait être développée. D’autres ont prétendu, non moins gratuitement, qu’elles contiennent en germe la bestialité stalinienne. L’État est éternel pour ceux qui parlent de la sorte, il peut être transformé, pas supprimé. Depuis de longues années en vérité, le parti de Togliatti et de Berlinguer voit dans les entreprises de l’État italien, des foyers de socialisme, bien dans la ligne de son projet de capitalisme d’État. En France, Ellenstein allège comme tant d’autres le poids de sa conscience en postulant un socialisme démocratique tout en proposant de considérer l’État russe « comme produit par l’histoire », comme qui considère qu’un veau est un produit de la parturition de la vache. Son collègue et philosophe, Althusser, porte son effort de penseur jusqu’à voir dans l’œuvre de Staline le résultat « d’une erreur économiste ». L’argument ne vaut pas plus que le démonologique « culte de la personnalité ». En Espagne, Carillo et sa suite, troisièmes en mal (apparent) de rédemption des péchés, braillent d’avantage, mais à l’instar de tous ceux qui se sont prosternés devant Staline et ses successeurs, ils se trouvent, de ce fait et du fait de leurs propres œuvres, moralement et intellectuellement dans l’incapacité de découvrir la vérité et de la proclamer. Sans considérer l’État russe et l’œuvre de Staline comme le moteur et le résultat d’une contre-révolution qui sauva aussi le capitalisme occidental, on ne peut énoncer que des tromperies. C’est pour cela que le stalinisme survit à la mort de Staline, et qu’il vivra aussi longtemps que son oeuvre. Il est présent même dans les velléités démocratiques des dissidents. Leurs critiques, comme hier la dénonciation de Khrouchtchev, ne dépassent pas les bornes d’une critique stalinienne du stalinisme. En acceptant comme sincères les paroles des « pluralistes », leur souhait serait un capitalisme d’État façon Moscou, rendu décent avec la feuille de vigne occidentale. Un livre de Nicos Poulantzas, L’État , le pouvoir, le socialisme (Ed. PUF 1978), permet de voir à l’insu de l’auteur, la néfaste influence du stalinisme, et même d’en avoir la filiation formelle. Poulantzas ose parler de disparition de l’État, mais dans un avenir si éloigné, qu’il la supprime en tant que projet concret, d’actualité immédiate post-révolutionnaire. En réalité, il supprime aussi la révolution, mettant à sa place « la voie démocratique vers le socialisme ». Et ce qu’il entend par socialisme n’est autre que la propriété d’État flanquée de l’autogestion. Il s’agit pour lui de modifier peu à peu l’État actuel et pas du tout de le démanteler, grâce à des foyers d’autogestion et à d’autres positions que la classe ouvrière occuperait. Il se situe à droite du réformisme austro-marxiste du premier après-guerre, et son argumentation théorique est bien inférieure. Les courants et auteurs nommés, et d’autres qui seront signalés dans un ouvrage postérieur sur ce thème, parlent en l’air, souvent avec un ton académique peu engageant. Ils exhibent une bibliographie copieuse, mais ils sont toujours en marge de l’expérience pratique, c’est à dire, des hauts et des bas, des victoires partielles et des déroutes du prolétariat mondial ; comme si elles n’avaient pas existé. Même de l’expérience russe, ils ne tirent que des conclusions négatives, rassurantes pour le capital, anesthésiantes pour la classe ouvrière. Or depuis 1914, première guerre mondiale, cette expérience est très riche et permet de dégager des éléments importants en vue de la disparition post-révolutionnaire de l’État. La nécessité de démanteler l’État capitaliste, le plus clair des enseignements de La Commune , est allée s’accentuant en proportion au gigantisme militaro-policier du même État, et à la concentration du capital. L’expérience de la révolution russe, et vingt ans après celle de la révolution en Espagne, permettent un important progrès à la théorie : l’organisme de force ou État résultant de la révolution prolétarienne ne peut pas devenir propriétaire de l’économie sans vite tourner à la contre-révolution. Celle-ci rencontra en Russie la facilité de la propriété accaparée par l’État et de l’exténuation de la classe ouvrière. Ce ne fut pas le cas en Espagne, mais les organismes coercitifs de l’ancien État, subrepticement reconstitués (par le parti de Moscou et avec les armes de Moscou, soit dit en passant) réussirent à désarmer le prolétariat, à l’exproprier, acte réalisé par le truchement de la nationalisation. Et grâce aussi à des circonstances politiques dont l’exposé n’a pas sa place ici ( note5 ). La propriété d’État entraîna également la contre-révolution dans la zone rouge, et sa répercussion dernière fut la victoire de Franco. Les deux expériences sont irrécusables. A l’origine, l’État était la conséquence du saccage de l’exploitation systématique, non point son créateur ; la disparition de celle-ci ne sera pas d’avantage son œuvre, mais procède en droite ligne de cette disparition. Postuler un État organisateur du socialisme, quelque fondement social qu’on lui attribue, c’est une intention non plus négative ou opportuniste, mais, au regard de l’expérience, réactionnaire de fond en comble. C’est d’autant plus évident que la capacité de production réalisée à ce jour, et la capacité potentielle de la science moderne, permettent d’aboutir en peu de temps à la disparition des classes quant à leur fondement économique. Il suffira de bousculer l’embarras paralysateur et corrupteur qu’est l’exploitation. Ce « bousculer » embrasse, il va de soi, au-delà de la bourgeoisie, des monopoles, l’État actuel, tous les organismes para-étatiques, lois, etc. qui veillent sur l’exploitation, la règlent ou l’épaulent à l’aide du consensus, de la négociation et autres arrangements, tacites ou non, plus ou moins rétro-historiques. Les démanteler, tel est l’aspect négatif de la révolution - négatif de ce qui était avant - condition préalable pour que l’aspect positif s’élance en avant. De même que la violence et le saccage entre les primitifs s’institutionnalisa à la fin en État, les conséquences ultimes d’une telle violence, le monstrueux État moderne et le saccage réglé par le rapport social capital-salariat, réclament aussi de la violence pour en finir avec. Telle est la tâche de la dictature du prolétariat, synonyme exact de révolution communiste. Le pénible terrain bourbeux parcouru depuis la sauvage extranéité multiréciproque jusqu’à celle de la lutte de classes, du nationalisme, de l’impérialisme et des armements atomiques, débouchera par le dit chemin révolutionnaire, sur une humanité sans avidités opposées ni conflits, une humanité libre. A moins de se leurrer par des préjugés terminologiques, ou de tomber dans le piège du « chemin démocratique », force est de reconnaître que la révolution sociale doit être imposée comme une rébellion victorieuse quelconque. L’humanité n’a connu que des régimes dictatoriaux à des degrés différents. Les communautés primitives elles-mêmes devaient payer tribut aux despotismes, qui les toléraient sous cette condition. La démocratie bourgeoise a été la moins brutale de toutes les dictatures, quoique son fondement soit l’absolutisme du capital sur le travail. A l’inverse de toute autre, l’imposition révolutionnaire met fin au joug millénaire pour fonder une liberté à la mesure de tous les hommes, et non pas de minorités manipulatrices. Dans La société contre l’État, Clastres se trompe de chemin lorsqu’il croit percevoir chez certains groupes primitifs un rejet de l’État, comme s’ils avaient la prémonition de son caractère oppressif. Ainsi son argumentation est facilement annulée par Lapierre, dans Vivre sans État? . Il signale que les sociétés primitives sans État sont de dimension réduite et restent immobiles depuis toujours. Tout de même, l’argumentation de Lapierre est incomplète et par ailleurs adaptée à son refus de croire que l’État puisse être supprimé dans des sociétés hautement développées. Clastres ne prête aucune attention à l’importance économique et oppressive des raids de rapine entre les primitifs. Cela l’empêche d’élucider le pourquoi de l’apparition de l’État et il n’entrevoit même pas le comment de sa disparition future. Le titre de son ouvrage est trompeur, car il fait référence aux primitifs et pas à la société contemporaine. De son côté, Lapierre n’attache à l’inexistence de l’État chez certaines ethnies, d’autre importance que celle de cause et démonstration de leur propre primitivisme. L’idée de disparition de l’État moderne lui semble une idée de rêveurs. Mais les arguments qu’il présente transforment le songe en cauchemar. Il convient de le citer encore afin de répondre à sa question sur les conditions de disparition, qui ne sont pas celles qu’il réfute chez Clastres, mais celles que nous avons tous les jours sous les yeux. Voici ses mots « Le dépérissement de toute forme de pouvoir politique spécialisé, l’avènement de nouvelles « sociétés sans État », ne sauraient être attendus que d’un imprévisible coup d’arrêt de l’histoire et d’une sorte d’évolution régressive de l’espèce humaine vers son atomisation en petites sociétés closes et homéostatiques. » Tout en nous assurant que dans un tel cas, l’inventivité de l’homme mourrait, il conclue que toute « conduite déviante aura été définitivement inhibée par l’empreinte de bonnes habitudes. Le conformisme social ne pourra plus être ébranlé » (pages 365 à 371). Tout d’abord, de là découle que les sociétés avec État, la nôtre très particulièrement, ne connaissent pas de régressions, ou seulement de courte durée et de peu de gravité ; que l’intelligence humaine trouve en elles un terrain fertile ; que sous l’autorité de l’État, l’homme est, ou tend à être non-conformiste, et « last but not least », que le coup anti-civilisateur dans l’histoire, résulterait de la disparition de tout corps politique spécialisé. On croirait que Lapierre n’a pas entendu parler des innombrables régressions imposées à l’histoire depuis qu’histoire il y a, entre autres de la décadence de la civilisation gréco-romaine, qui s’étale jusqu’au XIIème ou XIIIème siècle. Toutes ont été introduites par un renforcement de l’État - non par sa disparition - c’est à dire par le corps politique spécialisé. Dans l’actualité aussi, quiconque peut observer des signes de décadence, tous favorisés, lorsqu’ils ne sont pas créés, par l’État. On peut en dire autant du conformisme. Qui donc en a besoin, plus que ce corps superlativement spécialisé? Que l’on regarde où et quoi que ce soit, l’État favorise, organise le conformisme par de multiples moyens : coercitifs, publicitaires, culturels, vénaux. Si bien que dans nombre de cas, les innovateurs lui rendent personnellement hommage. Mais toute innovation dépassant les limites matérielles du système est rejetée, sans égards aux moyens employés. En outre, des centaines ou des milliers de silos menacent de mort l’humanité jour et nuit, à chaque minute. Et ceux qui savent, au lieu d’ameuter le public pour l’empêcher, s’adonnent sans inquiétude à leurs études « innovatrices ». Les physiciens, les mathématiciens, les ingénieurs, etc. qui inventent et fabriquent les armements atomiques et autres, ne sont-ils pas, eux aussi, de nauséabonds innovateurs, conformistes et vénaux ? Toutefois le comble est qu’on nous parle d’un danger de dégénérescence mentale, sinon physique de l’homme, comme conséquence de la disparition de l’État, cet organisme qui freine le devenir depuis des décennies, au prix d’hécatombes, par des guerres et des répressions. A Lapierre qui demande quand et comment seront réunies les conditions dont on parle, il faut répondre. 1 - La toute-puissance illimitée, monstrueuse, de l’État lui-même, est telle qu’il peut se permettre ce que bon lui semble (avec et sans « raison d’État », cette impunité garantie du crime), paré de ses lois ou malgré elles. Sauf s’il est démantelé, il perfectionnera le processus despotique et finira par déclencher l’extermination depuis les silos et sous-marins. Cette situation est à tel point indéniable, que tout individu ou organisation se trouve aujourd’hui devant l’obligation politique et morale d’appeler à la destruction de l’État. C’est celui­ci qui serait mis en évidence, comme accusé, criminel devant n’importe quel tribunal, sans parler du bien inconnu « tribunal de l’Histoire ». Il est pertinent de rappeler à cet endroit, la boutade attribuée à Einstein, en dépit de sa responsabilité dans la fabrication de la bombe atomique : « Si la prochaine guerre est atomique, la suivante se ferait avec des arcs et des flèches ». 2 - La production de biens de consommation, alimentaires, ou d’un usage quelconque dans la vie, d’outillage industriel, etc., n’atteint qu’un volume et qu’une perfection exiguës, en raison de leur forme mercantile, de l’achat et de la vente imposés par les bénéfices du capital et de son État. Ces mêmes bénéfices réclament des arsenaux (plus de quatre cent mille millions de dollars par an, au moment où ces lignes sont écrites - 1978), des produits d’une mauvaise qualité préméditée, de la corruption, de la pollution et de multiples nuisances. L’indigence extrême, la maigreur squelettique et la mort par le fléau de la famine, sont le sort de 1000 millions de personnes, ce qui ne pourrait pas arriver dans le cas d’une production pour la consommation, sans vente. Et on ne sortira pas d’une telle situation aussi longtemps que la demande de produit aura pour mesure la capacité d’achat. Même sil y avait une amélioration, les dénivelés seraient encore énormes et non moins nuisibles. 3 - Les millions d’hommes des pays industrialisés qui travaillent à la production sont toujours exposés au chômage, au travail soumis à un cycle épuisant. Ils manquent de métier, et de la possibilité d’acquérir des connaissances, par leur peu de temps libre, non moins que par imposition économique (salaire)... et par bon vouloir gouvernemental. Ils peinent pendant huit ou dix heures à l’usine, tandis que la science, dont l’application entière et scientifique est interdite par les bénéfices du capital, est en mesure de réduire à très peu le temps de travail socialement nécessaire, avec un rendement quantitatif et qualitatif très supérieur. 4 - La millénaire séparation des hommes en cultivés et incultes, travailleurs manuels et intellectuels, est devenue en ce moment du siècle une absurdité aussi flagrante que le voyage vers la Chine, de caravansérail en caravansérail. Le savoir intellectuel peut être le fait de tous par la suppression du capital et de l’État, sans autres limites que les aspirations individuelles, tandis que le savoir-faire manuel pourrait récupérer, sans que personne se voit condamné à le subir, ses capacités perdues. Le temps pour organiser tout cela ne compte pas comme empêchement. Le fait est que culture, science, recherches, sont en train de se prostituer au service direct ou indirect de l’État, qu’elles dégradent leur propre condition et celle de la société en général. Elles sont facteurs objectifs de décadence, alors que leurs potentialités sont facteurs objectifs de progrès. C’est ce que, édulcorant la vérité, on appelle actuellement « malaise social ». Dès lors l’aliénation commence à prendre l’aspect d’un assoupissement intellectuel et d’une perversion dans les cercles dirigeants, des hommes d’État jusqu’aux leaders syndicaux. On pourrait arguer, certes, que depuis 1936-37 le prolétariat ne donne guère signe de vouloir se révolter contre sa condition en s’élançant contre l’État et le capitalisme. Il ne le donnera pas tant qu’il reste prisonnier des organisations politiques et syndicales qui, au nom du socialisme, du marxisme ou de la simple amélioration du système, lui vident le crane et resserrent sa chaîne salariale. N’empêche que la nécessité plane près de nos têtes et n’arrête pas de devenir plus évidente. Un brusque sursaut de rébellion pourrait introduire à tout moment une nouvelle période révolutionnaire. La probabilité en augmentera, non pas avec le chômage, ni avec une crise de surproduction, si grave soit-elle, mais au fur et à mesure que passe dans le domaine de tout le monde l’horripilante vérité sur la Russie et ses imitateurs, et donc la fausseté constante de ses partis à l’extérieur. Empêcher la réapparition d’un pouvoir bureaucratique après une future révolution est une préoccupation fréquente à l’heure actuelle, non sans raison. Or les mesures recommandées (conseils ouvriers sans partis politiques, démocratie des partis ouvriers au sein des conseils, révocation à volonté des délégués et des comités) n’ont avec l’intention qu’une relation secondaire ou inexistante. Préoccupations et mesures de forme ne suffiront jamais à empêcher un retour en arrière, qui ne pourrait être que bureaucratique et capitaliste d’État. Il faudra que dans le fonctionnement même du système social naissant, quelque chose barre la route à toute contre-révolution. Ce quelque chose ne peut être que la rupture radicale de l’ancienne relation sociale capital-salariat, qui engendre la plus-value, c’est à dire l’exploitation, fondement du système actuel, donc de l’État. Le montant colossal de ce qui constitue la plus-value, une fois confié à un organisme post-révolutionnaire, quelqu’il soit, deviendrait le foyer, l’aliment de la contre-révolution. Il n’est pas question, non plus, d’abandonner son administration aux travailleurs, par unités ou par branches de production, ce qui serait la meilleure version autogestionnaire. Elle introduirait une rivalité funeste entre groupes qui amènerait l’exploitation par les plus puissants. Le bureaucratisme et d’autres maux enfoncés dans les mentalités et dans la réalité actuelles, ne pourront être entièrement évités dans aucun cas. Mais on peut certainement empêcher qu’elles se répercutent en domination et exploitation des uns par les autres, en attendant que se généralise la nouvelle mentalité dégagée du communisme. La clef n’est autre que le rapport susdit entre l’homme et la nature, entre instruments de travail et travail, entre production et consommation. La suppression de la loi de la valeur y est implicite. A moins d’implanter cette relation sociale nouvelle, déjà communiste, la contre-révolution trouvera toujours manière de grimper, quoi qu’on fasse. Et réapparaîtra un État encore plus destructeur que l’antérieur. Le produit excédant du travail (relativement à un cycle antérieur) devra être assigné eu égard à la disparition des classes, entre un relèvement de la consommation immédiate et la création de nouveaux instruments de travail et de culture, à l’échelle nationale, en attendant l’intégration dans le continent et dans le monde. La disparition du prolétariat est l’unique démonstration probante de la disparition des classes et de la coercition sociale. Depuis la horde et les tribus très primitives à l’affût d’autres hordes et tribus, jusqu’aux États ultra-centralisés actuels, à l’affût de bénéfices partout dans le monde, et donc auprès de leurs co-nationaux, les ruptures de continuités survenues, aussi bien dans les méthodes de saccage que dans celles de l’oppression politique, n’ont été rupture que relativement à ce qui existait avant. Mais par rapport à l’homme en tant qu’espèce exempte de particularités de tribu, nation, race, il y a ininterruption, ou par concordance avec les connaissances physiques, il y a un continu-discontinu. Mais celui-ci est lui-même de nature opposée au continu-discontinu que représentera la rupture définitive d’avec la succession de systèmes de domination. Avec lui le discontinu rompt également avec le continu antérieur ; il inaugure un complexe humain supérieur, opposition directe et complément du Cosmos. La Ciotat, août 1978. G. Munis. (1) Je ne veux pas donner dans le préjugé terminologique des spécialistes actuels, qui s'abstiennent de parler des peuples primitifs ou bien qui collent des guillemets au mot pour ne pas offenser les désignés. Entre l'anthropophage et le communiant d'une quelconque religion, il y a certes communauté essentielle, mais que chacun choisisse, à moins de mettre anthropophage entre guillemets. Retour au texte (2) Dicton cité par Cummins, dans The Bahr-el-Ghazal Dinks , Journal of Anthropological Institute (U.K.) XXXIV.p.155. Retour au texte (3) Titre du dernier chapitre du livre de Clastres. Il y sera fait mention dans un livre dont ces pages ne sont que l'ébauche. Retour au texte (4) Ceci est exposé dans Parti-État, stalinisme, révolution , Éditions Spartacus, Paris 1975. Téléchargeable sur ce site à la page : Publications du FOR . Retour au texte (5) Ceci est exposé dans Jalones de derrota, promesa de victoria (teoria y critica de la revolución española) , Ed. ZYX. Madrid 1977. Retour au texte Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # La Gorbatchade en technologie et transparence URL: https://for.marxismo.school/gorbaw.html Résumé: «Des visages humains sont certainement prêts, d’ores et déjà, pour une vaste manœuvre de diversion de ce genre (à la Khrouchtchev) car la rébellion pourrait éclater à tout… LA GORBATCHADE EN TECHNOLOGIE ET TRANSPARENCE «Des visages humains sont certainement prêts, d’ores et déjà, pour une vaste manœuvre de diversion de ce genre (à la Khrouchtchev) car la rébellion pourrait éclater à tout instant». Parti-État, Stalinisme, Révolution (1974) - Page 100. Ce n’est pas la première fois que des hauts gouvernants du pays faussement appelé Union Soviétique parlent de nouvelles implantations technologiques. Mais à présent son arriération dans ce domaine est plus visible, et devenue dangereuse à plus d’un titre. L’intention d’y remédier, plus vantée qu’autrefois, est une des bribes mises en scènes par Gorbatchev sous la devise générale : transparence . Elle s’avèrera inapplicable car, à rebours de ce que le mot signifie, ils s’en servent pour cacher la réalité, qui est très grave. En effet tout d’abord il y a opacité, et même ténèbres, dans cet énorme fait : qu’à l’heure qu’il est, il soit nécessaire là bas , comme dans un pays arriéré quelconque, de parler de modernisation de l’outillage. On comprend à la première réflexion que si l’économie russe était socialiste, sa technologie serait la meilleure du monde parce que le principal et plus fécond facteur technique du socialisme, c’est une relation entre le travailleur et l’outillage, entre les producteurs et les produits, entre la société entière et la technologie, qui facilitent et requièrent au maximum ses innombrables applications pratiques, en plus du savoir scientifique qui les détermine et les guide. Quiconque est en droit de se demander : comment diable se fait il que 70 après le grand Octobre 1917, presque toute la population vive dans la pénurie, quand ce n’est pas dans la pauvreté, passablement plus mal et avec moins de liberté que dans les pays occidentaux officiellement capitalistes ? La raison plus générale d’un tel fiasco est que l’économie russe garde, renforcée, la relation entre force de travail et instruments de production caractéristique de l’exploitation, et que par conséquent il s’agit de vulgaire capitalisme, à l’opposé de ses dires. Mais ce n’est là que le fond structurel de l’explication, qui ne rend pas entièrement compte de la réalité quotidienne en Russie. Un autre facteur immédiat, politique et donc très important, a directement fait que la technique n’a pas produit dans son territoire des effets similaires à ceux d’autres secteurs capitalistes. C’est que le capitalisme étatique a été imposé coercitivement en Russie, à l’opposé du cours communiste inscrit dans et déterminé par la révolution de 1917. Il ne s’agit pas d’un capitalisme qui aurait poursuivi sa croissance comme tout autre, c’est à dire sans solution de continuité. Il y a eu une rupture tranchante, et si radicale que sa seule signification - d’ailleurs voulue - était d’entamer la structuration sociale communiste. Annihilant cette impulsion par le fer et dans le sang, la contre-révolution a imposé une distorsion énorme et destructrice dans tous les aspects ; elle a entravé et perverti même les relations sociales de l’exploitation et de la culture de son propre capitalisme d’État, diamétralement opposé à la marche vers le communisme. Si durant tant de décennies, l’économie russe a été incapable d’égaler technologiquement ses équivalents occidentaux, la principale cause réside dans l’extermination des révolutionnaires de 1917 et de millions et de millions d’hommes incompatibles avec sa réactionnaire marche en arrière. C’est à cause encore, et cela n’est en rien secondaire, de la diffamation de ses victimes et de l’immonde falsification consistant à se présenter comme socialiste, le contraire de ce qu’elle est ( note1 ). Dès lors, le mérite principal et le mieux rétribué a été la servilité envers le pouvoir. Une contrefaçon sociale aussi monstrueuse devait causer des effets dévastateurs, non seulement dans l’économie russe, mais bien au-delà. On les ressent encore dans le monde entier. Le funambulisme technologico-administratif nous offre la preuve éclatante de ce qui vient d’être dit de la restructuration, ainsi que la «transparence» et autres bourdes de la gorbatchade. Le capitalisme est toujours, par son organisation et sa circulation sociale même, un obstacle à la meilleure rénovation technique possible à tout instant. Se mettant sous sa sauvegarde, la contre-révolution a ajouté à cet obstacle congénital au système, ceux créés par sa propre activité destructrice, qui lui sont caractéristiques et attachés à vie. Voilà pourquoi son capitalisme a montré une si faible efficacité technique relativement à d’autres. De même cela explique que de temps en temps ses hiérarques déclenchent des campagnes pour en augmenter l’efficacité. Toutefois, rien, absolument rien ne leur permettra de dépasser la mesquinerie et la bestialité de leur contre-révolution. Ce n’est point une digression que de rappeler que les leaders chinois - au pur pedigree moscovite - déclaraient il y a quelques années, à des visiteurs étrangers qui les questionnaient : « nous nous équiperons d’armes atomiques même si les gens doivent aller pieds nus ». Nous avons là, quoique incomplète, une définition de la perversité des applications technologiques du monde actuel, même si le degré de nudité des masses prolétaires change d’un pays à l’autre. La vérité tout entière quant à la technologie est encore pire. Pour le voir et l’interpréter dans toute son ampleur, il faut délaisser l’énumération détaillée de ses applications concrètes, et focaliser ses impulsions déterminantes. De là proviennent toutes les conséquences sociales, y compris les antagonismes concurrentiels et militaires. Ainsi donc il faut le voir panoramiquement, en tant que fonction de production et de reproduction du type de civilisation existant. On ne peut trouver d’autre clef interprétative. De plus les chiffres exacts à ce sujet sont inaccessibles, autant pour nous, révolutionnaires en mal de finances, que pour les grands centres statistiques du capital. Cependant on peut calibrer le mouvement économique de la société actuelle et de chacune de ses parties, ainsi que les conditions et les dérivations de toute innovation technologique. Imaginons que l’on isole un cycle quelconque de production mondiale . Tout d’abord, il faut signaler que sa valeur d’ensemble, y inclue la richesse immeuble (accumulation antérieure) en quantité si vaste qu’elle reste imprécise, est propriété des couches privilégiées de la société. La proportion de ces dernières est avec certitude inférieure à 15% de la population totale de la planète, quelques 500 millions de personnes en gros. Peu nous importe là que cette propriété soit individuelle, de grandes compagnies ou de l’État. Une fois accompli le cycle de production, la valeur mercantile, c’est à dire la valeur en argent de tout ce qui a été produit, revient à ces 15% de possédants, quelque soit la répartition entre eux. De la somme totale il faut défalquer le montant des salaires versés à la population effectuant la production générale, montant qui est contenu dans la valeur marchande des produits résultant du travail. En tenant compte du rendement moderne, et en déduisant l’amortissement de l’outillage, lui aussi contenu dans le produit, ceci ne représente pas plus de 20% du chiffre global. L’autre partie, soit 80%, représente les valeurs nouvellement crées et devient propriété exclusive de la couche sociale dirigeante, qui dispose d’elle selon son bon vouloir. Avant de poursuivre, il faut préciser : les 85% de la population qui ont effectué directement ou indirectement l’effort productif, reçoivent environ 20% de ce qu’ils ont créé. En revanche, les 15% de hiérarques en récoltent 80%, c’est à dire sa valeur mercantile, sans jamais perdre de vue la continuité de leur empire économico-politique dans chaque pays et sur la Terre. Ceci n’empêche pas, mais au contraire engendre la division en zones nationales rivales ou complices. Une richesse si colossale, si immense, se volatilise, sans autre fonction que le maintien des chaînes du capital sur la société, dans chaque pays et mondialement. Et peu importe ici que la prépondérance aille à un secteur ou à un autre. Une partie considérable des 80% est dilapidée en dépenses somptuaires ou thésaurisée par les 15% de privilégiés, des plus modestes aux plus grands potentats. En second lieu viennent les frais de police et surtout militaires, industrie d’armement et achats d’armes compris, en quantités constamment croissantes. Ensuite les dépenses d’administration, de domination politique et de surveillance, des innombrables secteurs particuliers du procès général de la production (ce qui gonfle le secteur dit tertiaire). Après, les dépenses scolaires, toutes catégories confondues, et de santé, dont une partie indiscernable, représentant des travaux corrélatifs à la production nécessaire, se retrouve dans les 20% qui reproduisent la force de travail utilisée dans le cycle entier. Enfin, et tout en passant outre des secteurs moins visibles, le « reliquat », d’importance variable selon les cycles, constitue l’accumulation élargie du capital ou richesse matérielle nouvelle après chaque cycle. C’est elle qui alimente les investissements nouveaux, et avec eux et pour eux, les recherches scientifiques et les applications techniques qui en découlent. Il convient d’affiner l’analyse. De toutes les portions dégagées des 80% du produit, celle absorbée par la consommation somptuaire ou individuellement thésaurisée par tous les privilégiés, tout en étant très copieuse, reste bien en deçà de toutes les autres, et en particulier de celle dévorée par la chose militaire. Elle est par contre, la partie déterminante et décisive dans tous les domaines, y compris dans l’enseignement, la santé et les sciences. Le système fonctionne par et pour cette partie, d’un bout à l’autre. Ceux qui jouissent de cette partie là constituent l’élément subjectif du mécanisme économique mondial. Ce sont eux qui imposent l’ordre et la patrie dans la chasse gardée nationale ; ils sont l’agglomérat anthropomorphique de la civilisation capitaliste. Rien, absolument rien d’officiel ne se fait sans correspondre à la convenance actuelle et à l’affirmation future de son système ; bref, à sa convenance en tant que couche sociale exploiteuse. Dit de façon plus restrictive et directe, toute application technologique, de la plus simple à la plus perfectionnée, doit servir à agrandir la part des privilégiés et à réduire celle des travailleurs : encore plus de 80% pour les premiers, et moins de 20% pour les seconds. Rapportée à la population humaine, la modernisation technologique donne à 750 millions de privilégiés la majeur partie de la production, et la petite partie des 20% va aux 4250 millions habitants de la Terre ( note2 ). Cette divergence ira en s’agrandissant au fur et à mesure des perfectionnements techniques. S’il n’en était pas ainsi, aucun capitalisme n’appliquerait la moindre innovation, cela va de soi. A tel point que même celles qui existent fonctionnent à tout moment avec une limitation préméditée. Une autre conséquence, complètement négative, de la technologie au service du capitalisme, en est le chômage ouvrier. Il ajoute au paupérisme relatif de ceux qui travaillent, la paupérisation absolue des sans-travails à toute la classe, sans parler ici de l’enrégimentement semi-militaire de toutes les activités, selon le modèle du Japon. C’est ce pays du lointain Orient, déversant un déluge de marchandises bon marché malgré les distances, et de bonne qualité, qui a déclenché la course à la compétitivité où sont embarqués les occidentaux, et que maintenant Gorbatchev veut singer en Russie. Mais ni Gorbatchev ni personne de son bord ne pourra échapper aux impératifs du système mondial dans lequel la Russie s’est incrustée. Les oligarques du parti dictateur ont toujours prétendu que le chômage était exclu sur leurs domaines. Franco en prétendait autant pour l’Espagne, parce qu’il le dissimulait aussi, mais par « charité chrétienne ». Les dictateurs russes le font, poussés par leur fausseté invétérée. Mais ils sont arrivés à un tel stade de dégradation mentale, qu’ils ne se rendent même plus compte que leur propre expression leur inflige un cinglant démenti. En effet, pour qu’il n’y ait pas, pour qu’il ne puisse pas y avoir de chômage, l’unique mais inévitable condition est que la classe ouvrière elle-même ait disparu. Rare, diffus, plus ou moins bien caché, le chômage est indissociable de la fonction précise du travail exploité. Jusqu’à présent, la Russie occultait son chômage par le retour au village d’origine, au moyen de nombreux camps de travaux forcés, par la déportation, par le vagabondage, que la corruption généralisée encourage, par des occupations plus mal payées qu’un chômeur dans d’autres pays, ainsi que par la productivité très basse due à son arriération technologique. A cela il faut encore additionner 7 à 9 millions de militaires mobilisés en permanence. Surajouté aux effets dévastateurs de la contre-révolution, on obtient un tableau clair de la faiblesse matérielle de la Russie comme puissance impérialiste, de sa fragilité partout où elle domine, de même qu’à l’intérieur de ses frontières, où la population méprise et déteste tout ce qui vient du pouvoir ou est en rapport avec lui. C’est également ce qui rend à peu près nulle sa compétitivité internationale. Pour simplement tenter de corriger ces maux et défauts, la gorbatchade doit se mettre à l’école de ses semblables occidentaux et japonais. Désormais, cela ne lui vaut rien de cacher le chômage, ou de le minimiser par ses statistiques. Plus de 15 000 ouvriers ont été licenciés dans les chemins de fer de Biélorussie. « On parle » (impersonnel, parce que l’opacité baptisée transparence laisse passer peu de lumière) de centaines de milliers dans la zone industrielle du Nord et des millions suivront, en plus des sans-travails cachés antérieurement. Plus la réorganisation technique sera effective, plus elle entraînera de licenciements, outre ses divers effets négatifs. Dans le cadre du système existant, c’est un résultat non seulement inévitable, mais nécessaire à sa prospérité dans chaque pays et internationalement. Aux États Unis, la reprise de la croissance est loin d’avoir absorbé tout le chômage. De même en Allemagne. Au Royaume Uni, économie et chômage croissent en même temps. En France, des hommes du gouvernement fixent à 2,5 millions « incompressibles » le nombre de chômeurs, une fois atteinte la croissance maximale attendue. La concurrence mercantile, la compétitivité tant voulue compte pour beaucoup dans les projets de Gorbatchev et Cie, car c’est en dernière instance le soubassement matériel qui oppose le bloc militaire commandé par la Russie à celui commandé par les États Unis. Or sa démarche préliminaire consiste à faire marquer le pas à son économie, si maladive, le pas exigé aujourd’hui par un capitalisme moyen quelconque. Les hiérarques du Parti État n’ignorent pas leur dangereuse infériorité dans ce domaine. Elle affaiblit aussi leur capacité militaire, malgré les soins et les dépenses spéciales accordées à cet aspect de la production. Cette double considération inspire les manœuvres sur l’armement atomique. Il s’agit donc d’une détermination de la concurrence marchande, et par conséquent, militaire , envisagée à longue échéance, sauf incidences imprévisibles. Toutefois, l’aspect concurrentiel du capitalisme dans l’actuelle conjoncture, à partir de laquelle le perfectionnement technique, même important, loin de porter un développement social, lui fait obstacle et le corrode, ne nous intéresse pas, nous les révolutionnaires, sauf pour le dénoncer : une exigence réactionnaire à démanteler. Et cette dénonciation est une des conditions indispensables à la reprise d’une activité révolutionnaire générale. Il est écrit dans des documents de notre tendance, et on le voit ratifié par tout ce qui se passe dans les deux Blocs et même dans les pays arriérés, que le capitalisme n’est plus en mesure de se servir de la science de manière pleinement scientifique. A l’opposé, il contre les intérêts immédiats des individus, dont l’ensemble représente les intérêts collectifs et historiques de l’humanité ; il utilise la science contre la science elle-même. L’esquive politique de la transparence mérite de notre part beaucoup plus d’attention que la charlatanerie technologisante de Gorbatchev ou de tout autre. De même que Khrouchtchev autrefois, et d’autres dans la pénombre, le nouveau Secrétaire Général se rend compte, sans le dire pour autant, qu’un des plus importants obstacles au fonctionnement normal de l’économie russe, toutes choses égales par ailleurs, se trouve dans la résistance passive. Elle est universellement opposée aux conditions de vie, de travail, de ravitaillement, ainsi qu’au mensonge informatif quotidien dont toute la population est victime, la classe ouvrière en particulier. C’est le mépris, jusqu’à la nausée, auquel est vouée la caste dictatoriale. Aussi longtemps que cet empêchement durera, ni la robotique, ni l’informatique, ni une quelconque découverte scientifique n’arrangeront les affaires internes des gouvernants. Pas d’avantage hors des frontières où rien n’inversera la débandade des partis pro-russes. La transparence ou netteté (glasnot) tant vantée vise à surmonter ces difficultés. Gorbatchev personnellement laissa tomber dans un de ses discours sur la réorganisation : « Ce sera une seconde révolution de 1917 ». L’appât ainsi jeté révèle (il faut s’en féliciter) que la braise de 1917 réchauffe encore le cœur des prolétaires, au contraire de ce que couvent tant de mentalités d’intellectuels grandis dans le sérail de la caste bureaucratique. Eveiller un espoir dans le sens d’Octobre rouge donnerait au pouvoir un crédit nouveau, provisoirement au moins, mais monnayable en plus-value. Les « réhabilitations » et les retouches à l’histoire vont dans le même sens, encore que fausses-elles aussi, en plus de ce que l’on taxe de liberté. Le tout porte indéfectiblement le sceau du système : KGB . Il est certain que la masse des exploités restera dans l’expectative, sans mordre à l’appât qu’on lui met sous le nez. Mieux, il existe la possibilité et donc la nécessité pour les opprimés, de transformer l’hostilité passive en lutte active, jusqu’à se ruer insurrectionnellement à l’assaut du Parti-État, dans son repaire même. Pour conjurer cette possibilité précisément, Gorbatchev brandit comme un leurre le souvenir de 1917. Il sait pertinemment qu’une récurrence révolutionnaire du prolétariat ferait table rase du régime politique et du système économique. Devant une telle nécessité, ceux qui mendient la démocratie et les réhabilitations prêtent leur concours aux manœuvres du KGB contre la révolution. A ce sujet, les organisations qui se réclament de Trotski et qui demandent à ses assassins de le réhabiliter méritent une mention spéciale d’infamie. Elles salissent sa mémoire et lavent le visage de la contre-révolution. L’escroquerie idéologique a été à la base du stalinisme dès ses premiers agissements et sera toujours présente dans chacune de ses phases. Celle qui entre en jeu avec Gorbatchev représente le comble de l’escroquerie constante et générale. Pour tous les hiérarques, elle a quelque chose de désespéré, car pendant un bon demi-siècle d’absolutisme dans tous les aspects, ils n’ont pas réussi à mettre en marche normalement leur capitalisme, ni apaisé l’hostilité de leurs sujets. On ne doit faire aucune conjecture sur le déroulement de la Gorbatchade, et d’autant moins qu’elle sera orientée dans un sens ou dans un autre par des évènements et des situations internes mais aussi externes au Bloc russe. Toutefois, une chose est indubitable : pour que le dénouement se produise du côté révolutionnaire, il faut que le prolétariat donne l’assaut au pouvoir et détruise toute l’œuvre de la contre-révolution, c’est à dire du stalinisme. Dans ce sens les révolutionnaires du monde entier ont le devoir d’aider le prolétariat russe. Malgré son bavardage plus ou moins trompeur, Gorbatchev ne peut cacher sa filiation contre-révolutionnaire. Rassurant spécialement les siens, il a dit : « le stalinisme est une invention de l’ennemi ». Il fait référence aux ennemis de la contre-révolution, les premiers qui l’ont appelée stalinienne, et par la même occasion, il offrait une garantie à la caste contre-révolutionnaire dont lui-même fait partie. Sous sa dictature ou sous celle d’un autre, tout ce qu’entreprendra le Parti-État aura pour objectif de revigorer et perfectionner les relations d’exploitation et le despotisme des gouvernants. Cependant, sans préjudice de ce qui vise à donner le change à la classe ouvrière, et de garanties à ses semblables de l’appareil, la haute bureaucratie est contrainte de se démasquer en ayant recours à l’impérialisme rival. Elle sollicite l’appartenance au Fond Monétaire International (FMI) et à d’autres organismes du même bord : elle a proclamé « l’interdépendance des États de la communauté mondiale », quelque chose que seule permet l’identité du système économique, même si les régimes politiques sont différents. Plus récemment, le bavard Secrétaire Général a déclaré : « L’Union Soviétique fait aussi partie de l’Europe », clin d’œil évident à la Communauté capitaliste européenne. Elle tache aussi de s’introduire parmi les actionnaires constructeurs du tunnel sous la Manche (avec Bouygues du côté français). Et toutes les oreilles écoutent avec complaisance. Dans une conférence des pays occidentaux réunis au Minnesota, au moment de terminer cet article, on déclara sans qu’il y ait la moindre opposition, qu’il était souhaitable d’aider la Russie à sortir de sa condition de « nain économique ». Pas plus que des mesures intérieures, l’aide occidentale ne pourra sortir la Russie du marasme social et de la dégradation où la caste stalinienne l’a embourbé pendant d’interminables décennies. Sans mentionner d’autres raisons importantes, cette impossibilité est établie par la raison historique fondamentale : la technologie, entre les mains du capital, ne peut plus être utilisée - il faut l’avoir à l’esprit en permanence - que contre l’homme. C’est une réalité mondiale chaque fois plus accablante. C’est ainsi que se manifeste la crise de la civilisation capitaliste, dans laquelle s’est introduite la contre-révolution bureaucratique, sous couvert de « socialisme » en un seul pays. Il se produit donc une double corroboration, puisque à cet effet négatif s’ajoute, exaspérant, le régime politique comme garant de l’énorme contrefaçon historique. Nous ne pouvons que mettre au pilori la Gorbatchade, en la dénonçant sous tous ses aspects avec le maximum d’énergie. L’aider, ou lui accorder un tant soit peu de crédit, c’est trahir la future révolution russe et mondiale. Il ne peut pas y avoir une autre transparence . Il faut parler pour les exploités. Quoique notre voix n’atteigne certes pas la Russie actuellement, cela vaut également pour la Chine, les États Unis, l’Europe occidentale, l’Asie, l’Amérique Latine, du Mexique et de Cuba jusqu’au Chili et l’Argentine. Partout il faut clamer : nous ne trouverons aucune solution sans changer de haut en bas la distribution du produit social du travail dénoncée au commencement de cet article. Les 4500 millions de personnes (85% de la population) actuellement rationnées avec seulement 20% du produit de leur travail, doivent s’emparer de la totalité et supprimer toute dépense, toute activité ne répondant pas à leur propre consommation, y compris culturelle, sanitaire, etc. A cette fin, il est indispensable de ravir le pouvoir aux 15% de capitalistes individuels ou collectifs qui accaparent les 80% de la richesse. La classe ouvrière deviendra ainsi le facteur subjectif de l’économie, représentant la société tout entière. Une nouvelle civilisation sera inaugurée, mondiale, sans classe, sans État, sans oppression. Cela commencera là où l’occasion s’en présentera, et elle peut, elle doit se présenter en Russie. La résistance passive abandonne le chemin, libre, à ce qui existe, et en Russie le KGB guettera toujours dans chaque usine, dans chaque quartier, derrière chaque coin de rue. Contre lui il faut s’organiser en tant que classe exploitée, et comme parti politique révolutionnaire au sein de la classe. Septembre-octobre 1987. G. Munis. (1) Analyse complète du passage de la révolution à la contre-révolution dans Parti-État, stalinisme, révolution , Éditions Spartacus, Paris 1975. Téléchargeable sur ce site à la page : Publications du FOR . Retour au texte (2) Ces pourcentages peuvent ne pas être exactes, mais ils donnent une idée claire, quoique mitigée, du fonctionnement économique du système capital-salariat. Retour au texte Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # Mai 68, un anniversaire? URL: https://for.marxismo.school/mai.html Résumé: À l’occasion de l’évocation des évènements de mai-juin 1968 en France, nous reproduisons ici deux tracts distribués par notre organisation à l'époque. Le mouvement de… MAI 68, UN ANNIVERSAIRE? À l’occasion de l’évocation des évènements de mai-juin 1968 en France, nous reproduisons ici deux tracts distribués par notre organisation à l'époque. Le mouvement de contestation, mené par les étudiants, s’est caractérisé par sa force numérique (la grève de masses), sa détermination (la violence des affrontements), sa méfiance des appareils (le refus des revendications syndicales). Cependant ses faiblesses devant les mêmes appareils, syndicaux et staliniens, l’enfermement dans les entreprises et les universités, la force de l’ouvriérisme sous toutes ses formes, en ont fait la proie de l’État et de son pilier syndical. Mieux qu’une longue analyse de "commémoration", ces textes expriment la participation et la critique de notre tendance à cette lutte. TOUT EST POSSIBLE A LA FORCE DE LA CLASSE OUVRIÈRE EN ACTION Le mouvement de grèves et d’occupations d’usines consécutif à la nuit du 10 au 11 mai doit accomplir les objectifs historiques du prolétariat, devenus immédiats, ou bien il aboutira à un compromis avec le pouvoir capitaliste, au terme duquel le prolétariat se trouvera, une fois encore, esclave du capital. Rappelez-vous juin 36 : « Il faut savoir terminer une grève » (Thorez), et pour que les ouvriers acceptent d’abandonner les usines, la concession des 40 heures de travail, qui a abouti à l’exploitation sans frein par le salaire de base, le travail à la pièce, les primes, les chronométrages, les heures supplémentaires. L’occupation actuelle doit continuer et s’étendre à tout le système économique, banques comprises. Mais l’occupation doit prendre la forme de la « restitution des instruments de production à la société » (Marx). Or, une telle restitution ne peut se faire que par voie de la classe ouvrière elle-même. Il ne peut s’agir de rendre au capital les usines et les facultés moyennant certaines concessions, si importantes soient-elles, mais de les garder en qualité de PROPRIÉTÉ COMMUNISTE, et les METTRE en MARCHE, tout comme le mécanisme social - production, consommation, enseignement, etc. - au service de l’homme, sans exploitation. CEUX QUI PRÉPARENT UNE COMPROMISSION AVEC LE CAPITAL TRAHISSENT LA CLASSE OUVRIÈRE. Le gouvernement pourrait faire deux concessions apparemment importantes : nationalisation des grandes industries et cogestion des entreprises. C’est à dire qu’il pourrait aller jusqu’à admettre la supervision, par quelques ouvriers, de l’exploitation de tout le prolétariat. Et tant mieux si les superviseurs sont désignés « démocratiquement » tel les députés parlementaires. NON A LA COGESTION DES ENTREPRISES ! Ce qu’il faut imposer, c’est LA GESTION EXCLUSIVE PAR LES TRAVAILLEURS DE TOUTE L’ÉCONOMIE, ET LEUR POUVOIR POLITIQUE. NON AUX NATIONALISATIONS QUE LE POUVOIR SE DISPOSERAIT À ENTREPRENDRE EN PARLANT DE SOCIALISME ! Outre que cela instaurerait un capitalisme d’État, le sort des travailleurs ne s’en trouverait pas amélioré (voir Renault, etc.). La classe ouvrière, unie autour d’idées révolutionnaires, non derrière des capitulards, est assez forte pour s’imposer et presque sans violence. En adoptant ces positions révolutionnaires les ouvriers et les étudiants de France rendraient vaines aujourd’hui et dissoudraient les institutions répressives de l’État capitaliste. Afin d’empêcher ce développement socialiste, les syndicats parlent, tout comme leurs partis, d’empêcher toute ingérence extérieure à la classe ouvrière (il s’agirait des manifestations de solidarité des étudiants) et de rien faire qui ne soit décidé par les assemblées syndicales. La démocratie révolutionnaire prend son point de départ dans la souveraineté absolue de la classe ouvrière, qui est située au-dessus de tous les partis, de tous les syndicats, quels qu’ils soient. A plus forte raison au-dessus des partis et des syndicats qui osent dire à cette classe ouvrière : gardez les usines jusqu’à la signature de nouvelles modalités d’exploitation (nouveaux contrats collectifs). Ce sont ces mêmes hommes qui mettent en garde la classe ouvrière contre des ingérences extérieures. D’où viennent en réalité ces ingérences? La loi interdit l’élection de délégués non désignés par les syndicats, privilège énorme consenti par l’État capitaliste à ses éléments détachés à l’intérieur de la classe ouvrière. Et voilà pourquoi la résolution de la CGT (L’Humanité du 18 mai) demande l’extension des libertés syndicales, aujourd’hui opposées aux libertés ouvrières. TRAVAILLEURS, DÉSIGNEZ VOUS-M Ê MES VOS DÉLÉGUÉS, VOS COMITÉS D’USINES (SOVIETS) INDÉPENDAMMENT DE TOUTE APPARTENANCE SYNDICALE OU POLITIQUE. ACCUEILLEZ LES REPRÉSENTANTS D’AUTRES COMMUNAUTÉS OUVRIÈRES, ESTUDIANTINES, DE TRAVAILLEURS EN GÉNÉRAL. Ceux qui craignent la contradiction en ce moment, ce sont ceux qui veulent garder les privilèges que la loi leur a donnés. La CGT prétend, ELLE, être la classe ouvrière, tout comme de Gaulle prétend être, LUI, la France. Or c’est une réalité que l’État gaulliste s’appuie sur la CGT et sur d’autres centrales syndicales, et qu’il leur baille des subventions, ce qui en fait des organismes du système d’exploitation et, par conséquent, des forces extérieures au prolétariat et donc des forces ennemies. DE LA LIBRE DISCUSSION AU SEIN DES ORGANISMES ÉLUS PAR L’ENSEMBLE DE LA CLASSE OUVRIÈRE DÉPEND L’AVENIR DU MOUVEMENT ACTUEL. EN AVANT POUR UNE SOCIÉTÉ COMMUNISTE, SANS CAPITAL NI SALARIAT ! 19 MAI 1968 EN GARDE CONTRE LES APPAREILS Les usines, les facultés occupées par les ouvriers et les étudiants ne pourront, en aucun cas, être récupérées directement par le patronat et l'État. La récupération ne pourra avoir lieu que par l’intermédiaire des appareils politiques et syndicaux, auxiliaires du capitalisme, principalement les plus forts d’entre eux. Ils sont en train de la négocier. Ils conspirent contre la classe ouvrière, contre le mouvement révolutionnaire et sa nouvelle impulsion. Travailleurs, étudiants, lorsqu’on vous dit que l’occupation des usines ne cessera qu’après satisfaction des revendications présentées (par les syndicats, pas par les ouvriers eux-mêmes) on VOUS TEND UN PIÈGE, car CES REVENDICATIONS SERVIRONT À REMETTRE EN MARCHE L’EXPLOITATION ET L’ENSEIGNEMENT CAPITALISTES. On prétend étrangler le mouvement ouvrier-étudiant de l’intérieur. Réagissez vigoureusement, organisez-vous en comités d’usines, de faculté, etc., élus en assemblée générale avec droit de parole et de vote pour tous, syndiqués ou pas. UNISSEZ TOUS CES COMITÉS EN UNE SEULE CONVENTION CENTRALE ; elle sera la source du pouvoir surgi de la lutte contre le système, ce sera la seule légitimité non trompeuse. De l’usine à l’école et la banque, les comités doivent se préparer à remettre en marche tous les circuits économiques de production et de distribution sur des bases socialistes, sans déléguer leurs fonctions ni leurs pouvoirs à aucun autre organisme, et encore moins à un État quelconque, avec police et armée permanentes. Ainsi que l’émancipation des travailleurs, le socialisme sera l’œuvre des mêmes travailleurs, PAS CELLE D’UN ÉTAT PROPRIÉTAIRE DES INSTRUMENTS DE PRODUCTION et armé de pied en cap. La classe ouvrière, les étudiants et la majorité de la population n’ont qu’une seule revendication immédiate : A BAS LE SYSTÈME CAPITALISTE ! ## A BAS L’EXPLOITATION DU TRAVAIL SALARIÉ ! VIVE L’ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA SOCIÉTÉ COMMUNISTE ! PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS, SUPPRIMEZ LES ARMÉES, LES POLICES, LA PRODUCTION DE GUERRE, LES FRONTIÈRES, LE TRAVAIL SALARIÉ ! Paris le 23 mai 1968 ## Groupe 10 mai-Révolution Mondiale Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org ## --- # Schéma des divergences avec Socialisme ou Barbarie URL: https://for.marxismo.school/SouB.html Résumé: Coup d'oeil critique du FOR sur Socialisme ou Barbarie (mars 1961). SCHÉMA DES DIVERGENCES AVEC SOCIALISME OU BARBARIE FERMENT OUVRIER RÉVOLUTIONNAIRE SOCIALISME OU BARBARIE 1/ Recul du prolétariat résultant des défaites successives depuis 40 ans, provoquées principalement par la contre-révolution russe, les groupes d'avant-garde n'ayant pas assimilé la nature de ces faits ni les conséquences qui en découlent. 1/ Résultat de l'incapacité du prolétariat et du développement du capitalisme. En 1948-50 ils disaient : "les ouvriers sont staliniens; c'est une étape nécessaire dans leur développement". Derrière il y a économisme, admiration des chiffres. 2/ Nous n'attendons pas une nouvelle période révolutionnaire de la pression des conditions objectives sur la classe ouvrière, moins encore d'une crise cyclique. Les conditions objectives de la révolution existent en permanence, et la croissance des moyens de production ne peut avoir, dès ce moment, que des conséquences réactionnaires. 2/ Il ne peut y avoir de période révolutionnaire du moment que les forces capitalistes se développent. Ils parlent d'un capitalisme arriéré et d'un autre avancé, d'une jouissance accrue des ouvriers, qui ne seraient plus tout à fait privés des produits de leur travail. Pas question de leurs parler de révolution : "ne pas dire ce qui ne peut pas être compris". 3/ Les luttes ou les guerres d'indépendance nationale sont provoquées par la préparation d'une future guerre mondiale et s'encadrent dans la défaite générale du prolétariat depuis plusieurs décennies. Elles sont toutes réactionnaires, depuis la Chine jusqu'à Cuba et l'Algérie. 3/ Tout cela est progressif, sinon révolutionnaire. En France ils ont là-dessus la même position que bourgeois et staliniens. Leur anti-impérialisme n'est pas prolétarien, et qu'ils le veuillent ou non, ils font le jeu de l'impérialisme russe. 4/ Lutte à fond contre les syndicats, principaux appuis des partis réactionnaires qui se disent encore ouvriers. 4 / Incapables de faire face aux syndicats sinon comme critiques de gauche, quoiqu'ils aient par ailleurs copié notre position de principe là-dessus. 5/ Défaitisme révolutionnaire à outrance, même en temps de paix, face aux sergents recruteurs des deux blocs dans les usines, les syndicats respectifs, la propagande politique en générale. Il est indispensable pour mener les revendications immédiates à bien. 5/ En temps de paix comme en temps de guerre le défaitisme révolutionnaire leur échappe. Il y a quelques années ils le considéraient hors d'usage, une survivance de la guerre 14-18. Ils se trouvent toujours en marge de l'internationalisme. 6/ Signification des évènements de mai 58 : Épisode de la décadence du capitalisme français et mondial. Possibilité et nécessité de créer un nouveau pôle de regroupement révolutionnaire. 6/ Lutte du capitalisme "avancé" contre le secteur arriéré. Impossibilité de faire quoique ce soit, refus d'entreprendre la fondation d'un parti et même d'un journal. 7/ Mots d'ordre immédiats totalement nouveaux. Ils ont été dénombrés dans Alarma n° 2 et dans mon exposé de Londres. ( note1 ) 7/ Aucun de nos mots d'ordre n'est défendu par eux dans leur propagande journalière. Ils restent dans les anciens mots d'ordre et en général sur les mots d'ordre du Programme de transition. 8/ Hongrie 1956 : Soulèvement révolutionnaire entaché de stalinisme et de nationalisme. 8/ Révolution parfaite. Le contenu du socialisme tel qu'il est défini par Chaulieu dans ses articles de Socialisme ou Barbarie, introduit la confusion là où il y avait clarté. "Ce qu'il y a de vrai n'est pas nouveau, et ce qu'il y a de nouveau n'est pas vrai." Londres mars 1961 - G. Munis (1) Voir le texte intégral Pour un second manifeste communiste , chapître Les tâches de notre époque . Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # Vielles nations, nouvelles luttes, vielles rengaines URL: https://for.marxismo.school/vnv.html Résumé: VIELLES NATIONS, NOUVELLES LUTTES, VIELLES RENGAINES Quelle est la signification des luttes de libération nationale, lorsque aujourd’hui, elles se développent vigoureusement contre la Russie ? On sait que depuis la deuxième guerre mondiale, l’Afrique et l’Asie ont vu apparaître de nombreuses nations, libérées du joug colonial, et dont une bonne partie est allée rejoindre la banlieue de Moscou. Ce phénomène, baptisé décolonisation, a été longtemps considéré comme progressiste par différents courants se réclamant du mouvement ouvrier et de Lénine. Celui ci s’est sans doute retourné plusieurs fois dans ses bandelettes, tant sa position sur la question a été galvaudée, déformée et momifiée. En effet, Lénine et les bolchéviques, à la suite de Marx, affirmaient que les révolutionnaires devaient soutenir les luttes de libération nationale des nations opprimées par les nations impérialistes ou colonialistes, s’allier organisationnellement aux prolétaires de ces pays pour faire pièce aux manœuvres des bourgeoisies locales et enfin s’allier aux bourgeois radicaux des pays les plus arriérés. Or déjà à l’époque, d’autres révolutionnaires, avec en tête Rosa Luxembourg, s’opposaient vertement à ce qu’ils considéraient comme un abandon du centralisme et de l’objectif révolutionnaire immédiat, mis à jour dans la période où il polémiquaient (1916-19). Selon elle, il ne s’agissait rien moins que d’abandonner les prolétaires des nations opprimées aux mains de leurs bourgeoisies respectives : « ...ce fameux droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’est qu’une phrase creuse, une foutaise petite-bourgeoise. Que signifie ce droit en effet ? C’est un principe élémentaire de la politique socialiste, qu’elle combat, comme toute sorte d’oppression, celle d’une nation par une autre. Si malgré tout, des hommes politiques aussi réfléchis que Lénine, Trotsky et leurs amis, qui n’ont que haussements d’épaules ironiques pour des mots d’ordres utopiques tels que « désarmement », « société des nations » etc. ont fait cette fois leur cheval de bataille d’une phrase creuse du même genre, cela est dû, nous semble t- il, à une sorte de politique d’opportunité. » « Malheureusement (...), le calcul s’est révélé entièrement faux : tandis que Lénine et ses amis espéraient manifestement que, parce qu’ils avaient été les défenseurs de la liberté nationale, et cela jusqu’à la séparation complète, la Finlande, l’Ukraine, la Pologne, la Lituanie, les pays baltes, le Caucase, etc., deviendraient autant d’alliés fidèles de la Révolution russe, nous avons précisément assisté au spectacle inverse : l’une après l’autre, toutes ces « nations » utilisèrent la liberté qu’on venait de leur octroyer pour s’allier à l’impérialisme allemand contre la République russe. » Rosa Luxembourg, La révolution russe (Ed. Spartacus. p.17 et 18). Néanmoins, l’ardeur de la polémique, attisée par l’urgence de la situation, n’empêcha jamais ces révolutionnaires d’admirer Lénine et Trotsky, tant pour leurs qualités intrinsèques que pour la hauteur de vue qui les animait, y compris sur la question nationale. C’est qu’ essentiellement , Lénine et Trotsky oeuvraient pour donner au prolétariat le rôle dirigeant dans toutes les luttes. L’erreur était de mener ce travail dans le combat national, où la classe ouvrière avait tout à perdre et rien à gagner. Les bolchéviques (et d’autres avec eux, sur ce terrain) ne s’appuyaient pas seulement sur la situation de l’Empire russe. Ils avaient aussi en tête l’action de Marx et d’Engels dans la Première Internationale, en faveur de l’indépendance de la Pologne et de l’Irlande. Ces luttes constituèrent en Europe une excellente mobilisation des prolétaires contre leur propre bourgeoisie, élargissant l’horizon des organisations ouvrières encore enfermées dans les cadres nationaux. Elles insufflèrent à Lénine sa magnifique proclamation du défaitisme révolutionnaire et de l’internationalisme prolétarien, sans laquelle la révolution d’Octobre n’est pas compréhensible. Le fond internationaliste des bolchéviques estompa partiellement le caractère erroné de leur position sur « l’autodétermination des nations », jusqu’aux premières difficultés de la révolution, où elle constitua un facteur nettement négatif, durement ressenti par les révolutionnaires européens. Le reflux révolutionnaire en Allemagne et la transformation contre-révolutionnaire en Russie ne permirent pas de résoudre un débat pourtant tranché dans les faits. Aussi parmi les tendances qui s’opposèrent à la dégénérescence puis à la contre­révolution (sans la percevoir explicitement comme telle) staliniennes, celles qui furent les mieux structurées n’eurent pas la capacité de remettre en cause cette erreur. L’Opposition de Gauche italienne, regroupée derrière Bordiga, se fit exclure de la IIIème Internationale (en fait déjà transformée en Komintern). Sur la question nationale, elle systématisa l’erreur de Lénine, sans pouvoir assimiler tout ce qui avait pu changer pour le prolétariat avec la contre-révolution à partir de la Russie, et sur ce quoi nous reviendrons plus loin. Durant la guerre de 39-45, les différentes fractions de ce courant ne surent défendre le défaitisme révolutionnaire qu’à partir de 1942. Dans l’après-guerre, elles se regroupèrent en un Parti qui se scinda bientôt en deux, entre autre à cause de divergences sur la question des luttes de libération nationale. Seul le PCI-Programme Communiste ( note1 ) continua de véhiculer l’ancienne position de Bordiga. Conséquemment, il défendit la libération nationale de l’Algérie et se rangea derrière le FLN, identifié comme parti de la « bourgeoisie radicale » d’un pays arriéré. Cette organisation révolutionnaire, refusant de considérer l’absorption des luttes de libération nationale dans les luttes inter-impérialistes, se retrouva à la remorque d’une clique téléguidée par Moscou et Le Caire. L’autre Opposition de Gauche à la IIIème Internationale, plus importante par son nombre et son audience, fut bien sûr celle regroupée derrière Trotsky. Sa position sur la question nationale fut tout d’abord celle de Lénine... et de Trotsky, inchangée jusqu’à la formation de la IVème Internationale en 1938. En 1939, lorsque la deuxième guerre mondiale éclata, la IVème Internationale publia aussitôt un manifeste défaitiste révolutionnaire, inspiré directement de celui de Lénine, un quart de siècle auparavant. Mais derrière cette excellente déclaration de principe, on ne trouva réellement que quelques groupes authentiquement communistes (en France, au Mexique, en Grèce,...) qui surent défendre becs et ongles l’internationalisme prolétarien. Constituée de bric et de broc (bric du SWP américain, broc de « la Vérité » en France, par exemple), la IVème Internationale bascula rapidement dans la « Résistance » nationale, où elle s’inféoda mortellement au stalinisme. Elle ne pouvait plus être une force révolutionnaire. Notre tendance, illustrée à ce moment là par des militants trotskystes espagnols, réfugiés au Mexique et en France, maintint fermement le cap internationaliste et rompit avec la IVème Internationale en 1948, lors de son premier congrès, sur la question des résistances nationales et de la nature de l’URSS. Désormais, la IVème Internationale et ses filiations ne furent plus qu’à la traîne du stalinisme et soutinrent toutes ses perfidies, en particulier les prétendues luttes de libération nationale, en réalité simples conflits inter-impérialistes où ils se rangèrent dans le camp russe ( note2 ). De LO à la Ligue en passant par toutes les tendances, ils soutinrent tous le bourreau Ho-CHi-Minh, massacreur des prolétaires vietnamiens... et des trotskystes en particulier. Libérer le Vietnam de la présence américaine signifiait simplement l’emprisonner dans les griffes russes, sans aucune considération quant à l’existence du prolétariat et à la nécessité d’une politique qui lui soit propre, au Vietnam comme ailleurs. Car c’est bien là que se trouve le changement par rapport aux conditions qui prévalurent jusqu’à la première guerre mondiale. Auparavant, les luttes de libération nationale n’étaient pas pour autant des combats de la classe ouvrière. Mais elles pouvaient bénéficier au prolétariat dans la mesure où elles s’intégraient au développement social engendré par le capitalisme, bousculant les vieilles entraves des systèmes sociaux antérieurs, favorisant l’expansion de la classe ouvrière, et entraînant le projet communiste à embrasser une réalité toujours plus vaste. A l’ampleur du développement social capitaliste, répond l’ampleur de la capacité prolétarienne à imposer le communisme et à impulser par là-même un nouveau mode de développement social. Or les bornes de ce développement capitaliste ont été mises en évidence par la possibilité et la réalité d’une première guerre mondiale, indiquant l’accomplissement de la domination du capital sur la planète. Cette domination complète signifie que même si l’on rencontre des survivances de modes d’exploitation antérieurs, elles sont reliées, intégrées, absorbées totalement par les circuits mondiaux de l’exploitation capitaliste. Dès lors, plus aucun développement social d’ensemble n’est possible sous l’égide du capital, le système capitaliste est caduc, décadent ; croissance et développement, jusque là concomitants, se découplent et s’opposent même. A ce stade de développement, correspond la capacité du prolétariat à affirmer d’emblée pour le monde entier, le projet révolutionnaire communiste. Cette capacité signifie que même si l’on rencontre des exploités d’un autre type que les prolétaires, ils ne peuvent plus avoir la moindre indépendance relativement aux objectifs prolétariens. En effet ils sont reliés et soumis au même mode général d’exploitation et d’oppression ; on doit les considérer comme une partie du prolétariat mondial. Les combats ne concernant pas directement et uniquement la classe ouvrière, non seulement ne lui servent pas, mais lui sont désormais irréductiblement opposés. A cette impossibilité de développement social par le capitalisme, a correspondu l’offensive mondiale du prolétariat. L’embrasement communiste, entre 1917 et 1937, fut et reste la seule possibilité offerte à l’humanité pour un redémarrage de son développement, libéré cette fois ci du carcan étouffant de la loi de la valeur, du salariat et de l’État. L’échec de la tentative communiste s’est d’abord manifesté en Russie, alors que l’impulsion de la lutte mondiale du prolétariat y avait été donnée. L’ignominie de la contre-révolution entamée en Russie, provient non seulement de sa bestialité sanglante (bien connue aujourd’hui de tous), mais surtout de l’escroquerie sur laquelle elle repose. A savoir que par le mensonge, la terreur et la vénalité, la contre-révolution stalinienne a répandu la confusion hallucinante du communisme et du capitalisme d’État. La Russie stalinienne, produit et agent de la contre-révolution, a peu à peu constitué un bloc militaro-économique en procédant par des guerres de rapine et des alliances successives avec toutes les grandes puissances impérialistes. Elle a englouti les Etats baltes et un bout de Pologne en s’alliant avec Hitler ; les USA ( note3 ) lui ont « laissé » huit pays en Europe et quatre en Asie, pour s’être laissé attaquer par son allié nazi de la veille. Invariablement, Staline et ses sbires occidentaux entonnaient l’incantation magique du « droit à l’autodétermination des peuples » en dansant autour de la momie de Lénine. Poursuivant avec résolution et bénédiction patriarcale, la politique des Tsars, l’État russe a ainsi mené à bien la « libération » ou la guerre de « libération » d’innombrables peuples, nations, ethnies, tribus ou copains dans le monde. C’est que de fait, la libération nationale est devenue une impossibilité avec la décadence. Sauf mauvaise foi ou bêtise congénitale aggravée, il n’est pas possible de confondre ce que Lénine entendait par lutte de libération nationale (ce que nous avons résumé au début de l’article), et l’annexion pure et simple avec mise en coupe réglée des pays, que l’Empire russe a pratiquée sous la même appellation de 1940 à 1980. La concurrence et l’affrontement avec l’autre bloc (USA) lui ont ravi une à une toutes les nations qui étaient politiquement et géographiquement en mesure de le faire, préférant l’infâme joug américain à la délectable libération russe (Yougoslavie, Chine, Albanie, Algérie, Egypte, Somalie, etc.). Le ralentissement, puis l’arrêt des « libérations » s’est fait principalement suite à la désorganisation d’une économie fragile, entièrement absorbée par l’effort de guerre, seule ressource réelle d’un empire dont le fondement est l’écrasement de toute lutte prolétarienne. C’est cette même lutte prolétarienne, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, qui a désorganisé un à un tous les rouages du Parti- É tat, par la résistance passive, la grève et l’insurrection. Lentement mais sûrement, les prolétaires ont fermenté la désagrégation du bloc russe. La lutte de classe a progressivement engendré des secousses telluriques d’intensité croissante ( note4 ) et dont l’épicentre s’est implacablement rapproché du Kremlin. La lente désagrégation du bloc de l’Est a alors directement touché les pays voisins (voir Alarme n° 46) et corrode maintenant les liens avec les pays absorbés au début de la deuxième guerre mondiale (les états baltes) ou même au moment de la formation de l’URSS, comme la Géorgie, saignée à blanc par le Géorgien Staline, ou l’Arménie. Or jusqu’il y a fort peu de temps, il n’y avait aucune organisation ou lutte nationalistes dans ces nations. Toutes se sont créées et exprimées dans les défaillances de la répression, dues à l’action ouvrière. En Lituanie (ancien duché du royaume de Pologne et Lituanie) par exemple, l’impact des luttes ouvrières en Pologne a été déterminant et explique en partie l’avance de cette nation dans le processus centrifuge en cours. On retrouve apparemment une situation nationale antérieure à la première guerre mondiale. Cependant, et la différence est de taille, les solutions et les propositions d’autodétermination nationale qui sont présentées à la classe ouvrière, sont encore plus fragiles qu’à l’époque. Alors même que cette indépendance est à peine formulée, et que le bloc russe n’a pas encore éclaté (et de multiples forces centripètes s’y opposent dans le Parti- É tat, l’Armée et l’Église), les appétits férocement capitalistes des fractions nationalistes se font déjà sentir. Elles exposent effrontément leur volonté ouvrière et leur désir de se jeter dans le giron des empires occidentaux ou autres. Ainsi les islamistes du sud caucasien lorgnent vers l’Iran ou l’Irak ou... ou celui qui paiera le plus ! L’impossibilité de libération nationale dans un système qui ne peut laisser de place à de nouvelles entités nationales indépendantes depuis plus de 70 ans, mène ces fantômes nationaux à errer de bloc en bloc, à la recherche d’un point d’ancrage où ils se feront absorber. En aucun cas le prolétariat ne peut soutenir une telle aspiration sans perdre toute existence. Il lui faut refuser d’arbitrer entre les tenants d’une dépendance nationale envers l’Europe et les USA, et les tenants de la dépendance russe. A l’ordre du jour et en permanence, c’est le noyau subversif fondamental des communistes qui doit être mis en avant : Lutter contre sa propre bourgeoisie jusqu’à ce qu’elle perde la guerre, économique et politique, et transformer la guerre inter-impérialiste en révolution socialiste. (1) Adresse : Éditions Programme, 17 rue René Leynaud, 69001 LYON. Retour au texte (2) Sur les épigones trotskistes, voir notre brochure Analyse d'un vide - 50 ans après le trotskisme , téléchargeable à la page : Publications du FOR . Retour au texte (3) Les distensions dans le bloc de l'Est (questions nationale, religieuse, militaire) ne doivent pas faire oublier par ailleurs, les réajustements de l'hégémonie US en occident. Néanmoins, on ne rappellera jamais assez que la contradiction fondamentale n'est pas entre les blocs mais entre les classes. Retour au texte (4) 1953 à Berlin, 1956 en Hongrie et Pologne, 1968 en Tchécoslovaquie, 1970-71-76-80-81 en Pologne, 1987 en Roumanie, les innombrables grèves et soulèvements en Russie, ect. Retour au texte Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org --- # E.T.A .assassine, pourquoi? ETA ¿ Asesina por qué ? E.T.A. Why do they murder ? URL: https://for.marxismo.school/ETA1.html Résumé: Parce qu'elle aspire à accaparer l'exploitation du prolétariat basque et à devenir son oppresseur… E.T.A . ASSASSINE, POURQUOI ? E.T.A. ¿ ASESINA POR QUÉ ? E.T.A. WHY DO THEY MURDER ? Parce qu'elle aspire à accaparer l'exploitation du prolétariat basque et à devenir son oppresseur étatique. Ses alliés politiques et ses commanditeurs financiers sont les dictatures islamiques, celles de Khadafi et de Khomeiny entre autres. L'ETA est une organisation capitaliste, patriotique, réactionnaire ; par ses méthodes elle est corrompue et criminelle. Toute action, toute parole de l'ETA ou de son fer de lance Herri Batasuna, s'oppose à la lutte ouvrière et lui porte préjudice, en terre basque, en Espagne, en Europe, dans le monde. Le prolétariat est, de par son essence même, anticapitaliste, internationaliste, révolutionnaire. Et dans l'immédiat il ne peut pas marcher dans ce sens, le seul qui lui appartienne en propre, sans dénoncer l'ETA, dont l'escroquerie politique, dégoulinante de sang, blanchit la bien vieille escroquerie des prétendus socialistes ou communistes, sans parler des syndicats. Dénonçons-les, chacun pour ce qu'il est, et tous en tant que parcelles du monde de l'exploitation. Travaillons à la formation d'un parti révolutionnaire des exploités de toute la péninsule. Lui seul sera à même de rafraîchir les narines de l'ETA dans sa propre merde, et de débarasser le chemin des autres escroqueries, elles aussi ennemies de la révolution. VIVE LA REVOLUTION PROLETARIENNE IBERIQUE ET MONDIALE ! juin 1987 Ferment Ouvrier Révolutionnaire. ## Porque quiere reservarse la explotación del proletariado vasco y ser su opresor estatal. Sus aliados políticos y comanditarios financieros son las dictaduras islámicas, incluso Gadafi y Jomeiny. La ETA es una organización capitalista, patrióca, reaccionaria; por sus métodos es criminal y corrompida. Cualquier acción, cualquier decir de ETA o de su mascarón proa, Herri Batasuna, es contraria y perjudicial a la lucha obrera, lo mismo en tierra vasca que en España, en Europa, en el mundo. El proletariado es por esencia anticapitalista, internacionalista, revolucionario. Y en lo inmediato no puede moverse en ese sentido, único suyo, sin denunciar a la ETA, cuya estafa política, chorreante de sangre, adecenta, por comparación, la ya antigua estafa de los pretendidos socialistas o communistas, más de los sindicatos. Denunciémoslos, a cada uno por lo que es, y a todos como parte del mundo explotador. ¡ Fomentemos un partido revolucionario de los explotados en la Península entera ! Sólo él podrá refregarle las narices a la ETA en su propia mierda, y quitar de en medio las otras estafas, también opuestas a la revolución. ¡ VIVA LA REVOLUCIÓN PROLETARIA IBÉRICA Y MUNDIAL ! junio 1987 Fomento Obrero Revolucionario. Because they want to reserve for themselves the exploitation of the Basquean proletarians, and by their governmental opression. Their political allieds and the financial commandery are the islamitic dictature, as well Khadafi and Khomeiny. E.T.A is a capitalistic organisation, patriotic and reactionnary ; because of their methods, they are criminal and corrupt. Any action, any statement of ETA or of their mask of prow, Herri Batasuna, is against an prejudicial to the struggle of the proletarians, in Basquean contry, in Spain, in Europr, in the world. The proletarians are essentially anti-capitalistic, internationalist, revolutionnary. And for the moment it's impossible to move in this sense, the only one, that concern them, without denouncing the ETA, which political swindle, blood spouting, white wash, comparatively, the already old swindle of the would-be socialistes or communists, not to mention the trade-unions. Let's denounce, everybody for what they are, and all of them like pieces of the exploitating world. Let's fomentate a revolutionnary party of the exploited of the whole peninsula. Only this party can rub the noses of ETA in their own shit, and take away from the middle the other swindles, also against the revolution. LONG LIVE THE PROLETARIAN IBERIC AND WORLD REVOLUTION ! june 1987 Revolutionary Workers' Ferment. Correspondre : ALARME BP329 75624 PARIS CEDEX 13 - for@alarme-for.org